Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet

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06 Mar Présidentielles : le temps de la disruption

A quoi reconnaît-on les « disrupteurs » ?

Les disrupteurs restent longtemps sous le radar. Dans une période de forte volatilité ils grandissent subitement de manière exponentielle pour apparaître soudainement, comme venus de nulle part, en raflant la mise et en mettant en péril les acteurs les plus puissants et installés du secteur.

Ils remettent en question les méthodes traditionnelles. Ils désintermédient et contournent les structures et intermédiaires traditionnels. En créant des plateformes, ils mettent en relations directement entre elles les parties prenantes (clients et fournisseurs, fournisseurs et fournisseurs, clients et clients).

Ils construisent des écosystèmes ouverts de partenaires, où même des concurrents se croisent parfois pour coopérer… Ils s’incarnent dans une marque portant une mission claire auxquelles les parties prenantes adhérent et trouvent leur intérêt.

Ils tentent de limiter les effets du système immunitaire de l’ancienne organisation. C’est pour cela qu’ils restent le plus longtemps possible indépendants, autonomes, loin des circuits traditionnels et grandissent de manière frugale, par leurs propres moyens. Jusqu’au moment où ils deviennent assez puissants pour renverser les règles du jeu.

Ils sont centrés sur “leurs utilisateurs”, pas sur eux-mêmes. Ils évoluent de manière agile en étudiant finement les attentes de leurs cibles afin de s’adapter au mieux.

Ils n’ont pas peur de l’échec, et n’ont pas grand-chose à perdre. Ils prennent des risques qu’une structure traditionnelle ne peut pas prendre.

Enfin, ils n’hésitent pas à tuer les vaches sacrées, les piliers sur lesquels reposent l’ancien système.

Jacques Juliard évoque dans le Figaro “l’heure du centre” et s’interroge sur l’arrivée probable des centristes au pouvoir. Il explique ce phénomène par l’apparition soudaine d’une configuration résultante des primaires, qui a pour effet de radicaliser droites et gauches et de laisser un boulevard au centre à Emmanuel Macron dont la victoire est désormais possible.

Certes.

Mais cette analyse masque un phénomène plus profond : les grands partis politiques, tels les grands groupes, sont mis à mal par des acteurs qui essaient de les disrupter de l’intérieur comme de l’extérieur. Dans un environnement à volatilité extrême comme celui dans lequel nous sommes entrés, les acteurs traditionnels ont peu de choix devant eux : tenter de résister et mourir, s’adapter en rejoignant le mouvement pour survivre, tenter de faire semblant en adopter les postures du changement ou basculer et jouer à fond le jeu de la transformation.

Si vous passez en revue les différentes stratégies des candidats en course depuis six mois, au regard de ce qu’est une organisation qui disrupte, vous vous rendrez compte que certains se griment en startups de la politique en adoptant les postures sans changer leur logiciel, d’autres voient en leur sein émerger des “intrapreneurs” osant remettre en question les féodalités et l’ordre établis sans véritablement y parvenir car ils sont neutralisés par le système immunitaire qui les entoure, d’autres enfin adoptent la posture des “pure-players” venus de nulle part, prennent tous les risques, pour tenter d’imposer un nouveau modèle.

Je ne vous ferais pas l’affront de remplir les cases en revanche je vous laisse aisément imaginer ceux qui incarneront les Yahoo, Kodak et Uber de cette élection avec les bénéfices et les méfaits qui en découlent…

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27 Fév L’Homme au 21e siècle, en 2 prophéties, 4 étapes et une évidence

Aucun, des transhumanistes et des bio-conservateurs, n’accepte l’Homme tel qu’il est : les premiers parce qu’il est limité et les seconds parce qu’il succombe à l’extension de sa puissance…

À l’aube du nouveau millénaire, comme aux premières années de l’an mil, les Hommes s’enivrent de prophéties. Or depuis une dizaine d’années, nous en voyons émerger pléthores. Parmi les plus répandues, il y en a deux sur lesquelles je vous propose de nous attarder.

La première, bio-conservatrice, décliniste, dystopique, est construite sur le constat de trois crises simultanées : le dérèglement climatique, l’emballement régulier des mécanismes de régulation économique et financiers et plus généralement l’incapacité pour l’Homme de maîtriser la complexité croissante des systèmes qu’il a créés. Ce tsunami, superposition de trois vagues sous-jacentes, nous mènerait d’ici quelques années, comme le dit Paul Jorion dans ses écrits, à une chute mortelle comparable à celle des troupeaux de lemmings qui se jettent du haut de leur falaise !

