Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet

Billet

06 Avr Bienvenue dans l’ère neuro-eugéniste.

Alors qu’il a été montré que l’intelligence est majoritairement génétique, les technologies de neuro-augmentation obligent à repenser le rôle de l’école.

Dans son dernier ouvrage, « La Symphonie du vivant », Joël de Rosnay fait l’éloge de l’épigénétique, à la lumière de laquelle il revisite les méthodes de développement personnel. Il est vrai qu’il a été démontré depuis longtemps que l’environnement est un facteur clef de l’expression des gènes dans les organismes vivants, en particulier chez les plantes et les insectes. Chez l’homme, les mécanismes sont en revanche beaucoup plus complexes et plus longs à se vérifier. Par exemple, lorsque l’on étudie ce qui peut faire évoluer nos capacités cognitives, on se rend compte que la génétique l’emporte systématiquement sur l’éducation !

Avec l’accélération des neurosciences et des biotechnologies ces vingt dernières années, les fantasmes eugénistes grandissent et effraient avec raison. Ils sont renforcés par les récentes études qui prouvent que l’intelligence (le QI) est majoritairement dictée par nos gènes. Dans son dernier ouvrage, « The Neuroscience of Intelligence », Richard Haier, professeur à Cambridge, montre que l’héritabilité de l’intelligence augmente avec l’âge : 26 % à cinq ans, 54 % à dix ans, et 80 % à dix-huit ans. Il insinue donc qu’après dix ans les gènes ont plus d’impact que l’école sur l’intelligence de nos enfants !

Pauvreté cognitive

Certains acteurs, en particulier en Asie, ont déjà choisi de défier la loi du hasard génétique. Jun Wang, le patron d’iCarbonX, s’est donné pour objectif de séquencer plus de 100 millions d’humains dans le but de cartographier les gènes et leur fonction. Dans les dix ans qui viennent, il sera très simple, particulièrement pour les plus riches, de bénéficier de séquençage ADN d’embryons et de sélectionner ainsi ses futurs enfants en fonction de leurs performances cognitives.

 

Comme le souligne très justement Laurent Alexandre : « La transmission du savoir ne peut pas signifier la même chose au XXIe siècle qu’auparavant ! » Aussi, l’hypothèse d’un futur où l’éducation traditionnelle sera moins développée au profit de la sélection et de la manipulation génétiques n’est pas à exclure. Elle nous terrifie car nous renvoie aux moments les plus sombres de notre histoire. Mais nous en sommes bien là ! Les technologies de neuro-augmentation génétique pourraient être envisagées comme un « traitement de la pauvreté cognitive ». C’est exactement ce que Richard Haier propose en conclusion de son ouvrage : faire de l’outil génétique un moyen d’émancipation ! Effrayant et fascinant à la fois… Le débat est ouvert.

Publié dans Les Echos : https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0301484329552-nous-entrons-dans-lere-neuro-eugeniste-2164214.php
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14 Mar Pour que nos entreprises aient une mission de transformation globale

Depuis près de 20 ans, la fondation Gates mobilise les philanthropes au service de grandes causes. BlackRock, le principal gestionnaire d’actifs au monde soutient désormais en priorité les investissements destinés à avoir un impact positif sur la société et agir pour le bien commun. Les initiatives entrepreneuriales comme XPrize dépensent des milliards de dollars au service de la résolution des grands défis qui nous font face. Bref, le secteur privé a pris le relais de la puissance publique pour répondre aux enjeux de société.

En France le mouvement est aussi massif: le fonds d’investissement Raise consacre 50% de ses bénéfices à l’intérêt général. La fondation philanthropique Epic, créée par le français Alexandre Mars, somme les entreprises de transformer 1% de leur bénéfice en don. Les initiatives FranceForGood, FEST ou FrenchImpact, chacune à sa manière, font la promotion de cette idée: l’entreprise est un acteur social qui doit œuvrer pour le bien commun et générer un impact positif sur le monde. Le Rapport Notat-Senard rendu la semaine passée au gouvernement tente de faire rattraper à la France son retard en la matière. Si le législateur donne demain l’obligation à l’entreprise de s’interroger sur son rôle de transformation globale il lui permettra d’être plus compétitive et mieux armée pour croître dans le nouveau monde dans lequel nous sommes entrés. Après tout les GAFAs ont toutes cette dimension dans leur ADN. Elles sont toutes animées par une mission de transformation globale, ce qui ne fait pourtant pas d’elles des associations à but non lucratif!

Notre époque est celle de l’autonomisation, de l’émancipation et du bien commun. Elle correspond à l’aboutissement de 50 ans d’expérimentations, de fourvoiements dogmatiques, d’achèvements des idéologies collectivistes meurtrières et de délitements lents d’un capitalisme individualiste et destructeur. Contrairement à ce que l’on veut croire, ce début de siècle aura donc été d’une productivité idéologique et technologique sans pareil dans notre Histoire. Nous sommes entrés dans une phase décisive. La prise de conscience est claire, les énergies sont là, les moyens d’action sont de plus en plus partagés.

Il reste à présent à nous entendre sur le but à atteindre: le bien commun! Comme le disait Camus, « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. S’efforcer au langage clair c’est ne pas épaissir le mensonge universel ». Comment donc définir le bien commun? L’ONU a déjà largement travaillé sur le sujet. Elle a défini les 17 objectifs de développement durable pour 2030: l’éradication de la pauvreté, l’élimination de la faim, le développement de solutions pour une meilleure santé, pour l’éducation, pour l’égalité, pour l’accès à l’eau, pour le déploiement des énergies renouvelables, pour la croissance et le travail, pour les infrastructures durables, pour la réduction des inégalités, pour le développement d’habitat ouverts et résilients, pour la production et la consommation responsable, contre le changement climatique, pour la conservation et l’exploitation raisonnée des océans et mers, pour la lutte contre la désertification, pour la promotion de sociétés justes et ouvertes et pour les coopérations internationales.

