Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Billet

06 Avr Transhumanisme : conversation avec Alain Damasio

Alain Damasio est un auteur de Science Fiction, l’un des plus doué de sa génération, que j’ai rencontré dans le cadre de la préparation de TEDxParis 2014. Il a donné sur la scène du Châtelet un talk mémorable disponible en vidéoÀ l’occasion de l’ouverture de la nouvelle rubrique Futur, baptisée « C’est Demain », du HuffingtonPost, le site nous a proposé, Alain et moi-même, de publier une conversation sur le sujet du transhumanisme. En voici le contenu.

L’évolution des nouvelles technologies, poussant l’homme à intégrer l’existence et l’assistance des robots, des machines à son quotidien, pour améliorer sa qualité de vie pose non seulement une question éthique, mais encore met en opposition l’humanisme et le transhumanisme. Cette coexistence a-t-elle ou doit-elle avoir ses limites? Notre avenir doit-il faut de nous des « très humains » ou des transhumains? 

Michel Lévy-Provençal: Grâce au développement massif des sciences et des technologies, le XXe siècle a été le témoin d’une amélioration conséquente de notre qualité de vie dans la plupart des zones du globe. La mortalité infantile a, par exemple, été divisée par 100 en un siècle et par 30 en un demi siècle. Notre espérance de vie moyenne a été multipliée par 2. La démographie mondiale a doublé pendant ce même temps. Aujourd’hui j’ai 41 ans, au siècle dernier j’aurais probablement déjà succombé à une maladie virale, infectieuse ou lors d’un conflit armé. Le coût de production de nourriture par habitant, a diminué par 10.

Le taux d’alphabétisation est passé de 25% à 80%! Les bonnes nouvelles sont là. Amenées par la science et les technologies. Les trente dernières années ont montré qu’en particulier les sciences de l’information ont accéléré la cadence. Au point qu’aujourd’hui des pionniers, dotés de larges moyens, comme Elon Musk, Bill Gates, Richard Branson, Larry Page, Sergei Brin ou Mark Zukerberg investissent dans des projets technologiques dont l’objectif est de permettre à l’humanité des avancées radicales dans les 10 à 15 prochaines années. Ils travaillent à connecter deux milliards de nouveaux internautes et leur permettre d’accéder à l’éducation, en l’occurrence aux meilleures universités en ligne et à une nouvelle économie.

Parce que notre planète est baignée d’un rayonnement solaire capable, en seulement 90 mn, de générer l’énergie nécessaire à toute l’humanité pendant un an, ils élaborent de nouveaux procédés d’extraction et de stockage d’énergie propre, solution qui permettrait à moyen terme de transformer nos économies de la ressource rare en une économie de l’abondance. Dans le domaine de la santé, ils développent des outils d’autodiagnostics à base de biotechnologies et d’intelligence artificielle permettant d’analyser et bientôt soigner plus facilement et à moindre coût. Dans les quinze prochaines années, la vie des plus pauvres devrait être améliorée plus vite qu’à n’importe quel moment dans l’Histoire de l’humanité.

Alain, je sais tes réticences à l’égard du tout technologique, en particulier à l’époque où, comme le dit Marc Adreesen, « The software is eating the world ». Je connais tes mise-en-garde à propos de l’évolution radicale des technologies de l’information, notamment quand celles-ci touchent au vivant. Mais, ne penses-tu pas que l’Homme embrassera cette nouvelle révolution avec enthousiasme car elle promet ce qu’aucun ne pourra refuser pour soi ou pour ses enfants: repousser les limites de notre propre mort?

Alain Damasio: Ton optimiste technologique fait du bien, en ces temps un peu crépusculaires où l’on a du mal à se projeter positivement vers l’avenir. C’est même à mon sens l’un des combats majeurs à mener, pour des écrivains de science-fiction comme moi, et pour les citoyens actifs et militants que ces enjeux touchent, que de proposer un futur qui renoue avec l’horizon du désirable, un futur qui fasse envie. Merci pour ça et pour rappeler quelques avancées culturelles magnifiques.

Simplement, j’ai le sentiment que ce futur technophile qu’on nous fait fantasmer, que GAFA (moi j’écris ça « Gaffe à! ») et les transhumanistes nous vendent -et avec lequel on formate doucement nos imaginaires, il est trop intimement noyauté par des logiques capitalistes pour être crédible.

Les Transhumanistes sont d’assez bons rhéteurs, qui tentent de masquer les sauts anthropotechniques qu’ils préparent dans un discours de la simple continuité. Vous portez des lunettes? Vous êtes déjà un transhumain! Rien de neuf! Nous ne faisons que porter l’évolution naturelle de l’homme vers une hybridation techno de plus en plus fine!

La vérité est qu’il y a des ruptures qualitatives très nettes. Elles touchent à l’eugénisme, au choix si toxique du sexe de son enfant (pensons aux impacts en Chine et en Inde où vivent 40% des terriens), au corps-à-corps avec le monde, au refus rationaliste du hasard précieux, à la liberté du vivant, à ce qui fait de nous des hommes : la fragilité, clé de la sensibilité et de l’empathie à autrui, la vulnérabilité, le vieillissement vécu qui nous change, qui nous mûrit, qui nous grandit. Le fait de ne pas tout contrôler, qui nous rend vif et nous met en mouvement, en authentique et intime mouvement.

La question que je me pose est: la technologie actuelle continue à nous hominiser, certes, elle l’a toujours fait, c’est notre grandeur même -mais contribue t-elle à nous humaniser? Les surpouvoirs qu’on recherche, et que le transhumanisme veut pousser à l’extrême, ne se paient-ils pas d’une dégradation de notre puissance de vivre et d’agir directement, sans délégation aucune, par nous-mêmes? Est-ce que ce qui est en jeu dans cette lutte qui s’annonce entre le très-humain et le transhumain, ce ne serait pas notre capacité d’autonomie et d’émancipation? L’augmentation de pouvoir (le « faire faire ») n’est qu’un gimmick (« mon frigo me signale que le lait est périmé »: WTF?), si notre puissance intérieure (le « faire ») décline en proportion inverse.

Il n’y a qu’une société sécuritaire et computative comme la nôtre qui peut considérer comme un absolu que la durée de vie vaut davantage que sa qualité!

Le transhumanisme est une solution hâtive et inégalitaire pour des problèmes que notre émancipation propre doit affronter. C’est vouloir le pouvoir, trivialement, quand il faut rechercher la puissance. Cette puissance que des technologies douces comme l’éducation, la formation, la culture peuvent nous faire atteindre beaucoup plus profondément -et avec un bonheur infiniment plus ample.