La seconde prophétie, transhumaniste, à l’inverse, promet vie éternelle et abondance aux Hommes du 21e siècle ! Elle invite à embrasser les avancées exponentielles de la technologie et à accepter avec sérénité l’évolution choisie d’une humanité 1.0 terrestre faite de chair et de sang vers une humanité 2.0 universelle faite de silicium et de photons…

Cette deuxième prophétie prend racine dans les fantasmes de la Silicon Valley. Parmi ses prophètes on retrouve le sémillant Peter Diamandis, auteur des best sellers Bold et Abundance. Dans une tribune, il décrivait comment l’Homme pourrait, en quatre étapes et trente ans seulement, connaitre une évolution comparable à celle des… 3,5 milliards dernières années !

En effet, comme le rappelle Diamandis, il y a 3,5 milliards d’années nous n’étions que des organismes monocellulaires, des sacs de cytoplasmes dans lesquels flottaient de l’ADN. 2 milliards d’années plus tard ces organismes monocellulaires se dotaient d’une technologie capable de manipuler énergie (mitochondries) et information (chromosomes). Il y a 1,5 milliard d’années nous commencions à devenir des organismes multicellulaires capables de coopérer et de constituer des êtres vivants complexes. Il y a 400 millions d’années, des animaux amphibies quittaient leur habitat (les océans) pour peupler les terres et démarrer un nouveau cycle d’évolution.

Peter Diamandis voit dans cette évolution en quatre étapes, une similitude avec ce que nous vivrons dans les trente prochaines années, 100 million de fois plus rapidement ! Première étape, les humains actuels seraient comparables aux premières formes de vies monocellulaires. Seconde étape, en intégrant de nouvelles technologies, nous deviendrions largement plus efficaces pour traiter information et énergie. Troisième étape, nous devrions commencer à nous interconnecter massivement grâce aux biotechnologies et à l’intelligence artificielle comme ont pu le faire les premières formes de vie multicellulaires il y a 1,5 milliards d’années. Quatrième étape, nous pourrions sortir de notre environnement naturel et devenir une espèce colonisant d’autres planètes comme l’ont fait à leur échelle les premiers amphibiens qui ont peuplés les rivages il y a 400 millions d’années.

Transhumanistes et bio-conservateurs sont opposés dans leur façon d’appréhender le futur de l’humanité. Les premiers osent réaliser le rêve démiurgique de l’Homme. Les seconds ne supportent pas que l’Homme puisse céder à ses fantasmes les plus secrets, dépasser ses limites, celles de son environnement et de ses propriétés organiques… de peur qu’il ne périsse. Finalement ces deux prophéties ne disent qu’une chose, évidente : le 21e siècle devrait voir disparaître l’Homme tel que nous le connaissons…
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21 Fév De l’I.A. et de la bêtise humaine

Chaque jour, nous découvrons les avancées stupéfiantes des équipes de Google ou d’IBM en matière d’intelligence artificielle. La dernière en date concerne “l’apprentissage par transfert“, autrement dit la capacité pour une intelligence artificielle d’acquérir un savoir-faire sur un tâche donnée grâce aux connaissances d’une autre intelligence acquise dans un contexte différent…

