Michel LÉVY-PROVENÇAL | Business
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Business
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Business

15 Mar Ne sous-estimons pas le facteur humain

Serions-nous prêts à confier nos vies à des véhicules autonomes si un doute subsistait quant à leur infaillibilité ? Probablement pas… Pourtant, l’erreur est bien souvent humaine… Une tribune de Michel Lévy-Provençal.
Que faisiez-vous le 25 juillet 2000 vers 17h00 ? Pour ma part, je me rappelle parfaitement de cet instant. J’étais au sous-sol du centre d’affaire Regus de l’avenue Kleber à Paris. A l’époque j’étais dans les bureaux de la startup que j’avais rejoint : la première place de marché française de cotation alternative à Euronext. Je me remémore parfaitement de cette date, et de cet instant, car les télévisions qui entouraient nos bureaux ont brusquement interrompu leur programme pour annoncer le crash du Concorde sur un hôtel de Gonesse. La catastrophe avait fait 113 morts…

Cet accident tragique a été un coup fatal pour le Concorde. Lancé en 1976, le premier avion commercial supersonique aura volé 27 ans, pour ensuite être retiré du marché en 2003. Certes, son exploitation était déficitaire car trop coûteuse en maintenance et en énergie, mais il est clair que l’impact psychologique de l’accident sur le marché a été catastrophique puisqu’entre 2000 et 2003 le carnet de commande s’est brusquement tari !

Depuis quelques années, plusieurs projets privés issus de la Silicon Valley semblent vivre l’aventure qu’a connu le Concorde à la fin des années 70. Regardez SpaceX qui avance une révolution dans le domaine spatial et promet un vol habité sur Mars au cours de la prochaine décennie et un tour de Lune dans une capsule autonome pour deux touristes l’an prochain ! Regardez encore les annonces stupéfiantes de TESLA qui chaque semestre confirme la démocratisation imminente des véhicules autonomes partout, sur nos autoroutes, routes, avenues, boulevards et rues de nos cités !

Ce tsunami d’annonces n’est pas sans danger pour ces projets. En effet, que se passerait-il si par malheur, le vol autonome habité vers la Lune subissait un accident et se soldait par la mort des touristes spatiaux ? Que se passerait-il si demain, plusieurs familles trouvaient la mort dans des voitures autonomes ? Evidemment, toutes les études prouvent que des vols ou des trajets effectués par des intelligences artificielles sont, ou seront, bien plus sûrs que ceux effectués par un humain. Evidemment, on sait depuis des décennies que la grande majorité des crashs d’avions ont pour cause des erreurs humaines. Pourtant l’idée que notre vie soit entre les mains d’une machine ou d’un algorithme nous effraie bien plus que si elle était entre celles d’un humain. En effet, rouleriez-vous dans une voiture autonome ou voleriez-vous dans un avion dont vous n’avez pas l’assurance à 100% de ne pas subir de défaillance ? Probablement pas. Pourtant il vous arrive très souvent de prendre un risque bien plus important quand un humain est aux commandes…
Ce phénomène, à savoir « le facteur humain », est le frein le plus important à la démocratisation de l’usage de l’intelligence artificielle dans la prochaine décennie.

Les ardeurs démiurgiques d’Elon Musk et de ses pairs ne feront qu’aggraver la situation. Ces Christophe Colomb des temps modernes font abstraction de cette donnée sous prétexte qu’elle n’est pas rationnelle ! Ils l’ignorent en espérant qu’elle se résume à un problème technologique alors qu’elle est avant tout un défi psychologique. Comment expliquer cette tache aveugle ? La plupart de ces révolutionnaires, que l’on soupçonne de plus en plus atteints du syndrome d’Asperger, sont dotés de capacités intellectuelles supérieures mais ont de réelles difficultés à appréhender les processus spécifiquement humains : relations interpersonnelles, émotions et comportement non rationnels.

En sous-estimant le facteur humain et en donnant trop d’importance au QI, la Silicon Valley préparerait-elle sans le savoir une révolte qui pourrait annihiler des années d’évolution scientifiques et d’avancées technologiques ?

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13 Sep Quand le réel deviendra un luxe.

 

Depuis la nuit des temps, nous produisons des histoires qui créent notre réalité. Avec la révolution numérique, l’humanité n’a jamais eu autant de puissance de création et de manipulation du réel. Nous fabriquons des machines et des algoritmes capables de simuler notre monde si finement que nous parvenons, aujourd’hui, déjà, à tromper nos cerveaux. C’est le cas, par exemple, d’AppliedVR, cette startup qui propose une thérapie où la réalité virtuelle est une alternative aux calmants et aux anxiolitiques ; ou encore, des travaux du Dr Nicolelis, en Caroline du Nord, qui redonne des sensations et un contrôle partiel de leurs membres à des malades paraplégiques en les plongeant dans des mondes virtuels.

