Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Billet

29 Déc Nos RDV en 2017

Rassurons-nous, je n’utiliserai pas ce précieux temps de lecture pour nous remémorer les mauvaises nouvelles de 2016. Au contraire, je propose de prendre quelques minutes pour changer de point de vue.

Regardons à long terme : les grandes tendances positives se confirment, comme l’évolution du taux d’extrême pauvreté ou de la mortalité infantile, de l’accès aux vaccins, de l’éducation et de l’ouverture à la démocratie.

Plus proche de nous, contrairement aux apparences, de nombreuses bonnes nouvelles ont aussi marqué l’année. En 2016, un vaccin contre le virus Ebola a été conçu et l’épidémie a été éradiquée. En 2016, après 50 ans de dictature militaire, la Birmanie rejoint les pays dirigés par un président élu. En 2016, la guerre a disparu du continent américain, depuis que les Farcs et le gouvernement colombien ont signé un accord de paix… La Guinée et l’Ile de Nauru ont aboli la peine capitale. La Colombie et le Groenland ont légalisé le mariage homosexuel et l’Italie a adopté une union civile. Après 54 ans de froid diplomatique, les Etats-Unis et Cuba ont rétabli leurs relations. Les dons des plus fortunés à l’égard des associations ont encore augmenté en France (+80% depuis 2010). Nous avons enfin voté une loi mettant fin au gaspillage alimentaire en empêchant les grandes surfaces de jeter de la nourriture et de rendre leurs invendus impropres à la consommation. Les sacs en plastique à usage unique sont désormais interdits aux caisses des magasins. Nous pouvons prétendre, d’après une étude de PwC, au titre de capitale de l’économie collaborative européenne. L’Accord de Paris nous a permis de continuer à espérer une solution globale contre le dérèglement climatique. Le Costa Rica a réalisé l’exploit d’utiliser des énergies exclusivement renouvelables pendant plus de 3 mois consécutifs. À plus petite échelle, le Portugal a réussi cet exploit pendant près d’une semaine en 2016. En Norvège et en Islande, 60 à 70% de l’énergie annuelle consommée est verte. Enfin, de grands programmes de transition ont été lancés en Chine, en Inde et dans les pays émergents pour atteindre un équilibre à l’horizon 2030. Le premier avion 100% solaire, Solar Impulse, a bouclé un tour du monde. Pour la première fois, le célèbre trou dans la couche d’ozone est en passe de se refermer. L’Afrique du Sud a donné le coup d’envoi d’un essai clinique de vaccin contre le Sida d’une ampleur inédite. Une entreprise française, a annoncé la commercialisation d’une route équipée de panneaux photovoltaïques capable de produire de l’énergie solaire. L’interdiction de la pêche à plus de 800 mètres de profondeur a fait l’objet d’un accord entre les institutions de l’Union européenne. Nous en avions parlé longuement en 2013, notamment à TEDxParis. Thomas Pesquet a décollé pour l’ISS après un entrainement intensif de plus d’un an. En  2012 sur la scène de TEDxParis à l’Olympia, nous le recevions pour nous parler de son rêve de conquête spatiale.  Encore plus près de nous, plusieurs projets aidés par la communauté de L’ÉCHAPPÉE VOLÉE ont pris leur envol : Bob Emploi de Paul Duan, My Human Kit de Nicolas Huchet, Woodoo de Thimothée Boitouzet ou Simplon de Erwan Kezzar. Je pourrais continuer longtemps…

Pourtant, j’entends encore cette petite voix qui continue à douter. Evidemment, elle n’a pas complètement tort et il serait aisé de citer les horreurs qui ont jalonné l’année passée. Oui, les défis auxquels nous faisons face sont immenses, mais c’est la vision que nous nous faisons de notre avenir, l’énergie que nous sommes prêts à déployer, notre engagement, d’une certaine manière notre optimisme, qui seront déterminants et nous permettront d’y répondre. Avons-nous un autre choix que l’audace, le courage et la volonté ? Au delà des clivages politiques qui vont nécessairement se cristalliser en 2017, nous avons le devoir de nous concentrer sur les solutions, les actions positives, les énergies bienveillantes et transmettre cet enthousiasme autour de soi. C’est ce que je continuerai à faire l’an prochain, en partageant les bonnes nouvelles, en aidant les acteurs qui oeuvrent pour le bien commun, en faisant connaître les innovateurs qui imaginent et agissent pour un monde meilleur. Cette année encore, je nous réserve quelques surprises qui iront dans ce sens. Elles apparaitront dans mes compte-rendus quotidiens entre les 24 et 28 avril prochains, lors de la 31e conférence TED à Vancouver. Nous pourrons aussi nous retrouver entre les 12 et 14 mai prochain à Chantilly pour la 4ème édition de L’ÉCHAPPÉE VOLÉE. J’espère pouvoir continuer à échanger quotidiennement sur les réseaux sociaux, par email ou IRL.