De plus en plus de voix s’élèvent pour nous avertir des dangers majeurs de l’émergence d’une super intelligence artificielle qui serait amenée à nous asservir. Il demeure que d’ici là, le risque le plus probable est de voir notre société totalement révolutionnée par la mise en concurrence avec des robots moins évolués qu’on ne le pense. Nos classes moyennes devraient s’adapter ou en sortiraient ruinées. Pour accompagner le phénomène, même Bill Gates et Elon Musk militent pour l’instauration d’un revenu universel.
Bill Gates va même plus loin en prônant une taxation des robots ! Benoit Hamon serait-il le plus éclairé des candidats à l’Elysée ?! Sans aucun doute, l’Homme poursuit son fantasme démiurgique de recréer l’esprit et le corps qui le composent et fait preuve ces temps-ci d’une efficacité encore jamais égalée.
Désormais, les biotechnologies et les outils de manipulation du génome ouvrent des perspectives encore inimaginables il y a quelques années. Une nouvelle ère s’ouvre et nous permet d’envisager la création de nouvelles formes de vies. Elle promet la capacité de reproduire tout ou partie des êtres vivants en en modifiant parfois certaines propriétés pour les doter de nouvelles capacités.
Plus proche de nous, saviez-vous que depuis 2013, le coût de synthèse de protéines animales (viande rouge ou blanche) a été divisé par 30 000 ! Aujourd’hui un steak de bœuf artificiel coûte encore 3 à 4 fois le prix d’un steak naturel, mais cette anomalie ne devrait plus durer bien longtemps. D’ici 2020, il nous coûtera probablement moins cher de nous nourrir de viande artificielle que d’abattre des animaux.
Paradoxalement, ceux qui en tireront le plus grand bénéfice seront d’abord les bêtes. Elles n’auront plus besoin de souffrir et mourir afin de nous nourrir. Et évidemment, c’est tant mieux pour elles. Mais vous rendez-vous compte tout de même, boutade mise à part, que nous nous préparons à vivre ruinés et asservis en nous nourrissant de bêtes que nous respecterons plus que nos semblables ?
Le grand Einstein, a qui nous devons le 21eme siècle, nous prévenait déjà : “Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue.”

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29 Déc Nos RDV en 2017

Rassurons-nous, je n’utiliserai pas ce précieux temps de lecture pour nous remémorer les mauvaises nouvelles de 2016. Au contraire, je propose de prendre quelques minutes pour changer de point de vue.

Regardons à long terme : les grandes tendances positives se confirment, comme l’évolution du taux d’extrême pauvreté ou de la mortalité infantile, de l’accès aux vaccins, de l’éducation et de l’ouverture à la démocratie.

Plus proche de nous, contrairement aux apparences, de nombreuses bonnes nouvelles ont aussi marqué l’année. En 2016, un vaccin contre le virus Ebola a été conçu et l’épidémie a été éradiquée. En 2016, après 50 ans de dictature militaire, la Birmanie rejoint les pays dirigés par un président élu. En 2016, la guerre a disparu du continent américain, depuis que les Farcs et le gouvernement colombien ont signé un accord de paix… La Guinée et l’Ile de Nauru ont aboli la peine capitale. La Colombie et le Groenland ont légalisé le mariage homosexuel et l’Italie a adopté une union civile. Après 54 ans de froid diplomatique, les Etats-Unis et Cuba ont rétabli leurs relations. Les dons des plus fortunés à l’égard des associations ont encore augmenté en France (+80% depuis 2010). Nous avons enfin voté une loi mettant fin au gaspillage alimentaire en empêchant les grandes surfaces de jeter de la nourriture et de rendre leurs invendus impropres à la consommation. Les sacs en plastique à usage unique sont désormais interdits aux caisses des magasins. Nous pouvons prétendre, d’après une étude de PwC, au titre de capitale de l’économie collaborative européenne. L’Accord de Paris nous a permis de continuer à espérer une solution globale contre le dérèglement climatique. Le Costa Rica a réalisé l’exploit d’utiliser des énergies exclusivement renouvelables pendant plus de 3 mois consécutifs. À plus petite échelle, le Portugal a réussi cet exploit pendant près d’une semaine en 2016. En Norvège et en Islande, 60 à 70% de l’énergie annuelle consommée est verte. Enfin, de grands programmes de transition ont été lancés en Chine, en Inde et dans les pays émergents pour atteindre un équilibre à l’horizon 2030. Le premier avion 100% solaire, Solar Impulse, a bouclé un tour du monde. Pour la première fois, le célèbre trou dans la couche d’ozone est en passe de se refermer. L’Afrique du Sud a donné le coup d’envoi d’un essai clinique de vaccin contre le Sida d’une ampleur inédite. Une entreprise française, a annoncé la commercialisation d’une route équipée de panneaux photovoltaïques capable de produire de l’énergie solaire. L’interdiction de la pêche à plus de 800 mètres de profondeur a fait l’objet d’un accord entre les institutions de l’Union européenne. Nous en avions parlé longuement en 2013, notamment à TEDxParis. Thomas Pesquet a décollé pour l’ISS après un entrainement intensif de plus d’un an. En  2012 sur la scène de TEDxParis à l’Olympia, nous le recevions pour nous parler de son rêve de conquête spatiale.  Encore plus près de nous, plusieurs projets aidés par la communauté de L’ÉCHAPPÉE VOLÉE ont pris leur envol : Bob Emploi de Paul Duan, My Human Kit de Nicolas Huchet, Woodoo de Thimothée Boitouzet ou Simplon de Erwan Kezzar. Je pourrais continuer longtemps…

