Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Billet
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Billet

08 Fév Les entrepreneurs sont-ils majoritairement sujets au vertige ?

Je suis sujet au vertige. La dernière fois que j’ai ressenti cette désagréable sensation de chute dans le vide, je participais à un séminaire organisé par un grand groupe, dans le sud de la France. Nous visitions un bâtiment tout neuf, truffé de capteurs et dispositifs innovants en tout genre. Au milieu de la visite, on nous a proposé de rejoindre les toits de l’édifice afin de découvrir la vue. Il fallait emprunter une passerelle en acier, étroite et grillagée. Sur la dizaine de personnes présentes, quelques-unes ont rebroussé chemin, tétanisées par le vertige, certains ont réussi à surmonter leur peur, et la plupart ont traversé le pont suspendu sur 30 ou 40 mètres de vide. Je faisais partie du premier groupe. Nous sommes restés une vingtaine de minutes à attendre que le reste de l’équipe revienne de leur périple au dessus de nos têtes. La conversation s’est donc engagée et au bout de quelques minutes nous nous sommes rendu compte que nous avions tous un profil d’entrepreneur. Autre fait étonnant, les entrepreneurs étaient aussi majoritaires dans le second groupe. Le dernier n’en comportait pas.

Voilà plusieurs années que l’intuition d’une relation entre profil entrepreneurial et sensibilité au vertige me taraude. A chaque fois que j’en ai l’occasion, j’alimente ma petite étude, qui certes n’a rien de scientifique, mais me convainc de plus en plus que ce lien existe bien.

Et vous actuels ou anciens entrepreneurs ? Sujets au vertige ? Ou pas du tout ?

PS: Cadeau bonus.

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14 Jan Le travail de 2030 se prépare aujourd'hui.

Ce billet est la version illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos

En 1997, Jeremy Rifkin écrivait « la fin du travail », best-seller visionnaire qui décrivait l’inexorable augmentation planétaire du chômage et dessinait les prémisses de la nouvelle économie positive et solidaire.

En 2014, la question est toujours d’actualité. Le chômage a effectivement globalement augmenté entre 1990 et 2012 dans le monde développé (aux USA de 5% à 8%, en Europe de 7% à 10%, au Japon de 2% à 4%) et le phénomène est loin d’être terminé. Une étude publiée par deux chercheurs de l’Université d’Oxford en septembre dernier décrit au contraire une accélération. D’après le document de 72 pages disponibles sur Internet, jusqu’à 47% des emplois aux Etats Unis pourraient, à horizon 20 ans, être confiés à des machines intelligentes.

Le développement exponentielle de la puissance informatique, la démocratisation des machines apprenantes et l’avènement de la robotique mobile devraient d’après les deux chercheurs faire disparaître dans les 20 prochaines années la plupart des emplois manutentionnaires, les métiers de maintenance et de la construction et entamer très largement la masse de professions administratives, de fonctions de bureaux, de chauffeurs, de télé-marqueteurs… et même de mannequins ! Seraient épargnés les acteurs de l’économie solidaire, de la santé, du secteur social, de l’éducation, des arts et de la culture, de l’ingénierie, de l’informatique et des sciences.

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Alors, face à cette transition économique et sociale majeure, entamée depuis les années 80 et que nous appelons communément « crise », mais qui n’est en réalité que la fin d’une époque comme le fut les dernières années du XIXeme siècle, que faire ?

Clive Thompson explique dans son dernier ouvrage « Smarter than you think », que la course contre la machine est une lutte vaine. Qu’au contraire, les technologies de l’information permettent de développer de nouvelles capacités cognitives, en déléguant certaines tâches cérébrales aux intelligences artificielles. Autrement dit en « sous-traitant » à la machine ce qu’elle fait le mieux et en développant le plus possible la spécificité du cerveau humain : ses capacités uniques d’intuition, de créativité, mais aussi de perception et de production. Il va de soi, que cette transition se fera plus naturellement si nous préparons la génération avenir.

Celle-ci devra imaginer, concevoir, hacker, inventer nôtre nouveau monde. L’école ne peut donc se contenter d’être le sanctuaire qu’elle a été au XXeme siècle, lieu de seule transmission du savoir. Elle doit aussi intégrer les modifications massives que la technologie a apporté à nos processus de travail, de socialisation et de cognition en devenant un lieu de création du nouveau savoir par l’expérimentation et la découverte.

