Michel LÉVY-PROVENÇAL | Michel LEVY-PROVENCAL
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Author: Michel LEVY-PROVENCAL

17 Nov Le transhumanisme doit être un humanisme !

Par CAROLINE DE MALET

 

LE FIGARO. – Le transhumanisme est-il né dans la Silicon Valley ?

Michel LÉVY-PROVENÇAL. – En fait, c’est une idéologie antérieure à l’émergence des start-up de la Silicon Valley. L’un des premiers penseurs transhumanistes est Max More, qui a écrit un manifeste définissant l’idée de l’augmentation progressive des capacités du corps humain en 1990. Le transhumanisme est perçu au départ comme une philosophie de l’émancipation : il part du principe que grâce aux technologies, on va pouvoir étendre le champ d’émancipation biologique, pour doter l’homme d’artefacts (prothèses, nanocapteurs dans le cerveau pour nous connecter au cloud…) ou modifier notre biologie (en choisissant nos propriétés génétiques pour les faire hériter à nos descendants). On appelle transhumanisme ce mouvement qui vise à se réapproprier ce choix de l’évolution car il est à l’intersection de deux mondes, entre une humanité 1.0, actuelle, qui s’est construite par le hasard, et une humanité 2.0, choisie, posthumaine.

Les Gafa s’inscrivent-ils tous dans cette mouvance ?

La Silicon Valley est une concentration de puissance comme jamais dans l’histoire de l’humanité. Par sa maîtrise des technologies et sa puissance financière, elle nous pousse à nous émanciper. Alors oui, des acteurs comme Larry Page, Elon Musk ou Peter Thiel utilisent leurs moyens au profit de cette vision posthumaine du monde qui va nous permettre de vivre plus longtemps, de combattre tous les fléaux. Le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, tente de prolonger son espérance de vie en se faisant transfuser du sang de jeunes hommes et jeunes femmes, une pratique très à la mode dans la Silicon Valley. Le fondateur de Google investit dans 23andMe (séquençage ADN partiel pour le grand public) et dans Calico, qui a pour vocation d’éliminer la mort. Tous ces acteurs-là investissent pour faire basculer le monde dans un monde d’humanité 2.0. Et si Google finance, aux côtés de la Nasa, la Singularity University, symbole du transhumanisme, ce n’est pas le seul.

Quelles sont les motivations de tous ces entrepreneurs ?

L’hybris peut-être, la toute-puissance. Ils sont aussi d’une certaine façon animés par une volonté de faire du bien à l’humanité. Regardez Bill Gates, qui n’est pas transhumaniste, s’attacher à éliminer le paludisme ou le sida de la planète et s’investir contre les maladies neurodégénératives. Mark Zuckerberg et sa femme investissent quant à eux 3 milliards de dollars pour éradiquer toutes les maladies.

Quel rôle la Singularity University joue-t-elle dans ce processus ?

Elle a réussi à capter l’attention des médias, qui en ont fait le porte-étendard du transhumanisme. Or les membres de cette institution ne se considèrent pas tous comme tels. Certes, son président, Ray Kurzweill, avale 150 pilules par jour et rassemble tous les souvenirs de son père pour tenter de le faire revivre. Mais aujourd’hui, la Singularity University est aussi un lieu où on découvre et expérimente les grandes technologies émergentes, où on rencontre les acteurs de la transformation du monde, qui s’engage pour apporter des réponses aux grands enjeux de la planète. Diaboliser le transhumanisme comme une idéologie qui va nous mener en enfer ne nous mènera à rien. Il faut s’interroger avant tout sur cette philosophie qui devrait nous mener progressivement vers un être humain hyperconnecté, probablement modifié et qui vivra dans un monde plus sûr. Ces technologies sont là et se développent, c’est un fait. C’est pour cette raison que le transhumanisme doit devenir un humanisme.

