Michel LÉVY-PROVENÇAL | Innovation soup
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Innovation soup
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
TED, TEDxParis, Rue89, L'ECHAPPEE VOLEE, BRIGHTNESS, TEDx, TEDxFRANCE, TED Paris, TED France, Innovation, Singularity University, internet des objets, objets connectés.
9
archive,paged,category,category-innovation-soup,category-9,paged-2,category-paged-2,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-5.8,wpb-js-composer js-comp-ver-5.1,vc_responsive

Innovation soup

16 Fév L’économie du « vrai » partage.

En mai 2011, Ariana Huffington annonçait la vente au groupe AOL de son site d’information participatif, le Huffington Post, pour un montant de plus de 300 millions de dollars. Quelques semaines plus tard, une fronde s’élevait parmi les blogueurs contributeurs du site. Ils revendiquaient un tiers de ces fonds, au titre de la valeur générée par leur travail non rémunéré. Un procès, qui durera quatre ans, les déboutera finalement, sans apporter de réponse à une pratique croissante à l’ère de l’économie participative.

Aujourd’hui, la question reste entière. Lorsque la valorisation d’entreprises comme Google, Facebook, Uber ou Airbnb atteint des milliards de dollars grâce à la capitalisation des données et de l’activité de leurs utilisateurs, il est légitime de s’interroger sur la façon dont ces derniers pourraient être rémunérés au titre de la valeur qu’ils ont permis de créer. Cette idée fait son chemin à mesure que des solutions techniques apparaissent. Parmi celles-ci, les « blockchains », ces bases de données décentralisées d’historiques de transactions, permettent d’assurer de façon exhaustive, transparente, ouverte et sans intermédiaire unique la traçabilité de transactions.

Imaginez, par exemple, que chaque donnée, contenu, recommandation ou avis laissé sur le réseau puisse être conservé et attribué à son auteur. Imaginez que cette « transaction », et la valeur à laquelle elle est attachée, soit comptabilisée et rémunérée. C’est en quelque sorte ce que proposent et mettent en oeuvre les « organisations autonomes décentralisées ». Elles vont même au-delà de la seule rémunération, puisqu’elles attribuent une part de capital et un droit de vote à chaque contributeur. Des organisations se sont bâties sur cette philosophie, à l’instar de La’Zooz, plate-forme de transport partagé.

Le jour où chauffeurs de voiture, propriétaires d’appartement (ou tout un chacun) rejoindront une plate-forme indépendante, décentralisée, ouverte et transparente pour proposer leurs services en utilisant cette logique pour se rémunérer, alors la répartition de la valeur créée sera bien plus équitable et juste. Uber, Airbnb, Facebook, Google et les autres auront du souci à se faire. A bon entendeur…

Cet article est publié dans lesEchos du 16/02/16
Read More

12 Jan 2016, année de l’innovation raisonnée

Chronique publiée dans LesEchos du 12/01/2016.

 

Ces dernières années, nous avons vécu une accélération massive de la transformation du monde par le numérique. Et ce n’est qu’un début, affirment certains prospectivistes, qui promettent des changements radicaux liés à la croissance exponentielle des capacités de calcul et de communication, à l’avènement des biotechnologies et nanotechnologies et aux avancées scientifiques dans la connaissance du cerveau. L’année 2015 a été une année choc : les organisations publiques et privées ont pris conscience de la transformation en cours. Le bréviaire de l’innovation radicale (villes intelligentes, médecine personnalisée, économie du partage, voitures autonomes, Mooc, etc.) n’a jamais été aussi loué.

Mais la fin de l’année a marqué un frein dans cet emballement, comme si cette vision naïve d’un futur utopique et radicalement nouveau se fissurait. Quelques signes l’annoncent. Les projets de « smart cities » ralentissent en Pologne ou en Inde, où la coopération entre les habitants prend le pas sur la seule innovation technologique. Même le magazine « Wired », bible des technophiles américains, prédit l’entrée des objets connectés et du « wearable » dans une phase de désillusion, et s’attend à des jours difficiles pour les fameuses « licornes », ces start-up valorisées plus 1 milliard de dollars en moins de 36 mois.

Sommes-nous à la veille d’un nouvel éclatement de la bulle technologique ? La célèbre courbe de Gartner nous apprend que toute technologie vit des cycles en quatre phases : l’apparition, le pic des attentes surdimensionnées, le creux de la désillusion et le plateau de la productivité. Il est probable que nous soyons entrés dans une phase de désillusion, qui reste souvent une bonne nouvelle car elle annonce une période de maturité et de démocratisation. L’année 2016 sera-t-elle une année de consolidation ? Le buzz laissera-t-il place au discernement ? L’innovation raisonnée supplantera-t-elle l’innovation radicale pour un accompagnement plus humain et réaliste des transitions qui nous attendent ? C’est en tout cas souhaitable.