Mais plus encore, comment mesurer l’impact de chacun au service de ces grands défis? Encore une fois il nous faut identifier clairement les outils et les méthodes pour y parvenir. Les travaux d’Esther Duflot rappellent par exemple l’importance de l’expérience terrain et de la démarche scientifique pour comprendre les problématiques et l’influence des expérimentations sur la réalité. Les essais randomisés, la comparaison entre groupes témoins et groupes d’expériences, classiques en médecine, sont encore trop peu utilisés en économie. C’est exactement la démarche qu’adopte la fondation Gates pour mesurer l’impact de ses projets sur le terrain et que chaque organisation devrait commencer à mettre en œuvre. Evidemment, à lire ces derniers mots, on imagine se lever, surgissant, grondant, comme des chats giflés, les défenseurs d’un monde libéral qui ne supporte pas cette idée d’une entreprise au service de l’intérêt général. Pourtant, c’est exactement cette approche qu’une entreprise comme SAP a adoptée en déployant, au cœur de ses produits, des outils d’analyse permettant à ses clients de mesurer leur impact sur le monde. En effet, ces derniers peuvent, grâce aux solutions SAP, identifier, analyser, mesurer, presque automatiquement, au cœur de leur chaine d’approvisionnement, leurs contributions aux 17 objectifs de développement durables définis par l’ONU…

Il y a tout juste 50 ans, presque jour pour jour, naissait mai 68. Le 22 mars, un rassemblement d’étudiants, avant tout libertaires, lançaient les actions qui initiaient la révolution sexuelle et les mouvements d’émancipation qui quelques années plus tard, aboutirent au droit de vote à 18 ans, au droit à l’avortement ou à la dépénalisation de l’homosexualité… 50 ans après les luttes salariales, la libération des corps et des esprits, l’époque semble nous rappeler qu’un nouveau chapitre s’ouvre. La nouvelle vague féministe et les débats sur la légalisation de la GPA ont pris le relais de la révolution sexuelle. La révolte salariale est remplacée par l’émergence de nouvelles formes d’organisations blockchainisées, autonomes, décentralisées et plus respectueuses de la distribution de la valeur créée. Marx semble coopérer avec Metcalfe, pour utiliser la puissance des réseaux afin que chacun puisse se réapproprier les outils de production et la richesse qui en découle. La chute des grandes idéologies collectivistes du XXème siècle et la mort lente du capitalisme centralisateur voient émerger des modèles transversaux pour un partage plus juste de la richesse du monde. Cette vision d’un monde où chacun, chacune, à l’échelle individuelle, ou collective, au cœur des organisations locales, régionales, nationales et internationales, privées ou publiques, agit à sa mesure pour le bien commun n’a rien de dogmatique. Elle est pragmatique. Elle est absolument nécessaire. Car, contrairement à ce que pensait Malraux, en réalité, le 21eme siècle, notre siècle, sera résilient ou ne sera pas.

 

Publié sur le HuffingtonPost : https://www.huffingtonpost.fr/michel-levyprovencal/agir-pour-le-bien-commun-voila-lobjectif-qui-devrait-guider-notre-societe-toute-entiere_a_23385262/

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17 Jan Voici ce qui peut permettre à l’Europe de faire mieux que les GAFAs

Il est possible d’attaquer leur modèle en proposant un nouveau système dans lequel les utilisateurs sont propriétaires de leurs données et bénéficient de la valeur créée.

Cartes, territoires et opportunités

Il est convenu que les grands gagnants de la transformation digitale sont des géants chinois et américains. On les nomme communément BATX et GAFAM. Les GAFAM sont valorisés l’équivalent du PIB des Allemands et les BATX celui des Français, Allemands et Espagnols réunis! À eux 9, leur valorisation avoisinent 11.000 milliards de dollars soit le produit intérieur brut chinois! Ils ont révolutionné en moins de 20 ans des secteurs d’activité entier. Baidu, Tencent, Google et Facebook ont pris la tête de l’industrie de la communication et de la publicité. Alibaba et Amazon règnent sur le commerce et la distribution. Apple, Microsoft et le coréen Samsung dominent le marché de l’électronique et du logiciel. D’autres tentent de faire leur place. Airbnb s’attaque sérieusement à celui du tourisme. Uber lorgne sur celui des transports. Et Tesla prétend à celui de l’énergie.

Face à ces géants asiatiques et américains, aucun acteur européen n’est aujourd’hui dans la course. De plus, leur modèle basé sur la désintermédiation les a en réalité transformés en nouveaux intermédiaires surpuissants. Ils accumulent de plus en plus de richesse dans un monde où l’automatisation grandissante déplace la valeur du travail vers le capital. Ils centralisent les moyens de production robotisés, matériels comme logiciels. Et ils redistribuent de moins en moins leurs capitaux malgré les gains de productivité croissants. Mécaniquement, les inégalités ne font que s’accroître.
Depuis quelques années, l’Europe tente de rattraper son retard en essayant de copier les recettes des géants du numérique. C’est encore le cas par exemple ces derniers mois, avec la politique volontariste de notre gouvernement autour de l’Intelligence Artificielle. Or penser que nous allons, face à la puissance des géants chinois et américains, être capable de rattraper le retard est un doux rêve. Au mieux, et à l’échelle européenne, nous pourrons devenir d’excellents utilisateurs de ces technologies. Idéalement nous construirons, par-dessus, des services de grande valeur ajoutée. Et ainsi nous créerons, dans le meilleur des mondes, une réelle interdépendance entre nous et le reste du monde. Mais rien n’est moins sûr.
Une autre approche est aussi possible. Plutôt que de seulement tenter de copier la Chine et les USA, l’Europe gagnerait à promouvoir massivement les organisations autonomes et décentralisées (DAO). Elle pourrait devenir précurseur sur ce sujet comme l’ont été les USA sur Internet, le mobile et l’IA. Elle supporterait un modèle de répartition des richesses plus juste et conforme à ses valeurs et se donnerait la chance de faire face à la suprématie américaine et chinoise.

