Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Billet

18 Nov Le tourisme en 2030

La France, première destination touristique du monde, doit adapter son offre et ses infrastructures pour bénéficier pleinement de la révolution numérique pour le secteur. D’autant que ce marché est en croissance ininterrompue : il y avait 25 millions de touristes internationaux dans le monde en 1950, environ 1 milliard en 2015, mais 2 milliards sont attendus en 2030 et plus de 4 milliards en 2050. Le coeur de la croissance viendra des pays émergents, Inde, Asie et Afrique en premier lieu.

Plongeons-nous dans ce futur en imaginant le séjour d’une famille indienne en France au début des années 2030, à l’aune des promesses des futurologues. Les vols supersoniques mettront Delhi à quatre heures de Paris. Les robots bagagistes et les voitures autonomes seront devenus la règle. Pour les touristes étrangers, la baie de Somme sera bien préférable à la Côte d’Azur, caniculaire en période estivale. Les vacances seront organisées par un assistant artificiel, sur la base des préférences et aversions de chaque membre du foyer. Le logement sera loué directement auprès d’une famille française – une pratique devenue la norme dans un monde ou Airbnb sera le numéro un mondial de l’hébergement. Pas même besoin de rencontrer les hôtes : un robot-majordome accueillera les visiteurs et planifiera leurs excursions, qui pourront être partagées en direct, via un casque immersif, avec leurs amis restés en Inde.
Evidemment, le futur ne ressemble jamais totalement à ce que l’on a imaginé. Ce début de scénario, s’il reste relativement conservateur au regard des transformations d’usages qui se profilent, pointe aussi un danger réel : dans un monde trop robotisé et automatisé, le tourisme du futur pourrait bien se passer des contacts humains… qui sont pourtant indispensables aux émotions que nous procurent nos voyages. Dans ce domaine comme dans tous, il faudra que la technologie, de plus en plus omniprésente, s’efface sans chercher à remplacer les hommes. C’est encore plus vrai en matière de tourisme : le monde ne sera acceptable et accepté que si nous remettons l’humain au coeur.

Initialement publié dans les Echos.

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31 Oct Disruption ou révolution ? Quelles différences ?

De plus en plus médias, entreprises, pouvoirs publics, société civile parle des « Disruptions » qui transforment notre monde. Mais de quoi parlons nous quand nous évoquons ce phénomène ? Révolution technologique, transformation des usages, modification radicale d’un marché ? Changement perpétuel et circularité ? Innovation radicale ou linéaire ? Est ce un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité ?

Voici une intervention de 15 minutes donnée chez 3DS en octobre 2015 qui éclaircit ces notions…

 

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08 Oct Gafa contre Daech

Face à une menace internationale et décentralisée comme Daech, on sait désormais que l’efficacité des armées conventionnelles est relative. Les groupes terroristes utilisent Internet et les services des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) comme terrain d’opération et comme plate-forme de recrutement. Par exemple, les algorithmes de Facebook aident des djihadistes à cibler de potentielles recrues, comme le montre parfaitement Anne Erelle dans son témoignage « Dans la peau d’une djihadiste ».
Il est par conséquent cohérent de s’interroger sur le rôle que ces géants du Net pourraient avoir dans la lutte contre le terrorisme international. D’autant que ces mêmes acteurs ont prouvé, en une décennie seulement, qu’ils avaient la capacité de transformer de nombreux secteurs : infrastructures, culture, communication, marketing et, plus récemment, santé, transports, éducation… Pourquoi pas celui de la sécurité intérieure, voire extérieure ? Dotés de technologies de pointe, les Gafa ne seraient-ils pas la meilleure arme contre une menace comme Daech ? Cela leur permettrait de poursuivre leur mission de transformation du monde, et, évidemment, de préempter le marché de la cybersécurité, en disruptant l’ancien modèle des armées étatiques.
Un tel scénario est il réaliste ? D’après Guy-Philippe Goldstein (consultant expert en cybersécurité, auteur de « Babel Minute Zéro », Gallimard), c’est le risque d’une dégradation de leur image qui freine les Gafa aujourd’hui. En revanche, les start-up qui s’emparent du sujet fleurissent, à l’instar de l’américain Palantir, dont le but est d’analyser de grandes quantités de données pour « aider les institutions à protéger la liberté », ou de l’israélien Satellogic, qui a pour ambition de déployer un réseau de nanosatellites civils, dont l’efficacité est comparable à celle des meilleurs dispositifs militaires.
Tout indique que, dans les prochaines années, de nombreuses entreprises « disrupteront » le modèle militaire traditionnel en facilitant l’accès à des outils de surveillance, d’analyse, de propagande et d’action, basés sur le Big Data, l’intelligence artificielle, la robotique, les drones, les nanotechnologies et les biotechnologies.

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16 Juin Un héros des mégadonnées

Le Big Data (ou mégadonnées, en français)  est la denrée la plus abondante de notre époque. A l’heure où 3 milliards d’individus sont connectés à Internet, où plus de 2 milliards possèdent des smartphones et ont un compte sur des réseaux sociaux, les données croissantes que génèrent leurs activités sont une manne, exploitée par une poignée d’entreprises qui ont pris une avance certaine dans le secteur. Mais pour valoriser ces données, il faut arriver à les capter, les stocker, les traiter, les analyser, les visualiser et en extraire des connaissances. Seuls des algorithmes sont en mesure d’effectuer ces tâches et plus la production de données croît, plus l’enjeu réside dans la capacité d’analyse massive et en temps réel. Ainsi, Uber, emblématique de la révolution actuelle, collecte en permanence des informations sur chaque passager, chaque requête, chaque trajet, et les utilise pour prédire à l’avance les pics d’activités, dans le temps et l’espace, afin d’optimiser le travail de ses chauffeurs.