 

Read More

10 Jan Gagnez des places pour L’ÉCHAPPÉE 2016

A l’occasion de la diffusion sur France4 le 10 janvier 2016 à 23h30, du documentaire [R]ÉVOLUTIONS FRANÇAISES nous vous proposons de gagner des places pour la prochaine edition de L’ÉCHAPPÉE.

Pour gagner des places pour L’ÉCHAPPÉE 2016, il vous suffit de :

  • être le commentateur le plus influent sur twitter en utilisant le hashtag #revolutionsfrancaises

ou

 

Qu’est ce que L’ÉCHAPPÉE ?

Vous avez découvert les conférences [R]ÉVOLUTIONS FRANÇAISES, nous vous invitons maintenant à vivre un weekend de conférences, débats, expériences et workshops au coeur de la nature ; organisé par la même équipe, avec la même energie et la même exigence. Pour la troisième année consécutive, L’ÉCHAPPÉE propose aux  femmes et hommes de bonne volonté, intellectuels, scientifiques, artistes, politiques, citoyens et entreprises de se retrouver pour trois jours et deux nuits d’inspiration, d’expérience et d’action du 27 au 29 mai 2016. Logée dans un château au cœur de la Forêt de Chantilly, L’ÉCHAPPÉE 2016 accueillera 1 000 participants pour imaginer et échafauder ensemble les 15 prochaines années.  

Comment participer sur Twitter ?

L’utilisateur twitter qui aura le plus d’impact sur le réseau social en commentant la diffusion du documentaire [R]ÉVOLUTIONS FRANÇAISES (avec le #revolutionsfrancaises) gagnera une place « RÉSIDENT » à L’ÉCHAPPÉE 2016.

La place « résident » gagnée a une valeur de 2 000 euros. Elle permet au gagnant de participer à L’ÉCHAPPÉE en tant que résident du 27 au 29 mai 2016. Elle propose un accès complet au programme résident de l’ÉCHAPPÉE D’ÉTÉ 2016 (Conférences, expériences, repas et workshops). Accès à la totalité des conférences en plénière ou simulcast (accès exclusif en plénière les 27 et 29 mai, et priorité d’accès en plénière à 2 conférences le 28 mai). Hébergement en chambre simple, 4* au Domaine des Fontaines en pension complete.

Le deuxième et troisième utilisateur twitter ayant le plus d’impact sur le réseau social en commentant la diffusion du documentaire [R]ÉVOLUTIONS FRANÇAISES (avec le #revolutionsfrancaises) gagneront une place « CURIEUX » à L’ÉCHAPPÉE 2016.

La place « CURIEUX » gagnée a une valeur de 300 euros. Elle permet au gagnant de participer à L’ÉCHAPPÉE en tant que « CURIEUX » le 28 mai 2016. Accès au programme « CURIEUX » de l’ÉCHAPPÉE 2016 le 28 mai de 9h30 à 19h00 (Conférences, networking et déjeuner). Accès aux conférences en plénière ou simulcast (accès en plénière à 2 sessions sur les 4 de la journée le 28 mai 2016). Déjeuner compris

Les gagnants seront les utilisateurs twitter ayant généré le plus d’impact sur le réseau social pendant la diffusion du documentaire [R]ÉVOLUTIONS FRANÇAISES sur France 4, le 10 janvier à partir de 23h30 et jusqu’à 01:00. L’impact est calculé sur la base du nombre de followers de l’utilisateur, ses tweets et retweets publiés entre le 10 janvier 23h30 et le 11 janvier à 1h du matin et contenant le hashtag #revolutionsfrancaises. Le gagnant sera sélectionné et annoncé par l’équipe organisatrice de L’ÉCHAPPÉE avant le 17 janvier 2016.

Vous n’utilisez pas Twitter ? Gagnez une place en répondant à quelques questions.

Les trois premières personnes ayant répondu correctement au questionnaire sur le documentaire [R]ÉVOLUTIONS FRANCAISES, se verront proposer une place « CURIEUX » chacune pour participer à L’ÉCHAPPÉE 2016. La place « CURIEUX » gagnée a une valeur de 300 euros. Elle permet au gagnant de participer à L’ÉCHAPPÉE en tant que « CURIEUX » le 28 mai 2016. Accès au programme « CURIEUX » de L’ÉCHAPPÉE 2016 le 28 mai de 9h30 à 19h00 (Conférences, networking et déjeuner). Accès aux conférences en plénière ou simulcast (accès en plénière à 2 sessions sur les 4 de la journée le 28 mai 2016). Déjeuner compris.