Concrètement, il s’agirait d’accompagner et d’encourager les DAO, par la fiscalité, les efforts de communication et de formation, face à la suprématie des plateformes. L’enjeu est colossal et le pari fou. Certes. Mais, donnons-nous le recul des vingt dernières années. Mettons-nous un instant à la place du continent chinois ou même des Etats-Unis au sortir des années 90. Imaginons le monde qui potentiellement s’ouvre à nous. À quoi pourraient ressembler ces nouvelles organisations capables de défier les GAFAM et BATX? Sur quels principes seraient-elles construites? Comment pourraient-elles se substituer aux plateformes si puissantes aujourd’hui dans presque tous les secteurs? Voici quelques exemples choisis dans le secteur de la communication et de la publicité, du commerce et de la distribution et de l’électronique et du logiciel.

Comment une DAO peut s’attaquer à Tencent, Baidu, Facebook ou Google?

Pour résumer, Tencent, Baidu, Facebook et Google accumulent des richesses en valorisant les données privées de leurs utilisateurs sans la redistribuer. Ils offrent en contrepartie un service: des informations plus ou moins pertinentes, mais ça, c’est un autre débat… Il est possible d’attaquer leur modèle en renversant le rapport de force et en proposant un nouveau système dans lequel les utilisateurs sont propriétaires de leurs données et bénéficient de la valeur créée par leur exploitation en fonction de leur activité sur le réseau.

Par exemple, une DAO opérée par une communauté, constituée en entreprise ou en fondation et administrée par les membres du réseau est capable de redistribuer à ses utilisateurs la valeur créée par ceux-ci. Le dispositif est ici décrit dans ses grands principes.

Au sein d’une DAO, chaque transaction réalisée sur le réseau est consignée. On peut aisément calculer la valeur qui en découle. Les utilisateurs peuvent donc en récupérer une part substantielle et l’autre part peut financer l’exploitation et la maintenance du réseau. Celui-ci s’appuie sur une blockchain qui consigne chaque transaction. Elle utilise une monnaie privée (des jetons ou tokens) pour cela. Chaque jeton constitue à la fois un droit d’usage, un droit de vote, une fraction de la propriété globale du système et une valeur d’échange. Cette dernière peut être utilisée au sein et/ou à l’extérieur du réseau. Chaque action utilisant les données personnelles des utilisateurs pour des besoins publicitaires (autrement dit chaque contenu partagé, liké, cliqué…) est comptabilisé et rémunéré en jeton.

La valorisation du réseau augmente au fur et à mesure de l’activité de ses membres et ces derniers en tirent un bénéfice proportionnel à leur contribution. Ainsi, plutôt que d’être accumulée massivement par ses fondateurs, la richesse du réseau est répartie de façon équitable entre ses membres. Cette logique n’a pas vocation à substituer le principe de coopérative à l’entreprise. Le réseau peut se constituer en entreprise. Les fondateurs et investisseurs demeurent les acteurs qui initient le projet ou contribuent à son développement. En revanche, la frontière entre utilisateur et investisseur peut être gommée. Les premiers rejoignent les seconds dès lors qu’ils détiennent des jetons nécessaires pour utiliser le système et valoriser leur contribution. Ils peuvent aussi en acquérir sur un marché de cotation (il en existe plusieurs: HitBTC, Kraken, Poloniex…) ou au moment de leur émission (lors d’une ICO -Initial Coin Offering). Les clients du réseau, qui achètent de la publicité, utilisent aussi les jetons pour cela.

L’avantage d’une telle organisation par rapport aux plateformes centralisées réside dans le fait que les porteurs de jetons détiennent une portion de la valeur de l’organisation. Si la valorisation globale augmente, le cours du jeton augmente et profite mécaniquement à ses membres. Un tel dispositif aligne donc les intérêts des fondateurs, des investisseurs et des membres.

Une DAO comme celle-ci a-t-elle une chance de voir le jour sachant qu’elle nécessiterait un investissement de démarrage colossal si son ambition est de concurrencer des géants? De nombreuses conditions sont nécessaires au développement de tels réseaux. En revanche leur financement est aujourd’hui d’une facilité déconcertante. Ces derniers mois, par exemple, plusieurs projets ont réalisé des ICO et levé des centaines de millions de dollars.

Ces vingt dernières années, les applications technologiques révolutionnaires ont toutes été sous-estimées. C’est le cas d’Internet, du mobile, des réseaux sociaux et de l’Intelligence Artificielle. La grande majorité des analystes ont sous-estimé leur impact et leur vitesse d’adoption. La Blockchain ne devrait pas déroger à la règle…

Défier Amazon et Alibaba, Apple, Microsoft et les autres…

De la même manière que dans l’exemple précédent, la contribution des vendeurs ou livreurs à la valeur globale d’un Amazon ou d’un Alibaba peut leur être reversée grâce à une DAO. En revanche, le fait de manipuler des biens matériels pose un problème complexe à appréhender dans un système décentralisé. Comment assurer la qualité des prestations si aucun acteur central ne peut la garantir? Par exemple, la qualité très aléatoire des prestations d’acheminement peut menacer l’adoption du service par ses utilisateurs. Le problème se pose déjà de la même façon pour les vendeurs affiliés sur des plateformes centralisées comme Amazon ou Alibaba. La solution réside dans la mise en œuvre d’une transparence totale de la qualité de service des acteurs vendeurs et livreurs au sein du réseau.

Demain un couplage robotique, Intelligence Artificielle et Blockchain permettra d’autonomiser les livraisons. Un robot, un camion, un drone, auront la capacité de gérer de manière autonome leur activité et de générer des revenus pour leur propriétaires.