La bonne nouvelle est que corps enseignant commence à prendre conscience de cela. Il s’y met, à l’instar de cette initiative du CRI portée par Ange Ansour, enseignante en CM1 et CM2 qui transforme la salle de classe en laboratoire et ses élèves en chercheurs. La mauvaise est que nous n’avons pas le temps de tergiverser. Vingt ans c’est court !


L’intervention d’Ange Ansour à TEDxParis 2013

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16 Nov Comment j’ai redécouvert la presse écrite (et mon iPad).

Presse-et-iPad

Voilà presque quinze ans que je consacre entre trente minutes et deux heures chaque jour à m’informer sur Internet. J’ai fait partie des premiers utilisateurs de toutes sortes d’outils en ligne pour cela. Des lecteurs RSS fin des années 90, des agrégateurs de contenus début 2000, des sites de curation en 2005 – 2006, des premiers réseaux sociaux entre 2005 et 2010. Cette année encore, mon compte Google Reader comprenait plus de 5000 sources d’information validées et classées au cours de ces longues années de veille.

Lorsque Google Reader a définitivement fermé en juillet dernier, je n’ai pas eu la présence d’esprit de sauvegarder ma base de données. Et du jour au lendemain mon rituel quotidien s’est vu radicalement chamboulé. J’ai cru pouvoir récupérer les sources les plus pertinentes, je m’y suis attelé mais le résultat a été vain. C’est là qu’a commencé une expérience très instructive. Après quelques semaines à tenter de ne m’informer qu’au travers des réseaux sociaux, je  me suis vite rabattu sur une stratégie beaucoup plus conservatrice : parier sur la presse écrite et diminuer drastiquement ma consommation de contenus émanant du web gratuit. Presque simultanément, j’ai déménagé et nous avons décidé avec ma femme de ne plus avoir de télévision chez nous. En résumé, en l’espace de quelques mois, j’ai bouleversé ma façon de m’informer et de me divertir : plus de télé, plus de flux RSS, beaucoup moins de réseaux sociaux, contre beaucoup plus de lectures. Etonnant de la part de quelqu’un qui pendant une demi douzaine d’années à contribuer à la transformation de plusieurs medias à l’ère du net, de la gratuité des contenus, de l’explosion des réseaux et de l’avènement des nouveaux écrans ? Et pourtant.

Voilà donc un peu moins de six mois que je consacre entre trente minutes et deux heures de mon temps chaque jour à lire la presse écrite. Certes je n’achète pas de journal papier, mais mon iPad est devenu un compagnon indispensable. Je me suis abonné à trois quotidiens (Libération, Le Figaro et Le Monde) deux hebdomadaires culturels (Télérama et Les Inrockuptibles), deux mensuels scientifiques (Sciences&Avenir et Wired) et je butine de façon totalement aléatoires quelques titres en fonction de mon temps et de mes envies (en vrac Time Magazine, The Guardian, Clés, Elle, La Recherche, Science & Vie, Le Point, L’Express, Le Nouvel Obs, Courrier International, Challenges et La Tribune). J’ai bien sur conservé quelques anciennes habitudes : faire une passe rapide sur Google News au réveil, écouter la radio le matin dans ma salle de bains, jeter un œil le midi sur la page d’accueil de Techmeme (l’agrégateur techno américain de référence), et passer quelques minutes sur Facebook quand j’en ai envie principalement en vadrouille sur mon mobile.

Chaque jour, j’ai construit une routine : le matin je commence par lire Libération. Je lis la une, les grands titres « news » en diagonale, puis je picore quelques articles d’opinion (que je neutralise quelques minutes plus tard en répétant la même méthode dans le Figaro), puis je prends le temps de plonger plus profondément dans les papiers d’analyses ou d’enquêtes quand par bonheur j’en découvre. La lecture de Libération me prend une quinzaine de minutes. Je passe alors à celle du Figaro qui dure un peu moins longtemps puisque j’économise un bon tiers de l’édition en sautant les « news » déjà lues. Vient alors le moment que je préfère : celui des suppléments. J’y découvre la plupart du temps de vraies pépites documentées et que je ne trouvais jamais sur le web auparavant. Le soir en rentrant je prends une demi heure pour parcourir Le Monde exactement comme je le fais le matin pour Libé et le Figaro. Puis vient la lecture exhaustive et délicieuse des hebdomadaires et mensuels. J’y consacre la plus grande part de mon temps de veille. C’est ainsi que j’ai littéralement redécouvert des livres, des albums de musique, des expositions, des documentaires, du cinéma aussi, bref autant de références culturelles que mon ancien processus de veille ne me permettait pas de voir.

