Michel LÉVY-PROVENÇAL | Changeons l’écosystème médiatique avant qu’il ne nous change définitivement.
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Changeons l’écosystème médiatique avant qu’il ne nous change définitivement.
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Au delà du buzz

24 Déc Changeons l’écosystème médiatique avant qu’il ne nous change définitivement.

Comme toute révolution, celle qui a touché les médias ces dix dernières années fut trahie. Trahie par les antiennes enivrantes d’internet et par le manque patent d’exigence. Trahie par une profession écartelée entre conservatisme suicidaire et progressisme de salon au vernis technophile. Internet a promis des lendemains qui chantent à ceux qui y ont vu un territoire vierge : une nouvelle audience, un nouveau marché, un espace aux règles simplifiées, une terre sans drapeau, où le premier arrivé serait le premier servi.

Pourtant, dix années de batailles féroces derrière nous, les groupes de presse n’ont fait que souffrir et les pure-players, à la fougue éphémère, ont été avalés par les premiers. Le « Journalisme » s’est noyé sous la pression du chiffre et l’obligation des clics, des vues, des likes et des tweets. Les sujets les plus creux, spectaculaires et scandaleux sont malheureusement les plus traités.

L’analyse, l’enquête, le débat de fond sont délaissés : trop chers et trop peu lus. Le manque d’exigence et la recherche de la facilité ont eu un rôle dans cette gabegie. L’audience a été à la fois bourreau et victime : gavée d’info crasse et grisante, elle s’est habituée à recevoir chaque jour sa dose d’angoisse, de cynisme et de folie. Aujourd’hui elle en redemande. Quotidiennement. Comme accoutumée par un flot de fiel permanent, elle la veut plus forte, plus vive, plus trash. Elle en demande toujours plus au détriment du mieux : plus de pics émotionnels, plus de spectacle pour plus d’addiction. Nous oublions que notre réalité est façonnée par l’image que nous nous en faisons. Elle se conforme à la façon dont nous la racontons.

De fait, la presse, la radio, la télé et les sources d’informations sur les réseaux ont une responsabilité majeure dans la marche du monde. En privilégiant les amalgames, les discours radicaux, l’interprétation des actes isolés en vérité systémique, elles dépeignent une société barbare, au bord du suicide. Elles finissent par transformer notre rapport au monde et à l’autre.

Dans les sociétés libres et démocratiques, l’audience est maitre du jeu. Elle définit les attentes et les limites. Elle n’en demeure pas moins influencée par le contenu qu’elle consomme. Par conséquent, une prise de conscience individuelle est clé pour modifier l’équation audience-media. Cette prise de conscience ne peut se faire sans remettre en question la vision que nous avons du monde contemporain.

Contre tous les signaux déclinistes, malheureux voire suicidaires, il faut rappeler que nous vivons les temps les plus apaisés que l’Histoire ait connue. Quelques données factuelles nous le prouvent : en un siècle notre espérance de vie a doublé et la mortalité infantile a diminué d’un facteur cent. En cinquante ans, la production alimentaire par habitant a augmenté d’un tiers et la population mondiale a doublé. Le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême a diminué de moitié ces vingts dernières années ! Toujours, depuis vingt ans, on enregistre une baisse d’un tiers environ du nombre de guerres civiles. Faut-il rappeler l’horreur des champs de bataille et les millions de morts du début du XXeme siècle ?

Le monde n’est pas plus barbare que par le passé. Il vit en permanence devant un miroir déformant. Dans les années 70, la fin du monde était annoncée pour les prochaines décennies. On prédisait une famine inévitable du fait de l’explosion démographique, le raccourcissement de l’espérance de vie à cause de la multiplication des produits chimiques dans notre environnement, les pluies acides sur les forêts, la fin du pétrole, l’hiver nucléaire…

Rien de tout ça n’est arrivé. Alors, oui, nous pouvons continuer à nous faire peur. Nous pouvons aussi changer d’habitude, nous concentrer sur les données et consacrer notre énergie à mieux filtrer l’information qui nous parvient.

Loin de moi l’intention de minimiser les enjeux de notre temps. Les défis qui nous attendent sont nombreux et importants : l’environnement, la santé, la sécurité alimentaire, l’éducation, la pauvreté, la préservation et la découverte de nouveaux espaces, la paix entre les peuples… Mais, pour avancer nous devons privilégier l’analyse, les débats et la recherche de solutions plutôt que de nous contenter de cynisme et d’indignation.

Pas si facile me direz-vous ? Certes. L’homme est fasciné par le scandale et l’effroi. Et il y a une raison physiologique à cela. En effet, nous possédons au coeur de notre cerveau, une zone que l’on appelle communément l’amygdale, ou plus précisément le complexe amygdalien. Ce dernier nous était particulièrement utile à l’époque préhistorique quand nous vivions dans la jungle parmi les prédateurs. Cette zone est un détecteur de danger. Elle nous permet, pour assurer notre survie, de nous focaliser sur la peur. Elle explique pourquoi une mauvaise nouvelle a dix fois plus d’impact qu’une bonne nouvelle. L’amygdale fonctionne encore de la même façon qu’il y a des centaines de milliers d’années. C’est elle qui encourage les médias, dont le seul critère de performance est l’attention, à se concentrer sur les mauvaises nouvelles. Mais nous sommes en mesure de contenir l’effet de la peur en la cernant.