Apple, Microsoft, Samsung et les acteurs de l’industrie de l’électronique et du logiciel ne sont pas à l’abri de cette révolution. Par le passé, cette opportunité s’est d’ailleurs déjà présentée avec le développement de l’Open-Source. En effet, des réseaux d’acteurs indépendants ont déjà tenté de se substituer à des équipes centralisées. Entre 1995 et 2010 Linux a tenté d’être une alternative à Windows. JBoss a essayé de supplanter IBM WebSphere. Drupal et WordPress se sont attaqués à la myriade de solutions de gestion de contenus propriétaires… Et certains y sont parvenu! Dans le monde des produits matériels le succès a été plus modeste avec des initiatives comme Arduino ou certaines imprimantes 3D. En réalité les acteurs issus des écosystèmes Open Source qui ont réussi à valoriser leur travail sont ceux qui ont rejoint une logique propriétaire, centralisée. C’est le cas de JBoss, Red-Hat, Drupal et WordPress grâce à leur plateforme SAAS. Mais à l’époque la solution Blockchain n’existait pas! Et aucune de ces initiatives n’a pu avoir l’occasion de repenser son modèle pour le transformer en DAO.

A long terme, une DAO est-elle capable de concurrencer la puissance d’un Apple ou d’un Microsoft? Certains produits Open Source n’ont rien à envier aux produits propriétaires. Ils sont en revanche handicapés par l’inexistence de tout modèle économique. Ils survivent grâce à l’investissement de passionnés, chercheurs, universitaires et individus isolés, trouvant un intérêt intellectuel à leur démarche. D’autres se construisent une réputation qu’ils monétisent en service et conseil en parallèle. Aujourd’hui, ils auraient intérêt à radicalement changer de modèle en constituant une DAO et émettant une monnaie rémunérant leurs contributeurs à hauteur de leur apport au produit qu’ils co-développent.

Airbnb et Uber font partie de ces entreprises dites de « l’économie du partage ». Depuis quelque temps, cette économie est battue en brèche par ses détracteurs. Ils la considèrent toxique car basée sur l’exploitation abusive de ressources matérielles et humaines. Ils la critiquent car elle contourne souvent la loi. Ils doutent enfin de sa pérennité car elle accumule une dette croissante. Ces entreprises sont fortement exposées à la concurrence des DAO. Des groupements de chauffeurs sont en mesure de se rassembler en réseau autonome. De la même manière, des propriétaires de lieux de vie sont susceptibles de coopérer grâce à ce modèle. Les fournisseurs de services qui rejoignent une DAO peuvent à terme devenir propriétaire de leur outil de production. Ils peuvent ainsi bénéficier de son exploitation. C’est le cas des chauffeurs qui feront demain l’acquisition de véhicules autonomes. Ceux-ci seront rémunérés pour leurs courses, seront loués en covoiturage et rapporteront à leurs propriétaires le bénéfice de leur activité.

Dans ces réseaux, la politique de tarification est laissée à la discrétion de chaque fournisseur avec une transparence totale des conditions d’accès à ses services pour le client. L’offre et la demande régulent en somme le marché et fixe les prix en fonction du contexte. Le réseau se rémunère sur chaque transaction en ponctionnant des frais de gestion.

Décliner à l’envi…

Il est possible de décliner l’exercice et imaginer dans chaque secteur, pour chaque industrie, comment les DAO peuvent remplacer les organisations traditionnelles centralisées. Certains y voient un retour d’un idéal collectiviste ressuscité grâce à la technologie. D’autres soulignent la philosophie libertarienne qui sous-tend le phénomène. Dans tous les cas, entre néo-marxisme et libertarisme, les DAO offrent des opportunités rares face à l’arrogante victoire des géants de l’économie numérique.

Les conditions de l’émergence des DAO passent par la démocratisation de la technologie Blockchain. Elle doit être simple, accessible et peu couteuse. Beaucoup reste à faire pour qu’elle soit facilement utilisable. Internet existe depuis les années 60. Ce n’est que vers 1995 que le grand public a commencé à l’adopter avec l’apparition des premières applications sur le réseau. À l’époque, envoyer un email ou consulter une page web était aussi fastidieux que d’investir en 2017 en bitcoin ou en éther. Les prochaines années seront à la Blockchain ce que les années 1995-2000 furent à Internet.

Aujourd’hui, la plupart des acteurs sont pressés de s’adapter aux modèles qui ont été pensés et déployés dans les années 2000 par ceux qui aujourd’hui sont devenus les géants de l’économie digitale. Respecter leur jeu et appliquer leur modèle est la meilleure manière d’échouer! En réalité, plutôt que de tenter de les copier, ils devraient s’interroger sur la manière de les dépasser. Et pour cela envisager sérieusement de se transformer en DAO, et de le faire vite. C’est une des rares façons de se donner une chance de les affronter.

Publié sur Huffpo.fr le 17/01/2018

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05 Jan Bitcoin, crypto-monnaies, voici pourquoi la France doit être leader de leur adoption

Nous avons raté, dans les années 90 l’avènement d’Internet, nous ratons depuis quelques années, celui de l’intelligence artificielle, ne ratons pas la démocratisation de la blockchain.

Interrogez notre secrétaire d’Etat chargé du numérique sur l’apparition des crypto-monnaies et leur rôle dans l’économie de demain, il vous parlera du risque pour climat!

Utiliser le climat, qui est évidemment un sujet majeur, pour balayer du revers de la main un phénomène qui dans les prochaines années pourrait rebattre les cartes du financement de l’innovation, révolutionner nos systèmes financiers et poser les bases de nouveaux modes d’organisations ouverts et décentralisés, est suicidaire… La France fait figure de pays en voie de développement en matière de crypto-monnaies. Au même moment la Chine la Russie et les USA avancent à une vitesse vertigineuse.