Michel Lévy-Provençal: Je suis convaincu par ton argument consistant à opposer puissance et pouvoir. En nous promettant pouvoir, les technologies aujourd’hui réduisent notre puissance. Cet argument me parle comme une grande partie de ma génération et celles qui ont suivi (les Y et Z). Je t’invite à ce sujet à lire le dernier livre de Guy Birenbaum, « vous m’avez manqué » que je referme et qui raconte sa descente dans les enfers de la dépression accélérée par le Web et les réseaux sociaux. Mais malheureusement ton argument ne passe pas le crash test de la réalité banale et quotidienne. Je ne connais personne capable de cette distance face à la peur de la mort. Qui, face à sa maladie ou celle de ses proches, acceptera une vie « finie » mais « intense et riche ». Je ne suis pas sûr que Rimbaud ou Van Gogh aurait accepté de mourir s’ils avaient eu le choix ? Le but de toute vie n’est-il pas de croitre et de se perpétuer ? Nous acceptons, comme le dit de façon provocatrice Laurent Alexandre, de devenir des Cyborgs, quand nous sommes prêts à implanter des cœurs artificiels Carmat, pour éviter de mourir.

Alain Damasio: Précisément: la vie veut croître et se perpétuer, c’est-à-dire créer, elle ne veut pas forcément durer. Nietzsche voyait même dans cette pulsion de conservation un symptôme de décadence. Tu postules, comme L. Alexandre, un automatisme culturel visant l’allongement à tout prix de l’existence, que je veux justement questionner. Qui veut durer? Ce sont essentiellement les hommes de pouvoir. Veut-on d’un monde où l’on supportera la névrose Sarkozy 300 ans? Veut-on voir Poutine envahir la Pologne en 2092 parce que les médecins transhumanistes l’auront maintenu 140 ans? Qui bénéficiera de la biogénétique? Les dictateurs, les fous de pouvoir, les milliardaires tordus, les maniaques de l’ego: les Kim Jong Il, les Zuckerberg, les Netanyahu, etc!

Michel Lévy-Provençal: Une nouvelle révolution copernicienne est en cours. Avant de devenir les Homo Sapiens que nous sommes, nous avons évolué en près de 25 espèces différentes et il n’y a aucune raison que cela ne s’arrête aujourd’hui. Quelle arrogance que de croire notre espèce si parfaite, qu’elle s’est arrêtée d’évoluer aujourd’hui? Nous sommes entrés depuis des millénaires, dans une nouvelle ère géologique: l’Anthropocène. Comme tu le dis très bien, je m’interroge sur le fait que l’Homme est aussi en train de changer d’espèce et que le XXIe siècle soit le moment précis de la bascule.

Progressivement les biotechnologies, les nanotechnologies, les technologies basées sur les sciences de l’information et les sciences cognitives vont « réparer » puis « augmenter » les défaillances du vivant. La pression sociale sera trop forte pour résister à l’avènement de ces pratiques, parce que la peur de la mort est indépassable, en vrai et au quotidien, pour la plupart d’entre nous. Il est donc probable que dans le siècle, nous aboutissions, de proche en proche, de cycles courts en cycles courts, à la création d’êtres hybrides qui pourront héberger notre mémoire, notre psyché et prolongeront nos « vies » si précieuses à nos yeux.

Cette perspective est fascinante et effrayante à la fois: la possibilité d’une vie éternelle. Dans cette hypothèse, la seule façon qui nous sera donnée de mourir sera le suicide. La grande révolution du siècle pourrait être celle du choix face à notre propre mort. Le suicide serait alors l’aboutissement d’une maladie que l’on connait déjà et qui, on le voit dans nos sociétés les plus riches et les plus avancées technologiquement, se développe massivement: la dépression. Ainsi l’épidémie de la fin du XXIe ne sera plus le Cancer, mais la dépression. Une maladie de l’âme, une absence de goût pour la vie, une perte de désir, car le désir est au coeur de notre affaire… Sans mort, difficile d’imaginer le désir. Puissance, désir, voilà ce que les Transhumains attaquent, probablement sans le savoir. Ils oublient que le désir porte la mort en son sein. L’humanité avance tranquillement vers un Transhumanisme de confort par peur de la mort.

Mais le couple Eros et Thanatos est un modèle de Psyché conçu à l’heure où la mort n’était pas dépassable. Peut-être que sur ce point, une nouvelle révolution copernicienne sera aussi nécessaire? Je parle de la réinvention même de notre propre Psyché, par les artistes, les philosophes, les scientifiques,… les Freud et Lacan du prochain siècle. Ne serait-elle pas la seule issue possible à cette épidémie de dépression que le XXIème siècle nous prépare?

Alain Damasio: Ta question est très belle et touche au lien entre le désir, la mort et les conforteresses qu’on s’aménage. La Dépression pousse bien sûr l’épaisseur des moquettes. Je vais te donner ma vision: il me semble que pendant des millénaires, l’être humain s’est construit par son affrontement à ce qui n’était pas lui, et le menaçait -l’altérité: les animaux sauvages, les maladies, le froid, les éléments, la famine, l’absence de ressources… Et la technique a été cette réponse prodigieuse pour hominiser le monde, le rendre habitable pour nous, quitte à détruire l’écosystème à notre profit.

La technologie nous a permis d’inventer ce que survivre pouvait être. Aujourd’hui, depuis disons 50 ans, nous avons à inventer, en pays développé, ce que vivre peut être.

Vivre sans le risque quotidien de mourir. Vivre sans cet aiguillon irremplaçable de la survie. Habiter un monde trop-humain, abrité dans nos technococons, saturé de protections, obnubilé par la sécurité, emmailloté dans des couches toujours plus denses et rassurantes d’écrans, de réseaux et de fusion communicante.

Tu as raison de souligner que la grande affaire humaine reste le désir. Une société de traces et de datas qui consacre la majorité de ses forces à se protéger, à chercher tous les moyens de ne pas vieillir, qui utilise la technologie essentiellement pour contrôler son environnement personnel (son rapport au monde, aux autres, ses amitiés, ses amours, sa sphère professionnelle, ses déplacements), que dit-elle d’elle?

La techno est notre miroir. Dedans, je ne vois pas l’homme ou la femme de la Renaissance Digitale que tu annonces, dont tu rêves, comme j’en rêve aussi. Je vois d’abord des corps dévitalisés qui tentent de s’orienter dans un monde de plus en plus liquide, insaisissble, molécularisé, compétitif, où ils ne sont que des particules, où la réactivité est reine, où le collectif qui nous aménageait un rôle est devenu le connectif du chacun-pour-tous et du quant-à-soi.

Ma technovigilance vient de là : de cette intuition que l’euphorie technophile, un peu forcée, qui nous accompagne et cherche parfois à nous faire rêver, masque mal une dévitalisation dangereuse. Un autre futur est possible. Qui passera par la techno certes, mais tout autant par une réinvention du vivre-ensemble, des liens directs, d’un écosystème humain et naturel bienveillant. Très-humain plutôt que transhumain, encore une fois.