 

 

Read More

30 Déc How Airbnb shattered my daughter’s Christmas dream

Picture your first white Christmas. If you have ever had the chance as a child, to experience a December 25 in the mountains, it is likely that you still remember. Close your eyes and listen to the sweet sound of the crackling fireplace, smell the scent of fir at the window, admire the mountainous landscape, feel the heat of the hot chocolate and pancakes barely out of the pan. That is the experience we had planned to have with our three-year-old daughter this year. So we booked a beautiful cottage on Airbnb for a week in the Alps, close to the beautiful resort of Megève, Flumet. Among all the deals available in the area, one seemed ideal to us: a « Prestige » cottage a five minutes’ drive from the slopes and, according to the photos provided, in the heart of nature. The perfect place to make this child’s dream a reality.

On arrival, at night, we check out the inside of the cottage which was quite nice, although upstairs, the temperature is a bit colder. My parents-in-law are spending the week with us and politely choose to take the upstairs. Our daughter and we are downstairs. The night goes by.

The first day, at dawn, the parade of cars and trucks wakes us. The cottage is right next to a departmental road. On the other side of the road, I note dumbfounded that we are between a storage area and the adjoining wood dump. We prepare ourselves to spend a week between the noisy passage of delivery vehicles that arrive and depart from Megève and fallow land where tools, debris and tarps pose as landscape. This is the opposite of the idyllic setting Airbnb described the announcement.

We try to ignore this and spend our day exploring the region: mulled wine in the village, the ice rink, and shopping to prepare for the Christmas party. In the evening, we return. To our surprise, we realize from our very first bath, the hot water tank is empty and we are doomed to a cold shower in four-degree weather. It is at that moment that I decide to contact the Airbnb customer service for the first time to ask them what recourse we have in dealing with the problems we are having. A few minutes waiting on the phone and my answer is clear: « Airbnb does not take into account any issues with the area around the property, and concerning the boiler, we contact the owner who has until tomorrow morning to fix the problem. » Annoyed by this answer, I decided to contact our host directly first, who tells me he’s unable to solve the problem right now and invites me to be accept the situation or leave his cottage the next morning! I then called a few social networking contacts to brainstorm some ideas. Luckily, one of my friends knows the manager of Airbnb Europe and offers to introduce us. The latter responds with a message a few minutes later, assuring me that someone would be in contact soon to find a solution. It does not take long, and I am aware of this luck that a vast majority of users of the platform don’t have. A young woman from Airbnb California’s « user experience » service calls me on my cell phone to reassure us and promise that she would deal with the problem first thing tomorrow morning. We go to bed.

Second day, the woman I spoke to last night calls us back and offers to transfer us to another cottage that has yet to be located on condition of paying the first two nights. I accept, making sure to specify that we cannot risk abandoning this cottage without a definite alternative because being stuck in the mountains, homeless, with a young child is unthinkable. Obviously, she assures us that a solution will certainly be found by Airbnb. Second day of vacation, we still have not skied or really had time to take care of mountain activities because we have been stuck on the Airbnb issue. Here we are again, off to spend a few hours in the village until an alternative solution is provided by our kindly user support assistant. The hours pass; it is 5pm; the night begins to fall and our concern grows. That’s when I get a text. Finally, a new host offers us a very comfortable cottage a short drive away and gives us an appointment at an address that we’ll receive once we book it and pay. Armed with my mobile phone, I conclude the transaction, pay the entire stay in this new cabin, and off we go. The most important thing is to finally start the holiday we’ve been dreaming of. A short detour to buy a new Christmas tree, and we arrive at 6pm, as specified for our meeting.

It’s dark and cold. A woman greets us stating that she is in charge of opening the house, the owner being absent (and unreachable) because he’s « currently vacationing on a boat in Jamaica. » The cottage is cold but beautifully decorated. We keep our jackets on; it’s 7 degrees inside. We light the fire and boiler and spend time decorating the new Christmas tree until the temperature rises. Two hours pass, the thermometer does not move, still 7 degrees throughout the cottage. The boiler appears on but nothing works. I open the kitchen oven, plug in all electric heaters, and attempt to contact our host, anyone on the phone. I send a new email to the customer service. No answer. I call the French Airbnb user service. Thirty minutes pass before getting the first assistant. It is 8:30. Our daughter, wrapped in her ski jacket since 2:30, is in front of a sad tree, in a cold house, with a musty smell. The chimney is barely drawing. The dream is turning into a nightmare.

72 hours have passed. Of course, this is when I get a bit unhinged. We are experiencing the worst Christmas of our lives. I immediately ask to cancel and refund all of my last reservation. At this late hour, a hotel is my only way out regardless of the price. Can you imagine the cost of two rooms at the last minute during Christmas week near Megève? And what does Airbnb customer service have to say?