Grace à l’usage d’un iPad je n’ai pas perdu mon habitude de partager sur les réseaux sociaux ma veille quotidienne. Chaque jour je publie sur Facebook et Twitter entre 3 et 5 contenus que je choisis parmi mes découvertes. Je le fais en retrouvant un lien sur le web ou en faisant une copie d’écran du journal que je lis – je sais que cette pratique n’est pas tout à fait légale puisque je « libère » sur le net des contenus la plupart du temps protégés, mais je suis convaincu que le bénéfice tiré par les medias en terme de publicité est bien plus important que ce « piratage » parcellaire.

L’iPad dont j’ai acheté les différentes versions au fur et à mesure qu’elles sont sorties sur le marché n’a jamais été aussi efficace à mes yeux que ces derniers mois. Le passage à la version mini a-t-il été un déclencheur ? Probablement. Mais le plus extraordinaire dans cette histoire est que ce changement de stratégie a renforcé  mon influence sur le net. En effet mon taux de reprise sur les réseaux sociaux a quadruplé ces derniers mois. Tout se passe comme si la singularité avait changé de territoire, comme si le net reconnaissait l’originalité, la rareté, hors du réseau… Argument qui ne se discute pas, le score Klout agrégeant l’influence de mes comptes Twitter et Facebook réunis a évolué de plus de 10 points depuis ce changement de stratégie.

Je suis convaincu que certains d’entre vous trouveront ce témoignage tout à fait banal. Je connais beaucoup de monde qui s’informe principalement par la presse écrite et qui utilise une démarche similaire à la mienne pour ce faire (sans forcément aller jusqu’à partager leur veille sur les réseaux sociaux). Mais pour un (quasi) natif d’internet, en tout cas quelqu’un qui a fait du net son outil de travail et de la transformation digitale son produit, c’est une véritable révolution ! D’autres diront un reniement. A l’aube de mes 40 ans, suis-je passé de l’autre coté de la frontière ? Dans le territoire des anciens, des réfractaires, osons le mot, des réacs ? Je ne le pense pas. Au contraire, je crois que les modes passent et que d’autres reviennent. Que mon exemple est une manifestation partielle d’un phénomène plus large, plus profond, plus durable. Que le net a tout nivelé par le bas, en oubliant que la valeur vient du travail de fond et que le contenu original passe par l’enquête, l’analyse et la recherche d’un temps plus long, enfin que le « payant » face au « gratuit », que l’exclusif et le premium face au buzz ont une encore une carte à jouer. A suivre…

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23 Oct Révélez le speaker qui est en vous !

Il est courant de croire que la France est le pays des mots et de l’éloquence. Il est aussi courant de penser que nous, français, sommes médiocres à l’oral, que nos prises de parole en public lors de conférences ou congrès professionnels, par exemple, montrent leur faiblesse. En effet, comparées aux anglo-saxons et particulièrement aux américains, notre présence, notre prestance ou notre capacité à captiver une audience restent très médiocres. Pourtant il est à la porté de tous d’améliorer de façon conséquente sa capacité de prise de parole en public.

Mon aventure d’organisateur de conférence et de « préparateur » d’intervenants a commencé en 2009. Je venais alors de récupérer pour la France la première licence TEDx, inspirée de TED, la conférence organisée chaque année aux États-Unis et qui rassemble la fine fleur des spécialistes dans leur domaine. Cette expérience m’a permis d’observer les exemples étrangers, d’analyser les différences culturelles, mais surtout de mesurer à quel point la prise de parole en public n’a rien d’un don, et encore moins pour un Français ! Elle fut le point de départ de la méthode que j’ai développée, d’abord intuitivement puis dans le cadre de l’agence Brightness que j’ai créée au printemps 2012.