Aujourd’hui la capitalisation totale du marché des crypto-monnaies se rapproche des 700 milliards d’euros. Par rapport à la capitalisation du dollar, autour de 3 500 milliards, elles sont au stade embryonnaire. Mais leur potentiel de croissance est astronomique. Depuis quelques mois la courbe d’adoption s’approche de l’asymptote exponentielle. Leur capitalisation potentielle à l’horizon 2020 dépasse cinq fois celle du dollar! Nous sommes donc dans le creux de la vague et c’est le moment de réagir.

Quelles solutions s’offrent donc à nous pour bénéficier de cette opportunité?

Tout d’abord il nous faut créer les conditions d’une adoption saine et sécurisée des crypto-monnaies. L’AMF a lancé, au printemps, dernier une consultation à propos de leur usage pour l’investissement. Il en ressort des premières pistes de réflexion consistant à mieux sécuriser les levées de fonds en crypto-monnaies pour les faciliter et les démocratiser. Les principales mesures permettraient de promouvoir des bonnes pratiques, étendre le champ des textes existants pour appréhender ces mécanismes comme des offres de titres au public et anticiper la proposition d’une législation nouvelle et adaptée.

Ensuite, nous pouvons provoquer un appel d’air de liquidités par simplification fiscale. Les crypto-monnaies sont aujourd’hui taxées comme des plus-values commerciales. A tel point que les porteurs individuels sont confisqués de 65% de leur plus-value. Au regard du potentiel d’adoption, des capacités extraordinaires de financement de l’innovation et de l’attraction des gros porteurs désirant investir en France, notamment depuis le Brexit, il serait criminel de ne pas saisir l’occasion. Un alignement de la fiscalité sur la taxation des valeurs mobilières avec un forfait autour de 30% serait idéal. Évidemment la question des risques de blanchiment reste entière et pourrait être traitée au cas par cas, sachant que le nombre de très gros porteurs (plus de 300 millions de dollars en crypto-monnaies) se compte en dizaines dans le monde.

Enfin nous pouvons mettre en oeuvre une politique volontariste de promotion de l’écosystème blockchain européen. Les applications actuelles dans le domaine des fintechs sont majeures et nous devons faciliter l’accueil des investisseurs du secteur en valorisant l’écosystème français et en prenant la direction d’un programme européen sur ce thème. Mais au delà de ces applications, nous pourrions ainsi préparer la deuxième phase qui est celle de la démocratisation de la technologie blockchain et faire de l’Europe un pionnier dans le monde.

Nous avons raté, dans les années 90 l’avènement d’Internet, nous ratons depuis quelques années, celui de l’intelligence artificielle, ne ratons pas la démocratisation de la blockchain. Les organisations de demain seront bouleversées par cette technologie et nous avons encore la chance de pouvoir être leader sur ce marché.

Publié sur Huffpo.fr le 5/1/2018

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12 Déc Une époque merveilleuse

Plutôt que d’imaginer que l’intelligence artificielle va forcément engendrer notre perte, utilisons-la pour imaginer un avenir meilleur.

Un livre pour enfants écrit en 1957 avait pour titre « Time of Wonder » : une époque merveilleuse. Il racontait les vacances d’une famille sur une île. Le soleil, le calme de la nuit puis, d’un coup, le fracas, la tempête et la détresse… L’humanité sur notre Terre insulaire vit des instants comparables. Notre époque est merveilleuse. Pourtant, comme les enfants du livre, éblouis et terrifiés par le voyage que nous avons initié, nous rêvons, figés, les yeux grands ouverts. Nous restons impuissants, parce que nous nous laissons dérober nos imaginaires par de bruyants oracles. Ils nous paralysent en restant prisonniers de leurs vieux récits de science-fiction dystopiques et nous empêchent d’imaginer de nouvelles utopies.
Ne prenons qu’une technologie pour exemple : l’avènement d’une « super intelligence artificielle » marquerait notre ultime défaite face à la machine ! Jamais ces mêmes oracles n’interrogent la possibilité d’une autre voie… Car cette même intelligence pourrait nous libérer des tâches les plus avilissantes plutôt que de nous asservir. Elle pourrait nous rendre le temps aujourd’hui perdu à réaliser ce pour quoi nous ne sommes pas efficaces. Elle pourrait aussi nous aider à imaginer des mondes meilleurs.
Cette imagination artificielle existe déjà aujourd’hui dans une forme embryonnaire. On l’appelle « design génératif », et elle sert dans les laboratoires à déterminer la forme idéale d’une aile d’avion ou d’une chaussure, à simuler leurs propriétés, leurs avantages et leurs défauts. Demain, elle pourrait servir aussi à imaginer les solutions de transport et d’alimentation énergétique de nos villes, et pourquoi pas à créer nos médicaments ou nos programmes éducatifs ? À l’opposé des Poutine, Musk ou Hawking, attachons-nous à voir en l’IA une arme de construction massive.
Et elle n’est pas la seule… La blockchain, les biotechnologies, les neuro-technologies ont cette même propriété créatrice. Notre responsabilité n’est pas seulement de réinventer l’école pour que nos enfants soient prêts. Elle est aussi de chercher la complémentarité entre l’humain et la machine, plutôt que de la craindre et de tenter de la freiner. À retrouver du sens en tout acte, à créer, expérimenter, implémenter les scénarios qui servent d’abord le bien commun. En somme, à être les vrais héros de notre merveilleuse époque.

 

Publié dans les Echos le 12/12/17 : https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0301005513425-une-epoque-merveilleuse-2137732.php

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11 Nov Les machines pourront-elles financer l’humanité ?

Un bouleversement sans précédent s’opère depuis quelques mois dans l’univers de la finance avec la démocratisation des cryptomonnaies. Les ICO (« initial coin offering »), ces levées de fonds en monnaies virtuelles, se multiplient comme les pains, le montant de ces opérations atteint des centaines de millions de dollars pour des projets en phase de lancement, la volatilité sur les nouveaux marchés qui en découlent en devient surréaliste et le flot d’investissement ne cesse d’augmenter. Point d’orgue de ce phénomène, le cours du Bitcoin a été multiplié par trois en un trimestre, passant de 2.000 dollars à plus de 6.000 la semaine passée.

