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L’économie de la débrouillardise

Chaque mois, retrouvez ma chronique mensuelle dans le cahier Prospective des Echos, vous trouverez ci-dessous la version longue  et illustrée de la chronique du mois.


Le système D est une économie à part entière. Elle est incarnée par cette jeune femme qui vend des produits alimentaires dans sa pirogue au Vietnam, ou par ces hommes qui vendent des crédits de communication mobile sous un parasol au Nigeria. Cette économie informelle existe dans le monde entier et concerne 1,8 milliard de personnes. Le produit de leur commerce s’élève à 10.000 milliards de dollars par an, ce qui en fait la deuxième économie mondiale après les Etats-Unis. Si bien que certains groupes la considèrent comme un véritable segment de marché : Procter et Gamble évalue la part de ses ventes par des canaux parallèles à 20% !

L’économie du système D détricote le modèle industriel du siècle dernier et rétablit un modèle artisanal à la fois global et hyper local. Les acteurs de cette économie distribuent des biens et services, mais les produisent aussi. Les anglo-saxons l’appellent l’économie du « Do It Yourself », où demain les unités de production seront assurées par des individus dotés d’outils rudimentaires, mais aussi très avancés comme l’imprimante 3D ou les composants électroniques « open source ». Ils imprimeront des pièces détachées pour réparer des produits industriels. Ils « hackeront » des dispositifs électroniques à l’aide de composants standards.

Ces acteurs de la résilience, nés dans une économie industrielle et mondialisée en déclin, renversent les schémas habituels. Exemple avec le projet « Facts », initié par Veolia Environnement. Son objectif est de faire circuler d’un continent à un autre des solutions et découvertes réalisées par des acteurs de terrain. Ainsi, une invention indienne pour fabriquer à bas coût des lunettes de vue profite aux Philippines, au Vietnam mais aussi au Nord! Car ces solutions émanant de pays pauvres commencent à être appliquées dans les pays occidentaux frappés par la précarité.


Cette économie développe aussi ses propres monnaies, alternatives, libres ou parallèles. Elles se basent sur le troc et ont parfois un système de change avec les monnaies traditionnelles, comme le TEM en Grèce.

Toutes ces initiatives laissent entrevoir une tendance de fond : l’économie de la débrouillardise pourrait devenir la première économie mondiale à un horizon de quinze ans.

Premier lot de prévisions pour 2013…

Fin d’année, grand ménage, bonnes résolutions et tentatives de prévisions sur le front économique et plus particulièrement dans le domaine de l’IT.

Première prévision, plutôt une bonne nouvelle : L’économie US, devrait reprendre des couleurs

En effet, il semblerait que la reprise aux USA soit prévue pour 2013. En effet l’augmentation confirmée d’un indicateur clé est là : les "investissements résidentiels" ! Cette augmentation survient systématiquement après une récession et précède une période de croissance. (Source : Private Investment and the Business Cycle)

Seconde prévision : ça y est, 2013 est l’année de l’Internet des objets !! 

(Tout autant que la 4G ), l’internet des objets devraient être un des buzz word de 2013. Plus de 5 milliards de puces dédiées à créer des "objets" connectés seront vendus en 2013. Ainsi l’ensemble des terminaux connectés via wifi devront dépasser les 10 milliards en 2013, auquel s’ajoute 10 milliards supplémentaires de terminaux bluetooth. On nous a promis 50 milliards d’objets connectés en 2020, ce devrait arriver plus vite que ça à ce rythme. A noter que le NFC est un des gros facteurs de croissance de ce marché. (Source : 2013 will be the year of ‘the Internet of things’ as more than 5B wireless chips ship)

Troisième prévision : La TV connectée atteint l’âge de la maturité.