La société de l’information est un miracle fabuleux. Internet nous a offert le monde, nous a ouvert aux savoirs immenses, à des cultures longtemps inabordables. La médecine nous sauve de plus en plus souvent de l’absurdité des morts subites. Oui!

Mais notre rapport aux technologies invasives est à travailler, à épurer, à déconstruire et à reconstruire -pour soi, avec les autres, en communauté, à l’échelle de la nation comme du monde. Tout s’articule.

Personnellement, je crois à un nouvel épicurisme technologique. À une façon de s’approprier comme de congédier les outils technologiques qu’on nous produit -à les utiliser avec la plus belle des sobriétés. Redonner place à l’humain, chaque fois que possible. Ne pas avoir peur d’être vulnérable et fragile. C’est ainsi qu’on se découvre vivant. N’utiliser que les technos indispensables, fertiles, qui nous ouvrent le monde, nous exposent, plutôt que de nous refermer dans la sécurité paresseuse des outils. Qui accroissent notre puissance de vivre, de créer, d’écouter et de transmettre plutôt que d’augmenter notre pouvoir, trivialement, en diminuant nos facultés sensibles et cognitives.

Tout un art de vivre est en train d’émerger, qui fera des réseaux un vrai support de liberté plutôt qu’une toile de plus en plus gluante où chacun de nous devient un puceron producteur de données pour des araignées de plus en plus avide de nos sangs numériques. Google n’est pas l’avenir de l’homme. Ni Amazon celui de la culture. Ni Facebook celui de nos socialités.

À nous de reprendre la main sur notre anthropoïèse. Les initiatives, locales, dispersées, résistantes, existent -on les médiatise mal, on les totalise difficilement comme tout ce qui est profondément en vie.

C’est l’Open source, généreux, partageur, joyeux. Ce sont les Creative Commons, qui offrent les textes sans les privatiser. C’est l’économie collaborative, le retour du gratuit, que les réseaux peuvent bien mieux qu’avant faire fleurir, essaimer, sporuler. C’est le financement contributif, qui fait naître des projets autrefois barrés. C’est la renaissance du Commun, du do-it-yourself, de la fabrication réppropriée de nos objets quotidiens. C’est la presse libre, autofinancée, frondeuse. Ce sont les webradios qui percent nos oreilles de façon inouïe. C’est tout ce qui viendra et auquel il faudra prêter une attention prodigue, sous les tirs nourris et fumeux d’une Gouvernance Algorithmique qui voudra se présenter comme seul avenir enviable! Debout les geeks!

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22 Mar Vie éternelle, colonies martiennes et nouvel ordre mondial, de retour de la conférence TED 2015

Le 31eme opus de la conférence TED vient de s’achever sous une pluie généreuse dans la froide et belle cité portuaire de Vancouver. La brume baigne le palais des festivals abandonné par les deux mille âmes venues sentir battre, pendant une semaine, le pouls du monde qui vient. Et voilà l’heure du bilan après une semaine d’intenses réflexions. 

TED 2015 a démarré cette année en évoquant le nouvel ordre mondial. Kevin Rudd, ancien premier ministre australien, a prononcé un discours captivant sur le risque de confrontation à brève échéance entre les USA… et la Chine ! David Rothkopf spécialiste des affaires internationales l’a suivi en soulignant l’échec de la politique internationale des Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Il a notamment insisté sur la nécessité absolue de repenser les fondations de cette politique. La Chine devrait vivre, dans un futur proche, des bouleversements économiques et sociaux sans précédents. Elle reste l’usine du monde mais pour un temps qui est désormais compté. Rick Smith a rappelé à quel point les technologies d’impression 3D auront un impact sur les processus de fabrication industriel. L’impression 3D est d’ores et déjà utilisée à 30% pour la fabrication d’objets manufacturés. Mais cette révolution ne fait que commencer et cela va tout changer : l’accessibilité des produits, leur coût, la question de la propriété intellectuelle, l’équilibre économique mondial, l’impact environnemental… À ce sujet, Joseph Desimone, CEO de Carbon3D, a montré une démonstration frappante illustrant la croissance exponentielle des technologies dans le domaine. On imprime aujourd’hui cent fois plus rapidement, cent fois plus précisément qu’il y a un an seulement grâce à la « photo-polymérisation ». L’intervention de Joseph Desimone est la première de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

En matière de conquête spatiale, la perspective d’une expédition humaine sur Mars à moyen terme n’est plus discutable. En revanche, une colonisation par des dizaines de milliers d’humains l’est déjà plus. Et pourtant, c’est la conviction de Stephen Petranek, journaliste et éditeur en chef du Breaktrough Technology Report, qui a prédit non seulement la vie sur Mars à horizon dix ans mais,  plus encore, l’établissement d’une base humaine de 80 000 individus sur la planète rouge dans le courant du siècle !

Joseph Petranek

Stephen Petranek : “Five hundred years ago, Christopher Columbus sailed across a vast ocean and opened a new chapter in human history, for better or worse… I believe we are on the verge of a much greater age of discovery. We’re going to become a two-planet species.”

Vivre sur Mars ne sera ni un luxe ni une lubie de technoscientiste en mal de sensation. Ce sera une nécessité démographique. Nous devrions vivre de plus en plus longtemps et cela ne sera pas sans impact évidemment sur la démographie mondiale. La question de l’allongement radical de l’espérance de vie et la disparition de la mort à longue échéance sont des sujets fascinants que TED a désormais pris l’habitude de traiter sur sa scène. Cette année encore, la question a été abordée en filigrane lors d’une interview remarquable de la transhumaniste Martine Rothblatt. Transexuelle, pionnière de la « digitalisation de l’esprit humain », elle est mariée depuis plus de trente ans à une femme dont elle a créé un double robotisé. Le désir porte la mort en son sein. Comment aimerons-nous, désirerons-nous quand la perspective de notre mort aura disparue ? Martine nous a interrogé sur des questions fondamentales à venir comme nos droits à l’ère de la vie artificielle…

Bina Aspen & Martine Rothblatt

Bina Aspen & Martine Rothblatt : “We want to be cryogenically frozen and we want to wake up together”
Vie artificielle, transhumanisme, robotique, ces sujets nous rappellent que ce qui fait notre profonde humanité sera largement mis à mal par les avancées technologiques qui arrivent. Aujourd’hui déjà le numérique bouscule nos identités. Le respect de notre intimité par exemple disparaît pas à pas. À ce sujet, l’une des interventions la plus surprenante et émouvante fut celle de Monica Lewinsky qui est venu raconter, pour la première fois, à la première personne, l’histoire qui a changé sa vie et qui a annoncé le début d’une nouvelle ère. Monica Lewinsky est devenue, à 24 ans seulement, la première cible d’une « culture de l’humiliation », culture désormais familière dont les médias en ligne tirent aujourd’hui un profit scandaleux. Partisane d’un usage plus sûr et respectueux des médias sociaux elle nous a incité à repenser notre rapport à l’autre à l’époque de la transparence totale. L’intervention de Monica Lewinsky est la seconde de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