A ce sujet, je vous propose de nous retrouver à L’ÉCHAPPÉE VOLÉE les 12, 13, 14 mai 2017 autour de 50 speakers et 10 fellows sélectionnés pour leur vision singulière du monde et leur engagement à résoudre certains des grands défis qui nous attendent : la croissance imperturbable des inégalités, l’emploi à l’heure de la complémentarité homme / machine, l’économie du partage et l’émergence d’un nouveau capitalisme, les promesses folles de la société de l’abondance, la fin de l’argent, les défis et opportunités des transports autonomes, la démocratie digitale à l’heure du retour aux populismes, les nouvelles formes de vies synthétiques, l’mergence d’une psyché artificielle, la nano-impression ou la future usine du réel… Issus des milieux académiques, scientifiques, artistiques et économiques du monde entier, les Échappés convergeront à Chantilly pour 3 jours et 2 nuits d’innovation au service du bien commun. Un mail a été adressé aux membres de la communauté proposant de s’inscrire à des conditions privilégiées avant le 31/12. Les places en résidence pour le week-end sont presque épuisées, contactez-moi si vous souhaitez bénéficier des derniers pass. Par ailleurs, les inscriptions publiques pour la journée de conférence du samedi 13 mai seront ouvertes en janvier.

Excellent réveillon plein de nouvelles résolutions !

Michel.

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25 Oct Nos politiques oublient le futur

Sur le front des avancées technologiques, chaque jour apporte son lot de preuves que nous vivons une révolution équivalente à plusieurs Gutenberg simultanés. L’intelligence artificielle se développe à une vitesse exponentielle. Couplée aux biotechnologies, elle promet d’éloigner le spectre de notre propre mort, voire de faire émerger une nouvelle humanité. Des initiatives privées américaines, comme Calico et 23andMe, les filiales biotech de Google, ou celle du couple Zuckerberg, dont le but est d’éliminer toutes les maladies d’ici à la fin du siècle, sont des symptômes de cette fièvre transhumaniste qui embrase la Silicon Valley. La Chine n’est pas en reste : la start-up iCarbonX vise le séquençage ADN de 100 millions de personnes pour révolutionner la médecine préventive…

 

Cette révolution n’en est qu’à ses prémices. Etats-Unis et Chine ont pris une avance considérable dans les technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information, sciences cognitives). L’Europe est à la traîne et, au regard des débats politiques en vue de l’élection présidentielle française, rien n’indique que cela changera. Avez-vous remarqué combien les enjeux relatifs à ces technologies sont absents des discours de nos candidats déclarés ? Le fossé qui sépare, d’un côté, ce silence, et de l’autre, les prises de positions de Barack Obama dans une récente interview à « Wired » est abyssal. Il est urgent que nous, citoyens, alertions nos dirigeants sur ce sujet, qui sera central dans les prochaines années.

Si nous voulons éviter que la France et l’Europe ne deviennent des colonies sous le joug des puissances technologiques américaines et chinoises, il nous faut encourager les politiques qui permettront de faire émerger les Léonard de Vinci ou les François Ier du XXIe siècle ! Enfin, au même titre que ce qu’ont permis de réaliser les COP sur la question du climat, le prochain président français serait bien inspiré d’initier la première série de grandes conférences sur les NBIC rassemblant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, philosophes et citoyens. Objectif : accompagner le plus important défi que l’humanité ait connu depuis son apparition.
Chronique initialement publiée dans les Echos

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15 Oct 7 pistes pour ramener un extrémiste à la raison

Note à l’intention de ceux qui voudront débattre avec les extrémistes en tout genre qui peuplent de plus en plus notre société :

1. Ne les forcez pas à défendre leur position. Face à un discours absurde il est tentant de s’engager dans un débat houleux qui pousse vos interlocuteurs à défendre leur position coûte que coûte et les braque.