Pourtant, j’entends encore cette petite voix qui continue à douter. Evidemment, elle n’a pas complètement tort et il serait aisé de citer les horreurs qui ont jalonné l’année passée. Oui, les défis auxquels nous faisons face sont immenses, mais c’est la vision que nous nous faisons de notre avenir, l’énergie que nous sommes prêts à déployer, notre engagement, d’une certaine manière notre optimisme, qui seront déterminants et nous permettront d’y répondre. Avons-nous un autre choix que l’audace, le courage et la volonté ? Au delà des clivages politiques qui vont nécessairement se cristalliser en 2017, nous avons le devoir de nous concentrer sur les solutions, les actions positives, les énergies bienveillantes et transmettre cet enthousiasme autour de soi. C’est ce que je continuerai à faire l’an prochain, en partageant les bonnes nouvelles, en aidant les acteurs qui oeuvrent pour le bien commun, en faisant connaître les innovateurs qui imaginent et agissent pour un monde meilleur. Cette année encore, je nous réserve quelques surprises qui iront dans ce sens. Elles apparaitront dans mes compte-rendus quotidiens entre les 24 et 28 avril prochains, lors de la 31e conférence TED à Vancouver. Nous pourrons aussi nous retrouver entre les 12 et 14 mai prochain à Chantilly pour la 4ème édition de L’ÉCHAPPÉE VOLÉE. J’espère pouvoir continuer à échanger quotidiennement sur les réseaux sociaux, par email ou IRL.

A ce sujet, je vous propose de nous retrouver à L’ÉCHAPPÉE VOLÉE les 12, 13, 14 mai 2017 autour de 50 speakers et 10 fellows sélectionnés pour leur vision singulière du monde et leur engagement à résoudre certains des grands défis qui nous attendent : la croissance imperturbable des inégalités, l’emploi à l’heure de la complémentarité homme / machine, l’économie du partage et l’émergence d’un nouveau capitalisme, les promesses folles de la société de l’abondance, la fin de l’argent, les défis et opportunités des transports autonomes, la démocratie digitale à l’heure du retour aux populismes, les nouvelles formes de vies synthétiques, l’mergence d’une psyché artificielle, la nano-impression ou la future usine du réel… Issus des milieux académiques, scientifiques, artistiques et économiques du monde entier, les Échappés convergeront à Chantilly pour 3 jours et 2 nuits d’innovation au service du bien commun. Un mail a été adressé aux membres de la communauté proposant de s’inscrire à des conditions privilégiées avant le 31/12. Les places en résidence pour le week-end sont presque épuisées, contactez-moi si vous souhaitez bénéficier des derniers pass. Par ailleurs, les inscriptions publiques pour la journée de conférence du samedi 13 mai seront ouvertes en janvier.

Excellent réveillon plein de nouvelles résolutions !

Michel.

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25 Oct Nos politiques oublient le futur

Sur le front des avancées technologiques, chaque jour apporte son lot de preuves que nous vivons une révolution équivalente à plusieurs Gutenberg simultanés. L’intelligence artificielle se développe à une vitesse exponentielle. Couplée aux biotechnologies, elle promet d’éloigner le spectre de notre propre mort, voire de faire émerger une nouvelle humanité. Des initiatives privées américaines, comme Calico et 23andMe, les filiales biotech de Google, ou celle du couple Zuckerberg, dont le but est d’éliminer toutes les maladies d’ici à la fin du siècle, sont des symptômes de cette fièvre transhumaniste qui embrase la Silicon Valley. La Chine n’est pas en reste : la start-up iCarbonX vise le séquençage ADN de 100 millions de personnes pour révolutionner la médecine préventive…

 

Cette révolution n’en est qu’à ses prémices. Etats-Unis et Chine ont pris une avance considérable dans les technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information, sciences cognitives). L’Europe est à la traîne et, au regard des débats politiques en vue de l’élection présidentielle française, rien n’indique que cela changera. Avez-vous remarqué combien les enjeux relatifs à ces technologies sont absents des discours de nos candidats déclarés ? Le fossé qui sépare, d’un côté, ce silence, et de l’autre, les prises de positions de Barack Obama dans une récente interview à « Wired » est abyssal. Il est urgent que nous, citoyens, alertions nos dirigeants sur ce sujet, qui sera central dans les prochaines années.

