Deux mois sans écrire une seule ligne sur son blog. Cela doit aussi être ça l’entreprenariat. Laisser de coté une partie de ce qui nourrissait l’âme et le cœur au profit de l’efficacité, la productivité et « l’exécution de la stratégie »… Non, évidemment ! Il va sans dire que s’astreindre à une heure par semaine pour faire un point, écrire et prendre le plaisir de partager les folles idées qui me passent par le coco est utile, nourrissant et revigorant. Indispensable ! J’ai quitté il y a trois mois le noyau (en fusion) d’une des principales étoiles audiovisuelles françaises. Les nouveaux projets m’ont rattrapé puis accaparé et je n’ai pas pris le temps de réfléchir et faire le point sur les leçons de cette expérience. On ne vit pas si souvent de l’intérieur la création et la transformation digitale d’un groupe média de cette ampleur, international et en plus de 10 langues.
Entre 2007 et 2011, quatre années qui ont vu éclore successivement : la vidéo sur le web avec le rachat de Youtube par Google, l’explosion des médias pro-am particulièrement avec la montée en puissance du Huffington Post, le raz de marée Facebook puis Twitter, enfin l’avènement des nouveaux terminaux, mobiles et tablettes. Au delà des projets réalisés ces dernières années (projets qui ont répondu aux plus importantes tendances précitées), je retiens en synthèse, que l’impact sur le métier, les contenus et les processus des médias quels qu’ils soient (information ou divertissement), est finalement beaucoup plus profond que ce que j’ai eu la possibilité de démontrer.
Un modèle vieux de 25 ans
Raisonnons ensemble sur l’exemple d’une télé ou d’une radio d’Information. Aujourd’hui la grande majorité des télés ou radios d’Information que nous connaissons, celles qui émettent sur les ondes, sur l’ADSL, sur le câble sont encore conçues pour un usage tel qu’il était il y a 20 ou 25 ans. Certes, elles tentent de suivre la marche, proposent des services « adaptés » sur des nouveaux terminaux, tentent de répondre à des nouveaux usages : ici, linéarisation, là, fragmentation, voici la pollinisation… Mais on tend en réalité vers un tout autre modèle, bien plus radical. Un modèle qui ne se satisfait pas d’une simple « adaptation » des contenus et des mécanismes de distribution, un modèle qui demande une refonte profonde des processus de création, de diffusion et de distribution des contenus.
Une nouvelle matrice « contenus / usages »
Aujourd’hui la plupart des chaînes d’infos proposent un flux continu de leur programme sur leur antenne télé ou radio. Elles proposent ce que l’on pourrait appeler de la « PushTV » ou de la « PushRadio » : quelque soit le moment, quelque soit le contenu, leur antenne diffuse en boucle des programmes rafraîchis toutes les heures, au mieux tous les quart d’heures.
Cette approche Push est mono dimensionnelle. Depuis l’avènement du web, des mobiles, des tablettes, les medias se sont adaptés en diffusant leurs contenus à la demande sur ces nouveaux canaux. Cette mono dimensionnalité s’est mise en perspective. Elle a gagné une demi dimension supplémentaire. En réalité, ce ne sont pas seulement les modes de diffusion, mais les processus de création, la relation avec l’audience, la distribution, l’économie du système qui va évoluer.
Je vous propose d’analyser, toujours en prenant l’exemple d’une chaîne de news, les différents types de contenus. Ils peuvent être classés par « chaleur » : «événements », «débats », «sujets d’analyse » et enfin « magazines »
L’ancien modèle « Push » considère de la même manière ces quatre typologies de contenus au regard de l’usage. En les diffusant sur les antennes au même rythme, la chaîne les considère tous finalement comme des “événements”. Or pour une chaîne d’infos, les usages sont multiples : « l’alerte », « la contribution », « la navigation » enfin « la personnalisation ». En mettant en relation les types d’usages et les types de contenus on aboutit à une matrice qui est la suivante :

Dans cette matrice, l’ancien modèle « Push » est réduit à l’alerte sur des contenus de type événementiel. La chaîne d’info que nous connaissons depuis 25 ans se réduirait à un canal de diffusion d’alertes pour transmettre des contenus en direct afin de suivre des « événements ». Difficile choix pour un média que de déserter les antennes en dehors des événements ! C’est là que les nouveaux usages nous apprennent à quel point ce vide peut devenir une chance, à condition de retourner la question. Et si le direct était l’exception, et la règle la consommation à la demande via la personnalisation, la navigation interactive, et la contribution ?
Une nouvelle manière de s’informer
MyTV : Imaginez une chaîne d’information, qui vous reconnaît à chaque fois que vous la consultez. Elle reconnaît vos goûts, vos préférences, vos thématiques. Elle vous permet de programmer ce qui vous intéresse et vous propose principalement des contenus sur ces sujets. Evidemment elle garde une part d’aléatoire pour parfois vous surprendre ou ouvrir votre champ d’investigation à de nouveaux sujets.
HyperTV : imaginez que vous ayez la possibilité si vous le souhaitez, d’approfondir certains sujets en navigant au sein même des programmes dans des contenus « contextualisés » (des images, des textes, des extraits sonores, des vidéos) comme vous le faites sur le web.
SocialTV : imaginez pendant les débats ou sur les sujets d’analyse que vous puissiez dialoguer, interagir avec d’autres spectateurs. Imaginez que le programme s’enrichisse de ces interactions et que vous contribuiez de la sorte à ses contenus.
PushTV : imaginez que cette chaîne mono dimensionnelle il y a 25 ans, celle qui diffusait en boucle des programmes, ne vous interrompe que lors d’événements importants. Que les programmes en direct, ne soient portés à votre attention que lorsque cela est réellement nécessaire.
Vous me direz, cela existe, cela s’appelle le web ? Oui mais en matière de télé et de radio, on en n’est pas encore tout à fait là, n’est ce pas ? Allumez votre téléviseur…
Les cinq prochaines années
C’était un exemple : celui de l’impact des nouveaux usages et terminaux sur les TV et les radios d’information. Imaginez l’équivalent pour bien d’autres sujets… Demain, les mots clés « My », « Hyper », « Social » et « Push » pourront être utilisés, collés à bien d’autres suffixes. Demain, les systèmes que nous concevrons, permettront d’accompagner la transformation d’autres métiers. Le cinéma ? La publicité ? L’éducation ? Pourquoi pas la vente ? Ces principes de personnalisation, d’interactivité, de contribution, d’alerte intelligente, on les retrouvera sur nos téléviseurs, nos téléphones, nos tablettes, mais aussi dans nos maisons, nos miroirs, nos murs, nos tables, nos canapés, nos voitures, nos magasins, nos restaurants… Voilà, entre autres, de quoi devront être faites, si tout se passe bien, mes 5 prochaines années.