Sur le front de la smartTV, nous attendions 53 millions de smart TV vendues dans le monde avec une place de choix pour Samsung à 45% de parts de marché. Ce sont finalement 69 millions qui l’ont effectivement été. Selon Gartner ce chiffre devrait atteindre 108 millions en 2013 et 85% des TV produites en 2016 seront connectées. Pour rappel, il y a 2,5 milliards de TV (classiques) dans le monde aujourd’hui pour moins de 10% d’entre elles qui sont connectées. Reste à savoir comment va évoluer le marché. Vers un écosystème ouvert de contenus et d’applications ou au contraire vers le renforcement de la séparation en silos fermés, par univers de marque. En effet, on distingue deux types de smartTV : les "customer controlled" qui donnent la main à l’utilisateur sur le choix des services et contenus accessibles ou les "set maker controlled" qui centralisent les services et contenus choisis autour d’un portail propriétaire. Entre le mouvement naturel d’ouverture que le web a connu et le phénomène inverse issue de la bataille autour du mobile, les jeux restent ouverts. En Chine, premier marché de la TV connectée, l’offre est majoritairement "customer controlled", en Europe, second marché, elle est plutôt "set maker controlled". Google a choisi une approche plus ouverte que ses concurrents avec sa Google TV. Le résultat n’est pas très bon à ce jour. Mais le prochain CES verra apparaitre une nouvelle gamme de terminaux notamment chez LG. (Sources : Smart TV shipments grow 15% in 20129 téléviseurs sur 10 seront des Smart TV en 2016LG étend son offre Google TV avec deux nouvelles gammes)

Quatrième prévision, histoire de générer la controverse et d’attirer les troll, risquons nous à prédire le déclin du Réseau Social "façon 2007" 

2007 est l’année de la naissance des réseaux sociaux. Facebook a évidemment été la locomotive du marché avec une belle récompense en 2012, cinq année plus tard : une entrée en bourse et la fortune des fondateurs et investisseurs. Or 2012 a aussi été l’année la plus sombre pour l’entreprise. La grogne des petits porteurs voyant l’action perdre près de la moitié de sa valeur quelques mois suivant l’introduction, le ras le bol des utilisateurs à propos des règles de gestion de la vie privée, la fronde contre Instagram, la perte d’intérêt progressive pour le contenu et les publicités de plus en plus envahissantes… Enfin l’effet de mode s’use au bout de cinq ans. Exception à Twitter qui a su gagner en maturité et fait de sa simplicité une force qui le hisse à 200 millions d’utilisateurs actifs en décembre 2012 (contre 1 milliard pour Facebook). Enfin Google+ qui a la croissance la plus rapide avec 100 millions d’utilisateurs actifs par mois a une réelle carte à jouer en 2013 pour réinventer l’usage du réseau social : pour nous permettre d’interagir non seulement avec nos amis mais aussi avec nos objets? (Sources The End of Facebook: What Will It Take to Kill the King of Social? Facebook Announces Monthly Active Users Were At 1.01 Billion As Of September 30th, An Increase Of 26% Year-Over-Year,  It’s Official: Twitter Is Not a FadGoogle+ On the Rise – 100 Million Monthly Users)

(à suivre…)

Twitter dépasse la barre des 500 millions et vaudrait 25 milliards…

…et comme toujours ces chiffres méritent décryptage !

En compte actifs les 500 milliards annoncés sont ré-estimé à 80 millions !

Ce qui est loin d’être une mauvaise performance. Facebook du haut de ses 100 milliards de dollars de valorisation n’a "que" 100 à 200 millions d’utilisateurs actifs sur le milliard de comptes revendiqué.

PS: Après deux mois, Facebook a divisé par deux sa valorisation pour atteindre 50 milliards de dollars. Une simple règle de trois, permet de dire qu’aujourd’hui Twitter devrait valoir 25 milliards ! A suivre…

via Some Fresh Twitter Stats (as of July 2012, Dataset Included) – Diego Basch’s Blog.

Ce que nous apprend le succès de Sparrow.

J’ai rencontré Hoa, un des deux cofondateurs de Sparrow, en juin 2010. Il sortait d’une mauvaise expérience en agence mobile. A l’époque je cherchais un expert en développement iOS pour un projet chez France24. Nous avions pris un verre dans un bar du coté de Bonne Nouvelle. J’étais sorti du rendez-vous plutôt étonné par le bonhomme : sibyllin, peu enclin à la conversation et surtout obnubilé par son projet qui m’a paru fou à l’époque puisqu’il s’agissait de créer un nouveau client mail… En effet, ce jour là, Hoa m’a expliqué qu’il travaillait sur un lecteur d’e-mail open-source et simplifié sous Linux. A l’époque, je me souviens lui avoir fait part de mon étonnement : pourquoi se lancer sur un projet de client mail alors que le concept avait déjà donné lieu à des centaines voire des milliers d’exécutions ? Bref l’idée me paraissait inutile et vouée à l’échec. Quelle fut mon erreur !