Nous ne sommes qu’au tout début d’une révolution majeure que nous sous-estimons, comme nous avons sous-estimé en 1990 la puissance d’Internet ou celle du smartphone dans les années 2000. Cette année le coût d’accés aux systèmes de réalité virtuelle avancée ont été divisés par deux. Cette diminution devrait nous mener à un prix accessible pour le très large public avant 2020. A court terme, notre réalité va fusioner avec le numérique via la vision et l’audition immersive, puis la kinesthésie grâce à des marqueurs physiques dotés d’une forme et d’un comportement programmables dans des mondes virtuels. Déja, des combinaisons immersives, comme la Teslasuit, permettent de ressentir sur tout le corps les variations de pression et de température.

Demain, ces dispositifs transformeront notre organisation du travail : pourquoi se déplacer pour rejoindre un lieu partagé, quand il peut venir à vous en quelques millisecondes ? Les voyages d’affaires seront remis en question. Les expériences d’achats dans les magasins seront radicalement réinventées. Nous re-dessinerons le marché des transports et même, nous imaginerons de nouvelles formes de relations intimes, comme ce site, AliceX, qui propose des expériences de “petite amie” artificielles et immersives.

Imaginez à quoi ressembleront notre décoration d’intérieur, nos vêtements, ou même nos vacances à l’heure d’une démocratisation massive de la réalité virtuelle : plus nombreux, plus variés, plus personnalisés, et surtout bien moins coûteux. Bien sûr, l’expérience réelle perdurera, mais elle restera une marchandise rare et prisée. Parceque le numérique crée une économie d’apparente gratuité, le réel va devenir un produit de luxe. Et si vous n’y croyez pas, observez la capacité d’addiction qu’ont ces technologies. Regardez errer dans les rues les hordes de chasseurs de Pokemons ! Elon Musk, lors d’une conférence en juin dernier affirmait qu’il était convaincu que nous avions une chance sur un milliard de ne pas vivre dans une simulation. Peut-être voulait-il seulement parler nos vies dans une quinzaine d’années ?

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25 Déc Comment airbnb a disrupté le rêve de Noël de ma fille

Article initialement publié sur Huffingtonpost.fr le 24/12/2015

La version anglaise de ce billet est aussi disponible

Souvenez-vous de votre premier Noël à la neige. Si vous avez eu cette chance un jour, enfant, de vivre un 25 décembre à la montagne, il est probable que vous vous en rappelez encore. Fermez les yeux et écoutez le doux son de la cheminée qui crépite, humez l’odeur du sapin devant la fenêtre, admirez le paysage montagneux, sentez la chaleur du chocolat au lait et des crêpes à peine sorties de la poêle. Voilà l’expérience que nous avions prévu de faire vivre notre fille de 3 ans cette année. Nous avons donc réservé sur airbnb un très beau chalet, pendant une semaine, au coeur des Alpes, à deux pas de la belle station de Megève, à Flumet. Parmi toutes les offres proposées dans la région une nous a paru idéale : un chalet « Prestige » à 5 minutes des pistes en voiture et d’après les photos présentées, au coeur de la nature. Le lieu parfait pour faire toucher du doigt ce rêve d’enfant à la petite.

A l’arrivée, en pleine nuit, nous découvrons l’intérieur du chalet qui est plutôt agréable, même si à l’étage, la température est fraîche. Mes beaux parents passent cette semaine avec nous et choisissent gentiment de s’installer en haut. Notre fille et nous sommes au rez-de-chaussée. La nuit passe.

Premier jour, dès l’aube, le défilé de voitures et de camions nous réveille. Le chalet est en bord de départementale. De l’autre coté de la route, je constate médusé que nous sommes entre une zone de stockage et la déchèterie d’une menuiserie attenante. Nous nous apprêtons à passer une semaine entre le passage bruyant des véhicules de livraison qui arrivent et partent de Megève et un terrain en friche où outils, débris et bâches font office de paysage. C’est l’opposé du cadre idyllique que l’annonce airbnb décrivait.