La Methode BRIGHTNESS

J’ai passé les premiers mois de cette année à rassembler dans cet ouvrage l’ensemble des conseils que mon équipe et moi-même donnons aux intervenants que nous préparons pour leur talk à TEDxParis, aux ONFI, à LeWeb, au Women’s Forum, etc.

Il sort en librairie et sur Amazon le 15 novembre prochain.

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17 Oct JOSHFIRE : pivoter pour être de plus en plus fidèle à son ADN !

Voilà 3 ans que Joshfire s’est lancé dans l’aventure folle de l’internet des objets. Folle, parcequ’il fallait cette pointe d’inconscience en 2010, pour penser pouvoir gagner sa vie en réalisant des prototypes d’objets connectés. Nous avons prêché dans le désert pendant près d’un an. Après plusieurs tentatives de projets avortés, notre activité s’est finalement centrée sur le développement d’apps multi-écrans : mobiles, tablettes et TV connectées. Ce choix, de raison, nous a permis de vivre pendant deux ans. Survivre je devrais dire. Notre envie d’objets connectés était mise en veilleuse, devenue un point sur l’horizon.

Aussi, au bout d’un temps,  l’idée de tirer nos revenus d’une seule activité de service a finit par nous gêner : ce maudit modèle californien centré sur le « produit » ! Je n’ai jamais voulu céder à cette tendance qui consiste à confondre client et investisseur et j’ai toujours voulu imposer à l’entreprise de gagner chaque sou qu’elle dépense. Pourtant j’ai cédé pendant prés de deux aux sirènes du produit ! De société de service, métier que je connais très bien pour l’avoir exercé pendant 10 ans, je me suis improvisé éditeur ! Donc nous avons développé notre produit, en créant une plateforme Saas de génération d’apps multi-devices : la Joshfire Factory.

Après un an et demi de production, plusieurs clients prestigieux nous ont pourtant suivi. Mais, malgré la qualité de nos équipes de développement, nous nous sommes rendu compte que le chemin que nous avions emprunté était un leurre. Pour créer un produit, le commercialiser et le rentabiliser il faut des investissements, du temps et beaucoup de motivation. Il nous fallait donc choisir entre le fait de trouver des investisseurs pour développer notre plateforme malgré la faible motivation que nous avions à le faire ou nous concentrer sur notre activité de service en conservant notre indépendance et surtout renouer avec l’envie qui nous animait au tout début du projet, notre ADN. Nous voulions innover, être un acteur qui compte sur le marché de l’internet des objets et mettre notre créativité, notre souci de qualité et notre vision au service de nos clients. En réalité nous étions devenu l’éditeur d’un produit industriel, sur un marché saturé, avec un modèle low cost. Ce n’est pas un hasard si nous ne nous levions plus avec la même énergie le matin.

Cet été, nous avons donc décidé de revenir à ce qui nous motivait le plus et renouer avec ce qui constituait notre ADN. Exit donc les apps et focus sur l’Internet des objets. C’est ainsi que Joshfire a pivoté pour la seconde fois, en revenant au point de départ. Avec une différence de taille  par rapport à 2010 : le marché de l’internet des objets  commence à décoller. En effet, les produits de fitness, les Google Glass et les smart-watch aident… Pour l’instant, ce choix commence à porter ses fruits, les clients suivent et notre offre est plus simple et plus claire. A notre connaissance nous sommes la première agence à nous concentrer sur la création d’objets connectés pour des marques : de la phase de conseil, d’idéation, de prototypage, jusqu’à l’accompagnement industriel. En 2006, apparaissaient les premières agences mobiles, en 2013, l’analogie avec l’Internet des Objets nous a parue évidente…

Du même coup, nous avons retrouvé cette envie, la motivation et la joie de travailler sur des projets innovants. Nous avons aussi renoué avec une vieille habitude : chaque mois nous réalisons un dispositif connecté. Nous y consacrons un peu de temps en équipe, en parallèle de nos projets clients. Ce mois-ci l’équipe a réalisé une magnifique borne d’arcade à l’interface gestuelle, autour d’une maquette LEGO et d’un capteur LEAPMOTION ! Voici quelques images animées qui font chaud au coeur.