Que dit ce phénomène sur le futur de nos économies ? Des plateformes d’échanges électroniques comme l’européenne HitBTC, l’américaine Poloniex ou la chinoise DaBTC permettent la création de nouveaux écosystèmes. Parmi eux émergent des plateformes de trading automatique permettant à des investisseurs de louer les services de bots, développés pour suivre différentes stratégies d’investissements sur différents supports. Autrement dit, pour quelques dizaines ou centaines de dollars par mois, des développeurs vous proposent leurs algorithmes, gestionnaires de patrimoine et traders virtuels qui achètent et vendent en temps réel des cryptomonnaies sur les plateformes du monde entier avec la promesse de faire fructifier votre capital. Cryptotrader, une des premières solutions cloud, héberge des dizaines de bots proposant des stratégies de long terme ou intraday, avec possibilité d’achat et vente à découvert…

Personne ne sait qui se cache derrière les développeurs de ces robots de trading et quels intérêts ils servent réellement. La volatilité de ces marchés est telle que les gains et les pertes peuvent être très violents en quelques jours seulement. Mais ces services ont en revanche un immense intérêt, celui de nous laisser percevoir l’aube d’une nouvelle économie. Une économie constituée de machines plus ou moins intelligentes, capables de « travailler » et faire fructifier un capital pour leur concepteur. C’est exactement ce que Robin Hanson prédit avec une grande précision dans son livre monument, « The Age Of Em », lorsqu’il décrit une société où les humains ne travailleraient plus et bénéficieraient de la valeur créée par les robots.

Publié dans Les Echos le 7/11/2017

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25 Sep Connecteriez-vous votre cerveau ?

En 1995, Jeunet, dans sa Cité des enfants perdus, imaginait une horde de cyclopes s’emparant des rêves des enfants à l’aide d’une machine extraordinaire. Matrix, Total Recall, Inception ont fait fantasmer notre génération sur la faculté un jour de lire et manipuler les pensées. A tel point que des chercheurs japonais y sont partiellement parvenu en 2013. Leur solution utilise une intelligence artificielle interprétant l’activité cérébrale humaine et parvient à la traduire en contenus graphiques correspondant aux images rêvées par les patients.

Depuis 10 ans, les dispositifs permettant de lire l’activité du cerveau ont été miniaturisés et leur cout a drastiquement baissé. Cela explique l’apparition d’une multitude de casques neuro-technologiques dédiés au bien-être comme Halo pour les sportifs, Muse, Thync, Relax ou Melomind pour la méditation et Dreem pour le sommeil. D’autres dispositifs proposent de nouvelles interfaces d’interaction entre le cerveau et la machine comme Emotiv ou Neurable. Cette accélération amène même Facebook à s’intéresser à l’intégration de ces technologies dans Oculus, son système de réalité virtuelle.

Mais depuis peu, le fantasme prend une ampleur sans précédent dans la Silicon Valley. En 2014, Nicholas Negroponte le fondateur du MIT Medialab, prédisait sur la scène de la conférence TED, qu’à l’horizon de 2045, nous serions en mesure d’avaler une pilule contenant des nano-robots dont le rôle serait de se fixer sur nos neurones afin de les « augmenter » et nous permettre de connaître tout Shakespeare ou de comprendre une nouvelle langue étrangère en un clin d’oeil ! Cette idée folle est prise très au sérieux au point que des centaines de millions de dollars y soient investis. Le projet Kernel par exemple ambitionne de proposer des interfaces de lecture et écriture cerveau-machine et un des plus grands chercheurs en neuroscience du MIT, Ed Boyden, y travaille. Neuralink une des startups financées par Elon Musk poursuit l’objectif de connecter les neurones à des bases de données et au cloud et viserait les premiers résultats vers 2022 (sic) !

Les conséquences de ces travaux seront immenses dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’organisation du travail, des libertés individuelles et plus largement de la société de demain. A qui appartiendront les données issues de nos cerveaux, nos rêves nos pensées ? Quelles garanties auront nous quant aux algorithmes utilisés pour interférer avec nos processus cérébraux ? A quelles fins seront utilisées ces technologies ? Quelles nouvelles inégalités créeront-elles ? Les enjeux induits sont évidemment avant tout d’ordre éthiques et philosophiques.

 

Publié dans les Echos le 25/09/2017

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17 Juil Fédérer l’innovation au service du bien commun

De plus en plus d’initiatives visent à innover en faveur du bien commun. Pourquoi ne pas créer un label pour les réunir, sur le modèle de ce qui a été fait pour la French Tech.

Le 21e siècle a vu l’industrie supplanter le modèle agricole. Depuis les années 1970, la société de l’information a radicalement transformé notre civilisation. Internet et sa puissance de désintermédiation ont révolutionné des pans entiers de nos économies et de nos sociétés. La prochaine étape de cette révolution est celle qui va raviver notre responsabilité individuelle vis-à-vis du collectif. Depuis quelques années, plusieurs mouvements ont été lancés afin de trouver des solutions concrètes et contribuer à transformer positivement nos sociétés.

Aussi, l’année 2017 semble marquer un tournant majeur. L’Europe, après une longue période de déclin, le Brexit et l’élection de Donald Trump, voit naître une opportunité unique de refondation. La récente sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris transfère au reste du monde la responsabilité de résoudre les grands défis de notre temps comme l’environnement, la maîtrise de l’énergie et plus largement, la solidarité, l’éducation, la santé…

Nouveau modèle

Simultanément, une génération a grandi avec Internet et possède la formidable opportunité de construire un nouveau modèle. Un modèle où le service public, l’entreprise et le citoyen agrègent leurs forces. Un modèle qui redonne un sens à l’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante, réplicable, contagieuse et virale. Les premiers signes de l’émergence de cette société apparaissent aux confluences de nombreuses initiatives citoyennes en France. Elles mettent en lumière les forces vives de l’innovation scientifique, technologique, sociale et d’usage. « Certaines initiatives sont éparses et parfois même perçues comme concurrentes.