2. Privilégiez l’information à l’émotion. Préférez leur soumettre une information et laisser leur du temps sans attendre de confirmations ou de réponses immédiates de leur part. « Tiens cette information pourrait vous intéresser compte tenu de votre intérêt pour le sujet. Quand vous aurez le temps, je serais preneur de votre commentaire. »

3. Ne débattez pas biais contre biais ! Ne perdez sous aucun prétexte votre crédibilité en perdant votre réalisme. Si on vous soumet un argument juste, acceptez le !

4. Evitez l’affrontement. Ne leur faites pas l’affront de devoir choisir votre point de vue plutôt que le leur ! Trouvez une troisième voie. Il est plus simple de proposer une voie de côté plutôt que de les convaincre d’accepter votre position.

5. Permettez leur de sauver la face ! Les gens changent rarement d’avis s’ils ne trouvent pas une voie qui leur garantisse dignité et crédibilité.

6. Aidez-les à trouver la raison « officielle » de leur revirement. Elle doit être cohérente avec leur système de valeur qui leur a fait changer d’avis. Changer d’avis est un long processus, mais il doit pouvoir être résumé en un événement unique, marqueur du point de bascule et cohérent avec un système de pensée et de valeur qui reste celui de votre interlocuteur.

7. Une fois convaincu, ne les punissez pas de votre jugement. Évitez le « enfin ! Je te l’avais bien dis » qui risque de ruiner tous vos efforts. Exprimez plutôt votre respect : « je suis heureux que nous ayons pu avancer ensemble dans cette réflexion »

(D’après le HBR : « how to build an exit ramp to Trump supporters »)

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10 Mai Pour un crash-test de civilisation

Publié dans LesEchos le 10 mai 2016 

Notre génération a bâti un monde d’une puissance inégalée en terrassant l’espace et le temps. Si l’on en croit les prophètes de la Silicon Valley, les prochaines décennies nous engagent dans le dernier combat avant le changement de notre espèce : la lutte contre notre propre mort, l’augmentation radicale de nos capacités physiques et intellectuelles et, à terme, l’abandon possible de notre enveloppe charnelle au profit d’une intelligence artificielle désincarnée…

Le nouveau siècle a également débuté avec le détournement d’un outil technologique, l’avion de ligne, par une poignée de terroristes, tuant 3.000 personnes et chamboulant l’ordre mondial. Cet effet de cascade illustre à la fois la puissance et la fragilité du système que nous avons bâti. « Le progrès et la catastrophe sont l’avers et l’envers d’une même médaille », comme le rappelait Hannah Arendt.

Mais le fantasme démiurgique de l’homme le rend aveugle. Imaginez, demain, l’attaque délibérée d’infrastructures électriques à l’échelle d’un continent ou l’avènement du « big one », le tant redouté tremblement de terre sur la faille de San Andreas (Californie). Quels impacts auraient de tels événements sur nos sociétés, devenues si dépendantes du numérique et des infrastructures sous-jacentes ?

Dans un crash, les dégâts sont proportionnels à la vitesse. Or nous vivons dans un monde dont l’évolution n’a jamais été aussi rapide et qui accélère à l’échelle exponentielle. Face aux risques d’accidents, les industries les anticipent, par exemple en mettant en oeuvre des crash tests. Mais que faire à l’échelle d’une civilisation ?

A un an de l’élection présidentielle, probablement la plus importante des cinquante dernières années, nos candidats devront être prêts non seulement à accompagner la dernière étape de la transition numérique, mais surtout, et simultanément, à se préparer, comme le suggère le théoricien de la vitesse Paul Virilio (« L’Accident originel », 2005), aux scénarios de destruction des infrastructures que nous bâtissons et à créer les conditions de notre résilience.

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22 Mar S’ouvrir aux autres pour prévoir l’avenir

Publié dans LesEchos le 22 mars 2016

Prédire le futur a toujours constitué un Graal. Qu’il s’agisse de prévoir l’évolution d’un cours de Bourse, le résultat d’une élection ou le dénouement d’un conflit, de Nostradamus à Ray Kurzweil ou Nicholas Negroponte, les oracles ont marqué les époques. Le premier en prophétisant les grandes guerres et les seconds, aujourd’hui, en dessinant le périmètre d’un nouvel ordre économique, social, technologique, voire l’émergence d’une nouvelle espèce humaine.