  • « If we cancel this reservation at your request, we cannot reimburse you, sir! »
  • « I beg your pardon? You cannot reimburse me for renting a mountain cabin in which we have only just arrived and where it is 7 degrees without working heating? With a young child inside? »
  • « Please understand, sir, it’s quite a sum! »
  • Me, on the verge of a nervous breakdown: « It’s my money, you *******, that you have collected in advance of your ***** service that you don’t want to reimburse! »
  • Airbnb: « We need a proof that it is 7 degrees in the cottage to consider a refund, sir. »

I swallow my rage. It’s necessary to mention I spent 30 minutes to wait to talk to someone. Of course, I do not feel very proud of complying and become aware of how I let myself be treated. I send an email of a photo of the thermometer frozen at 7°C for three hours to the assistant who finally agreed to the refund. For the second time since our arrival, we pack our bags and take down the Christmas tree. We leave once more in search of two rooms for the night and a hot meal for our daughter. Luckily we find a place to stay: a hotel available at prices one third of the stay for one night. It doesn’t matter. Our little girl has dinner, stays up a bit, and we head to bed, exhausted.

Fourth day of « vacation, » it is time to get back on the saddle and face the music, our vacation has been cut short and we must resign ourselves to return to Paris.

It’s December 24, three days have passed, and I have not received any news from Airbnb; nor from my nice Californian customer service agent, or the sympathetic Airbnb Europe manager, despite expressing to him the conclusion of our stay. We spent in three days of stress the entire budget of our weeklong vacation, the first ski lessons our daughter were canceled and Airbnb has « ruined » our Christmas!

So obviously, there are more serious issues in life. And this story is only one particular case. We are pretty lucky compared to the innumerable and constantly growing problems of the users of this platform. I was not only a fan of Airbnb ever since its first days in France, but also a recruiter. I very often find myself mentioning the Airbnb model during public speaking on the disruption in the era of mass digitization, as was the case a month ago at the 2015 Newtourism Conference.

We know the mechanics and the business model of Airbnb. The platform assumes, unlike the traditional players in the hotel industry, that it does not need to acquire accommodations or rent them, or even to call in qualified personnel to ensure a warm welcome, service or to take responsibility for the services it sells. It relies heavily on technology, the web, and cell phones to facilitate matching up clients (hosts and guests). It continuously captures data to improve its portfolio. In doing so, it drastically minimizes investment costs and expenses in order to profit by leveraging assets that do not belong to it and helps to use by drawing off some of the value it happens to capitalize. This is a mechanism that is called the power of the crowd, which is to say labor isn’t hired or taxed. In short, Airbnb has indeed found a formula that works wonders, up to a point…

This story allowed me to become aware of a facet of the Airbnb model that had escaped me. It is probably one of the main flaws of the service that the traditional competitors have an incentive to exploit massively. The main weakness of Airbnb is that, contrary to the claims of their recent advertising campaign touting hospitality and responsibility, it cannot make good on both these promises to their customers.

The responsibility carried by a professional in regard to customers cannot be compared to that of an amateur. In this case, everyone can claim to be an hotelier. It is a standardized business with a sense of service and hospitality. It is a responsibility that an amateur cannot assume. A third party has to do it for him. And that is precisely what Airbnb does not do. Airbnb could take, for example, responsibility for checking each of the products made available on its platform and stop believing the bad experiences of their customers can be used to rate their stock. Airbnb could take the responsibility of managing the reception of their customers rather than delegating it to unskilled amateurs. They could develop an ecosystem of professionals in charge of the reception and departure of visitors in a rental. Finally, Airbnb could propose an ecosystem of qualified local services provided by professionals to meet the usual needs of a customer in a hotel: room service, laundry, concierge service… Today, at best, they establish partnerships without really taking responsibility for the service, and at worst, they are tempted to replicate their model by offering, for example recently, « travel experiences » designed and organized by their hosts, always amateurs…

In contrast, the traditional hoteliers have expertise and a labor force. It is a force contrary to appearances. Their job, when they do it well, allow them, in turn, to disrupt Airbnb in the scope of its own promises: to welcome, accompany, take responsibility for the service they offer their customers. The delay that hoteliers have accumulated in the race to digitize handicap them when compared to the apparent power of the Airbnb user experience. Catching up is an

obviously essential prerequisite. However, once empowered with tools equivalent to those of the most advanced online platforms, the playing field will be level. Imagine, once equal in terms of the digital experience, will the major hotel chains decide to compete with Airbnb in its own model? Imagine that in addition to their own rooms, they offer, like Airbnb, apartments or houses to rent close to their hotels from time to time, but by additionally providing a quality service that is expected of a professional (reception, concierge, breakfast, room service, laundry, daily cleaning of rooms, entertainment and professional experiences)… I imagine that this type of project has been evaluated by the strategic heads of hotel chains.

I will draw just one lesson from this story. Airbnb is not really transforming the hospitality market. The platform comes closer to competing with particularly bad hotels or temporary rental providers of apartments and houses. To imagine the opposite is to take a risk, as we have done this week, living a nightmare. Technology, big data, and online communication tools are absolutely necessary today to respond to the challenge of mass tourism, but they will never replace the warmth and hospitality of a human that greets you and takes care of your welfare because he know what it is to practice his profession.