Depuis quelques mois, je mène une expérience personnelle sur le sujet. Je n’ai pas cessé d’être ciblé par le flot d’informations crasses qui forge nos angoisses quotidiennes, j’ai en revanche choisi d’y prêter moins d’attention, et surtout de ne plus participer à sa diffusion. La prise de conscience des effets de l’amygdale a changé mon rapport à l’information.

Le début d’année est l’occasion de prendre de bonnes résolutions. Laissez-moi proposer, naïvement, mais fermement une résolution qui peut, je l’espère, changer votre rapport au monde : prenez le temps de vous intéresser aux données, de vous documenter, de chercher les solutions, faites-en une discipline, chaque semaine, chaque jour, lisez, écoutez ou regardez un reportage, une enquête, un documentaire, une conférence ou un article qui présente les découvertes et les réponses aux défis de notre temps.

Troquez le flux habituel d’infos nocives contre la lecture de quelques récits de découvertes, d’enquêtes et d’analyses. Evitez les magazines d’information, les journaux télévisés et le flux de nouvelles quotidiennes. Une information importante vous atteindra sans effort de toute manière.

Scrutez de nouvelles sources d’enseignements et de débats. Dénichez et partagez des pépites. Jouez votre rôle de caisse de résonance positivement : amplifiez les signaux faibles qui le méritent. Cet acte individuel, simple, efficace et constant peut avoir un impact sur votre cercle, votre communauté et de proche en proche, pas à pas, transformer le rapport que nous entretenons collectivement avec l’information.

L’audience est la clé et vous êtes un élément de la solution. Pour ma part, j’utilise et j’enrichis régulièrement une liste de sources d’informations positives parmi lesquelles figurent TED, Les podcasts de France Culture, Les cours du Collège de France, EDx, Sparknews, Sciences & Vie, Sciences et Avenir, La Recherche, iflscience.com, Usbek & Rica, Clés, XXI, HBR.org

Je me suis abonné à leurs flux sur les réseaux sociaux, et c’est la façon la plus simple que j’ai trouvé d’être ciblé au quotidien. Je m’investis professionnellement à mettre sous les projecteurs, les acteurs et les initiatives qui font progresser le monde. Nous n’avons pas tous cette chance et cette responsabilité, en revanche nous sommes tous une partie de la solution.

Les révolutions ne s’arrêtent jamais et les trahisons ne sont que des occasions d’aller plus loin.

Sur ce je vous souhaite une belle année, positive et riche de sens.

6 Comments
  • Christian De Boisredon
    Posted at 14:05h, 26 décembre

    Cher Michel, je ne peux qu'adhérer à ton article et merci pour la citation de Sparknews, sharing solutions . Les rédacteurs en chefs de la quarantaine de journaux qui a participé à notre Impact Journalism Day a témoigné une véritable volonté d'évoluer… certains nous demandant de les aider à traiter ces sujets au quotidien et de modifier le fonctionnement de leurs rédactions pour qu'elles s'intéressent plus aux solutions… il y a donc de l'espoir. Rencontrons nous pour en parler et voir comment ns pouvons travailler ensemble. Bien à toi, Christian

  • Anne Marie Gourdoux
    Posted at 20:12h, 26 décembre

    Enfin un article intéressant et porteur d'espoir que j'ai lu jusqu'au bout et que j'ai envie de partager ! Surtout à mon Ado 😉

  • Ngoué Audrey
    Posted at 13:10h, 29 décembre

    Merci pour cet article , merci.

  • Pascal Petit
    Posted at 19:50h, 29 décembre

    Belle analyse que de plus en plus de personnes font, heureusement. Effectivement, tu as raison, nous sommes un élément de la solution… et comme disait un grand penseur du siècle dernier, il suffirait que les gens ne l'achètent pas pour que ça ne se vende plus… Cela fait une dizaine d'années que nous ne regardons plus les informations télévisuelles chez moi, et particulièrement depuis 2008 et l'affaire Kerviel qui m'a personnellement montré à quel point le vrai journalisme, qui implique intégrité, recherche de l'information, recoupement des sources et impartialité, avait pratiquement disparu à quelques très rares exceptions près. Du coup, j'ai appris à ma famille à prendre du recul sur les informations qu'elles recevaient, à se poser les bonnes questions, à élever le débat au-dessus des émotions primales, d'utiliser plutôt son cerveau que son cœur dans l'analyse d'une information, etc… Ma plus belle réussite est de voir mon fils de 21 ans commencer à se poser les bonnes questions et apprendre à ses amis ce que je lui ai appris… ce n'est que comme cela que la société changera…

  • Monelle Benhamou
    Posted at 07:22h, 30 décembre

    pas réussi à partager cette lettre su FB …dommage elle est très juste …

  • Marshall Dee
    Posted at 15:35h, 03 janvier

    Très bon article, ça fait du bien de lire ça.

    Nous savons tous que les mauvaises nouvelles nous attire naturellement, mais savoir d'où nous viens ce réflexe est, je pense, un très bon moyen de prendre conscience de nos mauvaises habitudes et de les changer. Merci.

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