Dans le monde, il existe de nombreux lieux où l’on fait de la prospective et construit les scénarios plus ou moins probables, de futurs plus ou moins lointains. C’est le cas de la Singularity University ou de l’Institute for the Future, tous deux basés dans la Silicon Valley. Proposant une approche différente, basée sur l’intelligence collective, le programme The Good Judgment Project est un tournoi qui rassemble chaque année, depuis 2011, plusieurs centaines d’experts d’univers différents travaillant en ateliers. Objectif : constituer une base de données de prévisions pondérées de probabilités.

Le fondateur du programme, Philip Tetlock, a publié un ouvrage intitulé « Superforecasting : The Art of Science and Prediction », déjà évoqué dans ces colonnes , qui synthétise les connaissances acquises au cours de ces sessions. Il nous apprend que les équipes les plus performantes ne sont pas nécessairement celles dotées d’une intelligence supérieure, mais celles qui savent rester humbles, ouvertes, curieuses, avec une vision à 360° sur les problématiques posées. Elles sont dotées d’un esprit de synthèse, de pragmatisme et se méfient des idées préconçues et des biais cognitifs. Le programme a prouvé que la transdisciplinarité, l’expérimentation et la recherche permanente d’arguments contradictoires, voire de controverses, sont d’une efficacité redoutable dans la constitution des scénarios prospectifs. En somme, et contre toute attente, Philip Tetlock prétend que l’expertise ne surpasse pas le processus itératif pour prévoir efficacement l’avenir. Pas si étonnant quand on pense que ce sont les mêmes ingrédients qui permettent de le préparer…

 

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11 Mar Une société toute entière à réinventer

Publié dans la Tribune le 10/3/2016

« Nous sommes condamnés à construire » une nouvelle société, qui se base sur les énergies individuelles « décuplées par la puissance du réseau planétaire », affirme Michel Lévy-Provençal, fondateur du do-tank L’Échappée volée, à la tête des conférences TEDxParis et pilote du réseau TEDx en France.

Remontons mille ans en arrière : seul le roi avait la capacité de changer le cours des choses. Depuis un siècle et la Révolution industrielle, c’est le patron d’industrie qui accapare ce pouvoir. Dans la prochaine décennie, l’individu héritera de cette opportunité et de cette responsabilité. Ce qui semblait jadis être une utopie devient un principe de réalité. Car aujourd’hui, chacun d’entre nous peut changer le monde par notre capacité à fédérer des individus, créer des communautés, influencer et toucher le plus grand nombre.

Résoudre les grands défis de notre temps
À l’ère digitale, le partage devient un pouvoir à prismes multiples et la génération qui a grandi avec internet possède une formidable opportunité pour résoudre les grands défis de notre temps comme l’éducation, la santé, l’énergie ou les inégalités. Le partage favorise l’économie collaborative, circulaire, inclusive, et booste l’ingéniosité collective.

Les crises économiques, écologiques et sociales qui se succèdent depuis des décennies aboutissent à une crise politique qui nous oblige à repenser notre engagement dans une société qui a de plus en plus soif de solidarité et de partage.

La répartition des richesses n’a jamais été aussi inégale sur la planète. Simultanément, jamais les modèles économiques basés sur la contribution et le partage n’ont connu une telle croissance. A tel point que les experts, économistes et prospectivistes les plus reconnus s’accordent à dire que nous sommes condamnés à construire une « société du sens » : une nouvelle société fondée sur des énergies individuelles, décuplées par la puissance du réseau planétaire.

Le numérique révolutionne les économies
A l’instar des géants de l’internet qui ont prouvé, en une décennie seulement, qu’ils avaient la capacité de transformer de nombreuses économies (infrastructures, culture, communication, marketing et, plus récemment, santé, transports, éducation), c’est l’ensemble du secteur privé qui s’empare du sujet du bien commun et tente de se substituer à des pouvoirs publics dont l’efficacité décline progressivement.

Les entreprises ont un rôle majeur dans la transition que nous vivons. Le XIXe siècle a vu l’industrie supplanter le modèle agricole. Depuis les années 1970, la société de l’information a radicalement transformé notre civilisation. La révolution numérique, internet, sa puissance de mise en réseau et de désintermédiation, révolutionnent des pans entiers de nos économies et de nos sociétés.