Read More

18 Nov Le tourisme en 2030

La France, première destination touristique du monde, doit adapter son offre et ses infrastructures pour bénéficier pleinement de la révolution numérique pour le secteur. D’autant que ce marché est en croissance ininterrompue : il y avait 25 millions de touristes internationaux dans le monde en 1950, environ 1 milliard en 2015, mais 2 milliards sont attendus en 2030 et plus de 4 milliards en 2050. Le coeur de la croissance viendra des pays émergents, Inde, Asie et Afrique en premier lieu.

Plongeons-nous dans ce futur en imaginant le séjour d’une famille indienne en France au début des années 2030, à l’aune des promesses des futurologues. Les vols supersoniques mettront Delhi à quatre heures de Paris. Les robots bagagistes et les voitures autonomes seront devenus la règle. Pour les touristes étrangers, la baie de Somme sera bien préférable à la Côte d’Azur, caniculaire en période estivale. Les vacances seront organisées par un assistant artificiel, sur la base des préférences et aversions de chaque membre du foyer. Le logement sera loué directement auprès d’une famille française – une pratique devenue la norme dans un monde ou Airbnb sera le numéro un mondial de l’hébergement. Pas même besoin de rencontrer les hôtes : un robot-majordome accueillera les visiteurs et planifiera leurs excursions, qui pourront être partagées en direct, via un casque immersif, avec leurs amis restés en Inde.
Evidemment, le futur ne ressemble jamais totalement à ce que l’on a imaginé. Ce début de scénario, s’il reste relativement conservateur au regard des transformations d’usages qui se profilent, pointe aussi un danger réel : dans un monde trop robotisé et automatisé, le tourisme du futur pourrait bien se passer des contacts humains… qui sont pourtant indispensables aux émotions que nous procurent nos voyages. Dans ce domaine comme dans tous, il faudra que la technologie, de plus en plus omniprésente, s’efface sans chercher à remplacer les hommes. C’est encore plus vrai en matière de tourisme : le monde ne sera acceptable et accepté que si nous remettons l’humain au coeur.

Initialement publié dans les Echos.

Read More

31 Oct Disruption ou révolution ? Quelles différences ?

De plus en plus médias, entreprises, pouvoirs publics, société civile parle des « Disruptions » qui transforment notre monde. Mais de quoi parlons nous quand nous évoquons ce phénomène ? Révolution technologique, transformation des usages, modification radicale d’un marché ? Changement perpétuel et circularité ? Innovation radicale ou linéaire ? Est ce un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité ?

Voici une intervention de 15 minutes donnée chez 3DS en octobre 2015 qui éclaircit ces notions…

 

Read More

08 Sep Deux visions du futur

Prédire l’avenir et décrire le monde dans lequel nous vivrons d’ici vingt à trente ans est un exercice périlleux. Parmi les oracles qui se livrent à cet exercice, figurent de grands optimistes comme Peter Diamandis ou Ray Kurzweil, tous deux fondateurs de la Singularity University. Ils sont convaincus de notre capacité à bâtir une société de l’abondance au cœur de laquelle une humanité de plus en plus gourmande en énergie, eau, nourriture, territoire, viendrait combler ses besoins grâce à la révolution technologique en cours. Pour ces radicaux optimistes, la conquête spatiale, l’intelligence artificielle, la robotique, les nanotechnologies, les biotechnologies, la convergence entre sciences de l’information et sciences cognitives seraient autant de moyens qui permettraient d’éradiquer pauvreté, pollution, maladie, etc.

A l’opposé, certains pessimistes voient notre futur sous un jour beaucoup plus sombre. C’est le cas de Michel Houellebecq dans son dernier ouvrage, « Soumission », ou de Boualem Sansal dans le très brûlant « 2084, la fin du monde ». Dans leurs anticipations romancées, notre société disloquée réagirait à la modernité en donnant naissance à de nouveaux systèmes totalitaires instaurés par le fanatisme religieux.

Ces deux approches – optimisme technologique ou pessimisme politique -, compatibles entre elles, sont deux visions du monde à la racine du probable clivage politique majeur du siècle.
Face aux révolutions techniques, sociales et politiques latentes, il est urgent de créer des temps et des espaces de formation, de débat et d’expérimentation consacrés au sens que l’on veut donner à notre nouveau monde. Intellectuels, hommes de foi, scientifiques, artistes, politiques, citoyens, entreprises, en somme toutes les composantes de nos sociétés devraient y être invités pour remettre l’Homme au cœur de la discussion. Car si la machine s’emballe et si la transition brutale que nous allons vivre accentue davantage les inégalités, l’affrontement entre le positivisme scientiste des uns et le fanatisme destructeur des autres sera inévitable et dévastateur.