Ce n’est pas un hasard si ce mouvement a émergé au pays des pionniers, de l’individualisme libertarien et des hippies…

Il y a une intersection entre une idéologie libérale, voire libertarienne, qui pousse à l’émancipation radicale des individus – y compris biologique -, et une tradition de la singularité, messianique. Selon cette tradition, il n’y a pas de raison pour que les révolutions technologiques et cognitives ne continuent pas à évoluer jusqu’à un point dit de singularité, que les singularistes situent en 2035. Au-delà, on ne sait pas ce qui va se passer, c’est le trou noir. On n’est plus là dans un discours scientifique. C’est pourquoi il faut garder un peu de distance avec ceux qui promettent la mort de la mort ou une vie éternelle téléchargée dans un ordinateur ou résumée dans un algorithme.

Les réticences de l’Europe, à la traîne, ne sont-elles pas liées à la tentation eugéniste qui réveille des souvenirs douloureux ?

Non, car le transhumanisme n’a pas de vision mortifère. Il ne cherche pas à éliminer mais à étendre l’espérance de vie et résoudre les problèmes démographiques. On est passé d’un monde à l’autre à l’époque des grands explorateurs. On vit une période comparable. Mais il nous manque aujourd’hui des grands mécènes tels que les Médicis ou Isabelle la Catholique. Les États-Unis les ont avec Bill Gates ou Warren Buffett, mais pas l’Europe. C’est un gros problème. Car dans cette course vers ce nouveau monde, soit nous devenons les populations indigènes, colonisées par les puissants, soit nous sommes en pointe. Mais pour cela, il nous faut non seulement les décisions politiques mais également les capacités financières. En attendant, la Chine travaille d’arrache-pied sur la modification du génome humain à l’aide des technologies de Cripr-Cas9, qui permettent de modifier l’ADN pour un prix modique. Et on comprend bien son objectif : augmenter le QI de sa population.

N’y a-t-il pas un danger à engendrer de faux espoirs pour les malades ? 

Selon moi, le principal danger réside plutôt dans les inégalités à venir. Seule une petite frange de la population ayant accès à ces avancées sera ultrapuissante et les autres seront relégués au rang de sous-catégories. Pour certains, la baisse des coûts de ces technologies finira par les rendre accessibles au plus grand nombre à moyen terme, mais je n’en suis pas convaincu. Par ailleurs, on ne peut exclure qu’un fou furieux sorte de son laboratoire un virus létal. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas laisser libre cours à cette course-là, sinon on risque de perdre des décennies d’avancées technologiques et de rater du même coup l’invention de l’antidote.

Comment fixer des barrières éthiques ?

Je crois qu’on n’arrivera pas à édicter des règles. Les États-Unis avaient interdit les manipulations sur les cellules souches et, en quatre ans, ils sont passés de la première à la huitième place mondiale dans ce domaine. L’auto­régulation est probablement le meilleur système, car un système ouvert est capable de gérer les antidotes de ses dérives. En revanche, il va falloir être très vigilants sur la marchandisation du vivant, qui doit rester un bien public. On a fait un péché originel, en listant parmi les grands défis du millénaire principalement des enjeux environnementaux. On n’a pas vu venir l’enjeu des NBIC (1). Quand on va être capable de modifier l’ADN, dans vingt-cinq ans, ce sera vertigineux. Que fera-t-on face à la tentation de ne pas exposer quelqu’un à une maladie ? On ne peut pas laisser ces questions sans réponses. Un consortium a été créé par les Gafa pour édicter des règles éthiques sur l’intelligence artificielle. Mais c’est catastrophique de confier cette responsabilité à des entreprises privées ! Une des actions fortes du futur président de la République, à mon avis, serait de lancer une instance internationale de coopération sur les technologies de demain. L’objectif n’est pas d’interdire ni de lancer un moratoire, mais de fixer un cadre à ces travaux.