Si nous voulons éviter que la France et l’Europe ne deviennent des colonies sous le joug des puissances technologiques américaines et chinoises, il nous faut encourager les politiques qui permettront de faire émerger les Léonard de Vinci ou les François Ier du XXIe siècle ! Enfin, au même titre que ce qu’ont permis de réaliser les COP sur la question du climat, le prochain président français serait bien inspiré d’initier la première série de grandes conférences sur les NBIC rassemblant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, philosophes et citoyens. Objectif : accompagner le plus important défi que l’humanité ait connu depuis son apparition.
Chronique initialement publiée dans les Echos

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15 Oct 7 pistes pour ramener un extrémiste à la raison

Note à l’intention de ceux qui voudront débattre avec les extrémistes en tout genre qui peuplent de plus en plus notre société :

1. Ne les forcez pas à défendre leur position. Face à un discours absurde il est tentant de s’engager dans un débat houleux qui pousse vos interlocuteurs à défendre leur position coûte que coûte et les braque.

2. Privilégiez l’information à l’émotion. Préférez leur soumettre une information et laisser leur du temps sans attendre de confirmations ou de réponses immédiates de leur part. « Tiens cette information pourrait vous intéresser compte tenu de votre intérêt pour le sujet. Quand vous aurez le temps, je serais preneur de votre commentaire. »

3. Ne débattez pas biais contre biais ! Ne perdez sous aucun prétexte votre crédibilité en perdant votre réalisme. Si on vous soumet un argument juste, acceptez le !

4. Evitez l’affrontement. Ne leur faites pas l’affront de devoir choisir votre point de vue plutôt que le leur ! Trouvez une troisième voie. Il est plus simple de proposer une voie de côté plutôt que de les convaincre d’accepter votre position.

5. Permettez leur de sauver la face ! Les gens changent rarement d’avis s’ils ne trouvent pas une voie qui leur garantisse dignité et crédibilité.

6. Aidez-les à trouver la raison « officielle » de leur revirement. Elle doit être cohérente avec leur système de valeur qui leur a fait changer d’avis. Changer d’avis est un long processus, mais il doit pouvoir être résumé en un événement unique, marqueur du point de bascule et cohérent avec un système de pensée et de valeur qui reste celui de votre interlocuteur.

7. Une fois convaincu, ne les punissez pas de votre jugement. Évitez le « enfin ! Je te l’avais bien dis » qui risque de ruiner tous vos efforts. Exprimez plutôt votre respect : « je suis heureux que nous ayons pu avancer ensemble dans cette réflexion »

(D’après le HBR : « how to build an exit ramp to Trump supporters »)

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10 Mai Pour un crash-test de civilisation

Publié dans LesEchos le 10 mai 2016 

Notre génération a bâti un monde d’une puissance inégalée en terrassant l’espace et le temps. Si l’on en croit les prophètes de la Silicon Valley, les prochaines décennies nous engagent dans le dernier combat avant le changement de notre espèce : la lutte contre notre propre mort, l’augmentation radicale de nos capacités physiques et intellectuelles et, à terme, l’abandon possible de notre enveloppe charnelle au profit d’une intelligence artificielle désincarnée…

Le nouveau siècle a également débuté avec le détournement d’un outil technologique, l’avion de ligne, par une poignée de terroristes, tuant 3.000 personnes et chamboulant l’ordre mondial. Cet effet de cascade illustre à la fois la puissance et la fragilité du système que nous avons bâti. « Le progrès et la catastrophe sont l’avers et l’envers d’une même médaille », comme le rappelait Hannah Arendt.

Mais le fantasme démiurgique de l’homme le rend aveugle. Imaginez, demain, l’attaque délibérée d’infrastructures électriques à l’échelle d’un continent ou l’avènement du « big one », le tant redouté tremblement de terre sur la faille de San Andreas (Californie). Quels impacts auraient de tels événements sur nos sociétés, devenues si dépendantes du numérique et des infrastructures sous-jacentes ?