Cette énergie, cette envie retrouvée, la bonne humeur et la créativité qui en découlent, valent tous les investissements que nous aurions pu obtenir même en nous acharnant sur notre ancienne stratégie. Je dois beaucoup à l’équipe de Joshfire. Je leur dois d’avoir suivi ce virage. Je dois aussi beaucoup à certains de l’avoir initié (ils se reconnaitront… Sachez que je suis fier de cette belle aventure qui s’offre à nous et que cette nouvelle chance est grandement de votre fait).
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17 Sep Si les maires dirigeaient le monde

Ce billet est la version illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos.

Au cours des deux dernières décennies, notre système économique a connu une révolution majeure. L’avènement d’Internet a entraîné une désintermédiation des échanges. Il semble inévitable que l’élimination des intermédiaires au profit de relations directes entre pairs touche aussi, tôt ou tard, les structures de notre système politique, et donc de notre démocratie. A l’heure de la mondialisation, il faut admettre que notre modèle d’institutions, conçu il y a quatre cents ans, n’est peut-être plus à la hauteur des défis de notre temps. Benjamin Barber, professeur de sciences politiques à l’université du Maryland, va publier le 4 octobre un livre qui esquisse un nouveau modèle démocratique, « If mayors ruled the world » (Yale University). Il en a présenté les grandes lignes lors de la dernière édition de TED Global, au mois de juin.

Barber pense que la solution à notre crise politique occidentale passe par la construction d’un système à l’échelle à la fois locale et globale. Il propose de changer de paradigme et de commencer à raisonner à l’échelle des villes et non plus des nations. Les zones urbaines sont le lieu où la culture et la civilisation sont nées. De plus, la majorité de la population mondiale vit désormais dans des villes. Benjamin Barber pense qu’il pourrait être temps que les gens qui les gouvernent se chargent de diriger le monde.

Les maires sont pragmatiques. Leur tâche est de faire avancer les choses au-delà des idéologies. Leur taux de popularité est souvent supérieur à toutes les autres catégories d’hommes politiques. Les villes sont profondément multiculturelles, ouvertes, participatives et démocratiques alors que nous vivons encore dans un système politique basé sur des frontières et des Etats – des Etats qui, souvent, refusent d’agir ensemble. La démocratie est née dans la cité antique. Elle peut renaître dans la cité contemporaine, globalisée, cosmopolite. Pour y parvenir, Benjamin Barber appelle à la création d’un parlement mondial des maires qui permettrait une participation globale plus directe. A l’approche des élections municipales en France, voici un thème propice à un débat de fond.

Conférence enregistrée à l’EFNI sur le sujet (durée 1:10). La version courte enregistrée à TED Global devrait être publiée dans quelques semaines.

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18 Juin Matternet : un internet fait de drones pour le transport de la matière !

Voici la version longue et illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans les Echos aujourd’hui.

Longtemps réservés aux passionnés de modélisme, les multicoptères – de petits drones dotés de plusieurs rotors – ont commencé à être vendus au grand public il y a quelques années. Une entreprise française, Parrot, a été la première à proposer un tel produit dès 2010. Trois ans après, la technologie s’est largement améliorée, notamment en matière d’autonomie. A tel point qu’aujourd’hui ce type de dispositif pénètre le marché professionnel, par exemple pour la surveillance de zones protégées (pipelines, parcs naturels…)

Un jeune entrepreneur grec, Andreas Raptopoulos, a inventé une solution qui permettrait au milliard de personnes isolées des routes d’avoir accès en cas d’urgence aux fournitures, marchandises et médicaments essentiels. Il a développé Matternet, le premier réseau de transport basé sur des drones autoguidés. Matternet fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Il est composé de drones, de stations d’atterrissage (permettant aussi le ravitaillement électrique) et d’un logiciel de routage, qui pilote l’ensemble du maillage. Matternet est en somme à la matière ce qu’Internet est à l’information.