Un jeune génie français, Paul Duan, a, lui, choisi de mettre ses compétences de « data scientist » au service de l’intérêt général. Originaire de Trappes, il a obtenu un diplôme de Sciences po Paris avant d’entamer des études de mathématiques et d’atterrir dans la Silicon Valley, chez Eventbrite, une entreprise spécialisée dans la vente en ligne de billets. Agé de vingt-deux ans, il a choisi d’utiliser les même méthodes qu’Uber, Google ou Facebook pour améliorer les décisions de justice, faire baisser le chômage, optimiser les traitements de santé ou tout simplement sauver des vies. Il utilise les algorithmes pour optimiser l’allocation des ambulances à San Francisco ou permettre à des millions de patients d’éviter une rechute en utilisant les données de leur dossier médical. Paul a créé Bayes Impact , une organisation à but non lucratif dont le but est de mettre la puissance des mégadonnées au service du bien commun, et qui travaille avec des gouvernements ou des ONG du monde entier. Il est des génies qui utilisent leurs talents pour bâtir des empires. Il en est d’autres qui le mettent au service de notre futur commun. Eux sont tout simplement des héros.

Paul Duan est intervenu le 6 juin 2015, à L’ÉCHAPPÉE VOLÉE. Retrouvez son talk en exclusivité sur France Inter.

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24 Mai Les bienfaits inattendus de l’Apple Watch… 

Comme plusieurs millions d’early adopters sur la planète, je cédais, le 10 avril dernier, à la tentation de commander une Apple Watch ! Un mois plus tard elle m’était livrée. Une belle boite blanche, cachant un de ces bijoux éphémères que seule la firme à la pomme sait créer. Le premier contact avec l’objet est agréable. De très belle facture, la promesse est au rendez-vous. Après une journée d’expérimentation, la magie opère : la montre est jolie, étonnamment ergonomique, réactive et surtout d’une autonomie largement à la hauteur de mes attentes (je finis les journées avec 40% de batterie). La surprise dépassée (la surprise qu’on se fait et celle qu’on fait aux autres), arrive le moment de vérité. A quoi sert ce nouvel écran ? La réponse est simple : (aujourd’hui) à rien !

L’interface est beaucoup trop petite pour être lisible, l’offre applicative quasi inexistante, les fonctionnalités proposées sont sans grand intérêt et passée la fierté puérile, pour ne pas dire débile, de porter un objet encore rare, rien ne me pousse à conserver au poignet ce gadget acheté le prix de 1000 paniers repas aux Restos du Coeur !

S’il n’y avait qu’un bénéfice secondaire à tirer de cette expérience, ce serait la prise de conscience de mon addiction dure aux réseaux sociaux. Laissez-moi vous expliquer comment la Watch m’a fait littéralement toucher du doigt cette dépendance. Ceux qui auront expérimenté l’usage d’une montre connectée, ne serait-ce que quelques jours, vous diront tous que l’objet est une extension de votre smartphone : celui-ci reste dans votre poche et la montre, elle, vous permet de consulter vos alertes à une fréquence encore plus importante que d’habitude. Or, il s’avère qu’à ce jour la Watch ne propose pas d’application dédiée pour accéder à Facebook et que Twitter n’est disponible que dans une version très rudimentaire et totalement inefficace. Par conséquent, les seules alertes auxquelles j’ai accès avec la Watch sont mes emails, SMS et appels téléphoniques. Vous me direz, c’est déjà trop ! Et pourtant, après une semaine d’usage intensif, le manque que j’ai ressenti le plus fort a été était du à l’impossibilité d’accéder aux notifications Facebook et Twitter. En moyenne, tous les quarts d’heure, je jetais mécaniquement un oeil à la montre, prenant conscience de l’absence de notification sociale, me rabattant sur mes mails, et dégainant finalement mon iPhone pour littéralement prendre ma dose de dopamine….

Car j’ai bel et bien découvert que je suis dépendant à la dopamine, comme la plupart d’entre vous qui me lisez aujourd’hui depuis un post Facebook ou Twitter ; une dépendance équivalente à celle que ressentent les fumeurs, quand, mécaniquement ils cherchent au fond de leur poche le paquet de clopes qui va leur fournir un pic nicotinique. Le lien entre dépendance à la nicotine et celui à la dopamine a été largement étudié par le passé et les études sur le mécanisme de dépendance développé par Facebook apparaissent dans les revues scientifiques depuis quelques temps.

Alors que faire ? Et bien, j’ai tout simplement commencé par renvoyer cette satanée montre à son créateur. Elle part demain en remboursement chez Apple. Ensuite, j’ai pris soin de désinstaller Twitter et Facebook de mon Iphone. Et je peux vous assurer que le sevrage n’est pas simple du tout. Je continue, tous les quarts d’heure environ, à prendre conscience du manque lié à l’affichage de la « pastille rouge », synonyme de notification et pic de dopamine. Je me suis même surpris, le temps d’une demi heure, à réinstaller ces maudites apps, pour jeter un oeil aux réactions, suite à un passage dans une émission de radio ce week-end… Je continue à tenter la désintox par petites touches. Evidemment l’idée n’est pas de me déconnecter totalement du réseau, j’en ai « professionnellement besoin » (vous noterez l’analogie avec l’alcoolique tenancier de bar), mais plutôt de tenter de contrôler les effets de cette mauvaise habitude sur mon comportement, mon humeur… ma santé. On en reparlera dans quelques semaines. Quoi qu’il en soit, si l’Apple Watch a un intérêt, vous l’aurez compris, il réside surtout dans son inutilité !