Si je ne devais retenir qu’une seule prise de parole cette semaine, je choisirais probablement celle de Gary Haugen, fondateur de l’International Justice Mission. A l’heure où les inégalités croissent à mesure que la technologie avance et qu’une poignée de plus en plus restreinte de privilégiés possède les clés de notre futur, l’avertissement de Gary Haugen est crucial. Il nous a rappelé que la mère de toutes les injustices est notre négligence naïve à l’égard de l’épidémie mondiale de violence envers les plus pauvres. Très logiquement (la pyramide de Maslow le démontre parfaitement) le besoin le plus fondamental de tout humain est la sécurité et la nécessité de rester à l’abri de tout danger mettant en péril notre intégrité physique. En partant de ce constat et après des années de travail sur le terrain notamment au Rwanda, il a signalé l’effet catastrophique de la violence quotidienne sur la vie des plus pauvres et montre comment cette violence rampante mine les politiques mondiales de lutte contre la pauvreté.

Gary

Gary Haugen : “Poor women and girls between 15 and 44 are victims of everyday domestic abuse and sexual violence that account for more death and disability than malaria, car accidents and war combined.”

En conclusion, après 6 ans de participation assidue à toutes les conférences TED, je pense sincèrement que j’ai assisté cette année à l’une des meilleures éditions. Pourtant, l’absence remarquée d’un sujet m’a un peu déçu. En effet, pas de place à la question de la liberté d’expression cette année. Et les réactions aux événements majeurs de ce début d’année à Paris et à Copenhague étaient absents de la scène. Pourtant, cette semaine encore, la Tunisie et le Yemen ont été frappés par le même obscurantisme et la même haine. La croissance inquiétante de l’islamisme radical, le développement massif et diffus du terrorisme islamiste et à la croissance fulgurante de Daech sont, me semble-t-il, un des sujets majeurs du moment. D’autant que cette idéologie et ses adeptes attaquent les fondements même de la société promise par les avancées sociétales et technologiques louées par TED chaque année.

Mais rien.

Rien sur Charlie Hebdo par exemple. Un rescapé, Luz ou Pelloux aurait peut-être eu sa place sur la scène cette année ? Peut-être pour rappeler l’importance du droit au blasphème ? Nous connaissons la frilosité des médias américains à l’égard de cette question comme l’ont prouvées de nombreuses télés américaines qui ont censuré les caricatures sur leurs antennes en janvier dernier.

Je pensais que TED résisterait à cette « neutralité bien-pensante ». Me serais-je trompé ?

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08 Mar Deux jours pour se préparer aux quinze prochaines années

D’après une étude récente de l’université d’Oxford, 47% des emplois en col blanc pourraient être remplacés par de l’intelligence artificielle à horizon 10 ans. Ainsi, deux milliards d’emplois seraient menacés par la croissance exponentielle des technologies de l’information ! Simultanément, la digitalisation de nos sociétés engendre une cybercriminalité de masse. Son coût est évalué aujourd’hui à 400 milliards de dollars pour l’économie mondiale chaque année. Ce phénomène est croissant car corrélé à l’adoption des nouveaux usages.

Un scénario plus optimiste

Mais s’arrêter à ce constat éluderait un scénario plus optimiste. Car d’ici 2030 tous les domaines d’activités qui utilisent l’information et le numérique seront transformés. Dans le domaine de la santé par exemple, le coût d’un séquençage complet de l’ADN humain a été divisé par un million en 15 ans pour atteindre 1 000 euros en 2015. Nous sommes déjà en mesure de modifier des gênes à l’intérieur d’une cellule vivante. Que se passera-t-il quand, dans les prochaines années, cette opération coutera quelques centaines voire quelques dizaines d’euros ? Dans le secteur de l’énergie, le coût des infrastructures solaires baisse exponentiellement. La Terre est continuellement baignée par un rayonnement qui en 90 minutes seulement permettrait de combler les besoins de la population mondiale en énergie pendant une année ! Par conséquent, les enjeux énergétiques sont liés tant à l’accessibilité de la ressource qu’à sa rareté. Enfin, sur le terrain de l’éducation, les cinq prochaines années seront cruciales. Deux milliards d’humains supplémentaires vont se connecter à Internet, principalement au Sud. Deux milliards de cerveaux pourront bénéficier des outils et plateformes d’apprentissage en ligne mises à disposition par les plus prestigieuses universités de la planète. Il est évident que les prochains Steve Jobs, Bill Gates et Mark Zuckerberg sont déjà nés et qu’ils figurent parmi ces deux milliards.

La transformation qui vient

En résumé, entre 2015 et 2030, nous allons vivre une révolution technologique, économique, sociale et politique exceptionnelle. Cette transformation sera bien plus radicale que celle des trente dernières années. Nous aurons à repenser nos villes, nos modes de production énergétiques, la relation au travail, les systèmes éducatifs, la politique de santé, l’équilibre géopolitique mondial… Face à ce constat, quels choix ferons-nous ? Continuerons-nous à jouer la rengaine masochiste et décliniste que les Cassandre nous servent quotidiennement ? Céderons-nous aux pessimistes permanents qui croient notre pays suicidé ? Braquerons-nous les regards sur les échéances à court terme, les élections sans enjeux, les résultats économiques déprimants et les tentatives de réformes avortées ? Ou au contraire, nous résoudrons-nous à accepter que le temps de l’action est arrivé ? L’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante, réplicable, contagieuse et virale. Car les défis à relever sont nombreux mais les solutions existent. Partout, des projets innovent, inventent, avancent. N’en déplaise aux sceptiques, le désir d’engagement et la quête de sens n’ont pas disparu de la société !

Une nouvelle Renaissance

Notre époque bruisse de la même inventivité, des mêmes aspirations d’émancipation et de progrès qu’à l’époque de la Renaissance. La convergence des nouvelles technologies introduit dans notre vie les mêmes bouleversements engendrés par l’imprimerie de Gutenberg et les découvertes de Copernic. Les avancées récentes en matière de connectivité, dans les biotechnologies, la robotique, les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, la mégadonnée et l’avènement de l’économie du partage, offrent des outils inédits aux utopistes en action, aux inventeurs de solutions sociales et humaines. Résolument au service des grands enjeux de notre temps, ces acteurs du changement s’engagent pour la culture, l’éducation, la santé, la solidarité, l’aide au développement, le développement durable, la gestion de la ressource et de l’énergie, les territoires, les transports, la connectivité, les villes de demain, les communautés, les droits des femmes et l’égalité des chances.