Chaque drone est capable de transporter des charges de 2 kilos environ, peut couvrir une distance de 10 kilomètres en quinze minutes et vole à une altitude de 400 pieds, hors des voies empruntées par les autres aéronefs. Matternet a déjà été déployé à Port-au-Prince, après le séisme de 2010. L’intérêt est son très faible coût : un parcours de 10 kilomètres coûte 24 cents, avec une dépense d’énergie de 2 cents seulement. A titre d’exemple, au Lesotho, la création d’un réseau de drones pour connecter 47 cliniques et 6 laboratoires sur une superficie de 138 km 2 coûterait moins de 1 million de dollars.

En France, le 1 er avril dernier, le groupe La Poste annonçait un service de livraison à domicile par les airs – un poisson d’avril qui en a fait ricaner plus d’un ! Et pourtant, Andreas Raptopoulos, qui intervenait la semaine dernière sur la scène de TED Global 2013 à Edimbourg, est convaincu que Matternet pourrait aussi permettre de décongestionner nos villes, notamment pour le courrier et les petits colis… Le futur est souvent encore plus étonnant qu’on ne l’imagine.

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16 Juin TED Global 2013 : le temps de repenser la démocratie.

La conférence TED Global a lieu chaque année en Europe depuis 2006. Entre le 11 et le 14 juin, ce sont près d’une centaine d’intervenants au total et huit cent participants qui ont eu l’occasion de « réfléchir à nouveau » à notre monde en crise. Les organisateurs ont choisi leur moto cette année : « Think Again ». TED met en scène chaque année les idées les plus originales, parfois les plus radicales et l’audience vient y chercher cette singularité. Durant ces cinq jours le questionnement du modèle démocratique était en filigrane de nombreuses interventions, sur scène et dans les couloirs. Une fois n’est pas coutume, je retiens de cette semaine trois talks politiques qui invitent à repenser notre modèle démocratique.

Le coup d’envoi est donné avec une introduction plutôt étonnante. Bruno Giussani directeur de TED Europe et le responsable de la programmation, a décidé de donner la parole à Georges Papandreou, l’ancien premier ministre grec. Le choix est cohérent compte tenu de la thématique de la conférence : repenser notre monde. En effet, quoi de plus logique que de commencer par un constat d’échec ! Si on laisse de coté la forme de l’intervention de Georges Papandreou, qui ressemblait plus à une excellente opération de communication qu’à une authentique prise de parole, le coeur de son discours est d’une actualité criante : la sortie de crise en Europe passera par plus de démocratie directe et une citoyenneté européenne. Certes, le « comment » reste encore une grande inconnue et une véritable lacune.

Les jours qui ont suivi ont donné ont apporté un peu plus de matière au débat. Parmi les interventions les plus remarquées celle d’Eric X. Li a suscité de très nombreuses réactions contradictoires.

Né à Shanghai en 1968, au plus fort de la Révolution culturelle, ce journaliste a raconté comment il a grandi avec la doctrine communiste : « toutes les sociétés humaines se développent en progression linéaire, commençant avec la société primitive, se déplaçant à travers le capitalisme, le socialisme et enfin, le communisme. Tôt ou tard, l’humanité tout entière, sans distinction de religion ou de culture, atteind ce stade final de développement politique et social. » Après la chute du mur de Berlin, le monde a changé du jour au lendemain et déçu par la religion manquée de sa jeunesse, Eric X Li s’est installé en Amérique. Dès lors il a commencé à percevoir un parallèle troublant entre le modèle démocratique de l’Ouest et la doctrine de sa jeunesse. Pour lui la narration est la même : « toutes les sociétés humaines, sans distinction de religion ou de langue, se développent dans la progression linéaire, progressant de sociétés traditionnelles où les groupes forment les unités de base des sociétés modernes dans lesquelles des individus atomisés sont des entités souveraines. Et ils veulent tous une chose : le vote. Avec le vote, ils produisent un gouvernement et vivent heureux pour toujours ». 

Partant de ce constat il conclut sans une certaine dose de provocation que finalement le système chinois à parti unique actuel est une alternative intéressante au système démocratique ! Il concède que le pays est confronté à d’énormes défis (la pollution, la population, la sécurité alimentaire, la corruption…) et précise que son objectif n’est pas de condamner la démocratie mais de nous faire comprendre que le système chinois, bien que non exportable, reste un système alternatif qui fonctionne compte tenu du developpement accélèré de la Chine cette dernière décennie. En somme Éric X Li prouve qu’il existe bien des alternatives au modèle démocratique qui fonctionnent puisque le modèle chinois est en train de transformer le pays en première puissance mondiale.