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03 Mai Dépasser le clivage « transhumanistes » contre « bio-conservateurs »

A la fin de l’année dernière, nous avons été stupéfaits par une série d’avertissements émis par des personnalités reconnues du monde des sciences et des technologies, contre les dangers de l’intelligence artificielle. Au tout début de cette année, la France a été le témoin d’une succession d’incidents impliquant des dronesqui survolaient des zones sensibles, à Paris ou autour de centrales nucléaires. En mars dernier, le patron de Renault, Carlos Ghosn prédisait l’arrivée des voitures autonomes sur nos routes en 2018 et dans nos villes en 2020. Quelques mois plus tard, nous découvrions les images de cellules cardiaques vivantes, qu’une équipe de chercheurs américains était parvenue à fabriquer dans leur laboratoire. La semaine dernière nous étions scandalisés par les expériences génétiques effectuées par des chercheurs chinois sur des embryons humains. Avant-hier encore on apprenait qu’un nouveau cœur artificiel « Carmat » était greffé sur un patient à l’hôpital Pompidou. Et les jours qui viennent nous réservent encore bien des surprises. Nous vivons une époque formidable: une période de convergence et de transition technologique rare dans l’histoire de l’humanité!

En réaction à cette accélération des avancées technologiques, deux camps semblent se dessiner. C’est en tout cas, ce que soulignent la plupart des médias en quête de clivages et de sensations. Le monde serait en passe d’être divisé en deux catégories: ceux qui se définiraient comme « transhumains », « technofascistes biberonnés » aux bits et au silicium, ne rêvant que d’évoluer vers une existence hybride entre cyborgs et humains augmentés. Et la catégorie de ceux qui résistent, décroissants, « bioconservateurs », veilleurs de zones à défendre, sentinelles du vivant pur et naturel qui se battent coûte que coûte pour que la vie, la vraie, continue d’exister. Cette vision caricaturale du monde a toujours été la marque de fabrique des vendeurs de supports publicitaires. Aujourd’hui, on met en scène Ray Kurzweil, la Singularity University, ou l’indécrottable provocateur et pourtant sympathique Laurent Alexandre dans les rôles respectifs de l’empereur Palatine, l’Etoile noire et Darth Vader.

Il y a 5 ans, il s’est passé à peu près la même chose avec TEDxParis, quand nous tentions d’importer la conférence TED et l’esprit entrepreneurial californien au bord de la Seine, pas loin des Champs-Elysées, au Théâtre de l’Espace Pierre Cardin. On nous reprochait au mieux notre naïveté et fascination pour la culture néo-hippie; au pire, d’appartenir à une secte tentant de s’implanter en France. Pourtant, TEDxParis, historiquement premier TEDx d’Europe et plus large communauté TEDx au monde, inspire au quotidien plus de 75.000 personnes. À son tour, ce succès encourage chaque jour de nouveaux TEDxers à s’engager dans l’aventure et à créer leur propre événement indépendant, propageant l’esprit TED partout en France.

Après avoir révélé et amplifié pendant cinq années une série d’idées, d’initiatives et de projets qui méritaient d’être reconnus, il était temps d’aller plus loin et d’inviter la communauté des 75.000 curieux, optimistes et acteurs du changement à s’engager pour passer à l’action. C’est ainsi qu’en 2014 est née: « L’ÉCHAPPÉE VOLÉE« , le do-tank de la communauté TEDxParis qui prône l’action individuelle, simple, efficace et virale en faveur d’initiatives d’intérêt général. L’année 2015 marque le début d’une nouvelle ère. Nous vivons une année de bascule et connaissons, probablement pour la seconde fois de notre Histoire, l’aube d’une Renaissance. Cela peut paraitre exagéré mais la convergence, dont nous sommes les témoins, des nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences cognitives, en est le principal moteur.

C’est pour toutes ces raisons, que nous avons voulu, l’équipe TEDxParis et sa communauté, proposer cette année, à « L’échappée Volée », une expérience unique, un programme construit autour des piliers de cette nouvelle Renaissance et des initiatives dont le but unique reste d’apporter des solutions aux défis de notre temps. Cette année, les 6 et le 7 juin prochains, 1000 personnes se retrouveront au cœur d’un des joyaux architecturaux de la Renaissance, le Château de Chambord, pour célébrer et aider ceux qui inventeront les quinze prochaines années.

Nous retrouverons six projets sélectionnés pour leur qualité, leur originalité, leur niveau d’innovation et leur impact potentiel. A l’instar de « Roger Voice« , une application qui permet aux malentendants de téléphoner, grâce à un outil qui sous-titre les conversations en temps réel; de « What if Community« , une plateforme de financement en ligne des études supérieures alliant financement participatif, ouverture à un réseau professionnel et partage d’expériences; de « Glowee« , un système de bio-éclairage sans consommation d’électricité ni émission de pollution; de « Bionico Hand« , une prothèse du membre supérieur, imprimé en 3D, à bas coût, open source, facilement réparable et donc accessible aux personnes à faibles ressources financières; de « Leka« , un robot abordable techniquement et financièrement, pour les parents et les éducateurs spécialisés dans l’accompagnement d’enfants atteints d’autisme; ou enfin de « Fluicity« , une plateforme digitale destinée aux élus locaux permettant de renforcer les liens avec leurs électeurs et d’améliorer leur prise de décision, grâce à l’utilisation du big data.

Tous: créateurs, innovateurs, entrepreneurs, scientifiques, intellectuels, historiens, artistes, philosophes, éthiciens, etc, auront à cœur de débattre de ces nouveaux clivages qui émergent et de nous éclairer sur le monde qui vient. Ils auront surtout pour objectif de nous faire dépasser les postures et caricatures actuelles pour montrer à quel point cette Renaissance digitale sera riche de sens, de solutions et de défis pour les générations futures.

Pour participer à « L’ÉCHAPPÉE VOLÉE » ou en savoir plus, rendez-vous sur leur site.

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06 Avr Transhumanisme : conversation avec Alain Damasio

Alain Damasio est un auteur de Science Fiction, l’un des plus doué de sa génération, que j’ai rencontré dans le cadre de la préparation de TEDxParis 2014. Il a donné sur la scène du Châtelet un talk mémorable disponible en vidéoÀ l’occasion de l’ouverture de la nouvelle rubrique Futur, baptisée « C’est Demain », du HuffingtonPost, le site nous a proposé, Alain et moi-même, de publier une conversation sur le sujet du transhumanisme. En voici le contenu.