En route vers L’ÉCHAPPÉE VOLÉE 2015

C’est pour toutes ces raisons que L’ÉCHAPPÉE VOLÉE, le do-tank initié par l’équipe de TEDxParis, propose aux bonnes volontés de se réunir le samedi 6 et le dimanche 7 juin prochain, au coeur d’un des joyaux architectural de la Renaissance française, le Château de Chambord, autour de penseurs, innovateurs et défricheurs afin d’inventer les nouveaux jalons de notre modernité. Tout au long du week-end, des moments d’évasion, de découvertes et d’expériences seront aménagés autour de personnalités d’exception, d’aventuriers et d’innovateurs. Des porteurs de projets innovants et positifs animeront des ateliers de travail afin de les aider à avancer et à accélérer leur développement. L’expertise, l’enthousiasme et le réseau de chacun pourront leur être décisifs ! Aussi, vous êtes les bienvenus dans l’aventure !

Pour en savoir plus sur L’ÉCHAPPÉE VOLÉE : http://lechappeevolee.com

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18 Fév Et si Bolloré et Renault disruptaient Autolib ?

La BlueCar possède un parc de plus de 3 000 voitures sur Paris. Ce parc contribue à diminuer la pollution, à faciliter la tâche des franciliens et à fluidifier le trafic. Mais si Bolloré allait plus loin ? Si la BlueCar changeait de paradigme pour éviter l’effet Minitel ?

Si à horizon 5 ans, les Autolibs devenaient autonomes (cinq ans ce n’est pas tôt, des expérimentations ont déjà lieu en France) ? En France on passe chaque année 10 milliards d’heures derrière un volant à stresser, polluer, et prendre des risques inutiles. Le marché deviendrait plus important et la rentabilité probablement meilleure.

Et si chaque voiture devenait disponible 24/7 sans avoir à être rechargées ? Il faudrait pour cela, transformer l’approche et utiliser des batteries interchangeables qui restent à la charge en station (comme le prévoyait Better Place la startup israélienne qui a fait faillite trop tôt en 2013).

Enfin, l’algorithme optimiserait radicalement les usages, le trafic et les stratégies de charge. La masse de données générée et exploitée par Bolloré transformerait complètement le modèle en monétisant les temps de parcours désormais libérés, et l’attention du conducteur et des passagers pourraient être consacrée à autre chose…

Renault développe depuis environ 2 ans et sur une base Zoe, un prototype baptisé Next Two, actuellement capable de pilotage automatique pour des trajets à moins de 30 km/h.

Dans les mois qui viennent, l’usine Renault de Dieppe fournirait à Bolloré les futures autolibs… Pendant ce temps, Carlos Ghosn confirme l’anticipation d’une commercialisation de masse à horizon 5 ans.

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05 Fév J’ai vu le futur à la Singularity University

Tribune publiée sur l’OBS-LePlus le 5 février 2015. 

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Le premier programme de formation de la Singularity University de l’année avait lieu la semaine passée au centre de recherche de la NASA en Californie. J’ai eu la chance rare d’y participer avec quatre compatriotes. Nous étions 80 issus de près de 30 pays et de tous les continents.

La Singularity University est un mouvement rassemblant une communauté mondiale, couplé à un accélérateur de projets fondé par Peter Diamandis, le créateur de la fondation XPrize et Ray Kurzweil, un des prospectivistes les plus reconnus de sa génération qui depuis 2012 est directeur de recherche chez Google et reconnu comme l’icône du mouvement transhumaniste dans le monde.

Toute la semaine, une dizaine d’intervenants se sont succédés pour nous apprendre à quel point la convergence des technologies était en train de changer radicalement le monde. Au sortir de ce voyage entre les années 2020 et 2030, j’ai pris conscience à quel point les cinq à quinze prochaines années seront incommensurablement plus révolutionnaires que les trente dernières (marquant le début de l’ère Internet).

Les technologies bousculent toutes nos institutions

Le monde dans lequel nous vivons évolue si rapidement que les connaissances d’un jeune diplômé sont obsolètes le jour de son entrée dans la vie active. En tant que dirigeant d’entreprise, en tant que responsable politique, médecin, chercheur, professeur ou simple citoyen, cette accélération exponentielle de la transformation du monde est une donnée absolument clé qu’il est interdit d’ignorer. Quoi que l’on puisse penser des thèses transhumanistes portées par l’un des fondateurs,  les technologies auxquelles s’intéresse la Singularity University bousculent, disruptent, révolutionnent tous les secteurs. L’intelligence artificielle, la robotique, les nanotechnologies, les biotechnologies, la réalité virtuelle et l’impression 3D sont en train de créer un véritable tsunami.

Des étudiants travaillant sur l’utilisation de drones dans l’agriculture, à la Singularity University, le 6 août 2013 (T. AVELAR/SIPA). 

Transformation globale, massive…

Aussi, les organisations ont aujourd’hui l’absolu devoir de se réinventer. Sans quoi elles sont à la merci d’une disruption rapide et profonde. Pour survivre et prospérer ces mêmes organisations doivent apprendre à surfer au dessus de ce tsunami et éviter d’être écrasé par celui-ci. A l’instar d’Uber qui brise en quelques années seulement le modèle installé des taxis, et qui, se voit disrupter à son tour il y’a quelques jours par un Google préparant le lancement d’un système concurrent à base de voitures sans chauffeur et animées par l’intelligence artificielle et la puissance de la mégadonnée.

Les entreprises qui ont compris l’enjeu sont qualifiées par les fondateurs de la Singularity University d’organisations exponentielles, du fait de leur croissance fulgurante leur permettant d’atteindre des valorisations de plusieurs milliards de dollars en quelques années voire quelques mois seulement. C’est le cas d’Uber, d’Airbnb ou de Whatsapp. Ces entreprises ont un point commun majeur. Elles sont animées par une mission de transformation globale et massive qui les poussent à croitre au delà de leur espérance de départ.

modal_SU_PeterDiamandisLa Singularity University nous invite à voir le monde avec une décennie d’avance et à embrasser la croissance exponentielle et les technologies qui la porte. Enfin elle nous bouscule et nous presse à repenser nos modèles de rareté pour les transformer en modèle d’abondance, avant qu’un tiers ne le fasse à notre place, en dé-matérialisant, démonétisant et démocratisant nos produits et services. La mégadonnée est toujours en ligne de mire des discours de Peter Diamandis. Il nous invite en tirer le maximum de valeur via l’analyse et l’interprétation que l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique permettent. La donnée est définitivement ce pétrole que ces nouveaux entrepreneurs utilisent pour transformer la rareté en abondance.