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25 Oct Nos politiques oublient le futur

Sur le front des avancées technologiques, chaque jour apporte son lot de preuves que nous vivons une révolution équivalente à plusieurs Gutenberg simultanés. L’intelligence artificielle se développe à une vitesse exponentielle. Couplée aux biotechnologies, elle promet d’éloigner le spectre de notre propre mort, voire de faire émerger une nouvelle humanité. Des initiatives privées américaines, comme Calico et 23andMe, les filiales biotech de Google, ou celle du couple Zuckerberg, dont le but est d’éliminer toutes les maladies d’ici à la fin du siècle, sont des symptômes de cette fièvre transhumaniste qui embrase la Silicon Valley. La Chine n’est pas en reste : la start-up iCarbonX vise le séquençage ADN de 100 millions de personnes pour révolutionner la médecine préventive…

 

Cette révolution n’en est qu’à ses prémices. Etats-Unis et Chine ont pris une avance considérable dans les technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information, sciences cognitives). L’Europe est à la traîne et, au regard des débats politiques en vue de l’élection présidentielle française, rien n’indique que cela changera. Avez-vous remarqué combien les enjeux relatifs à ces technologies sont absents des discours de nos candidats déclarés ? Le fossé qui sépare, d’un côté, ce silence, et de l’autre, les prises de positions de Barack Obama dans une récente interview à « Wired » est abyssal. Il est urgent que nous, citoyens, alertions nos dirigeants sur ce sujet, qui sera central dans les prochaines années.

Si nous voulons éviter que la France et l’Europe ne deviennent des colonies sous le joug des puissances technologiques américaines et chinoises, il nous faut encourager les politiques qui permettront de faire émerger les Léonard de Vinci ou les François Ier du XXIe siècle ! Enfin, au même titre que ce qu’ont permis de réaliser les COP sur la question du climat, le prochain président français serait bien inspiré d’initier la première série de grandes conférences sur les NBIC rassemblant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, philosophes et citoyens. Objectif : accompagner le plus important défi que l’humanité ait connu depuis son apparition.
Chronique initialement publiée dans les Echos

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15 Oct 7 pistes pour ramener un extrémiste à la raison

Note à l’intention de ceux qui voudront débattre avec les extrémistes en tout genre qui peuplent de plus en plus notre société :

1. Ne les forcez pas à défendre leur position. Face à un discours absurde il est tentant de s’engager dans un débat houleux qui pousse vos interlocuteurs à défendre leur position coûte que coûte et les braque.

2. Privilégiez l’information à l’émotion. Préférez leur soumettre une information et laisser leur du temps sans attendre de confirmations ou de réponses immédiates de leur part. « Tiens cette information pourrait vous intéresser compte tenu de votre intérêt pour le sujet. Quand vous aurez le temps, je serais preneur de votre commentaire. »

3. Ne débattez pas biais contre biais ! Ne perdez sous aucun prétexte votre crédibilité en perdant votre réalisme. Si on vous soumet un argument juste, acceptez le !

4. Evitez l’affrontement. Ne leur faites pas l’affront de devoir choisir votre point de vue plutôt que le leur ! Trouvez une troisième voie. Il est plus simple de proposer une voie de côté plutôt que de les convaincre d’accepter votre position.

5. Permettez leur de sauver la face ! Les gens changent rarement d’avis s’ils ne trouvent pas une voie qui leur garantisse dignité et crédibilité.

6. Aidez-les à trouver la raison « officielle » de leur revirement. Elle doit être cohérente avec leur système de valeur qui leur a fait changer d’avis. Changer d’avis est un long processus, mais il doit pouvoir être résumé en un événement unique, marqueur du point de bascule et cohérent avec un système de pensée et de valeur qui reste celui de votre interlocuteur.

7. Une fois convaincu, ne les punissez pas de votre jugement. Évitez le « enfin ! Je te l’avais bien dis » qui risque de ruiner tous vos efforts. Exprimez plutôt votre respect : « je suis heureux que nous ayons pu avancer ensemble dans cette réflexion »

(D’après le HBR : « how to build an exit ramp to Trump supporters »)

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13 Sep Quand le réel deviendra un luxe.