Nous tentons de faire abstraction et passons notre journée à découvrir la région : vins chauds au village, patinoire et premières courses pour préparer la soirée de Noël. Le soir venu, nous rentrons. Quelle surprise, quand nous nous apercevons, dès le premier bain pris, que le ballon d’eau chaude est vide et que nous sommes condamnés à la douche froide à 4 degrés dehors. C’est à ce moment, que je décide de contacter pour la première fois le service client d’airbnb afin de leur demander quel recours nous avons face aux problèmes que nous rencontrons. Quelques minutes d’attente au téléphone et la réponse de mon interlocuteur est claire : « airbnb ne prend pas en compte les nuisances extérieures et concernant la chaufferie nous contactons le propriétaire qui a jusqu’à demain matin pour régler le problème ». Agacé par cette réponse, je décide d’abord de contacter directement notre hôte qui m’indique ne pas pouvoir résoudre le problème dans l’immédiat et m’invite à me contenter de la situation ou à partir dès le lendemain matin de son chalet ! J’en appelle alors à quelques contacts sur les réseaux sociaux à la pêche aux idées. Coup de chance, un de mes amis connait bien le patron d’airbnb en Europe et me propose de nous présenter. Ce dernier répond par un message dans les quelques minutes qui suivent en m’assurant que quelqu’un devrait me contacter rapidement pour trouver une solution. Cela ne tarde pas et je suis conscient de cette chance qu’une très grande majorité d’utilisateurs de la plateforme n’ont pas. Une jeune femme du service « expérience utilisateur » d’airbnb en Californie m’appelle sur mon téléphone mobile pour nous rassurer et nous promettre qu’elle traitera le problème dés le lendemain matin. Nous nous endormons.

Deuxième jour, mon interlocutrice de la veille nous rappelle et nous propose de nous transférer dans un autre chalet qu’il nous reste à trouver à condition de régler les deux premières nuits. J’accepte en prenant le soin de préciser que nous ne pouvons pas prendre le risque d’abandonner ce chalet sans une alternative certaine car nous imaginer bloqué en montagne sans logement avec un enfant en bas âge est impensable. Evidemment, elle nous assure qu’une solution sera dans tous les cas assurée par airbnb. Second jour de vacances, nous n’avons toujours skié ni véritablement eu le temps de nous occuper des activités de montagne car nous sommes mobilisés sur le dossier airbnb. Nous voilà encore partis pour passer quelques heures dans le village en attendant la solution alternative assurée par notre gentil contact du support utilisateur. Les heures passent, il est 17h, la nuit commence à tomber et l’inquiétude monte d’un cran. C’est à ce moment que je reçois un SMS. Enfin, un nouvel hôte nous propose un chalet très confortable à quelques minutes en voiture et nous donne RDV à une adresse que nous ne pourrons récupérer qu’une fois la réservation effectuée et réglée sur le site. Armé de mon téléphone mobile, je conclue la transaction, règle la totalité du séjour dans ce nouveau chalet et nous nous mettons en route. Le plus important est de commencer enfin ces vacances dont nous rêvons. Un petit détour pour acheter un nouveau sapin de Noël et nous arrivons à 18h précises au rendez-vous.

Il fait nuit et froid. Une femme nous accueille en précisant qu’elle a en charge l’ouverture de la maison, le propriétaire étant absent (et injoignable) car « en vacances actuellement sur un bateau en Jamaïque ! ». Le chalet est glacial mais plutôt joliment décoré. Nous gardons nos doudounes sur le dos, il fait 7 degrés à l’intérieur. Nous allumons cheminée et chaudière et passons le temps à décorer le nouveau sapin en attendant que la température monte. Deux heures passent, le thermomètre ne bouge pas, toujours 7 degrés partout dans le chalet. La chaudière semble allumée mais rien n’y fait. J’ouvre le four de la cuisine, branche tous les radiateurs électriques, tente de contacter notre hôte, personne au bout du fil. J’envoie un nouveau mail au service client. Pas de réponse. J’appelle le service utilisateur français d’airbnb. 30 minutes passent avant d’obtenir le premier conseiller. Il est 20h30, notre fille est depuis 2h30 emmitouflée dans son anorak de ski devant un sapin triste, dans une maison glaciale à l’odeur de renfermé. La cheminée peine à tirer. Le rêve tourne au cauchemar.

72h se sont écoulées. Evidemment, c’est à ce moment que je sors de mes gonds. Nous sommes en train de vivre le pire Noël de notre vie. Je demande immédiatement d’annuler et de rembourser la totalité de ma dernière réservation. À cette heure tardive l’hôtel est ma seule issue peu importe le prix. Vous imaginez bien le coût de deux chambres à la dernière minute pendant une semaine de Noël à proximité de Megève ? Et là, que me répond le service client d’airbnb ?