L’évolution des nouvelles technologies, poussant l’homme à intégrer l’existence et l’assistance des robots, des machines à son quotidien, pour améliorer sa qualité de vie pose non seulement une question éthique, mais encore met en opposition l’humanisme et le transhumanisme. Cette coexistence a-t-elle ou doit-elle avoir ses limites? Notre avenir doit-il faut de nous des « très humains » ou des transhumains? 

Michel Lévy-Provençal: Grâce au développement massif des sciences et des technologies, le XXe siècle a été le témoin d’une amélioration conséquente de notre qualité de vie dans la plupart des zones du globe. La mortalité infantile a, par exemple, été divisée par 100 en un siècle et par 30 en un demi siècle. Notre espérance de vie moyenne a été multipliée par 2. La démographie mondiale a doublé pendant ce même temps. Aujourd’hui j’ai 41 ans, au siècle dernier j’aurais probablement déjà succombé à une maladie virale, infectieuse ou lors d’un conflit armé. Le coût de production de nourriture par habitant, a diminué par 10.

Le taux d’alphabétisation est passé de 25% à 80%! Les bonnes nouvelles sont là. Amenées par la science et les technologies. Les trente dernières années ont montré qu’en particulier les sciences de l’information ont accéléré la cadence. Au point qu’aujourd’hui des pionniers, dotés de larges moyens, comme Elon Musk, Bill Gates, Richard Branson, Larry Page, Sergei Brin ou Mark Zukerberg investissent dans des projets technologiques dont l’objectif est de permettre à l’humanité des avancées radicales dans les 10 à 15 prochaines années. Ils travaillent à connecter deux milliards de nouveaux internautes et leur permettre d’accéder à l’éducation, en l’occurrence aux meilleures universités en ligne et à une nouvelle économie.

Parce que notre planète est baignée d’un rayonnement solaire capable, en seulement 90 mn, de générer l’énergie nécessaire à toute l’humanité pendant un an, ils élaborent de nouveaux procédés d’extraction et de stockage d’énergie propre, solution qui permettrait à moyen terme de transformer nos économies de la ressource rare en une économie de l’abondance. Dans le domaine de la santé, ils développent des outils d’autodiagnostics à base de biotechnologies et d’intelligence artificielle permettant d’analyser et bientôt soigner plus facilement et à moindre coût. Dans les quinze prochaines années, la vie des plus pauvres devrait être améliorée plus vite qu’à n’importe quel moment dans l’Histoire de l’humanité.

Alain, je sais tes réticences à l’égard du tout technologique, en particulier à l’époque où, comme le dit Marc Adreesen, « The software is eating the world ». Je connais tes mise-en-garde à propos de l’évolution radicale des technologies de l’information, notamment quand celles-ci touchent au vivant. Mais, ne penses-tu pas que l’Homme embrassera cette nouvelle révolution avec enthousiasme car elle promet ce qu’aucun ne pourra refuser pour soi ou pour ses enfants: repousser les limites de notre propre mort?

Alain Damasio: Ton optimiste technologique fait du bien, en ces temps un peu crépusculaires où l’on a du mal à se projeter positivement vers l’avenir. C’est même à mon sens l’un des combats majeurs à mener, pour des écrivains de science-fiction comme moi, et pour les citoyens actifs et militants que ces enjeux touchent, que de proposer un futur qui renoue avec l’horizon du désirable, un futur qui fasse envie. Merci pour ça et pour rappeler quelques avancées culturelles magnifiques.

Simplement, j’ai le sentiment que ce futur technophile qu’on nous fait fantasmer, que GAFA (moi j’écris ça « Gaffe à! ») et les transhumanistes nous vendent -et avec lequel on formate doucement nos imaginaires, il est trop intimement noyauté par des logiques capitalistes pour être crédible.

Les Transhumanistes sont d’assez bons rhéteurs, qui tentent de masquer les sauts anthropotechniques qu’ils préparent dans un discours de la simple continuité. Vous portez des lunettes? Vous êtes déjà un transhumain! Rien de neuf! Nous ne faisons que porter l’évolution naturelle de l’homme vers une hybridation techno de plus en plus fine!

La vérité est qu’il y a des ruptures qualitatives très nettes. Elles touchent à l’eugénisme, au choix si toxique du sexe de son enfant (pensons aux impacts en Chine et en Inde où vivent 40% des terriens), au corps-à-corps avec le monde, au refus rationaliste du hasard précieux, à la liberté du vivant, à ce qui fait de nous des hommes : la fragilité, clé de la sensibilité et de l’empathie à autrui, la vulnérabilité, le vieillissement vécu qui nous change, qui nous mûrit, qui nous grandit. Le fait de ne pas tout contrôler, qui nous rend vif et nous met en mouvement, en authentique et intime mouvement.

La question que je me pose est: la technologie actuelle continue à nous hominiser, certes, elle l’a toujours fait, c’est notre grandeur même -mais contribue t-elle à nous humaniser? Les surpouvoirs qu’on recherche, et que le transhumanisme veut pousser à l’extrême, ne se paient-ils pas d’une dégradation de notre puissance de vivre et d’agir directement, sans délégation aucune, par nous-mêmes? Est-ce que ce qui est en jeu dans cette lutte qui s’annonce entre le très-humain et le transhumain, ce ne serait pas notre capacité d’autonomie et d’émancipation? L’augmentation de pouvoir (le « faire faire ») n’est qu’un gimmick (« mon frigo me signale que le lait est périmé »: WTF?), si notre puissance intérieure (le « faire ») décline en proportion inverse.

Il n’y a qu’une société sécuritaire et computative comme la nôtre qui peut considérer comme un absolu que la durée de vie vaut davantage que sa qualité!