Transformer notre rapport à la vie de la cité
La dernière étape de cette révolution est celle qui va transformer notre rapport à la vie de la cité et notre responsabilité individuelle vis-à-vis du collectif. Au delà des clivages politiques archaïques, droite, gauche, anciens, modernes, libéraux et collectivistes, une nouvelle société est forcée à se réinventer urgemment.

Cette société, agile, pragmatique, résolument inscrite dans l’action, en permanence dans l’expérimentation, intègre le risque d’échec dans son processus de réinvention. Elle sait que la somme des responsabilités individuelles est plus efficace que le poids de l’obligation collective.

Dans ce sens, les entreprises doivent penser de nouveaux produits et services sans contradiction entre profit et intérêt général. Elles doivent réinventer un modèle collaboratif avec les services publics et les citoyens en combinant leurs forces. Elles doivent redonner un sens à l’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante et virale. C’est à chacun de nous d’y prendre part.

 

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10 Mar Au delà de cette #LoiTravail

On peut tout dire du contenu de la loi, elle a, en l’état, un seul avantage si elle est votée : rompre symboliquement avec une vision archaïque et dogmatique du rapport au travail pour commencer seulement à vraiment s’attaquer aux vrais sujets !

1-Le salariat vit son crépuscule.
Remettre à plat le code du travail et le simplifier drastiquement en arrêtant de penser CDD ou CDI. Plus de flexibilité renversera le rapport de force en faveur du prestataire ou de l’employé, en défaveur des syndicats évidemment mais au final avec un effet positif sur l’activité.

2-Le système bancaire bloque l’investissement.
Instaurer des assurances publiques pour que les emprunteurs, les entrepreneurs et les locataires arrêtent d’être bloqués dans leurs projets par les banques. Ajouter un dispositif fiscal dissuasif voire des amendes pour les institutions qui ne jouent pas le jeu.

3-Le revenu universel est l’innovation sociale incontournable de l’ère post-salariat
Refondre radicalement le budget d’aide sociale (chômage, CAF, RSA, retraites…) hors assurance maladie pour financer un revenu universel d’en moyenne 800 euros par mois pour tous.

4-Anticiper la robotisation et l’intelligence artificielle de masse.
Taxer les capacités de production des intelligences artificielles et robots au delà d’un certain seuil est incontournable pour financer la transition vers l’ère post salariat.

5-S’adapter à l’accélération de la transformation des métiers.
Simplifier la formation professionnelle en ouvrant radicalement les possibilités d’usage d’un compte personnel de formation continue à vie pour tous dès le premier jour d’entrée dans la vie professionnelle.

Aucun politique à ce jour ne propose un programme à la hauteur de l’enjeu. On est encore très loin d’un tel scénario, mais la France a historiquement été pionnière en matière d’ingénierie sociale. Le renouvellement de la classe politique est un pré requis incontournable quitte à imposer des quotas de nouveaux venus dans chaque strate de la vie publique.

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21 Fév Les conférences seraient-elles l’avenir du travail ?

La semaine passée je découvrais cet article de Tim Leberecht, (le Chief Marketing Officier de FrogDesign) dans lequel il s’interroge sur l’importance des conférences au coeur de nos longues vies professionnelles : « les conférences seraient-elles l’avenir du travail ? ». Nous travaillons depuis sept ans à l’organisation de conférences comme TEDxParis ou L’ÉCHAPPÉE. Notre double rôle de prescripteur de contenus et d’organisateurs d’événements nous a en effet confronté au monde de l’entreprise, à ses limites dans la pratique quotidienne mais aussi à ses aspirations à faire quelque chose de différent. Assister à une conférence est une excellente façon de sortir la tête de notre quotidien numérique pour aller à la rencontre des autres. C’est une bouffée d’oxygène, voire de fantaisie, et bon moyen de créer du lien social. Au point que l’entreprise devrait s’inspirer des conférences pour devenir un lieu d’ « échanges sociaux, un théâtre d’interactions et de débats, de stimulation intellectuelle et affective, de moments de surprises et de satisfactions, et même de divertissement ». Leberecht met en lumière 5 éléments que l’entreprise peut tirer des conférences.