Aujourd’hui, ces initiatives sont efficaces à leur échelle. Elles mettent en relation chercheurs, entrepreneurs, industries, acteurs publics et citoyens au service d’une transformation positive de notre société. Mais elles sont éparses et parfois même perçues comme concurrentes. Pourtant, elles oeuvrent, chacune à sa manière, à mettre l’innovation au service du bien commun et leur coordination à travers un label commun décuplerait leur impact à l’échelle nationale, européenne, et peut-être même mondiale.

Nouvelle société

Une opportunité s’ouvre par conséquent pour la France. Sur le modèle de l’initiative qui a été menée lors du précédent quinquennat en faveur de l’innovation technologique grâce au label French Tech, il serait utile de créer un nouveau label permettant à ces acteurs de se rassembler. Tout en respectant l’indépendance de ses membres, il rassemblerait les acteurs de l’innovation au service du bien commun afin de les doter d’une plate-forme de communication globale et des moyens d’agir pour faire croître leur influence en Europe et dans le monde.

Au-delà des clivages politiques traditionnels – droite, gauche, anciens, modernes, libéraux et collectivistes -, il est urgent qu’une nouvelle société émerge. Cette société, agile, pragmatique, résolument inscrite dans l’action, en permanence dans l’expérimentation, sait que la somme des responsabilités individuelles est plus efficace que le poids de l’obligation collective. Aussi, ce nouveau label permettrait de valoriser et d’aider ceux qui, dans l’ombre, tentent de réinventer des nouveaux modèles et redonner un sens positif à la révolution technologique, sociale et environnementale en cours.

Alice Barbe, cofondatrice de Singa ; Mathieu Baudin, président et fondateur de l’Institut des futurs souhaitables ; Alexandre Cadain, fondateur et directeur général de @Anima et ambassadeur d’AI XPRIZE ; Marine Couteau, cofondatrice de Leka ; Paul Duan, fondateur de Bayes Impact ; Xavier Duportet, président d’Hello Tomorrow ; Pierre-Emmanuel Grange, fondateur de microDON ; Romain Lacombe, président-fondateur de PlumeLabs ; Elliot Lepers, fondateur de Pole.paris ; Michel Lévy-Provencal, fondateur de TEDxParis et L’Échappée Volée ; Julie de Pimodan, directrice générale et fondatrice de Fluicity

Publié sur les Echos le 17/07/2017 http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/030445896271-federer-linnovation-au-service-du-bien-commun-2102152.php#WRBW1xwBvu0G6ICf.99

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20 Juin Le silence, denrée trop rare

Quelques grammes de silence par KaggeSi vous ne pouvez vous offrir qu’une courte lecture pendant l’été, n’hésitez pas une seconde, et procurez-vous «Quelques grammes de silence », d’Erling Kagge. Cet explorateur norvégien nous chuchote un rappel à l’ordre capital : nous vivons une époque où silence et pauses sont des luxes inestimables. Il souligne à quel point nous fuyons le présent en cherchant sans cesse de nouvelles activités, pour la plupart numériques, qui accaparent notre attention et l’éloignent de nous-mêmes. En l’an 2000, notre temps de concentration était en moyenne de 12 secondes. Aujourd’hui, il est de 8 secondes – une seconde de moins que les poissons rouges.

Notre besoin permanent d’être distrait, par exemple en consultant pendant des heures des fils d’information interminables est lié à une substance produite par notre organisme, la dopamine. C’est elle qui nous pousse à souhaiter, chercher, désirer quelque chose – par exemple à vérifier sans cesse notre smartphone, à la recherche de la satisfaction d’un nouveau message ou d’une alerte Facebook, Twitter, Whatsapp, Snapchat, Instagram… Ce mécanisme d’addiction génère la perte d’attention et de concentration. Pire, elle vous fait éprouver ce stress de manquer une information cruciale (« Fear Of Missing Out ») et conduit certains au burnout.

Ne comptez pas sur les GAFA pour vous en protéger, car leur modèle d’affaire est construit sur votre addiction. C’est ce que décrit Nir Eyal dans son livre « How to Build Habit-Forming Products ». Le New York Review of Books a récemment décrit cette course à l’attention entre développeurs d’applications comme la nouvelle guerre de l’opium. Il ne serait pas étonnant qu’aient lieu dans les prochaines années des procès retentissant contre certaines compagnies de la Silicon Valley, comme ce fut lecas au XXe siècle pour l’industrie du tabac.

Alors, profitez de l’été pour lire « Quelques grammes de silence». Pensez à désactiver les notifications de votre smartphone. Si vous vous en sentez le courage, désinstallez les applications de vos réseaux sociaux préférés. Interrogez-vous sur votre emploi du temps et vos routines quotidiennes. Et prenez le temps de vivre l’instant.

 

Publié le 20/06/2017 dans les Echos.

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06 Avr Demain, territoire de tous les possibles : le 3 mai en librairie !

D’ici à 2030, nous allons vivre une révolution technologique, économique, sociale et politique exceptionnelle. Cette transformation sera bien plus radicale que celle des trente dernières années. Nous aurons à repenser nos villes, nos modes de production énergétique, la relation au travail, les systèmes éducatifs, la politique de santé, l’équilibre géopolitique mondial… Face à ce constat, quels choix ferons-nous ? Continuerons-nous à jouer la rengaine masochiste et décliniste que les cassandres nous servent quotidiennement ? Céderons-nous aux pessimistes permanents qui croient notre pays suicidé ? Braquerons-nous nos regards sur les échéances à court terme, les élections sans enjeux, les résultats économiques déprimants et les tentatives de réformes avortées? Ou, au contraire, nous résoudrons-nous à accepter que le temps de l’action est arrivé ? L’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante, réplicable, contagieuse et virale. Les défis à relever sont nombreux mais les solutions existent. Partout, des projets innovent, inventent, avancent.