Le transhumanisme est une solution hâtive et inégalitaire pour des problèmes que notre émancipation propre doit affronter. C’est vouloir le pouvoir, trivialement, quand il faut rechercher la puissance. Cette puissance que des technologies douces comme l’éducation, la formation, la culture peuvent nous faire atteindre beaucoup plus profondément -et avec un bonheur infiniment plus ample.

Michel Lévy-Provençal: Je suis convaincu par ton argument consistant à opposer puissance et pouvoir. En nous promettant pouvoir, les technologies aujourd’hui réduisent notre puissance. Cet argument me parle comme une grande partie de ma génération et celles qui ont suivi (les Y et Z). Je t’invite à ce sujet à lire le dernier livre de Guy Birenbaum, « vous m’avez manqué » que je referme et qui raconte sa descente dans les enfers de la dépression accélérée par le Web et les réseaux sociaux. Mais malheureusement ton argument ne passe pas le crash test de la réalité banale et quotidienne. Je ne connais personne capable de cette distance face à la peur de la mort. Qui, face à sa maladie ou celle de ses proches, acceptera une vie « finie » mais « intense et riche ». Je ne suis pas sûr que Rimbaud ou Van Gogh aurait accepté de mourir s’ils avaient eu le choix ? Le but de toute vie n’est-il pas de croitre et de se perpétuer ? Nous acceptons, comme le dit de façon provocatrice Laurent Alexandre, de devenir des Cyborgs, quand nous sommes prêts à implanter des cœurs artificiels Carmat, pour éviter de mourir.

Alain Damasio: Précisément: la vie veut croître et se perpétuer, c’est-à-dire créer, elle ne veut pas forcément durer. Nietzsche voyait même dans cette pulsion de conservation un symptôme de décadence. Tu postules, comme L. Alexandre, un automatisme culturel visant l’allongement à tout prix de l’existence, que je veux justement questionner. Qui veut durer? Ce sont essentiellement les hommes de pouvoir. Veut-on d’un monde où l’on supportera la névrose Sarkozy 300 ans? Veut-on voir Poutine envahir la Pologne en 2092 parce que les médecins transhumanistes l’auront maintenu 140 ans? Qui bénéficiera de la biogénétique? Les dictateurs, les fous de pouvoir, les milliardaires tordus, les maniaques de l’ego: les Kim Jong Il, les Zuckerberg, les Netanyahu, etc!

Michel Lévy-Provençal: Une nouvelle révolution copernicienne est en cours. Avant de devenir les Homo Sapiens que nous sommes, nous avons évolué en près de 25 espèces différentes et il n’y a aucune raison que cela ne s’arrête aujourd’hui. Quelle arrogance que de croire notre espèce si parfaite, qu’elle s’est arrêtée d’évoluer aujourd’hui? Nous sommes entrés depuis des millénaires, dans une nouvelle ère géologique: l’Anthropocène. Comme tu le dis très bien, je m’interroge sur le fait que l’Homme est aussi en train de changer d’espèce et que le XXIe siècle soit le moment précis de la bascule.

Progressivement les biotechnologies, les nanotechnologies, les technologies basées sur les sciences de l’information et les sciences cognitives vont « réparer » puis « augmenter » les défaillances du vivant. La pression sociale sera trop forte pour résister à l’avènement de ces pratiques, parce que la peur de la mort est indépassable, en vrai et au quotidien, pour la plupart d’entre nous. Il est donc probable que dans le siècle, nous aboutissions, de proche en proche, de cycles courts en cycles courts, à la création d’êtres hybrides qui pourront héberger notre mémoire, notre psyché et prolongeront nos « vies » si précieuses à nos yeux.

Cette perspective est fascinante et effrayante à la fois: la possibilité d’une vie éternelle. Dans cette hypothèse, la seule façon qui nous sera donnée de mourir sera le suicide. La grande révolution du siècle pourrait être celle du choix face à notre propre mort. Le suicide serait alors l’aboutissement d’une maladie que l’on connait déjà et qui, on le voit dans nos sociétés les plus riches et les plus avancées technologiquement, se développe massivement: la dépression. Ainsi l’épidémie de la fin du XXIe ne sera plus le Cancer, mais la dépression. Une maladie de l’âme, une absence de goût pour la vie, une perte de désir, car le désir est au coeur de notre affaire… Sans mort, difficile d’imaginer le désir. Puissance, désir, voilà ce que les Transhumains attaquent, probablement sans le savoir. Ils oublient que le désir porte la mort en son sein. L’humanité avance tranquillement vers un Transhumanisme de confort par peur de la mort.

Mais le couple Eros et Thanatos est un modèle de Psyché conçu à l’heure où la mort n’était pas dépassable. Peut-être que sur ce point, une nouvelle révolution copernicienne sera aussi nécessaire? Je parle de la réinvention même de notre propre Psyché, par les artistes, les philosophes, les scientifiques,… les Freud et Lacan du prochain siècle. Ne serait-elle pas la seule issue possible à cette épidémie de dépression que le XXIème siècle nous prépare?

Alain Damasio: Ta question est très belle et touche au lien entre le désir, la mort et les conforteresses qu’on s’aménage. La Dépression pousse bien sûr l’épaisseur des moquettes. Je vais te donner ma vision: il me semble que pendant des millénaires, l’être humain s’est construit par son affrontement à ce qui n’était pas lui, et le menaçait -l’altérité: les animaux sauvages, les maladies, le froid, les éléments, la famine, l’absence de ressources… Et la technique a été cette réponse prodigieuse pour hominiser le monde, le rendre habitable pour nous, quitte à détruire l’écosystème à notre profit.

La technologie nous a permis d’inventer ce que survivre pouvait être. Aujourd’hui, depuis disons 50 ans, nous avons à inventer, en pays développé, ce que vivre peut être.

Vivre sans le risque quotidien de mourir. Vivre sans cet aiguillon irremplaçable de la survie. Habiter un monde trop-humain, abrité dans nos technococons, saturé de protections, obnubilé par la sécurité, emmailloté dans des couches toujours plus denses et rassurantes d’écrans, de réseaux et de fusion communicante.