Dans ce mouvement de numérisation globale, la démocratisation des systèmes de réalité virtuelle est le phénomène le plus prometteur dans un futur très proche (deux à trois ans). En effet, l’accélération des capacités de simulation de la réalité, la miniaturisation des dispositifs et la baisse des coûts permettront à horizon 2017 ou 2018 de proposer des dispositifs de simulation atteignant la résolution de l’oeil et de l’audition humaine. Autrement dit, nous ne percevrons plus de différence entre l’environnent réel et l’environnement virtuel. Cette révolution ouvre des possibilités de disruption radicale dans de nombreux secteurs. A quoi ressembleront par exemple une session de shopping dans les points de vente du futur, l’expérience d’un concert ou d’une finale de coupe du monde de football, la participation à des réunions de travail dans une salle de conférence reconstituée ou même une simple salle de classe à l’heure d’une réalité virtuelle démocratisée et indiscernable de la réalité tout court ?

Santé, eau, nutrition : faire face aux grands défis de l’humanité

Aussi, la possibilité dans un temps très court, de connexion, de rassemblement et de construction de communautés globales accélère radicalement les capacités de création, de financement et de distribution de produits et services portés par la foule et valorisés en quelques mois plusieurs milliards de dollars. Ce fut le cas par exemple des lunettes de réalité virtuelle Oculus Rift développées grâce à un financement ouvert sur la plateforme KickStarter et rachetées quelques mois plus tard par Facebook pour la valeur de deux milliards de dollars !

L’accélération du développement des biotechnologies révolutionne la médecine, à l’instar de l’outil de génie génétique CRISPR/Cas9 qui permet d’éditer des brins d’ADN et d’introduire in vivo de nouveaux gènes. Ces avancées promettent à moyen terme des traitements curatifs et préventifs qui permettront notamment de soigner la grande majorité des cancers et d’assurer un allongement de l’espérance de vie sans précédent.

Enfin, l’ambition de la Singularity University est globale et radicale. Et c’est probablement sur ce point qu’elle donne le plus à réfléchir. Pour le fondateur du mouvement, Peter Diamandis, nous entrons dans une ère d’abondance où les technologies et la croissance exponentielle vont permettre de résoudre les grands défis de l’humanité : santé, eau, énergie, environnement, nutrition, éducation, sécurité et pauvreté.

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Tout un programme qui nécessite plus qu’une tribune. Autant d‘occasions de se documenter, de débattre et d’agir. À suivre….

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06 Jan Une décennie pour transformer le monde

Ce billet est ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos le 6 janvier 2015.

La révolution que le mobile a provoquée dans nos vies quotidiennes n’est qu’un aperçu des innovations radicales qui transformeront le monde dans les dix à quinze prochaines années. Robotique, intelligence artificielle, impression 3D, nanotechnologies et biotechnologies vont sortir d’une longue période d’évolution silencieuse pour atteindre un point de bascule. Et la décennie qui vient sera une période de très grands déséquilibres, avec la force transformatrice de plusieurs Gutenberg simultanés.

Dans une quinzaine d’années, on estime que 40 % des entreprises du Fortune 500 auront disparu et que 2 milliards d’emplois seront à réinventer. Cette perspective est certes angoissante. Elle est aussi exaltante, car elle promet de contribuer à résoudre de nombreux défis auxquels l’humanité fait face. Une poignée de fortunés ont déjà commencé à mettre la croissance exponentielle de la technologie au bénéfice de l’environnement, de l’éducation, de la santé, de la sécurité, de la solidarité et de la conquête de nouveaux territoires.

C’est le cas de Bill Gates qui oeuvre contre le paludisme via sa fondation ou de Larry Page et Sergei Brin qui multiplient, via GoogleX, les initiatives liées aux transports, à l’accès à Internet pour le plus grand nombre et à la prolongation de l’espérance de vie. C’est aussi l’ambition d’Elon Musk, qui, avec Tesla, SolarCity et SpaceX, révolutionne notre relation aux énergies fossiles et prépare les prochaines expéditions spatiales.

Mais la plus exaltante des promesses est encore plus ambitieuse. Elle se nourrit de la démocratisation massive des technologies, du développement croissant de l’économie du partage et de la société du sens, de la diffusion instantanée et planétaire des savoirs et de la capacité croissante de connexion qui donnera la possibilité à la grande majorité des Terriens de prendre part à cette mutation, en se regroupant en communautés puissantes et actives sur le réseau. Il y a mille ans, seul le roi avait la capacité de changer le cours des choses, depuis un siècle, ce pouvoir revient au patron d’industrie, dans la décennie qui vient, c’est l’individu qui héritera de cette opportunité et de cette responsabilité.

 

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13 Déc Apprivoiser l’exponentielle, 10 ans pour changer de monde.

Je suis passionné de photographie depuis l’âge de 15 ans. J’ai commencé à prendre des photos quand j’ai reçu en héritage un vieil appareil photo Canon qui avait fait le tour du monde et avait appartenu à une des figures importantes de ma famille. Le mythe, l’aura, la magie de l’histoire portée par l’objet auront probablement joué un rôle. J’ai commencé à développer mes pellicules et photos dans un petit laboratoire que j’avais installé dans la salle de bain de la maison. Je n’ai cessé de prendre des photos depuis. Et en vingt cinq ans de pratique, j’ai vécu toutes les étapes de la transformation de l’objet photographique. Aujourd’hui mon laboratoire et mes pellicules ont été troqués contre un ordinateur, devenu studio personnel couleur, noir et blanc, 3D et video. Je me souviens que le point de bascule date des années 2000.

Pourtant le premier appareil photo numérique, lui, date d’une autre époque. En effet, il a en réalité été inventé en 1975 par Steve Sasson, ingénieur chez Kodak.

Kodak - 1er appareil photo numérique

Kodak – 1er appareil photo numérique

Son invention n’a pas donné lieu à un développement commercial pour différentes raisons, dont la plus importante fut que Kodak voyait d’un très mauvais œil la concurrence du numérique face à la florissante industrie du film. Si bien que l’invention est restée dans un placard pendant 20 ans, jusqu’en 1995, où le premier appareil photo numérique Kodak grand public est sorti sur le marché… poussé par la concurrence. En effet, Fujifilm, Nikon, Sony avaient investi entre temps le sujet et pris une avance substantielle. Nous connaissons la suite de cette histoire. En deux décennies, le marché de la photo grand public a connu deux transformations majeures. Le film a été remplacé par l’appareil numérique, puis une simple application sur un smartphone. La transition a été si brutale et majeure que la production de photos est passée d’un milliard de clichés par an dans les années 80 – 90 à un milliard par jour aujourd’hui ! Le coût de production ET de diffusion sont devenus marginaux et l’usage de la photo s’est massivement démocratisé entrainant à la casse des entreprises parmi les plus florissantes dont… Kodak, qui en 2012 a été mise sous la protection de la loi américaine contre les faillites.