Read More

16 Juin Un héros des mégadonnées

Le Big Data (ou mégadonnées, en français)  est la denrée la plus abondante de notre époque. A l’heure où 3 milliards d’individus sont connectés à Internet, où plus de 2 milliards possèdent des smartphones et ont un compte sur des réseaux sociaux, les données croissantes que génèrent leurs activités sont une manne, exploitée par une poignée d’entreprises qui ont pris une avance certaine dans le secteur. Mais pour valoriser ces données, il faut arriver à les capter, les stocker, les traiter, les analyser, les visualiser et en extraire des connaissances. Seuls des algorithmes sont en mesure d’effectuer ces tâches et plus la production de données croît, plus l’enjeu réside dans la capacité d’analyse massive et en temps réel. Ainsi, Uber, emblématique de la révolution actuelle, collecte en permanence des informations sur chaque passager, chaque requête, chaque trajet, et les utilise pour prédire à l’avance les pics d’activités, dans le temps et l’espace, afin d’optimiser le travail de ses chauffeurs.

Un jeune génie français, Paul Duan, a, lui, choisi de mettre ses compétences de « data scientist » au service de l’intérêt général. Originaire de Trappes, il a obtenu un diplôme de Sciences po Paris avant d’entamer des études de mathématiques et d’atterrir dans la Silicon Valley, chez Eventbrite, une entreprise spécialisée dans la vente en ligne de billets. Agé de vingt-deux ans, il a choisi d’utiliser les même méthodes qu’Uber, Google ou Facebook pour améliorer les décisions de justice, faire baisser le chômage, optimiser les traitements de santé ou tout simplement sauver des vies. Il utilise les algorithmes pour optimiser l’allocation des ambulances à San Francisco ou permettre à des millions de patients d’éviter une rechute en utilisant les données de leur dossier médical. Paul a créé Bayes Impact , une organisation à but non lucratif dont le but est de mettre la puissance des mégadonnées au service du bien commun, et qui travaille avec des gouvernements ou des ONG du monde entier. Il est des génies qui utilisent leurs talents pour bâtir des empires. Il en est d’autres qui le mettent au service de notre futur commun. Eux sont tout simplement des héros.

Paul Duan est intervenu le 6 juin 2015, à L’ÉCHAPPÉE VOLÉE. Retrouvez son talk en exclusivité sur France Inter.

Read More

03 Mai Dépasser le clivage « transhumanistes » contre « bio-conservateurs »

A la fin de l’année dernière, nous avons été stupéfaits par une série d’avertissements émis par des personnalités reconnues du monde des sciences et des technologies, contre les dangers de l’intelligence artificielle. Au tout début de cette année, la France a été le témoin d’une succession d’incidents impliquant des dronesqui survolaient des zones sensibles, à Paris ou autour de centrales nucléaires. En mars dernier, le patron de Renault, Carlos Ghosn prédisait l’arrivée des voitures autonomes sur nos routes en 2018 et dans nos villes en 2020. Quelques mois plus tard, nous découvrions les images de cellules cardiaques vivantes, qu’une équipe de chercheurs américains était parvenue à fabriquer dans leur laboratoire. La semaine dernière nous étions scandalisés par les expériences génétiques effectuées par des chercheurs chinois sur des embryons humains. Avant-hier encore on apprenait qu’un nouveau cœur artificiel « Carmat » était greffé sur un patient à l’hôpital Pompidou. Et les jours qui viennent nous réservent encore bien des surprises. Nous vivons une époque formidable: une période de convergence et de transition technologique rare dans l’histoire de l’humanité!

En réaction à cette accélération des avancées technologiques, deux camps semblent se dessiner. C’est en tout cas, ce que soulignent la plupart des médias en quête de clivages et de sensations. Le monde serait en passe d’être divisé en deux catégories: ceux qui se définiraient comme « transhumains », « technofascistes biberonnés » aux bits et au silicium, ne rêvant que d’évoluer vers une existence hybride entre cyborgs et humains augmentés. Et la catégorie de ceux qui résistent, décroissants, « bioconservateurs », veilleurs de zones à défendre, sentinelles du vivant pur et naturel qui se battent coûte que coûte pour que la vie, la vraie, continue d’exister. Cette vision caricaturale du monde a toujours été la marque de fabrique des vendeurs de supports publicitaires. Aujourd’hui, on met en scène Ray Kurzweil, la Singularity University, ou l’indécrottable provocateur et pourtant sympathique Laurent Alexandre dans les rôles respectifs de l’empereur Palatine, l’Etoile noire et Darth Vader.

Il y a 5 ans, il s’est passé à peu près la même chose avec TEDxParis, quand nous tentions d’importer la conférence TED et l’esprit entrepreneurial californien au bord de la Seine, pas loin des Champs-Elysées, au Théâtre de l’Espace Pierre Cardin. On nous reprochait au mieux notre naïveté et fascination pour la culture néo-hippie; au pire, d’appartenir à une secte tentant de s’implanter en France. Pourtant, TEDxParis, historiquement premier TEDx d’Europe et plus large communauté TEDx au monde, inspire au quotidien plus de 75.000 personnes. À son tour, ce succès encourage chaque jour de nouveaux TEDxers à s’engager dans l’aventure et à créer leur propre événement indépendant, propageant l’esprit TED partout en France.