 

Depuis la nuit des temps, nous produisons des histoires qui créent notre réalité. Avec la révolution numérique, l’humanité n’a jamais eu autant de puissance de création et de manipulation du réel. Nous fabriquons des machines et des algoritmes capables de simuler notre monde si finement que nous parvenons, aujourd’hui, déjà, à tromper nos cerveaux. C’est le cas, par exemple, d’AppliedVR, cette startup qui propose une thérapie où la réalité virtuelle est une alternative aux calmants et aux anxiolitiques ; ou encore, des travaux du Dr Nicolelis, en Caroline du Nord, qui redonne des sensations et un contrôle partiel de leurs membres à des malades paraplégiques en les plongeant dans des mondes virtuels.

Nous ne sommes qu’au tout début d’une révolution majeure que nous sous-estimons, comme nous avons sous-estimé en 1990 la puissance d’Internet ou celle du smartphone dans les années 2000. Cette année le coût d’accés aux systèmes de réalité virtuelle avancée ont été divisés par deux. Cette diminution devrait nous mener à un prix accessible pour le très large public avant 2020. A court terme, notre réalité va fusioner avec le numérique via la vision et l’audition immersive, puis la kinesthésie grâce à des marqueurs physiques dotés d’une forme et d’un comportement programmables dans des mondes virtuels. Déja, des combinaisons immersives, comme la Teslasuit, permettent de ressentir sur tout le corps les variations de pression et de température.

Demain, ces dispositifs transformeront notre organisation du travail : pourquoi se déplacer pour rejoindre un lieu partagé, quand il peut venir à vous en quelques millisecondes ? Les voyages d’affaires seront remis en question. Les expériences d’achats dans les magasins seront radicalement réinventées. Nous re-dessinerons le marché des transports et même, nous imaginerons de nouvelles formes de relations intimes, comme ce site, AliceX, qui propose des expériences de “petite amie” artificielles et immersives.

Imaginez à quoi ressembleront notre décoration d’intérieur, nos vêtements, ou même nos vacances à l’heure d’une démocratisation massive de la réalité virtuelle : plus nombreux, plus variés, plus personnalisés, et surtout bien moins coûteux. Bien sûr, l’expérience réelle perdurera, mais elle restera une marchandise rare et prisée. Parceque le numérique crée une économie d’apparente gratuité, le réel va devenir un produit de luxe. Et si vous n’y croyez pas, observez la capacité d’addiction qu’ont ces technologies. Regardez errer dans les rues les hordes de chasseurs de Pokemons ! Elon Musk, lors d’une conférence en juin dernier affirmait qu’il était convaincu que nous avions une chance sur un milliard de ne pas vivre dans une simulation. Peut-être voulait-il seulement parler nos vies dans une quinzaine d’années ?

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10 Mai Pour un crash-test de civilisation

Publié dans LesEchos le 10 mai 2016 

Notre génération a bâti un monde d’une puissance inégalée en terrassant l’espace et le temps. Si l’on en croit les prophètes de la Silicon Valley, les prochaines décennies nous engagent dans le dernier combat avant le changement de notre espèce : la lutte contre notre propre mort, l’augmentation radicale de nos capacités physiques et intellectuelles et, à terme, l’abandon possible de notre enveloppe charnelle au profit d’une intelligence artificielle désincarnée…

Le nouveau siècle a également débuté avec le détournement d’un outil technologique, l’avion de ligne, par une poignée de terroristes, tuant 3.000 personnes et chamboulant l’ordre mondial. Cet effet de cascade illustre à la fois la puissance et la fragilité du système que nous avons bâti. « Le progrès et la catastrophe sont l’avers et l’envers d’une même médaille », comme le rappelait Hannah Arendt.

Mais le fantasme démiurgique de l’homme le rend aveugle. Imaginez, demain, l’attaque délibérée d’infrastructures électriques à l’échelle d’un continent ou l’avènement du « big one », le tant redouté tremblement de terre sur la faille de San Andreas (Californie). Quels impacts auraient de tels événements sur nos sociétés, devenues si dépendantes du numérique et des infrastructures sous-jacentes ?