  1. « Les séminaires ont un impact significatif sur la culture de l’entreprise et la motivation des équipes.» Nous avons constaté que c’était souvent le seul moyen de nouer un contact humain et incarné avec ses équipes. Je rajouterai qu’être dans un lieu neutre accroît cette sensation d’intimité, car chacun se sent légitime de se l’approprier à égalité avec l’autre. Citée dans l’article, Lisa Shufro, organisatrice de conférence et ancienne productrice exécutive de TEDMed et du festival Life is Beautiful, précise: « une chose que les bonnes conférences font, est de mettre les personnes dans un état prompt à l’apprentissage. L’éclairage, les sièges, la nourriture, le programme et le calendrier : tout cela travaille de concert pour vous amener hors de votre zone de confort et aiguiser votre appétit pour la découverte. » Plus qu’une zone de confort, je pense qu’il s’agit d’une zone d’habitude : la routine a un effet rassurant, car la personne ne sort pas de son domaine de compétences et son propre logiciel interne n’est pas mis à l’épreuve.
  2. « Les dirigeants doivent savoir créer des communautés ad hoc, pour une période de temps limitée autour d’un objectif clair. En revanche ce lien devient durable parce que l’expérience, ou son souvenir, continue à avoir un écho. » Il faut en effet que le public se sente à la fois témoin privilégié et acteur de l’événement, qu’il puisse se l’approprier comme son voisin, même s’ils sont issus de cultures et d’univers très différents.
  3. La capacité à construire une histoire (storytelling) est désormais une compétence clé dans le monde du travail. Plus nos sociétés intègrent du virtuel, plus elles génèrent un besoin de relier réellement les individus. Et pour les relier, nous avons constaté qu’ils devaient se parler : évidemment pas décliner oralement leur CV ou leur biographie, mais raconter des histoires, se raconter. Leberecht nous explique qu’ « un nombre croissant d’entreprises ont créé le poste de « conteur en chef » et ont embauché des journalistes (voire même des écrivains) pour rassembler les histoires individuelles d’une organisation en un seul récit collectif inspirant ». Et plébiscité par tous, on retrouve le talk façon TED, en 18 minutes maximum. J’ai découvert ce format de conférences il y a presque 10 ans, et depuis, c’est une méthode que j’utilise de manière systématique lorsque je forme des clients en prise de parole en public. Son impact est sans commune mesure avec un discours classique, même bien rôdé.
  4. « En fournissant un cadre pour que l’inattendu se produise, les conférences offrent une alternative aux moteurs de recommandations algorithmiques et aux processus essentiellement linéaires au travail ». L’inattendu est un élément primordial dans les processus de réflexion et d’innovation : l’individu n’avance plus par rapport à une solution car il ne la connaît pas, il avance avec ses sens en éveil et sa créativité à son maximum.
  5. Enfin, Leberecht évoque le renoncement au contrôle en prenant l’exemple du Renaissance Weekend, précurseur dans le concept de non-conférence : « chaque convive est invité à donner au moins une conférence, à participer sur un panneau ou à modérer une discussion. Tout est officieux, et bien qu’il y ait un programme bien organisé, il y a beaucoup de place à la spontanéité et la circulation ». De la même façon, dirigeants et salariés doivent apprendre à lâcher prise et à sortir de leur zone de confort pour expérimenter autre chose, pour se retrouver à pied d’égalité. Ce ne sont plus les dirigeants qui sont seuls prescripteurs et experts, mais aussi les salariés.

Leberecht a raison quand il affirme que « les enjeux sont devenus plus élevés pour les organisateurs et les chefs d’entreprise ». Le fait que toutes ces nouvelles conférences soient plébiscitées montre l’engouement du public et sa soif de changement. Les organisateurs doivent donc être de plus en plus performants, tant sur le contenu que sur son enveloppe, et se mettre au niveau de l’exigence de son public. De leur coté, les entreprises doivent réaliser que ces formats déclenchent un regain de créativité et un fort désir d’interaction chez leurs employés, et qu’ils peuvent s’appuyer sur les organisateurs de ces conférences, pour créer une nouvelle dynamique dans leurs services. C’est donc notre rôle à nous organisateurs, d’assurer la transmission des valeurs, de l’énergie et des idées que nous portons dans nos événements, vers les entreprises, leurs dirigeants et leurs salariés, afin qu’ils puissent multiplier leur créativité et leur soif d’apprendre.

