« Matière tu étais matière tu deviendras… »
Allumez votre smartphone. Choisissez au hasard une des applications que vous utilisez le plus souvent et demandez-vous quel objet, à l’époque où l’internet n’existait pas, vous rendait un service équivalent? Procédez par analogie si nécessaire (exemple : la boîte aux lettres de la cour d’immeuble est l’incarnation de votre boîte mail). A présent, faites exactement l’inverse. Tentez d’imaginer l’objet qui pourrait « incarner » l’application que vous avez choisie. Toutes les fonctions qu’il offre doivent être portées par un dispositif physique. Il doit être fait de matière et se connecter à internet. Il possède ou non un écran et implémente exactement les même fonctions que l’application de votre smartphone! Il s’agit donc de naviguer de la matière au pixel puis vers la matière à nouveau : de boucler la boucle.
Quand on travaille à essayer de contribuer à la création de l’Internet des Objets, cet exercice devient une routine. On imagine la forme digitale d’un objet du quotidien puis son retour à l’objet sous sa forme augmentée.
Le cas de la radio
Prenons le cas de la radio : objet vintage par excellence et média pauvre de l’Internet. Nous connaissons tous la forme digital du média radio : le podcast et iTunes. Mais sous quelle forme matérielle pourrait être incarné l’application podcast de votre ordinateur, smartphone ou tablette? Une console? Une radio vintage agrémenté d’un écran? Un poste minimaliste préprogrammé pour jouer une série de programmes ou des chaînes?
Quand nous avons commencé à travailler sur le concept de web radio physique pour Radio France, notre approche a consisté à partir d’une ancienne radio (un modèle vintage en bakélite, des années 50) et de lui donner la capacité de se connecter à internet. S’est vite posée la question de l’interaction avec le contenu. Nous avons opté pour l’usage de “cartouches de programme” similaires aux cartouches de consoles de jeux des années 80. Chaque cartouche ne contient qu’un sésame vers un contenu sur le réseau, une chaîne ou un flux. Rien d’autre n’y est stocké, certainement pas musique ou podcast… Les avantages de cette solution sont multiples : nous créons des objets associés aux contenus ce qui recrée de la rareté dans la chaîne de valeur (élément crucial dans le business modèle des médias). Nous sécurisons le contenu puisque celui-ci reste distant et n’est jamais stocké localement. Enfin l’usage des cartouches facilite drastiquement la manipulation et l’interaction avec l’objet : la simplicité de ce mode de fonctionnement rend le système idéal pour une cible de senior peu adepte des interfaces digitales et de l’accès à Internet.
Du prototype à la fabrication en série… Ne pas rater la marche.
Voilà donc 6 mois que nous travaillons à imaginer, concevoir, inventer les objets augmentés de demain. Ces objets diffuseront de l’information comme autant d’incarnations d’applications de votre smartphone ou tablette et ils envahiront utilement votre quotidien. Tout est encore à construire, mais c’est la vision que nous portons avec d’autres acteurs de l’Internet des Objets français.
La France est pionnière sur le sujet. Et l’écosystème des « bricodeurs » français est de plus en plus riche. Sauf que, c’est une habitude hexagonale, le danger qui nous guette est d’être incapables de transformer les quelques PME riches d’idées et d’énergie en groupes industriels puissants. Car ne nous leurrons pas : de l’autre coté de l’Atlantique les industries sont prêtes à envahir le nouveau territoire de l’Internet des Objets. Et les deux candidats américains en lice n’en sont pas à leur première conquête… Puisqu’il s’agit des deux géants : Apple et Google. Oui : Apple et Google! Il suffit de décrypter les bribes d’information qui émergent des annonces de Google à propos d’Android et d’Arduino (Arduino est le premier composant électronique open source largement utilisé par les communautés de « bricodeurs »). Il suffit aussi d’extrapoler à peine l’usage des accessoires autour de l’iPhone, l’iPod, l’iPad… iOS est une matrice logicielle puissante pour opérer l’Internet des Objets.
Les nécessaires prises de conscience et investissements d’industriels français
En conclusion, nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution de l’Internet (et oui encore une autre après le web, l’e-economy et les médias sociaux) : celle de l’industrie des « objets augmentés ». Beaucoup de paramètres nous permettent de penser que nous avons la chance de prendre des positions avantageuses sur l’échiquier mondial, en revanche la bataille ne se gagnera pas sans financement, coopérations industrielles, capacités de distributions et de communications.
Découvrez les FabLab au coeur des projets de l’Internet des Objets. (A ce sujet la Fing met en place un programme visant à aider à la création de FabLab… à suivre)
Vous l’aurez compris l’Internet des Objets n’est pas l’internet tout court. L’objet, la matière, l’atome ont des propriétés que les bits et les pixels n’ont pas… Certaines PME commencent à monter des projets , tenter quelques coups, réaliser des prototypes ou penser les produits de demain. Les acteurs associatifs font beaucoup pour aider à l’émergence de cette nouvelle vague. Mais il manque encore aujourd’hui un ingrédient majeur : l’engagement d’un ou plusieurs groupes industriels pour le financement de la fabrication en série, de la distribution et de la communication. Seuls de grands acteurs qui adhéreront à la vision seront capables d’aider des PME à transformer cette opportunité en un réel succès.