Tu as raison de souligner que la grande affaire humaine reste le désir. Une société de traces et de datas qui consacre la majorité de ses forces à se protéger, à chercher tous les moyens de ne pas vieillir, qui utilise la technologie essentiellement pour contrôler son environnement personnel (son rapport au monde, aux autres, ses amitiés, ses amours, sa sphère professionnelle, ses déplacements), que dit-elle d’elle?

La techno est notre miroir. Dedans, je ne vois pas l’homme ou la femme de la Renaissance Digitale que tu annonces, dont tu rêves, comme j’en rêve aussi. Je vois d’abord des corps dévitalisés qui tentent de s’orienter dans un monde de plus en plus liquide, insaisissble, molécularisé, compétitif, où ils ne sont que des particules, où la réactivité est reine, où le collectif qui nous aménageait un rôle est devenu le connectif du chacun-pour-tous et du quant-à-soi.

Ma technovigilance vient de là : de cette intuition que l’euphorie technophile, un peu forcée, qui nous accompagne et cherche parfois à nous faire rêver, masque mal une dévitalisation dangereuse. Un autre futur est possible. Qui passera par la techno certes, mais tout autant par une réinvention du vivre-ensemble, des liens directs, d’un écosystème humain et naturel bienveillant. Très-humain plutôt que transhumain, encore une fois.

La société de l’information est un miracle fabuleux. Internet nous a offert le monde, nous a ouvert aux savoirs immenses, à des cultures longtemps inabordables. La médecine nous sauve de plus en plus souvent de l’absurdité des morts subites. Oui!

Mais notre rapport aux technologies invasives est à travailler, à épurer, à déconstruire et à reconstruire -pour soi, avec les autres, en communauté, à l’échelle de la nation comme du monde. Tout s’articule.

Personnellement, je crois à un nouvel épicurisme technologique. À une façon de s’approprier comme de congédier les outils technologiques qu’on nous produit -à les utiliser avec la plus belle des sobriétés. Redonner place à l’humain, chaque fois que possible. Ne pas avoir peur d’être vulnérable et fragile. C’est ainsi qu’on se découvre vivant. N’utiliser que les technos indispensables, fertiles, qui nous ouvrent le monde, nous exposent, plutôt que de nous refermer dans la sécurité paresseuse des outils. Qui accroissent notre puissance de vivre, de créer, d’écouter et de transmettre plutôt que d’augmenter notre pouvoir, trivialement, en diminuant nos facultés sensibles et cognitives.

Tout un art de vivre est en train d’émerger, qui fera des réseaux un vrai support de liberté plutôt qu’une toile de plus en plus gluante où chacun de nous devient un puceron producteur de données pour des araignées de plus en plus avide de nos sangs numériques. Google n’est pas l’avenir de l’homme. Ni Amazon celui de la culture. Ni Facebook celui de nos socialités.

À nous de reprendre la main sur notre anthropoïèse. Les initiatives, locales, dispersées, résistantes, existent -on les médiatise mal, on les totalise difficilement comme tout ce qui est profondément en vie.

C’est l’Open source, généreux, partageur, joyeux. Ce sont les Creative Commons, qui offrent les textes sans les privatiser. C’est l’économie collaborative, le retour du gratuit, que les réseaux peuvent bien mieux qu’avant faire fleurir, essaimer, sporuler. C’est le financement contributif, qui fait naître des projets autrefois barrés. C’est la renaissance du Commun, du do-it-yourself, de la fabrication réppropriée de nos objets quotidiens. C’est la presse libre, autofinancée, frondeuse. Ce sont les webradios qui percent nos oreilles de façon inouïe. C’est tout ce qui viendra et auquel il faudra prêter une attention prodigue, sous les tirs nourris et fumeux d’une Gouvernance Algorithmique qui voudra se présenter comme seul avenir enviable! Debout les geeks!

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22 Mar Vie éternelle, colonies martiennes et nouvel ordre mondial, de retour de la conférence TED 2015

Le 31eme opus de la conférence TED vient de s’achever sous une pluie généreuse dans la froide et belle cité portuaire de Vancouver. La brume baigne le palais des festivals abandonné par les deux mille âmes venues sentir battre, pendant une semaine, le pouls du monde qui vient. Et voilà l’heure du bilan après une semaine d’intenses réflexions. 

TED 2015 a démarré cette année en évoquant le nouvel ordre mondial. Kevin Rudd, ancien premier ministre australien, a prononcé un discours captivant sur le risque de confrontation à brève échéance entre les USA… et la Chine ! David Rothkopf spécialiste des affaires internationales l’a suivi en soulignant l’échec de la politique internationale des Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Il a notamment insisté sur la nécessité absolue de repenser les fondations de cette politique. La Chine devrait vivre, dans un futur proche, des bouleversements économiques et sociaux sans précédents. Elle reste l’usine du monde mais pour un temps qui est désormais compté. Rick Smith a rappelé à quel point les technologies d’impression 3D auront un impact sur les processus de fabrication industriel. L’impression 3D est d’ores et déjà utilisée à 30% pour la fabrication d’objets manufacturés. Mais cette révolution ne fait que commencer et cela va tout changer : l’accessibilité des produits, leur coût, la question de la propriété intellectuelle, l’équilibre économique mondial, l’impact environnemental… À ce sujet, Joseph Desimone, CEO de Carbon3D, a montré une démonstration frappante illustrant la croissance exponentielle des technologies dans le domaine. On imprime aujourd’hui cent fois plus rapidement, cent fois plus précisément qu’il y a un an seulement grâce à la « photo-polymérisation ». L’intervention de Joseph Desimone est la première de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

En matière de conquête spatiale, la perspective d’une expédition humaine sur Mars à moyen terme n’est plus discutable. En revanche, une colonisation par des dizaines de milliers d’humains l’est déjà plus. Et pourtant, c’est la conviction de Stephen Petranek, journaliste et éditeur en chef du Breaktrough Technology Report, qui a prédit non seulement la vie sur Mars à horizon dix ans mais,  plus encore, l’établissement d’une base humaine de 80 000 individus sur la planète rouge dans le courant du siècle !