  • « Si nous annulons cette réservation à votre demande, nous ne pouvons pas vous rembourser, Monsieur ! »
  • « Pardon ? Vous ne pouvez pas me rembourser la location d’un chalet de montagne dans lequel nous venons à peine d’arriver et où il fait 7 degrés sans chauffage fonctionnel ? Avec un enfant en bas âge à l’intérieur ? »
  • « Comprenez monsieur, c’est une somme ! »
  • Moi, au bord de la crise de nerfs : « c’est mon pognon c****** que tu as encaissé en avance de ta prestation de m**** que tu ne veux pas rembourser ! »
  • airbnb : « Il nous faut une preuve qu’il fait 7 degrés dans le chalet pour envisager un remboursement, Monsieur ».

J’avale ma rage. Il faut dire que j’ai passé 30 minutes à attendre avant de pouvoir parler à quelqu’un. Bien sûr, je ne me sens pas très fier d’obtempérer et prends conscience de la façon dont je me laisse traiter. Je transmets par mail une photo du thermomètre figé sur 7°C depuis 3h à mon interlocuteur qui finit par accepter le remboursement. Pour la deuxième fois depuis notre arrivée nous faisons nos valises et déshabillons l’arbre de Noël. Nous repartons sur la route en quête de deux chambres pour la nuit et d’un repas au chaud pour notre fille. Par chance nous trouvons un point de chute : un hôtel disponible au prix du tiers du séjour pour une seule nuit. Peu importe. Notre petite dîne, veille un peu et nous filons nous coucher, éreintés.

Quatrième jour de « vacances », il est temps de reprendre nos esprits et de nous rendre à l’évidence, nos vacances sont écourtées et il nous faut nous résigner à rentrer à Paris.

Nous sommes le 24 décembre, trois jours se sont écoulés et je n’ai reçu aucune nouvelle d’airbnb ; ni de mon interlocutrice si gentille du service client californien, ni du si sympathique patron d’airbnb en Europe, à qui j’ai pourtant fait part de la conclusion de notre séjour. Nous avons dépensé en trois jours de stress la totalité du budget de notre semaine de vacances, les premières leçons de ski de notre fille ont été annulées et airbnb a disrupté nos fêtes de Noël !

Alors évidemment, il y a plus grave dans la vie. Et cette histoire n’est qu’un cas particulier. Nous sommes aussi privilégiés face aux innombrables et croissants problèmes rencontrés chaque jour par les utilisateurs de cette plateforme. J’étais jusqu’à présent non seulement fan d’airbnb et ce depuis les premiers jours de l’ouverture en France, mais aussi un prescripteur du service. Il m’arrive très souvent d’évoquer le modèle airbnb lors de mes prises de paroles en public sur les sujets de la disruption à l’ère de la digitalisation de masse, comme ce fut le cas il y a un mois à la conférence newtourism 2015.

Nous connaissons la mécanique et le modèle d’affaire d’airbnb. La plateforme part du principe, contrairement aux acteurs traditionnels de l’hôtellerie, qu’elle n’a plus besoin d’acquérir des lieux d’hébergement ou encore de les louer, ni même de faire appel à du personnel qualifié pour assurer l’accueil, le service ou prendre la responsabilité des prestations qu’elle vend. Elle utilise massivement le numérique, le web, le mobile pour faciliter la mise en relation de ses clients (hôtes et locataires). Elle capte en permanence des données pour améliorer son offre. Ce faisant, elle minimise radicalement ses coûts d’investissements et ses charges pour se rémunérer en capitalisant sur des actifs qui ne lui appartiennent pas et qu’elle aide à exploiter en ponctionnant une partie de la valeur qu’elle arrive à en tirer. C’est une mécanique qui fait appelle à la puissance de la foule, c’est à dire de la main d’oeuvre qu’elle n’embauche pas et sur laquelle elle ne paie pas de taxe. Bref, airbnb a en effet trouvé une martingale qui fonctionne à merveille, jusqu’à un certain point…

Cette histoire m’a permis de prendre conscience d’une facette du modèle airbnb qui m’avait échappé. Elle constitue probablement une des failles que les principaux concurrents traditionnels du service ont intérêt à massivement exploiter. La faiblesse principale d’airbnb réside dans le fait, contrairement à ce que prétend leur récente campagne de communication ventant l’hospitalité et la responsabilité, qu’il ne peuvent structurellement pas tenir ces deux promesses à leurs clients.