L’exemple de Kodak et de l’avènement de la photographie digitale illustre parfaitement le processus d’évolution des pratiques, des produits et services touchés par l’accélération de l’innovation technologique ces 20 dernières années. Cette histoire est celle de la transition d’un modèle économique basé sur la rareté à un modèle basé sur l’abondance.

 

NOKIA vs WAZE

NOKIA vs WAZE

Autre exemple frappant de transformation, plus récente et plus radicale car quatre fois plus rapide : NOKIA ! En 2006 NOKIA est le numéro 1 mondial du marché mobile. En janvier 2006 NOKIA est valorisé 140Mds de $. Un an plus tard Apple met sur le marché l’iPhone 1 et crée du même coup un ecosystème. Apple instaure une plateforme par l’intermédiaire de ce couteau suisse qu’est désormais le smartphone qui contient différentes briques technologiques clés comme le GPS. En 2007, NOKIA souhaitant diversifier son activité acquiert la société NAVTEQ produisant des GPS. Mais en décembre 2007, la startup WAZE propose une application gratuite de GPS sur iPhone. WAZE utilise pour la première fois les données générées par les utilisateurs sur leurs smartphones pour enrichir des cartes en temps réel, afficher et prédire le trafic sur les routes. En 6 ans seulement, WAZE s’est doté d’une mécanique cent fois supérieure à celle de NAVTEQ pour générer des données de trafic en s’appuyant sur la foule. En Janvier 2012, cinq ans après l’introduction de l’iPhone sur le marché, la valorisation de NOKIA est passée de 140Mds à 8,2 Mds ! La chute s’accélère alors et un an plus tard, Google achète WAZE pour 1,1 Mds puis en Avril 2014 NOKIA est vendu à Microsoft pour 7,2Mds, une valorisation inférieure à la filiale NAVTEQ, 7 ans auparavant. En 8 ans, la chute de NOKIA a été vertigineuse.

Ce phénomène d’accélération de la transformation digitale s’explique par une loi qui a été introduite à plusieurs reprises et de différentes manières par Gordon Moore, cofondateur d’Intel : la loi de Moore qui, si on tente de la résumer et de la simplifier, dit que la puissance de calcul, la capacité de stockage de l’information et la vitesse de transmission des données doublent environ tous les 18 mois pour un coût constant. Cette loi n’a jamais été démentie depuis. Et cette croissance exponentielle des capacités technologiques impacte au fur et à mesure tous les métiers.

Notre cerveau appréhende mieux les échelles linéaires que les échelles exponentielles. Pour prendre une analogie très simple, et se rendre compte de l’impact de cette loi, imaginons que je me déplace de façon linéaire. Si je fais un pas, je me retrouve 1 mètre plus loin. A 30 pas je suis à 30 mètres, etc… A l’échelle exponentielle quand j’effectue 30 pas, j’ai en réalité réalisé plusieurs fois le tour de la terre et au 50eme pas je suis à l’extérieur du système solaire.

Evidemment, la transformation de la carte routière ou de la photographie a un intérêt. Mais il n’est que relatif comparé aux révolutions à venir et qui concernent les grands enjeux de l’humanité des dix prochaines années. Nous vivons une époque de crises depuis 30 voir 40 ans. Ces crises successives coïncident avec une série d’opportunités extraordinaires car cette époque est toute particulière dans l’histoire de l’humanité. Jamais nous n’avons eu la possibilité de transformer aussi radicalement notre monde grâce aux outils que nous possédons aujourd’hui et qui évoluent à une vitesse exponentielle. Cette transformation va toucher tous les domaines dans les dix prochaines années : l’environnement, l’énergie, l’éducation, la santé, la sécurité, la nutrition, la pauvreté, les transports…

Singularity University

Singularity University

J’ai eu récemment la chance de participer à la première rencontre européenne de la Singularity University, cette université américaine fondée par des entrepreneurs de la Silicon Valley qui mettent à profit leur savoir-faire, leur réseau, leur expérience pour aider des entrepreneurs à résoudre les grands défis de l’humanité à horizon 2025. J’y ai rencontré des inventeurs, des révolutionnaires, des acteurs du changement à l’opposé de l’image que l’on a en France de cette organisation souvent dépeinte comme l’antre de l’idéologie transhumaniste et l’extension des laboratoires de recherche de Google seulement. J’y ai rencontré des startups, des initiatives sociales et solidaires, des entreprises comme Autodesk, Cisco et même NOKIA. En janvier 2015, j’intégrerai le programme « executive » de l’Université à Palo Alto et deviendrai du même coup ambassadeur du programme pour la France. 2015 sera l’occasion pour moi de m’investir activement pour transmettre et partager ces bonnes pratiques, ce réseau et l’énergie que génèrent cette initiative. A suivre…

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02 Déc De la Mixagination : une soirée en maître de cérémonie aux trophées de l’INPI.

Quand les organisateurs des trophées de l’INPI m’ont appelé il y a quelques semaines, je vous l’avoue, j’ai pensé un instant que c’était pour m’annoncer que j’allais être récompensé. Et bien non ! Ils m’ont appelé pour me proposer d’être le maître de cérémonie de l’édition 2014.

J’ai évidemment accepté l’invitation avec fierté et un certain enthousiasme, celui d’un petit garçon qui va ouvrir ses cadeaux de Noël avant l’heure. Parce que l’innovation, la recherche permanente de nouveauté est une passion et j’en ai fait mon métier.

J’ai la chance d’organiser depuis 5 ans les conférences TEDxParis, la première version française des conférences TED. Ce que j’aime particulièrement chez TED c’est la diversité des sujets. C’est d’ailleurs comme ça que tout a commencé : un jour, une claque, vivre successivement en l’espace d’une matinée les témoignages d’un ancien enfant soldat somalien, de Bill Gates expliquant son combat contre la malaria, d’un chercheur en pédagogie qui décrit comment l’école tue la créativité et celui d’un explorateur du Grand Nord. Cela peut paraitre totalement chaotique comme programmation ? Oui ! Mais elle a eu un effet inattendu. Quelque chose s’est passé à l’intérieur ce jour là. Les mots, les idées des uns raisonnaient avec ceux des autres et j’ai fini par comprendre, intuitivement, émotionnellement des choses que je n’aurais probablement pas comprises avec un discours rationnel. Peu importe l’idée que j’en ai tirée, ce qui est important c’est le processus.