Dans un crash, les dégâts sont proportionnels à la vitesse. Or nous vivons dans un monde dont l’évolution n’a jamais été aussi rapide et qui accélère à l’échelle exponentielle. Face aux risques d’accidents, les industries les anticipent, par exemple en mettant en oeuvre des crash tests. Mais que faire à l’échelle d’une civilisation ?

A un an de l’élection présidentielle, probablement la plus importante des cinquante dernières années, nos candidats devront être prêts non seulement à accompagner la dernière étape de la transition numérique, mais surtout, et simultanément, à se préparer, comme le suggère le théoricien de la vitesse Paul Virilio (« L’Accident originel », 2005), aux scénarios de destruction des infrastructures que nous bâtissons et à créer les conditions de notre résilience.

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05 Mai Les défis exponentiels de la présidentielle

Automatisation des transports et modification des infrastructures urbaines, accélération de la marchandisation du partage et dérégulations sociales, robotisation et perturbations du marché de l’emploi, essor des techniques de modification du génome humain à fins réparatrices, voire augmentatives… Entre 2017 et 2022, les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences cognitives) vont poursuivre leur croissance exponentielle et transformer notre société plus radicalement encore qu’au cours des dix dernières années.

Face à ce phénomène, la grande majorité de nos élites, en particulier politiques, affichent trois attitudes : soit le mépris par ignorance, considérant ces sujets anodins face aux urgences de l’emploi et de la sécurité ; soit le fantasme d’une puissance publique capable de résister à cette révolution ; soit enfin la solution ultra-libérale consistant à tout autoriser par principe. Or résister n’a pas de sens face au tsunami qui nous attend, et ne pas choisir, ni agir, c’est accepter de laisser faire n’importe quoi. Alors quelles solutions s’offrent à nous ?

Comment préparer nos villes à la voiture autonome ? Quel programme pour assurer une connectivité sur 100 % du territoire ? Quel contrat social à l’heure de la robotisation de masse ? Quelle politique de recherche et quel cadre légal pour développer une filière génomique de pointe ? Quels projets pour la reconquête spatiale ? Le prochain président aura la responsabilité d’accompagner cette transformation, et d’assurer à la France, ainsi qu’à l’Europe, une place dans le peloton de tête face aux Etats-Unis et à la Chine.

A ce jour, aucun candidat déclaré ou en passe de l’être ne semble avoir pris conscience de ces défis. Par conséquent, nous devrons faire naître dans les prochains mois un indice permettant d’évaluer le programme de chaque présidentiable face à l’enjeu de cette transformation, afin de voter en conscience pour un candidat prêt à agir afin de préparer le pays à ce choc : il ou elle sera le candidat ou la candidate de l’exponentielle !

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22 Mar S’ouvrir aux autres pour prévoir l’avenir

Publié dans LesEchos le 22 mars 2016

Prédire le futur a toujours constitué un Graal. Qu’il s’agisse de prévoir l’évolution d’un cours de Bourse, le résultat d’une élection ou le dénouement d’un conflit, de Nostradamus à Ray Kurzweil ou Nicholas Negroponte, les oracles ont marqué les époques. Le premier en prophétisant les grandes guerres et les seconds, aujourd’hui, en dessinant le périmètre d’un nouvel ordre économique, social, technologique, voire l’émergence d’une nouvelle espèce humaine.

Dans le monde, il existe de nombreux lieux où l’on fait de la prospective et construit les scénarios plus ou moins probables, de futurs plus ou moins lointains. C’est le cas de la Singularity University ou de l’Institute for the Future, tous deux basés dans la Silicon Valley. Proposant une approche différente, basée sur l’intelligence collective, le programme The Good Judgment Project est un tournoi qui rassemble chaque année, depuis 2011, plusieurs centaines d’experts d’univers différents travaillant en ateliers. Objectif : constituer une base de données de prévisions pondérées de probabilités.