Dans un crash, les dégâts sont proportionnels à la vitesse. Or nous vivons dans un monde dont l’évolution n’a jamais été aussi rapide et qui accélère à l’échelle exponentielle. Face aux risques d’accidents, les industries les anticipent, par exemple en mettant en oeuvre des crash tests. Mais que faire à l’échelle d’une civilisation ?

A un an de l’élection présidentielle, probablement la plus importante des cinquante dernières années, nos candidats devront être prêts non seulement à accompagner la dernière étape de la transition numérique, mais surtout, et simultanément, à se préparer, comme le suggère le théoricien de la vitesse Paul Virilio (« L’Accident originel », 2005), aux scénarios de destruction des infrastructures que nous bâtissons et à créer les conditions de notre résilience.

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22 Mar S’ouvrir aux autres pour prévoir l’avenir

Publié dans LesEchos le 22 mars 2016

Prédire le futur a toujours constitué un Graal. Qu’il s’agisse de prévoir l’évolution d’un cours de Bourse, le résultat d’une élection ou le dénouement d’un conflit, de Nostradamus à Ray Kurzweil ou Nicholas Negroponte, les oracles ont marqué les époques. Le premier en prophétisant les grandes guerres et les seconds, aujourd’hui, en dessinant le périmètre d’un nouvel ordre économique, social, technologique, voire l’émergence d’une nouvelle espèce humaine.

Dans le monde, il existe de nombreux lieux où l’on fait de la prospective et construit les scénarios plus ou moins probables, de futurs plus ou moins lointains. C’est le cas de la Singularity University ou de l’Institute for the Future, tous deux basés dans la Silicon Valley. Proposant une approche différente, basée sur l’intelligence collective, le programme The Good Judgment Project est un tournoi qui rassemble chaque année, depuis 2011, plusieurs centaines d’experts d’univers différents travaillant en ateliers. Objectif : constituer une base de données de prévisions pondérées de probabilités.

Le fondateur du programme, Philip Tetlock, a publié un ouvrage intitulé « Superforecasting : The Art of Science and Prediction », déjà évoqué dans ces colonnes , qui synthétise les connaissances acquises au cours de ces sessions. Il nous apprend que les équipes les plus performantes ne sont pas nécessairement celles dotées d’une intelligence supérieure, mais celles qui savent rester humbles, ouvertes, curieuses, avec une vision à 360° sur les problématiques posées. Elles sont dotées d’un esprit de synthèse, de pragmatisme et se méfient des idées préconçues et des biais cognitifs. Le programme a prouvé que la transdisciplinarité, l’expérimentation et la recherche permanente d’arguments contradictoires, voire de controverses, sont d’une efficacité redoutable dans la constitution des scénarios prospectifs. En somme, et contre toute attente, Philip Tetlock prétend que l’expertise ne surpasse pas le processus itératif pour prévoir efficacement l’avenir. Pas si étonnant quand on pense que ce sont les mêmes ingrédients qui permettent de le préparer…

 

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11 Mar Une société toute entière à réinventer

Publié dans la Tribune le 10/3/2016

« Nous sommes condamnés à construire » une nouvelle société, qui se base sur les énergies individuelles « décuplées par la puissance du réseau planétaire », affirme Michel Lévy-Provençal, fondateur du do-tank L’Échappée volée, à la tête des conférences TEDxParis et pilote du réseau TEDx en France.

Remontons mille ans en arrière : seul le roi avait la capacité de changer le cours des choses. Depuis un siècle et la Révolution industrielle, c’est le patron d’industrie qui accapare ce pouvoir. Dans la prochaine décennie, l’individu héritera de cette opportunité et de cette responsabilité. Ce qui semblait jadis être une utopie devient un principe de réalité. Car aujourd’hui, chacun d’entre nous peut changer le monde par notre capacité à fédérer des individus, créer des communautés, influencer et toucher le plus grand nombre.

Résoudre les grands défis de notre temps
À l’ère digitale, le partage devient un pouvoir à prismes multiples et la génération qui a grandi avec internet possède une formidable opportunité pour résoudre les grands défis de notre temps comme l’éducation, la santé, l’énergie ou les inégalités. Le partage favorise l’économie collaborative, circulaire, inclusive, et booste l’ingéniosité collective.