Quand, à l’âge de 17 ans, je suis arrivé en France, avec la langue française et mes souvenirs d’Histoire de France en bagage, je peux vous assurer que l’adaptation est la première chose que j’ai apprise. Ca passe par gommer un accent par exemple… Encore que cela lui arrive de rejaillir parfois à l’improviste. J’ai aussi appris, à mes dépens, que nous avions, en France, la fâcheuse habitude de ranger les métiers dans des cases. Untel est ingénieur, il le reste tout au long de sa carrière, Untel est plutôt artiste, idem… Si bien que lorsque j’ai commencé à travailler, après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur, mon premier réflexe a été de tenter de sortir de la case dans laquelle on tentait de m’enfermer : la corporation des ingénieurs. Parce que j’étais aussi passionné par les arts et le dessin, je me suis inscrit aux cours du soir à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris. Et j’ai appris à dessiner. Cette période a été, intellectuellement, la plus intense de ma vie professionnelle. La journée je vivais dans un monde rationnel de chiffres et de code. Et le soir, je faisais travailler une autre partie de mon cerveau, j’apprenais à me connecter à mon intuition, mes émotions. Quand vous passez 4 heures à dessiner les détails d’une main, vous finissez par oublier ce qu’est une main : 5 doigts, des phalanges, des ongles. Vous ne voyez que des traits, des creux, des formes, des empreintes. Vous devenez un être minuscule qui se ballade sur la peau, les interstices, les pores. Vous voyez ce que vous dessinez comme vous ne l’avez jamais vu. Vous apprenez à voir le monde autrement.

Si je vous raconte ces souvenirs c’est pour tenter seulement d’expliquer ce qui se passe dans notre cerveau à la rencontre de l’inconnu, de l’étranger, lorsque l’on crée ces passerelles, entre univers différents, entre schémas de pensée parfois opposés. Ce processus, qu’il est difficile de décrire, parcequ’il faut le vivre pour le comprendre, est en fait à l’origine de toute création. À une autre échelle, quand vous faites se rencontrer et travailler des experts de disciplines radicalement différentes, souvent, très souvent cela crée une étincelle. Cette étincelle c’est ce qui est à l’origine de toute invention, de toute création, de toute innovation.

Trophées

L’INPI, cette année, a choisi d’appeler ce processus la Mixagination. Et pour l’illustrer, les organisateurs des trophées 2014 ont mis à l’honneur douze innovations qui ont toutes en commun la rencontre d’univers différents. Chacun de ces projets a intégré cette mixité comme un ingrédient important de son processus d’innovation.

En un peu plus d’un siècle, notre espérance de vie a doublé. Il y a cent ans, à mon âge, 41 ans, j’aurais probablement été en train de mourir d’une quelconque maladie (pneumonie, tuberculose, tétanos…) impossible à prévenir ou à soigner. En cinquante ans, la mortalité infantile a été divisée par trois, la production alimentaire par habitant a augmenté d’un tiers et tout cela à un moment où la population mondiale a doublé. La bonne nouvelle est que cela ne fait que commencer, car l’innovation technologique accélère à une vitesse exponentielle depuis vingt ans. J’ai (re)découvert ce soir douze innovations qui sont autant de belles nouvelles pour demain. Elles touchent à tous les secteurs : santé, art, culture, économie, luxe, technologie, écologie, design, gastronomie, sport… Quatre d’entre elles ont été récompensées et j’étais particulièrement heureux de voir combien l’innovation est forte dans notre pays. Ce fut, une belle soirée d’innovation, pour l’innovation, avec des innovateurs de tous les secteurs, pleine d’énergie et d’optimisme.

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22 Nov Joshfire et userADgents se rapprochent !

Fin 2010 j’ai eu cette chance rare de me trouver au bon endroit, au bon moment avec les bonnes personnes : dans les coulisses d’un TEDx, au moment où je quittais France24, au cours d’une conversation passionnante avec entre autre Rafi Haladjian au sujet d’entrepreneuriat et d’internet des objets. Quelques mois plus tard je fondais Joshfire avec l’intuition que le marché de l’objet connecté exploserait dans un futur proche.

Depuis, je n’ai cessé de suivre cette intuition. En quatre ans, Joshfire est devenu, par ses références et sa capacité à embrasser l’ensemble du processus de mise sur le marché d’objets connectés, la première agence Internet des Objets française. Au vu de l’évolution du marché en 2014, l’agence est à un moment clé de son développement.

C’est pour cette raison, qu’aujourd’hui Joshfire se rapproche de userADgents, l’une des principales agences de marketing digital mobile en France. L’association de nos deux compétences fait d’autant plus de sens que les Smartphones et les tablettes sont amenés à interagir fortement avec les objets connectés, que ce soit pour les piloter ou pour capter & visualiser les données issues de ces objets. Joshfire et userADgents proposent désormais une offre complète que ce soit pour adresser les problématiques de communication corporate ou évènementiel, la digitalisation des points de vente & le m-commerce ou encore des enjeux de CRM & de data.

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Les deux entités – qui resteront indépendantes mais seront regroupées – forment un ensemble de près de €4M de C.A et de 35 experts capables d’accompagner les entreprises dans la mise en place de dispositifs digitaux innovants, avec une offre assez unique sur le marché.

Si je demeure actionnaire et advisory de Joshfire, en revanche, je quitte la direction de l’entreprise. Renaud MENERAT, Président de userADgents devient par la même occasion Président de Joshfire. Les prochains mois je me consacrerai pleinement au développement de nouveaux projets au sein notamment de l’agence éditoriale BRIGHTNESS, des conférences TEDxParis et L’ÉCHAPPÉE VOLÉE.

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17 Oct Transhumains (ou bioprogressistes) contre trés-humains (ou bioconservateurs). Un clivage qui émerge.

Vous connaissez ma passion pour les sujets nouveaux, la prospective et l’innovation. Je profite de la sortie des deux premières vidéos enregistrées à TEDxParis le 5 octobre dernier pour partager avec vous des reflexions et un débat passionnants.

Laurent Alexandre, habitué de la scène de TEDxParis esquisse un avenir où l’école préparera à l’élimination des inégalités de QI par des solutions d’eugénisme intellectuel.

Alain Damasio, un des plus importants auteurs de SF de notre génération, dépeint au contraire un futur plus humain, où technologie rime avec épicurisme.

Alors, société humaniste ou eugéniste ?

L’école devra-t-elle devenir eugéniste ? Est-elle condamnée à intégrer le développement des neurosciences pour s’adapter à la guerre des cerveaux qui se prépare et réduire les inégalités croissantes de QI à venir ? Ou bien allons-nous faire le choix de privilégier le développement de notre puissance intrinsèque en faisant un usage plus modéré des technologies qui déjà nous entourent ? L’avenir sera-t-il transhumain ou très humain ?

Je vous invite à découvrir ces deux vidéos. Je suis preneur de vos réactions et vous invite à engager le débat. Les vidéos sont en ligne sur TEDxParis.com

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