Joseph Petranek

Stephen Petranek : “Five hundred years ago, Christopher Columbus sailed across a vast ocean and opened a new chapter in human history, for better or worse… I believe we are on the verge of a much greater age of discovery. We’re going to become a two-planet species.”

Vivre sur Mars ne sera ni un luxe ni une lubie de technoscientiste en mal de sensation. Ce sera une nécessité démographique. Nous devrions vivre de plus en plus longtemps et cela ne sera pas sans impact évidemment sur la démographie mondiale. La question de l’allongement radical de l’espérance de vie et la disparition de la mort à longue échéance sont des sujets fascinants que TED a désormais pris l’habitude de traiter sur sa scène. Cette année encore, la question a été abordée en filigrane lors d’une interview remarquable de la transhumaniste Martine Rothblatt. Transexuelle, pionnière de la « digitalisation de l’esprit humain », elle est mariée depuis plus de trente ans à une femme dont elle a créé un double robotisé. Le désir porte la mort en son sein. Comment aimerons-nous, désirerons-nous quand la perspective de notre mort aura disparue ? Martine nous a interrogé sur des questions fondamentales à venir comme nos droits à l’ère de la vie artificielle…

Bina Aspen & Martine Rothblatt

Bina Aspen & Martine Rothblatt : “We want to be cryogenically frozen and we want to wake up together”
Vie artificielle, transhumanisme, robotique, ces sujets nous rappellent que ce qui fait notre profonde humanité sera largement mis à mal par les avancées technologiques qui arrivent. Aujourd’hui déjà le numérique bouscule nos identités. Le respect de notre intimité par exemple disparaît pas à pas. À ce sujet, l’une des interventions la plus surprenante et émouvante fut celle de Monica Lewinsky qui est venu raconter, pour la première fois, à la première personne, l’histoire qui a changé sa vie et qui a annoncé le début d’une nouvelle ère. Monica Lewinsky est devenue, à 24 ans seulement, la première cible d’une « culture de l’humiliation », culture désormais familière dont les médias en ligne tirent aujourd’hui un profit scandaleux. Partisane d’un usage plus sûr et respectueux des médias sociaux elle nous a incité à repenser notre rapport à l’autre à l’époque de la transparence totale. L’intervention de Monica Lewinsky est la seconde de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

Si je ne devais retenir qu’une seule prise de parole cette semaine, je choisirais probablement celle de Gary Haugen, fondateur de l’International Justice Mission. A l’heure où les inégalités croissent à mesure que la technologie avance et qu’une poignée de plus en plus restreinte de privilégiés possède les clés de notre futur, l’avertissement de Gary Haugen est crucial. Il nous a rappelé que la mère de toutes les injustices est notre négligence naïve à l’égard de l’épidémie mondiale de violence envers les plus pauvres. Très logiquement (la pyramide de Maslow le démontre parfaitement) le besoin le plus fondamental de tout humain est la sécurité et la nécessité de rester à l’abri de tout danger mettant en péril notre intégrité physique. En partant de ce constat et après des années de travail sur le terrain notamment au Rwanda, il a signalé l’effet catastrophique de la violence quotidienne sur la vie des plus pauvres et montre comment cette violence rampante mine les politiques mondiales de lutte contre la pauvreté.

Gary

Gary Haugen : “Poor women and girls between 15 and 44 are victims of everyday domestic abuse and sexual violence that account for more death and disability than malaria, car accidents and war combined.”

En conclusion, après 6 ans de participation assidue à toutes les conférences TED, je pense sincèrement que j’ai assisté cette année à l’une des meilleures éditions. Pourtant, l’absence remarquée d’un sujet m’a un peu déçu. En effet, pas de place à la question de la liberté d’expression cette année. Et les réactions aux événements majeurs de ce début d’année à Paris et à Copenhague étaient absents de la scène. Pourtant, cette semaine encore, la Tunisie et le Yemen ont été frappés par le même obscurantisme et la même haine. La croissance inquiétante de l’islamisme radical, le développement massif et diffus du terrorisme islamiste et à la croissance fulgurante de Daech sont, me semble-t-il, un des sujets majeurs du moment. D’autant que cette idéologie et ses adeptes attaquent les fondements même de la société promise par les avancées sociétales et technologiques louées par TED chaque année.

Mais rien.

Rien sur Charlie Hebdo par exemple. Un rescapé, Luz ou Pelloux aurait peut-être eu sa place sur la scène cette année ? Peut-être pour rappeler l’importance du droit au blasphème ? Nous connaissons la frilosité des médias américains à l’égard de cette question comme l’ont prouvées de nombreuses télés américaines qui ont censuré les caricatures sur leurs antennes en janvier dernier.

Je pensais que TED résisterait à cette « neutralité bien-pensante ». Me serais-je trompé ?

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08 Mar Deux jours pour se préparer aux quinze prochaines années

D’après une étude récente de l’université d’Oxford, 47% des emplois en col blanc pourraient être remplacés par de l’intelligence artificielle à horizon 10 ans. Ainsi, deux milliards d’emplois seraient menacés par la croissance exponentielle des technologies de l’information ! Simultanément, la digitalisation de nos sociétés engendre une cybercriminalité de masse. Son coût est évalué aujourd’hui à 400 milliards de dollars pour l’économie mondiale chaque année. Ce phénomène est croissant car corrélé à l’adoption des nouveaux usages.