Le fondateur du programme, Philip Tetlock, a publié un ouvrage intitulé « Superforecasting : The Art of Science and Prediction », déjà évoqué dans ces colonnes , qui synthétise les connaissances acquises au cours de ces sessions. Il nous apprend que les équipes les plus performantes ne sont pas nécessairement celles dotées d’une intelligence supérieure, mais celles qui savent rester humbles, ouvertes, curieuses, avec une vision à 360° sur les problématiques posées. Elles sont dotées d’un esprit de synthèse, de pragmatisme et se méfient des idées préconçues et des biais cognitifs. Le programme a prouvé que la transdisciplinarité, l’expérimentation et la recherche permanente d’arguments contradictoires, voire de controverses, sont d’une efficacité redoutable dans la constitution des scénarios prospectifs. En somme, et contre toute attente, Philip Tetlock prétend que l’expertise ne surpasse pas le processus itératif pour prévoir efficacement l’avenir. Pas si étonnant quand on pense que ce sont les mêmes ingrédients qui permettent de le préparer…

 

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11 Mar Une société toute entière à réinventer

Publié dans la Tribune le 10/3/2016

« Nous sommes condamnés à construire » une nouvelle société, qui se base sur les énergies individuelles « décuplées par la puissance du réseau planétaire », affirme Michel Lévy-Provençal, fondateur du do-tank L’Échappée volée, à la tête des conférences TEDxParis et pilote du réseau TEDx en France.

Remontons mille ans en arrière : seul le roi avait la capacité de changer le cours des choses. Depuis un siècle et la Révolution industrielle, c’est le patron d’industrie qui accapare ce pouvoir. Dans la prochaine décennie, l’individu héritera de cette opportunité et de cette responsabilité. Ce qui semblait jadis être une utopie devient un principe de réalité. Car aujourd’hui, chacun d’entre nous peut changer le monde par notre capacité à fédérer des individus, créer des communautés, influencer et toucher le plus grand nombre.

Résoudre les grands défis de notre temps
À l’ère digitale, le partage devient un pouvoir à prismes multiples et la génération qui a grandi avec internet possède une formidable opportunité pour résoudre les grands défis de notre temps comme l’éducation, la santé, l’énergie ou les inégalités. Le partage favorise l’économie collaborative, circulaire, inclusive, et booste l’ingéniosité collective.

Les crises économiques, écologiques et sociales qui se succèdent depuis des décennies aboutissent à une crise politique qui nous oblige à repenser notre engagement dans une société qui a de plus en plus soif de solidarité et de partage.

La répartition des richesses n’a jamais été aussi inégale sur la planète. Simultanément, jamais les modèles économiques basés sur la contribution et le partage n’ont connu une telle croissance. A tel point que les experts, économistes et prospectivistes les plus reconnus s’accordent à dire que nous sommes condamnés à construire une « société du sens » : une nouvelle société fondée sur des énergies individuelles, décuplées par la puissance du réseau planétaire.

Le numérique révolutionne les économies
A l’instar des géants de l’internet qui ont prouvé, en une décennie seulement, qu’ils avaient la capacité de transformer de nombreuses économies (infrastructures, culture, communication, marketing et, plus récemment, santé, transports, éducation), c’est l’ensemble du secteur privé qui s’empare du sujet du bien commun et tente de se substituer à des pouvoirs publics dont l’efficacité décline progressivement.

Les entreprises ont un rôle majeur dans la transition que nous vivons. Le XIXe siècle a vu l’industrie supplanter le modèle agricole. Depuis les années 1970, la société de l’information a radicalement transformé notre civilisation. La révolution numérique, internet, sa puissance de mise en réseau et de désintermédiation, révolutionnent des pans entiers de nos économies et de nos sociétés.

Transformer notre rapport à la vie de la cité
La dernière étape de cette révolution est celle qui va transformer notre rapport à la vie de la cité et notre responsabilité individuelle vis-à-vis du collectif. Au delà des clivages politiques archaïques, droite, gauche, anciens, modernes, libéraux et collectivistes, une nouvelle société est forcée à se réinventer urgemment.

Cette société, agile, pragmatique, résolument inscrite dans l’action, en permanence dans l’expérimentation, intègre le risque d’échec dans son processus de réinvention. Elle sait que la somme des responsabilités individuelles est plus efficace que le poids de l’obligation collective.