La responsabilité que porte un professionnel à l’égard de sa clientèle ne peut être comparée à celle d’un amateur. En l’occurrence tout le monde ne peut se prétendre hôtelier. C’est un métier normé, avec un sens du service et de l’hospitalité. C’est une responsabilité qu’un amateur ne peut assumer. Un tiers doit le faire à sa place. Et c’est précisément ce qu’airbnb ne fait pas. airbnb pourrait prendre par exemple la responsabilité de qualifier chacun des produits mis en ligne sur sa plateforme et arrêter de considérer que les mauvaises expériences de leurs clients serviront à qualifier leur stock. airbnb pourrait prendre la responsabilité de gérer l’accueil de leurs clients plutôt que de le déléguer à des amateurs non qualifiés. Ils pourraient développer un écosystème de professionnels en charge de l’accueil et du départ des visiteurs dans une location. Enfin airbnb pourrait proposer un écosystème de services locaux qualifiés et assurés par des professionnels pour répondre aux besoins habituels d’un client dans un hôtel : room-service, blanchisserie, conciergerie… Aujourd’hui, au mieux ils nouent des partenariats sans véritablement prendre la responsabilité du service rendu, au pire, ils sont tentés de reproduire leur modèle en proposant par exemple depuis peu des « expériences touristiques » conçues et organisées par leurs hôtes, toujours amateurs

À contrario, les hôteliers traditionnels possèdent expertise et main d’oeuvre. C’est une force contrairement aux apparences. Leur métier, quand ils le font bien, leur permettrait de disrupter à leur tour airbnb sur le terrain de ses propres promesses : accueillir, accompagner, prendre la responsabilité de la prestation qu’ils proposent à leurs clients. Le retard que les hôteliers ont accumulé dans la course à la numérisation les handicape face à la puissance apparente de l’expérience utilisateur d’airbnb. Rattraper ce retard est un préalable évidemment indispensable. En revanche, une fois dotés des outils équivalents à ceux des plateformes en ligne les plus évolués, tout se jouera sur le terrain du service. Imaginez un instant, une fois à égalité sur le plan de l’expérience digitale, que les grandes chaînes hôtelières décident de concurrencer airbnb sur son propre modèle ? Imaginez, qu’en plus de leurs propres chambres, elles proposent, comme airbnb, des appartements ou des maisons louées ponctuellement à proximité immédiate de leurs hôtels, mais en assurant en plus un service de la qualité de celui qu’on attend d’un professionnel (accueil, conciergerie, petit-déjeuner, room-service, blanchisserie, nettoyage quotidien des chambres, animations et expériences professionnelles)… J’imagine que ce type de projets a été évalué par les directions stratégiques des chaînes hôtelières ?

Je ne tirerai qu’une seule leçon de cette histoire. airbnb ne transforme pas véritablement le marché de l’hôtellerie. La plateforme vient plutôt concurrencer les mauvais hôtels ou les agences de location temporaire d’appartements et de maisons. Imaginer le contraire c’est prendre le risque, comme nous l’avons fait cette semaine, de vivre un cauchemar. La technologie, le bigdata, les outils de communication en ligne sont absolument nécessaires aujourd’hui pour répondre à l’enjeu d’un tourisme de masse mais ils ne remplaceront jamais la chaleur et l’hospitalité d’un humain qui vous accueille et prend soin de votre bien-être parce qu’il a fait du sens du service son métier.

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12 Fév L'économie de la débrouillardise

Chaque mois, retrouvez ma chronique mensuelle dans le cahier Prospective des Echos, vous trouverez ci-dessous la version longue  et illustrée de la chronique du mois.


Le système D est une économie à part entière. Elle est incarnée par cette jeune femme qui vend des produits alimentaires dans sa pirogue au Vietnam, ou par ces hommes qui vendent des crédits de communication mobile sous un parasol au Nigeria. Cette économie informelle existe dans le monde entier et concerne 1,8 milliard de personnes. Le produit de leur commerce s’élève à 10.000 milliards de dollars par an, ce qui en fait la deuxième économie mondiale après les Etats-Unis. Si bien que certains groupes la considèrent comme un véritable segment de marché : Procter et Gamble évalue la part de ses ventes par des canaux parallèles à 20% !