Après avoir révélé et amplifié pendant cinq années une série d’idées, d’initiatives et de projets qui méritaient d’être reconnus, il était temps d’aller plus loin et d’inviter la communauté des 75.000 curieux, optimistes et acteurs du changement à s’engager pour passer à l’action. C’est ainsi qu’en 2014 est née: « L’ÉCHAPPÉE VOLÉE« , le do-tank de la communauté TEDxParis qui prône l’action individuelle, simple, efficace et virale en faveur d’initiatives d’intérêt général. L’année 2015 marque le début d’une nouvelle ère. Nous vivons une année de bascule et connaissons, probablement pour la seconde fois de notre Histoire, l’aube d’une Renaissance. Cela peut paraitre exagéré mais la convergence, dont nous sommes les témoins, des nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences cognitives, en est le principal moteur.

C’est pour toutes ces raisons, que nous avons voulu, l’équipe TEDxParis et sa communauté, proposer cette année, à « L’échappée Volée », une expérience unique, un programme construit autour des piliers de cette nouvelle Renaissance et des initiatives dont le but unique reste d’apporter des solutions aux défis de notre temps. Cette année, les 6 et le 7 juin prochains, 1000 personnes se retrouveront au cœur d’un des joyaux architecturaux de la Renaissance, le Château de Chambord, pour célébrer et aider ceux qui inventeront les quinze prochaines années.

Nous retrouverons six projets sélectionnés pour leur qualité, leur originalité, leur niveau d’innovation et leur impact potentiel. A l’instar de « Roger Voice« , une application qui permet aux malentendants de téléphoner, grâce à un outil qui sous-titre les conversations en temps réel; de « What if Community« , une plateforme de financement en ligne des études supérieures alliant financement participatif, ouverture à un réseau professionnel et partage d’expériences; de « Glowee« , un système de bio-éclairage sans consommation d’électricité ni émission de pollution; de « Bionico Hand« , une prothèse du membre supérieur, imprimé en 3D, à bas coût, open source, facilement réparable et donc accessible aux personnes à faibles ressources financières; de « Leka« , un robot abordable techniquement et financièrement, pour les parents et les éducateurs spécialisés dans l’accompagnement d’enfants atteints d’autisme; ou enfin de « Fluicity« , une plateforme digitale destinée aux élus locaux permettant de renforcer les liens avec leurs électeurs et d’améliorer leur prise de décision, grâce à l’utilisation du big data.

Tous: créateurs, innovateurs, entrepreneurs, scientifiques, intellectuels, historiens, artistes, philosophes, éthiciens, etc, auront à cœur de débattre de ces nouveaux clivages qui émergent et de nous éclairer sur le monde qui vient. Ils auront surtout pour objectif de nous faire dépasser les postures et caricatures actuelles pour montrer à quel point cette Renaissance digitale sera riche de sens, de solutions et de défis pour les générations futures.

Pour participer à « L’ÉCHAPPÉE VOLÉE » ou en savoir plus, rendez-vous sur leur site.

Read More

06 Avr Transhumanisme : conversation avec Alain Damasio

Alain Damasio est un auteur de Science Fiction, l’un des plus doué de sa génération, que j’ai rencontré dans le cadre de la préparation de TEDxParis 2014. Il a donné sur la scène du Châtelet un talk mémorable disponible en vidéoÀ l’occasion de l’ouverture de la nouvelle rubrique Futur, baptisée « C’est Demain », du HuffingtonPost, le site nous a proposé, Alain et moi-même, de publier une conversation sur le sujet du transhumanisme. En voici le contenu.

L’évolution des nouvelles technologies, poussant l’homme à intégrer l’existence et l’assistance des robots, des machines à son quotidien, pour améliorer sa qualité de vie pose non seulement une question éthique, mais encore met en opposition l’humanisme et le transhumanisme. Cette coexistence a-t-elle ou doit-elle avoir ses limites? Notre avenir doit-il faut de nous des « très humains » ou des transhumains? 

Michel Lévy-Provençal: Grâce au développement massif des sciences et des technologies, le XXe siècle a été le témoin d’une amélioration conséquente de notre qualité de vie dans la plupart des zones du globe. La mortalité infantile a, par exemple, été divisée par 100 en un siècle et par 30 en un demi siècle. Notre espérance de vie moyenne a été multipliée par 2. La démographie mondiale a doublé pendant ce même temps. Aujourd’hui j’ai 41 ans, au siècle dernier j’aurais probablement déjà succombé à une maladie virale, infectieuse ou lors d’un conflit armé. Le coût de production de nourriture par habitant, a diminué par 10.