Le propos est évidemment provocateur. Le mot « alternative » est certes une formidable invitation à repenser nos systèmes politiques. Pour autant le modèle chinois ne peut raisonnablement pas être pris pour exemple compte tenu des inégalités, des injustices et des atteintes aux libertés qu’il génère. C’est en tout cas, ce qui se disait dans les couloirs après cette intervention. À décharge, il faut souligner que l’Ouest connait très mal la Chine et certains dispositifs participatifs locaux qui, parait-il, serait un modèle de consultation populaire très répandu.

Benjamin Barber, politologue américain, professeur à l’université du Maryland a suivi Eric X. Li pour rééquilibrer le débat. Il a commencé son intervention en évoquant la mémoire des manifestants de la place Tian’anmen… et rappelé tout de même le triste constat qu’il partage avec son prédécesseur sur scène : « la démocratie est un modèle en danger ». Nous cherchons des solutions à cette crise politique dans le système démocratique alors que nous sommes confrontés à des institutions conçues il y a 400 ans.

Benjamin Barber, comme plusieurs de ses pairs sur la scène de TED cette semaine, pense que la solution pourrait être dans un système à l’échelle locale qui investirait politiquement les citoyens de façon plus active. Ainsi il propose de changer de paradigme et de commencer à raisonner à l’échelle des villes et non plus des nations. Les zones urbaines sont le lieu où la civilisation et la culture sont nés, de plus la grande majorité de la population mondiale vit désormais dans les villes. Etant donné que les villes sont dirigées par des maires, Barber propose qu’il pourrait être temps pour les maires de gouverner le monde. Les maires sont pragmatiques. Leur métier est de faire avancer les choses au delà des idéologies. Les maires ont des niveaux de popularité que tout autre categorie d’homme politique. Aux États-Unis, seulement 18% des Américains approuvent le Congrès quand ce taux avoisinne 70% pour les maires. Les villes sont profondément multiculturelles, ouvertes, participatives et démocratiques alors que dans le fond nous vivons encore dans un système politique basé sur des frontières, des états, et des états qui refusent d’agir ensemble. Le monde réel est sans frontière : un monde de maladies sans frontières, de Médecins Sans Frontières, où l’économie et la technologie sont sans frontières, où l’éducation est sans frontières, où le terrorisme et la guerre sont sans frontières. C’est désormais notre monde réel. Barber conclue en appelant à la création d’un parlement mondial des maires et des citoyens.

TED est un excellent indicateur du monde qui vient et ce cru confirme bien que les crises économiques, écologiques et sociales sont en train de se transformer en une crise politique majeure. Face à cette situation les modèles participatifs, décentralisés et à l’échelle locale ont été plébiscités. Parallèlement la tentation du rejet démocratique au profit de systèmes autocratiques reste vive. À suivre…

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21 Mai Thorium, le rêve d'un nucléaire « vert »

Voici la version longue et illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans les Echos aujourd’hui

Aujourd’hui l’humanité utilise trois types d’énergies : les énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole), les énergies dites renouvelables (éolien, solaire, géothermique et hydraulique) et le nucléaire. En moyenne le coût nécessaire pour élever un million de livre d’eau d’un degré Farenheit (l’unité BTU) est de 44$ via l’énergie solaire, 18$ avec du pétrole, 2$ avec du charbon et 0,92$ avec de l’uranium ! Les énergies fossiles sont en effet peu chères et sécurisées mais très polluantes et leur pérennité remise en question compte tenu de l’érosion croissante des stocks. Les énergies renouvelables sont propres et générées à partir de ressources abondantes mais leur coût est conséquent. Enfin le nucléaire propose le meilleur retour sur investissement financier mais induit le plus fort risque environnemental.
Aucune de ces sources ne répond simultanément aux critères de propreté, d’abondance, d’économie et de sécurité. La solution qui cumulerait toutes ces qualités serait considérée comme la pierre philosophale pour nos sociétés modernes !