L’économie du système D détricote le modèle industriel du siècle dernier et rétablit un modèle artisanal à la fois global et hyper local. Les acteurs de cette économie distribuent des biens et services, mais les produisent aussi. Les anglo-saxons l’appellent l’économie du « Do It Yourself », où demain les unités de production seront assurées par des individus dotés d’outils rudimentaires, mais aussi très avancés comme l’imprimante 3D ou les composants électroniques « open source ». Ils imprimeront des pièces détachées pour réparer des produits industriels. Ils « hackeront » des dispositifs électroniques à l’aide de composants standards.

Ces acteurs de la résilience, nés dans une économie industrielle et mondialisée en déclin, renversent les schémas habituels. Exemple avec le projet « Facts », initié par Veolia Environnement. Son objectif est de faire circuler d’un continent à un autre des solutions et découvertes réalisées par des acteurs de terrain. Ainsi, une invention indienne pour fabriquer à bas coût des lunettes de vue profite aux Philippines, au Vietnam mais aussi au Nord! Car ces solutions émanant de pays pauvres commencent à être appliquées dans les pays occidentaux frappés par la précarité.


Cette économie développe aussi ses propres monnaies, alternatives, libres ou parallèles. Elles se basent sur le troc et ont parfois un système de change avec les monnaies traditionnelles, comme le TEM en Grèce.

Toutes ces initiatives laissent entrevoir une tendance de fond : l’économie de la débrouillardise pourrait devenir la première économie mondiale à un horizon de quinze ans.

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26 Déc Premier lot de prévisions pour 2013…

Fin d’année, grand ménage, bonnes résolutions et tentatives de prévisions sur le front économique et plus particulièrement dans le domaine de l’IT.

Première prévision, plutôt une bonne nouvelle : L’économie US, devrait reprendre des couleurs

En effet, il semblerait que la reprise aux USA soit prévue pour 2013. En effet l’augmentation confirmée d’un indicateur clé est là : les « investissements résidentiels » ! Cette augmentation survient systématiquement après une récession et précède une période de croissance. (Source : Private Investment and the Business Cycle)

Seconde prévision : ça y est, 2013 est l’année de l’Internet des objets !! 

(Tout autant que la 4G ), l’internet des objets devraient être un des buzz word de 2013. Plus de 5 milliards de puces dédiées à créer des « objets » connectés seront vendus en 2013. Ainsi l’ensemble des terminaux connectés via wifi devront dépasser les 10 milliards en 2013, auquel s’ajoute 10 milliards supplémentaires de terminaux bluetooth. On nous a promis 50 milliards d’objets connectés en 2020, ce devrait arriver plus vite que ça à ce rythme. A noter que le NFC est un des gros facteurs de croissance de ce marché. (Source : 2013 will be the year of ‘the Internet of things’ as more than 5B wireless chips ship)

Troisième prévision : La TV connectée atteint l’âge de la maturité.

Sur le front de la smartTV, nous attendions 53 millions de smart TV vendues dans le monde avec une place de choix pour Samsung à 45% de parts de marché. Ce sont finalement 69 millions qui l’ont effectivement été. Selon Gartner ce chiffre devrait atteindre 108 millions en 2013 et 85% des TV produites en 2016 seront connectées. Pour rappel, il y a 2,5 milliards de TV (classiques) dans le monde aujourd’hui pour moins de 10% d’entre elles qui sont connectées. Reste à savoir comment va évoluer le marché. Vers un écosystème ouvert de contenus et d’applications ou au contraire vers le renforcement de la séparation en silos fermés, par univers de marque. En effet, on distingue deux types de smartTV : les « customer controlled » qui donnent la main à l’utilisateur sur le choix des services et contenus accessibles ou les « set maker controlled » qui centralisent les services et contenus choisis autour d’un portail propriétaire. Entre le mouvement naturel d’ouverture que le web a connu et le phénomène inverse issue de la bataille autour du mobile, les jeux restent ouverts. En Chine, premier marché de la TV connectée, l’offre est majoritairement « customer controlled », en Europe, second marché, elle est plutôt « set maker controlled ». Google a choisi une approche plus ouverte que ses concurrents avec sa Google TV. Le résultat n’est pas très bon à ce jour. Mais le prochain CES verra apparaitre une nouvelle gamme de terminaux notamment chez LG. (Sources : Smart TV shipments grow 15% in 20129 téléviseurs sur 10 seront des Smart TV en 2016LG étend son offre Google TV avec deux nouvelles gammes)

Quatrième prévision, histoire de générer la controverse et d’attirer les troll, risquons nous à prédire le déclin du Réseau Social « façon 2007 » 