Dans ce sens, les entreprises doivent penser de nouveaux produits et services sans contradiction entre profit et intérêt général. Elles doivent réinventer un modèle collaboratif avec les services publics et les citoyens en combinant leurs forces. Elles doivent redonner un sens à l’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante et virale. C’est à chacun de nous d’y prendre part.

 

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10 Mar Au delà de cette #LoiTravail

On peut tout dire du contenu de la loi, elle a, en l’état, un seul avantage si elle est votée : rompre symboliquement avec une vision archaïque et dogmatique du rapport au travail pour commencer seulement à vraiment s’attaquer aux vrais sujets !

1-Le salariat vit son crépuscule.
Remettre à plat le code du travail et le simplifier drastiquement en arrêtant de penser CDD ou CDI. Plus de flexibilité renversera le rapport de force en faveur du prestataire ou de l’employé, en défaveur des syndicats évidemment mais au final avec un effet positif sur l’activité.

2-Le système bancaire bloque l’investissement.
Instaurer des assurances publiques pour que les emprunteurs, les entrepreneurs et les locataires arrêtent d’être bloqués dans leurs projets par les banques. Ajouter un dispositif fiscal dissuasif voire des amendes pour les institutions qui ne jouent pas le jeu.

3-Le revenu universel est l’innovation sociale incontournable de l’ère post-salariat
Refondre radicalement le budget d’aide sociale (chômage, CAF, RSA, retraites…) hors assurance maladie pour financer un revenu universel d’en moyenne 800 euros par mois pour tous.

4-Anticiper la robotisation et l’intelligence artificielle de masse.
Taxer les capacités de production des intelligences artificielles et robots au delà d’un certain seuil est incontournable pour financer la transition vers l’ère post salariat.

5-S’adapter à l’accélération de la transformation des métiers.
Simplifier la formation professionnelle en ouvrant radicalement les possibilités d’usage d’un compte personnel de formation continue à vie pour tous dès le premier jour d’entrée dans la vie professionnelle.

Aucun politique à ce jour ne propose un programme à la hauteur de l’enjeu. On est encore très loin d’un tel scénario, mais la France a historiquement été pionnière en matière d’ingénierie sociale. Le renouvellement de la classe politique est un pré requis incontournable quitte à imposer des quotas de nouveaux venus dans chaque strate de la vie publique.

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21 Fév Les conférences seraient-elles l’avenir du travail ?

La semaine passée je découvrais cet article de Tim Leberecht, (le Chief Marketing Officier de FrogDesign) dans lequel il s’interroge sur l’importance des conférences au coeur de nos longues vies professionnelles : « les conférences seraient-elles l’avenir du travail ? ». Nous travaillons depuis sept ans à l’organisation de conférences comme TEDxParis ou L’ÉCHAPPÉE. Notre double rôle de prescripteur de contenus et d’organisateurs d’événements nous a en effet confronté au monde de l’entreprise, à ses limites dans la pratique quotidienne mais aussi à ses aspirations à faire quelque chose de différent. Assister à une conférence est une excellente façon de sortir la tête de notre quotidien numérique pour aller à la rencontre des autres. C’est une bouffée d’oxygène, voire de fantaisie, et bon moyen de créer du lien social. Au point que l’entreprise devrait s’inspirer des conférences pour devenir un lieu d’ « échanges sociaux, un théâtre d’interactions et de débats, de stimulation intellectuelle et affective, de moments de surprises et de satisfactions, et même de divertissement ». Leberecht met en lumière 5 éléments que l’entreprise peut tirer des conférences.