Deux ans plus tard, on ne peut qu’être admiratif de l’évolution de cette idée. Le premier coup de génie a été de démarrer d’une question simple (comment gérer ses mails) et de trouver une nouvelle réponse plaçant l’usage et le design au centre. Certaines startups inventent de nouveaux concepts et adoptent une approche disruptive, d’autres partent d’une idée très simple mais améliorent radicalement l’usage. Le second coup de génie a été de reconnaitre ses compétences et surtout ses limites en s’associant à une équipe qui placerait l’usage et le design au cœur du produit et ce au risque de perdre du "pouvoir" et de l’aura en mettant les problématiques techniques au second plan. Le résultat est fulgurant. Première startup française acquise par Google et ce en moins de deux ans. Une exécution parfaite pour une idée au départ si banale !

Nous avons tous à apprendre de cette réussite. Elle confirme que seule l’exécution compte et que plus l’idée est complexe plus elle nous éloigne de ce qui est au cœur du sujet : la qualité d’exécution.

Le déclin d’Apple, l’ascension de Samsung, un scénario pour la prochaine décennie

Depuis 2001 et l’arrivée de Mac OS X sur le marché, Apple avait pris l’habitude de sortir en moyenne chaque année un produit phare, disruptif par son usage ou innovant par son design.  Or depuis Janvier 2011, rien de nouveau, ou plutôt rien de "radicalement" nouveau en matière d’usage ou en matière de design. Seules quelques avancées à la marge, quelques "optimisations" ou tentatives de disruptions ratées ont ponctuées les 14 mois qui nous séparent aujourd’hui de la démission de Steve Jobs (en Janvier 2011).

Les innovations de l’année 2011 ont subit des critiques à répétition des consommateurs : manque de robustesse, mauvaise conception, gadget sans intérêt… Je pense à Siri, dont plus de la moitié des utilisateurs se déclarent déçus. Je pense à l’AppleTV, qui reste malgré les attentes un produit similaire à sa version initiale. Je pense à Lion truffé de dysfonctionnements malgré 3 correctifs après sa sortie sur le marché; sans compter certaines absurdités de design comme l’initiative consistant à modifier une des fonctionnalités les plus basiques d’un système d’exploitation : la fonction d’enregistrement d’un fichier. Je pense évidemment au désert que constitue l’innovation chez Apple depuis plus d’un an maintenant. Jamais dans l’histoire de la firme ces dix dernières années, il aura fallu attendre si longtemps avant qu’un produit nouveau n’arrive.

Certes la capitalisation de l’entreprise s’est envolée et pour la première fois des dividendes sont distribués aux actionnaires. Mais cela sonne plus comme un mauvais présage qu’une réelle bonne nouvelle. Dans le même temps les concurrents sont sur les starting blocks. Et le plus agressif et le plus innovant d’entre eux, Samsung, gagne des parts de marché et innove au point de se positionner comme pionnier sur de nombreux territoires. Je pense à la TV connectée marché sur lequel Samsung a pris une avance considérable avec plus de 45% de parts de marché sur les smart TV (et 28% des TV LCD). Je pense aussi aux tablettes, marché sur lequel Apple affichait fièrement 80 points il y a un an et qui fond à vue d’oeil pour atteindre 55% en mars 2012 avec l’arrivée massive de clones sous Android (Samsung représentant 10% de cette nouvelle masse de tablettes).

Mais le plus intéressant reste à venir. Le marché des « consumer electronics » se disperse, se fragmente. Il s’attaque chaque année à de nouveaux défis. Après le téléphone, la tablette, la télé, c’est au tour des objets du quotidien de se connecter à Internet et de devenir « smart ». On parle déjà de SmartHome, demain de SmartCities. Le défi de Samsung est là ! Fort de sa position de pionnier et de challenger sur les marchés de l’électronique grand public, fort de la diversité de sa gamme de produits qui s’étend de la machine à laver au casque sans fil en passant par l’appareil photo et le téléphone, fort de sa capacité d’innovation, sa réactivité et ses parts de marché grandissantes, Samsung a les atouts pour supplanter Apple dans le nouveau marché de l’objet connecté qui est en train de se dessiner. La décennie qui vient nous le dira…

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