Un scénario plus optimiste

Mais s’arrêter à ce constat éluderait un scénario plus optimiste. Car d’ici 2030 tous les domaines d’activités qui utilisent l’information et le numérique seront transformés. Dans le domaine de la santé par exemple, le coût d’un séquençage complet de l’ADN humain a été divisé par un million en 15 ans pour atteindre 1 000 euros en 2015. Nous sommes déjà en mesure de modifier des gênes à l’intérieur d’une cellule vivante. Que se passera-t-il quand, dans les prochaines années, cette opération coutera quelques centaines voire quelques dizaines d’euros ? Dans le secteur de l’énergie, le coût des infrastructures solaires baisse exponentiellement. La Terre est continuellement baignée par un rayonnement qui en 90 minutes seulement permettrait de combler les besoins de la population mondiale en énergie pendant une année ! Par conséquent, les enjeux énergétiques sont liés tant à l’accessibilité de la ressource qu’à sa rareté. Enfin, sur le terrain de l’éducation, les cinq prochaines années seront cruciales. Deux milliards d’humains supplémentaires vont se connecter à Internet, principalement au Sud. Deux milliards de cerveaux pourront bénéficier des outils et plateformes d’apprentissage en ligne mises à disposition par les plus prestigieuses universités de la planète. Il est évident que les prochains Steve Jobs, Bill Gates et Mark Zuckerberg sont déjà nés et qu’ils figurent parmi ces deux milliards.

La transformation qui vient

En résumé, entre 2015 et 2030, nous allons vivre une révolution technologique, économique, sociale et politique exceptionnelle. Cette transformation sera bien plus radicale que celle des trente dernières années. Nous aurons à repenser nos villes, nos modes de production énergétiques, la relation au travail, les systèmes éducatifs, la politique de santé, l’équilibre géopolitique mondial… Face à ce constat, quels choix ferons-nous ? Continuerons-nous à jouer la rengaine masochiste et décliniste que les Cassandre nous servent quotidiennement ? Céderons-nous aux pessimistes permanents qui croient notre pays suicidé ? Braquerons-nous les regards sur les échéances à court terme, les élections sans enjeux, les résultats économiques déprimants et les tentatives de réformes avortées ? Ou au contraire, nous résoudrons-nous à accepter que le temps de l’action est arrivé ? L’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante, réplicable, contagieuse et virale. Car les défis à relever sont nombreux mais les solutions existent. Partout, des projets innovent, inventent, avancent. N’en déplaise aux sceptiques, le désir d’engagement et la quête de sens n’ont pas disparu de la société !

Une nouvelle Renaissance

Notre époque bruisse de la même inventivité, des mêmes aspirations d’émancipation et de progrès qu’à l’époque de la Renaissance. La convergence des nouvelles technologies introduit dans notre vie les mêmes bouleversements engendrés par l’imprimerie de Gutenberg et les découvertes de Copernic. Les avancées récentes en matière de connectivité, dans les biotechnologies, la robotique, les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, la mégadonnée et l’avènement de l’économie du partage, offrent des outils inédits aux utopistes en action, aux inventeurs de solutions sociales et humaines. Résolument au service des grands enjeux de notre temps, ces acteurs du changement s’engagent pour la culture, l’éducation, la santé, la solidarité, l’aide au développement, le développement durable, la gestion de la ressource et de l’énergie, les territoires, les transports, la connectivité, les villes de demain, les communautés, les droits des femmes et l’égalité des chances.

En route vers L’ÉCHAPPÉE VOLÉE 2015

C’est pour toutes ces raisons que L’ÉCHAPPÉE VOLÉE, le do-tank initié par l’équipe de TEDxParis, propose aux bonnes volontés de se réunir le samedi 6 et le dimanche 7 juin prochain, au coeur d’un des joyaux architectural de la Renaissance française, le Château de Chambord, autour de penseurs, innovateurs et défricheurs afin d’inventer les nouveaux jalons de notre modernité. Tout au long du week-end, des moments d’évasion, de découvertes et d’expériences seront aménagés autour de personnalités d’exception, d’aventuriers et d’innovateurs. Des porteurs de projets innovants et positifs animeront des ateliers de travail afin de les aider à avancer et à accélérer leur développement. L’expertise, l’enthousiasme et le réseau de chacun pourront leur être décisifs ! Aussi, vous êtes les bienvenus dans l’aventure !

Pour en savoir plus sur L’ÉCHAPPÉE VOLÉE : http://lechappeevolee.com

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18 Fév Et si Bolloré et Renault disruptaient Autolib ?

La BlueCar possède un parc de plus de 3 000 voitures sur Paris. Ce parc contribue à diminuer la pollution, à faciliter la tâche des franciliens et à fluidifier le trafic. Mais si Bolloré allait plus loin ? Si la BlueCar changeait de paradigme pour éviter l’effet Minitel ?

Si à horizon 5 ans, les Autolibs devenaient autonomes (cinq ans ce n’est pas tôt, des expérimentations ont déjà lieu en France) ? En France on passe chaque année 10 milliards d’heures derrière un volant à stresser, polluer, et prendre des risques inutiles. Le marché deviendrait plus important et la rentabilité probablement meilleure.

Et si chaque voiture devenait disponible 24/7 sans avoir à être rechargées ? Il faudrait pour cela, transformer l’approche et utiliser des batteries interchangeables qui restent à la charge en station (comme le prévoyait Better Place la startup israélienne qui a fait faillite trop tôt en 2013).

Enfin, l’algorithme optimiserait radicalement les usages, le trafic et les stratégies de charge. La masse de données générée et exploitée par Bolloré transformerait complètement le modèle en monétisant les temps de parcours désormais libérés, et l’attention du conducteur et des passagers pourraient être consacrée à autre chose…

Renault développe depuis environ 2 ans et sur une base Zoe, un prototype baptisé Next Two, actuellement capable de pilotage automatique pour des trajets à moins de 30 km/h.

Dans les mois qui viennent, l’usine Renault de Dieppe fournirait à Bolloré les futures autolibs… Pendant ce temps, Carlos Ghosn confirme l’anticipation d’une commercialisation de masse à horizon 5 ans.

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