How Thorium can save the world: Salim Zwein at TEDxBeirut 2012

Pourtant, dans les années 60 le physicien américain Alvin Martin Weinberg a mis au point dans son laboratoire du Tennessee un réacteur nucléaire à sels fondus qui a la capacité d’atteindre des températures de plusieurs centaines de degrés à pression ambiante éliminant ainsi les risques d’accident par explosion. Ces réacteurs de quatrième génération utilisent le thorium comme combustible. Abondant sur la planète, ce composant est aussi commun que le plomb. Comme le rappelle Jean-Christophe de Mestral dans son récent livre « L’Atome vert », l’utilisation de thorium au coeur de réacteurs à sels fondus génère des déchets au cycle de vie 1.000 fois plus court que ceux de l’uranium. Et le temps nécessaire à la dégradation de ses déchets est équivalent à celui qu’une canette de soda jetée dans la nature (quelques centaines d’années). Son efficacité est redoutable car 1kg de thorium est équivalent à 200kg d’uranium et une bille de thorium capable de tenir dans la paume de la main permet de produire de l’énergie pour un individu pendant une vie entière.

Si cette technologie est à portée de main depuis les années 1960, pourquoi ne l’avons nous pas exploitée ? A cette époque le nucléaire à base d’uranium a été privilégié car il répondait aussi à une exigence d’efficacité militaire ! Les recherches sur les réacteurs à sels fondus à base de thorium, n’étant d’aucun intérêt pour les armées de la guerre froide, elles n’ont reçu aucun financement de recherche. Aujourd’hui cette technologie retrouve un intérêt certain au regard des problématiques de développement durable auxquelles les sociétés modernes sont confrontées. La Chine et l’Inde investissent massivement sur ces solutions pour développer le nucléaire de nouvelle génération. La NASA s’y intéresse sérieusement pour permettre demain à des colonies humaines de produire de l’énergie à faible coût sur la Lune ou sur Mars. Si les recherches aboutissent, elles pourraient bouleverser l’industrie du nucléaire en apportant simultanément propreté, abondance, économie et sécurité. 

TEDxYYC – Kirk Sorensen from Nasa – Thorium Energy for space colonies

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16 Avr Les nouvelles frontières de la procréation

Chronique prospective publiée dans les Echos aujourd’hui

Saviez-vous que la procréation assistée à partir de spermatozoïdes congelés est possible depuis la fin des années 1960, alors que celle à partir d’ovules congelés n’est maîtrisée que depuis quelques années ? Cette dernière avancée permet d’aider les patientes atteintes de cancer à retrouver leur fertilité perdue à cause d’un traitement par chimiothérapie. Désormais, il est possible d’isoler des cellules souches germinales à partir de tissu ovarien congelé avant le traitement, puis de le greffer plusieurs années plus tard (*). Dans quelques années, cette technique pourrait servir à effacer l’inégalité face à la procréation. Elle permettrait par exemple à des femmes qui repoussent l’âge d’avoir des enfants de ne plus envier ce confort aux hommes. Dans les décennies qui viennent, les techniques de procréation assistée devraient permettre d’aller encore plus loin. Comme l’expliquait récemment le docteur Laurent Alexandre dans « Le Monde », « il va être possible pour un couple homosexuel d’avoir des enfants biologiques porteurs de gènes des deux parents ». Grâce à la découverte de la technique des cellules souches IPs par le prix Nobel de médecine 2012, Shinya Yamanaka, il est désormais possible de faire naître un souriceau à partir de deux spermatozoïdes. La technologie ne devrait pas tarder à pouvoir être appliquée à l’homme, d’autant que l’utérus artificiel est déjà en train d’être expérimenté au Japon. Le planning familial à la fin des années 1960, le combat pour le droit à l’avortement dans les années 1970, la fécondation in vitro dans les années 1980 ont été des marqueurs forts du mouvement d’émancipation sexuelle du XX e siècle dans les pays occidentaux. Sur fond de découvertes scientifiques et d’avancées technologiques, les prochaines décennies s’annoncent riches en débats de société et en avancées culturelles sur la question de l’égalité homme-femme… et au-delà.

(*) Le docteur Michael Grynberg, responsable de la plate-forme de préservation de la fertilité à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, a présenté ses travaux à TEDxParis le 28 mars dernier.

A voir à ce sujet ce documentaire en 4 parties diffusé par Arte sur l’Uterus artificiel.

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