2007 est l’année de la naissance des réseaux sociaux. Facebook a évidemment été la locomotive du marché avec une belle récompense en 2012, cinq année plus tard : une entrée en bourse et la fortune des fondateurs et investisseurs. Or 2012 a aussi été l’année la plus sombre pour l’entreprise. La grogne des petits porteurs voyant l’action perdre près de la moitié de sa valeur quelques mois suivant l’introduction, le ras le bol des utilisateurs à propos des règles de gestion de la vie privée, la fronde contre Instagram, la perte d’intérêt progressive pour le contenu et les publicités de plus en plus envahissantes… Enfin l’effet de mode s’use au bout de cinq ans. Exception à Twitter qui a su gagner en maturité et fait de sa simplicité une force qui le hisse à 200 millions d’utilisateurs actifs en décembre 2012 (contre 1 milliard pour Facebook). Enfin Google+ qui a la croissance la plus rapide avec 100 millions d’utilisateurs actifs par mois a une réelle carte à jouer en 2013 pour réinventer l’usage du réseau social : pour nous permettre d’interagir non seulement avec nos amis mais aussi avec nos objets? (Sources The End of Facebook: What Will It Take to Kill the King of Social? Facebook Announces Monthly Active Users Were At 1.01 Billion As Of September 30th, An Increase Of 26% Year-Over-Year,  It’s Official: Twitter Is Not a FadGoogle+ On the Rise – 100 Million Monthly Users)

(à suivre…)

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22 Juil Ce que nous apprend le succès de Sparrow.

J’ai rencontré Hoa, un des deux cofondateurs de Sparrow, en juin 2010. Il sortait d’une mauvaise expérience en agence mobile. A l’époque je cherchais un expert en développement iOS pour un projet chez France24. Nous avions pris un verre dans un bar du coté de Bonne Nouvelle. J’étais sorti du rendez-vous plutôt étonné par le bonhomme : sibyllin, peu enclin à la conversation et surtout obnubilé par son projet qui m’a paru fou à l’époque puisqu’il s’agissait de créer un nouveau client mail… En effet, ce jour là, Hoa m’a expliqué qu’il travaillait sur un lecteur d’e-mail open-source et simplifié sous Linux. A l’époque, je me souviens lui avoir fait part de mon étonnement : pourquoi se lancer sur un projet de client mail alors que le concept avait déjà donné lieu à des centaines voire des milliers d’exécutions ? Bref l’idée me paraissait inutile et vouée à l’échec. Quelle fut mon erreur !

Deux ans plus tard, on ne peut qu’être admiratif de l’évolution de cette idée. Le premier coup de génie a été de démarrer d’une question simple (comment gérer ses mails) et de trouver une nouvelle réponse plaçant l’usage et le design au centre. Certaines startups inventent de nouveaux concepts et adoptent une approche disruptive, d’autres partent d’une idée très simple mais améliorent radicalement l’usage. Le second coup de génie a été de reconnaitre ses compétences et surtout ses limites en s’associant à une équipe qui placerait l’usage et le design au cœur du produit et ce au risque de perdre du « pouvoir » et de l’aura en mettant les problématiques techniques au second plan. Le résultat est fulgurant. Première startup française acquise par Google et ce en moins de deux ans. Une exécution parfaite pour une idée au départ si banale !

Nous avons tous à apprendre de cette réussite. Elle confirme que seule l’exécution compte et que plus l’idée est complexe plus elle nous éloigne de ce qui est au cœur du sujet : la qualité d’exécution.

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27 Mar Le déclin d’Apple, l’ascension de Samsung, un scénario pour la prochaine décennie

Depuis 2001 et l’arrivée de Mac OS X sur le marché, Apple avait pris l’habitude de sortir en moyenne chaque année un produit phare, disruptif par son usage ou innovant par son design.  Or depuis Janvier 2011, rien de nouveau, ou plutôt rien de « radicalement » nouveau en matière d’usage ou en matière de design. Seules quelques avancées à la marge, quelques « optimisations » ou tentatives de disruptions ratées ont ponctuées les 14 mois qui nous séparent aujourd’hui de la démission de Steve Jobs (en Janvier 2011).

Les innovations de l’année 2011 ont subit des critiques à répétition des consommateurs : manque de robustesse, mauvaise conception, gadget sans intérêt… Je pense à Siri, dont plus de la moitié des utilisateurs se déclarent déçus. Je pense à l’AppleTV, qui reste malgré les attentes un produit similaire à sa version initiale. Je pense à Lion truffé de dysfonctionnements malgré 3 correctifs après sa sortie sur le marché; sans compter certaines absurdités de design comme l’initiative consistant à modifier une des fonctionnalités les plus basiques d’un système d’exploitation : la fonction d’enregistrement d’un fichier. Je pense évidemment au désert que constitue l’innovation chez Apple depuis plus d’un an maintenant. Jamais dans l’histoire de la firme ces dix dernières années, il aura fallu attendre si longtemps avant qu’un produit nouveau n’arrive.