  1. « Les séminaires ont un impact significatif sur la culture de l’entreprise et la motivation des équipes.» Nous avons constaté que c’était souvent le seul moyen de nouer un contact humain et incarné avec ses équipes. Je rajouterai qu’être dans un lieu neutre accroît cette sensation d’intimité, car chacun se sent légitime de se l’approprier à égalité avec l’autre. Citée dans l’article, Lisa Shufro, organisatrice de conférence et ancienne productrice exécutive de TEDMed et du festival Life is Beautiful, précise: « une chose que les bonnes conférences font, est de mettre les personnes dans un état prompt à l’apprentissage. L’éclairage, les sièges, la nourriture, le programme et le calendrier : tout cela travaille de concert pour vous amener hors de votre zone de confort et aiguiser votre appétit pour la découverte. » Plus qu’une zone de confort, je pense qu’il s’agit d’une zone d’habitude : la routine a un effet rassurant, car la personne ne sort pas de son domaine de compétences et son propre logiciel interne n’est pas mis à l’épreuve.
  2. « Les dirigeants doivent savoir créer des communautés ad hoc, pour une période de temps limitée autour d’un objectif clair. En revanche ce lien devient durable parce que l’expérience, ou son souvenir, continue à avoir un écho. » Il faut en effet que le public se sente à la fois témoin privilégié et acteur de l’événement, qu’il puisse se l’approprier comme son voisin, même s’ils sont issus de cultures et d’univers très différents.
  3. La capacité à construire une histoire (storytelling) est désormais une compétence clé dans le monde du travail. Plus nos sociétés intègrent du virtuel, plus elles génèrent un besoin de relier réellement les individus. Et pour les relier, nous avons constaté qu’ils devaient se parler : évidemment pas décliner oralement leur CV ou leur biographie, mais raconter des histoires, se raconter. Leberecht nous explique qu’ « un nombre croissant d’entreprises ont créé le poste de « conteur en chef » et ont embauché des journalistes (voire même des écrivains) pour rassembler les histoires individuelles d’une organisation en un seul récit collectif inspirant ». Et plébiscité par tous, on retrouve le talk façon TED, en 18 minutes maximum. J’ai découvert ce format de conférences il y a presque 10 ans, et depuis, c’est une méthode que j’utilise de manière systématique lorsque je forme des clients en prise de parole en public. Son impact est sans commune mesure avec un discours classique, même bien rôdé.
  4. « En fournissant un cadre pour que l’inattendu se produise, les conférences offrent une alternative aux moteurs de recommandations algorithmiques et aux processus essentiellement linéaires au travail ». L’inattendu est un élément primordial dans les processus de réflexion et d’innovation : l’individu n’avance plus par rapport à une solution car il ne la connaît pas, il avance avec ses sens en éveil et sa créativité à son maximum.
  5. Enfin, Leberecht évoque le renoncement au contrôle en prenant l’exemple du Renaissance Weekend, précurseur dans le concept de non-conférence : « chaque convive est invité à donner au moins une conférence, à participer sur un panneau ou à modérer une discussion. Tout est officieux, et bien qu’il y ait un programme bien organisé, il y a beaucoup de place à la spontanéité et la circulation ». De la même façon, dirigeants et salariés doivent apprendre à lâcher prise et à sortir de leur zone de confort pour expérimenter autre chose, pour se retrouver à pied d’égalité. Ce ne sont plus les dirigeants qui sont seuls prescripteurs et experts, mais aussi les salariés.

Leberecht a raison quand il affirme que « les enjeux sont devenus plus élevés pour les organisateurs et les chefs d’entreprise ». Le fait que toutes ces nouvelles conférences soient plébiscitées montre l’engouement du public et sa soif de changement. Les organisateurs doivent donc être de plus en plus performants, tant sur le contenu que sur son enveloppe, et se mettre au niveau de l’exigence de son public. De leur coté, les entreprises doivent réaliser que ces formats déclenchent un regain de créativité et un fort désir d’interaction chez leurs employés, et qu’ils peuvent s’appuyer sur les organisateurs de ces conférences, pour créer une nouvelle dynamique dans leurs services. C’est donc notre rôle à nous organisateurs, d’assurer la transmission des valeurs, de l’énergie et des idées que nous portons dans nos événements, vers les entreprises, leurs dirigeants et leurs salariés, afin qu’ils puissent multiplier leur créativité et leur soif d’apprendre.

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