N’en déplaise aux sceptiques, le désir d’engagement et la quête de sens n’ont pas disparu de la société !

Notre époque bruisse de la même inventivité, des mêmes aspirations d’émancipation et de progrès qu’à la Renaissance. La convergence des nouvelles technolo- gies introduit dans notre vie les mêmes bouleversements engendrés par l’imprimerie de Gutenberg et les décou- vertes de Copernic. Les avancées récentes en matière de connectivité, dans les biotechnologies, la robotique, les nanotechnologies, l’intelligence artificielle ou la mégadonnée, et l’avènement de l’économie du par- tage offrent des outils inédits aux utopistes en action, aux inventeurs de solutions sociales et humaines. Réso- lument au service des grands enjeux de notre temps, ces acteurs du changement s’engagent pour la culture, l’éducation, la santé, la solidarité, l’aide au dévelop- pement, le développement durable, la gestion des res- sources et de l’énergie, les territoires, les transports, la connectivité, les villes de demain, les communautés, les droits des femmes, l’égalité des chances…

C’est pour toutes ces raisons, que nous avons voulu, l’équipe TEDxParis et sa communauté, créer L’Échappée Volée, une expérience unique, un pro- gramme construit autour des piliers de cette nouvelle Renaissance et des initiatives dont le but unique reste d’apporter des solutions aux défis de notre temps.

L’Échappée Volée a été fondée sur une conviction profonde : à l’heure de l’accélération exponentielle de la transformation du monde, innover sans conscience est une folie ! L’innovation doit d’abord être mise au service du bien commun.

Comme le souligne Salim Ismaïl, directeur exécutif et ambassadeur de la Singularity University – une université dont le but est d’éduquer, inspirer et responsabiliser les leaders afin de répondre aux grands défis de l’humanité – nous vivons une époque o le changement prédomine sur tout autre chose.

Il rappelle à quel point il n’est pas naturel pour le cerveau humain d’appréhender la croissance expo- nentielle que connaissent les technologies depuis quelques décennies. Notre constitution cérébrale intègre mal une évolution aussi rapide. D’ailleurs les experts dans les secteurs qui ont connu une croissance exponentielle n’avaient pas ciblé ce phénomène et avaient, au contraire, prédit une croissance linéaire. Un exemple édifiant est celui du smartphone puisque personne n’avait anticipé cette révolution.

L’Echappée Volée a été créée pour appréhender cette transformation du monde, en questionnant le sens de la révolution technologique qui marque notre époque.

Elle s’est déployée avec l’exigence perpétuelle d’un contenu unique et d’une forme singulière. La recherche permanente de l’ouverture et du débat, de la confrontation d’idées nouvelles, et la découverte de personnalités hors du commun nous ont menés sur des terrains inexplorés.

Nous avons poursuivi la nouveauté sous toutes ses formes et avons compris qu’elle émane systématique- ment à l’intersection d’univers qui ne se côtoient pas, aux confrontations de nos différences plus qu’aux célébrations de nos ressemblances. Enfin, c’est notre souci du concret et un certain pragmatisme qui nous ont conduits à chercher, à rencontrer et à nous lier à ceux qui agissent et s’engagent dans des territoires inattendus.

Paul Duan, Sandra Rey, Nicolas Huchet, Xavier Duportet, Primavera De Filippi, Santiago Siri, Erwan Kezzar, Timothée Boitouzet et bien d’autres ont foulé une de nos scènes avant de devenir ces signaux faibles dont on parle de plus en plus. Ils méritent d’être reconnus et soutenus parce qu’ils contribuent à inventer un nouveau monde. Notre rôle est de les mettre en lumière au cœur d’une communauté d’individus curieux et pleins d’énergie, pour, le temps d’un week-end suspendu, s’émerveiller, créer des liens et se donner l’occasion d’agir.

Pour toutes ces raisons, le programme est soigneu- sement pensé et préparé afin de surprendre, de pro- voquer le questionnement et de donner envie d’aller plus loin. Les projets présentés sont sélectionnés pour leur qualité et n’ont pas vocation à faire leur publi- cité sous prétexte qu’ils contribueraient au finance- ment de l’événement. Les arts, la culture, la création sont célébrés avec passion. Nous cherchons toujours à explorer les frontières, au risque d’emprunter des chemins périlleux et des lignes de crête.

Notre démarche s’inspire de ce que nous avons appris de TED, sans la dimension « boy-scout », que nous n’envions pas à nos amis américains. Elle s’appuie sur la vision fascinante que nous avons découverte au cours de notre expérience avec la Singularity University, en évitant la naïveté qu’on peut parfois lui reprocher… Elle s’inscrit enfin dans notre culture, notre sens de la controverse et du débat, en essayant de rester constructive et d’éviter le piège de l’indignation perpétuelle.

Nous nous adressons à ces individus qui dans chaque groupe humain incarnent les bonnes volontés ambitieuses, pragmatiques et ouvertes. Nous nous adressons à chacun(e) d’entre nous, à chacun(e) d’entre vous, au-delà de notre statut social ou de nos responsabilités. Nous recherchons et cultivons les liens avec ces « linchpins » dont parle Seth Godin, alias ces pivots, ces clés de voûte, et qui existent par- tout, qu’on ne voit pas forcément, mais qui sont la clé du changement qui s’opère. Nous nous adressons à celles et ceux qui, toujours, sortent du cadre pour sans cesse inventer, créer et participer à l’émergence d’un monde meilleur.

>> RDV le 3 mai pour la sortie de cet ouvrage qui m’est très cher.

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