Certes la capitalisation de l’entreprise s’est envolée et pour la première fois des dividendes sont distribués aux actionnaires. Mais cela sonne plus comme un mauvais présage qu’une réelle bonne nouvelle. Dans le même temps les concurrents sont sur les starting blocks. Et le plus agressif et le plus innovant d’entre eux, Samsung, gagne des parts de marché et innove au point de se positionner comme pionnier sur de nombreux territoires. Je pense à la TV connectée marché sur lequel Samsung a pris une avance considérable avec plus de 45% de parts de marché sur les smart TV (et 28% des TV LCD). Je pense aussi aux tablettes, marché sur lequel Apple affichait fièrement 80 points il y a un an et qui fond à vue d’oeil pour atteindre 55% en mars 2012 avec l’arrivée massive de clones sous Android (Samsung représentant 10% de cette nouvelle masse de tablettes).

Mais le plus intéressant reste à venir. Le marché des « consumer electronics » se disperse, se fragmente. Il s’attaque chaque année à de nouveaux défis. Après le téléphone, la tablette, la télé, c’est au tour des objets du quotidien de se connecter à Internet et de devenir « smart ». On parle déjà de SmartHome, demain de SmartCities. Le défi de Samsung est là ! Fort de sa position de pionnier et de challenger sur les marchés de l’électronique grand public, fort de la diversité de sa gamme de produits qui s’étend de la machine à laver au casque sans fil en passant par l’appareil photo et le téléphone, fort de sa capacité d’innovation, sa réactivité et ses parts de marché grandissantes, Samsung a les atouts pour supplanter Apple dans le nouveau marché de l’objet connecté qui est en train de se dessiner. La décennie qui vient nous le dira…

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16 Jan "La rareté est un business model de m****"! Fred Wilson s'en prend à l'industrie du Cinéma…

Et il a bien raison…

Décidément, le sujet est dans l’air du temps. Dans la foulée de l’article publié la semaine passée à propos de l’industrie du cinéma et son incapacité à innover, voici que « Monsieur » Fred Wilson, sur AVC, confirme la critique en expliquant comment il est amené à piraté par manque d’offre de qualité sur le réseau.

C’est exactement ce qui m’arrive aussi presque un soir sur deux.

En effet, tout comme Fred Wilson, et beaucoup d’entre vous j’imagine, j’ai pris l’habitude avec ma chérie de m’installer souvent dans notre canapé le soir, descendre l’écran blanc du plafond de notre séjour, allumer le projecteur et le mac mini qui lui est connecté, pour tenter de voir un bon film ou une série TV. Systématiquement commence la même danse qui dure une bonne demi-heure…

On commence presque toujours par iTunes. Sauf exception, rien d’interessant dans la base. Pire, la frustration de voir passer les affiches des films actuellement en salle et de se rendre compte que seuls les bonus et making-of sont proposés. Vient ensuite une tentative « légale »  sur MySkreen (site que je connais très bien puisque nous avons, chez Joshfire, refondu la nouvelle version). Pas grand chose au final non plus… Naturellement, FreeTV propose peut être quelquechose d’interressant? Trop fastidieux, pas de catalogue simple à consulter, on finit par se rabattre sur les classiques AlloShowTV, Goodsites et Streamiz…

Je sais, c’est mal. Je sais, je fragilise les créateurs à chaque fois que je passe 2h sur Megavideo, je sais tout cela, mais que faire??? Aller au cinéma? Je ne supporte plus les portables et les conversations dans la salle. En revanche, je serai prêt à payer cher pour avoir la même offre mais chez moi, dans mon salon… C’est exactememnt ce que dit aussi Fred Wilson dans son post.

Pourquoi ne pas rompre la fameuse chronologie des médias? Pourquoi ne pas proposer des offres premiums (UGC, Pathe, MK2 etc. pourraient commercialiser un tel service) à une centaine d’euros par mois (voir plus) pour pouvoir voir tout le nouveau cinéma chez soi, tranquillement, dans son canapé? Pourquoi prendre le consommateur à rebrousse poil? Cela ne mène qu’à une chose, malheureusement : l’illégalité…

Source: A VC: Scarcity Is A Shitty Business Model.

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