Les crises économiques, écologiques et sociales qui se succèdent depuis des décennies aboutissent à une crise politique qui nous oblige à repenser notre engagement dans une société qui a de plus en plus soif de solidarité et de partage.

La répartition des richesses n’a jamais été aussi inégale sur la planète. Simultanément, jamais les modèles économiques basés sur la contribution et le partage n’ont connu une telle croissance. A tel point que les experts, économistes et prospectivistes les plus reconnus s’accordent à dire que nous sommes condamnés à construire une « société du sens » : une nouvelle société fondée sur des énergies individuelles, décuplées par la puissance du réseau planétaire.

Le numérique révolutionne les économies
A l’instar des géants de l’internet qui ont prouvé, en une décennie seulement, qu’ils avaient la capacité de transformer de nombreuses économies (infrastructures, culture, communication, marketing et, plus récemment, santé, transports, éducation), c’est l’ensemble du secteur privé qui s’empare du sujet du bien commun et tente de se substituer à des pouvoirs publics dont l’efficacité décline progressivement.

Les entreprises ont un rôle majeur dans la transition que nous vivons. Le XIXe siècle a vu l’industrie supplanter le modèle agricole. Depuis les années 1970, la société de l’information a radicalement transformé notre civilisation. La révolution numérique, internet, sa puissance de mise en réseau et de désintermédiation, révolutionnent des pans entiers de nos économies et de nos sociétés.

Transformer notre rapport à la vie de la cité
La dernière étape de cette révolution est celle qui va transformer notre rapport à la vie de la cité et notre responsabilité individuelle vis-à-vis du collectif. Au delà des clivages politiques archaïques, droite, gauche, anciens, modernes, libéraux et collectivistes, une nouvelle société est forcée à se réinventer urgemment.

Cette société, agile, pragmatique, résolument inscrite dans l’action, en permanence dans l’expérimentation, intègre le risque d’échec dans son processus de réinvention. Elle sait que la somme des responsabilités individuelles est plus efficace que le poids de l’obligation collective.

Dans ce sens, les entreprises doivent penser de nouveaux produits et services sans contradiction entre profit et intérêt général. Elles doivent réinventer un modèle collaboratif avec les services publics et les citoyens en combinant leurs forces. Elles doivent redonner un sens à l’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante et virale. C’est à chacun de nous d’y prendre part.

 

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10 Mar Au delà de cette #LoiTravail

On peut tout dire du contenu de la loi, elle a, en l’état, un seul avantage si elle est votée : rompre symboliquement avec une vision archaïque et dogmatique du rapport au travail pour commencer seulement à vraiment s’attaquer aux vrais sujets !

1-Le salariat vit son crépuscule.
Remettre à plat le code du travail et le simplifier drastiquement en arrêtant de penser CDD ou CDI. Plus de flexibilité renversera le rapport de force en faveur du prestataire ou de l’employé, en défaveur des syndicats évidemment mais au final avec un effet positif sur l’activité.

2-Le système bancaire bloque l’investissement.
Instaurer des assurances publiques pour que les emprunteurs, les entrepreneurs et les locataires arrêtent d’être bloqués dans leurs projets par les banques. Ajouter un dispositif fiscal dissuasif voire des amendes pour les institutions qui ne jouent pas le jeu.

3-Le revenu universel est l’innovation sociale incontournable de l’ère post-salariat
Refondre radicalement le budget d’aide sociale (chômage, CAF, RSA, retraites…) hors assurance maladie pour financer un revenu universel d’en moyenne 800 euros par mois pour tous.

4-Anticiper la robotisation et l’intelligence artificielle de masse.
Taxer les capacités de production des intelligences artificielles et robots au delà d’un certain seuil est incontournable pour financer la transition vers l’ère post salariat.

5-S’adapter à l’accélération de la transformation des métiers.
Simplifier la formation professionnelle en ouvrant radicalement les possibilités d’usage d’un compte personnel de formation continue à vie pour tous dès le premier jour d’entrée dans la vie professionnelle.

Aucun politique à ce jour ne propose un programme à la hauteur de l’enjeu. On est encore très loin d’un tel scénario, mais la France a historiquement été pionnière en matière d’ingénierie sociale. Le renouvellement de la classe politique est un pré requis incontournable quitte à imposer des quotas de nouveaux venus dans chaque strate de la vie publique.

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