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16 Fév L’économie du « vrai » partage.

En mai 2011, Ariana Huffington annonçait la vente au groupe AOL de son site d’information participatif, le Huffington Post, pour un montant de plus de 300 millions de dollars. Quelques semaines plus tard, une fronde s’élevait parmi les blogueurs contributeurs du site. Ils revendiquaient un tiers de ces fonds, au titre de la valeur générée par leur travail non rémunéré. Un procès, qui durera quatre ans, les déboutera finalement, sans apporter de réponse à une pratique croissante à l’ère de l’économie participative.

Aujourd’hui, la question reste entière. Lorsque la valorisation d’entreprises comme Google, Facebook, Uber ou Airbnb atteint des milliards de dollars grâce à la capitalisation des données et de l’activité de leurs utilisateurs, il est légitime de s’interroger sur la façon dont ces derniers pourraient être rémunérés au titre de la valeur qu’ils ont permis de créer. Cette idée fait son chemin à mesure que des solutions techniques apparaissent. Parmi celles-ci, les « blockchains », ces bases de données décentralisées d’historiques de transactions, permettent d’assurer de façon exhaustive, transparente, ouverte et sans intermédiaire unique la traçabilité de transactions.

Imaginez, par exemple, que chaque donnée, contenu, recommandation ou avis laissé sur le réseau puisse être conservé et attribué à son auteur. Imaginez que cette « transaction », et la valeur à laquelle elle est attachée, soit comptabilisée et rémunérée. C’est en quelque sorte ce que proposent et mettent en oeuvre les « organisations autonomes décentralisées ». Elles vont même au-delà de la seule rémunération, puisqu’elles attribuent une part de capital et un droit de vote à chaque contributeur. Des organisations se sont bâties sur cette philosophie, à l’instar de La’Zooz, plate-forme de transport partagé.

Le jour où chauffeurs de voiture, propriétaires d’appartement (ou tout un chacun) rejoindront une plate-forme indépendante, décentralisée, ouverte et transparente pour proposer leurs services en utilisant cette logique pour se rémunérer, alors la répartition de la valeur créée sera bien plus équitable et juste. Uber, Airbnb, Facebook, Google et les autres auront du souci à se faire. A bon entendeur…

Cet article est publié dans lesEchos du 16/02/16
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12 Jan 2016, année de l’innovation raisonnée

Chronique publiée dans LesEchos du 12/01/2016.

 

Ces dernières années, nous avons vécu une accélération massive de la transformation du monde par le numérique. Et ce n’est qu’un début, affirment certains prospectivistes, qui promettent des changements radicaux liés à la croissance exponentielle des capacités de calcul et de communication, à l’avènement des biotechnologies et nanotechnologies et aux avancées scientifiques dans la connaissance du cerveau. L’année 2015 a été une année choc : les organisations publiques et privées ont pris conscience de la transformation en cours. Le bréviaire de l’innovation radicale (villes intelligentes, médecine personnalisée, économie du partage, voitures autonomes, Mooc, etc.) n’a jamais été aussi loué.

Mais la fin de l’année a marqué un frein dans cet emballement, comme si cette vision naïve d’un futur utopique et radicalement nouveau se fissurait. Quelques signes l’annoncent. Les projets de « smart cities » ralentissent en Pologne ou en Inde, où la coopération entre les habitants prend le pas sur la seule innovation technologique. Même le magazine « Wired », bible des technophiles américains, prédit l’entrée des objets connectés et du « wearable » dans une phase de désillusion, et s’attend à des jours difficiles pour les fameuses « licornes », ces start-up valorisées plus 1 milliard de dollars en moins de 36 mois.

Sommes-nous à la veille d’un nouvel éclatement de la bulle technologique ? La célèbre courbe de Gartner nous apprend que toute technologie vit des cycles en quatre phases : l’apparition, le pic des attentes surdimensionnées, le creux de la désillusion et le plateau de la productivité. Il est probable que nous soyons entrés dans une phase de désillusion, qui reste souvent une bonne nouvelle car elle annonce une période de maturité et de démocratisation. L’année 2016 sera-t-elle une année de consolidation ? Le buzz laissera-t-il place au discernement ? L’innovation raisonnée supplantera-t-elle l’innovation radicale pour un accompagnement plus humain et réaliste des transitions qui nous attendent ? C’est en tout cas souhaitable.

 

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