Le taux d’alphabétisation est passé de 25% à 80%! Les bonnes nouvelles sont là. Amenées par la science et les technologies. Les trente dernières années ont montré qu’en particulier les sciences de l’information ont accéléré la cadence. Au point qu’aujourd’hui des pionniers, dotés de larges moyens, comme Elon Musk, Bill Gates, Richard Branson, Larry Page, Sergei Brin ou Mark Zukerberg investissent dans des projets technologiques dont l’objectif est de permettre à l’humanité des avancées radicales dans les 10 à 15 prochaines années. Ils travaillent à connecter deux milliards de nouveaux internautes et leur permettre d’accéder à l’éducation, en l’occurrence aux meilleures universités en ligne et à une nouvelle économie.

Parce que notre planète est baignée d’un rayonnement solaire capable, en seulement 90 mn, de générer l’énergie nécessaire à toute l’humanité pendant un an, ils élaborent de nouveaux procédés d’extraction et de stockage d’énergie propre, solution qui permettrait à moyen terme de transformer nos économies de la ressource rare en une économie de l’abondance. Dans le domaine de la santé, ils développent des outils d’autodiagnostics à base de biotechnologies et d’intelligence artificielle permettant d’analyser et bientôt soigner plus facilement et à moindre coût. Dans les quinze prochaines années, la vie des plus pauvres devrait être améliorée plus vite qu’à n’importe quel moment dans l’Histoire de l’humanité.

Alain, je sais tes réticences à l’égard du tout technologique, en particulier à l’époque où, comme le dit Marc Adreesen, « The software is eating the world ». Je connais tes mise-en-garde à propos de l’évolution radicale des technologies de l’information, notamment quand celles-ci touchent au vivant. Mais, ne penses-tu pas que l’Homme embrassera cette nouvelle révolution avec enthousiasme car elle promet ce qu’aucun ne pourra refuser pour soi ou pour ses enfants: repousser les limites de notre propre mort?

Alain Damasio: Ton optimiste technologique fait du bien, en ces temps un peu crépusculaires où l’on a du mal à se projeter positivement vers l’avenir. C’est même à mon sens l’un des combats majeurs à mener, pour des écrivains de science-fiction comme moi, et pour les citoyens actifs et militants que ces enjeux touchent, que de proposer un futur qui renoue avec l’horizon du désirable, un futur qui fasse envie. Merci pour ça et pour rappeler quelques avancées culturelles magnifiques.

Simplement, j’ai le sentiment que ce futur technophile qu’on nous fait fantasmer, que GAFA (moi j’écris ça « Gaffe à! ») et les transhumanistes nous vendent -et avec lequel on formate doucement nos imaginaires, il est trop intimement noyauté par des logiques capitalistes pour être crédible.

Les Transhumanistes sont d’assez bons rhéteurs, qui tentent de masquer les sauts anthropotechniques qu’ils préparent dans un discours de la simple continuité. Vous portez des lunettes? Vous êtes déjà un transhumain! Rien de neuf! Nous ne faisons que porter l’évolution naturelle de l’homme vers une hybridation techno de plus en plus fine!

La vérité est qu’il y a des ruptures qualitatives très nettes. Elles touchent à l’eugénisme, au choix si toxique du sexe de son enfant (pensons aux impacts en Chine et en Inde où vivent 40% des terriens), au corps-à-corps avec le monde, au refus rationaliste du hasard précieux, à la liberté du vivant, à ce qui fait de nous des hommes : la fragilité, clé de la sensibilité et de l’empathie à autrui, la vulnérabilité, le vieillissement vécu qui nous change, qui nous mûrit, qui nous grandit. Le fait de ne pas tout contrôler, qui nous rend vif et nous met en mouvement, en authentique et intime mouvement.

La question que je me pose est: la technologie actuelle continue à nous hominiser, certes, elle l’a toujours fait, c’est notre grandeur même -mais contribue t-elle à nous humaniser? Les surpouvoirs qu’on recherche, et que le transhumanisme veut pousser à l’extrême, ne se paient-ils pas d’une dégradation de notre puissance de vivre et d’agir directement, sans délégation aucune, par nous-mêmes? Est-ce que ce qui est en jeu dans cette lutte qui s’annonce entre le très-humain et le transhumain, ce ne serait pas notre capacité d’autonomie et d’émancipation? L’augmentation de pouvoir (le « faire faire ») n’est qu’un gimmick (« mon frigo me signale que le lait est périmé »: WTF?), si notre puissance intérieure (le « faire ») décline en proportion inverse.

Il n’y a qu’une société sécuritaire et computative comme la nôtre qui peut considérer comme un absolu que la durée de vie vaut davantage que sa qualité!

Le transhumanisme est une solution hâtive et inégalitaire pour des problèmes que notre émancipation propre doit affronter. C’est vouloir le pouvoir, trivialement, quand il faut rechercher la puissance. Cette puissance que des technologies douces comme l’éducation, la formation, la culture peuvent nous faire atteindre beaucoup plus profondément -et avec un bonheur infiniment plus ample.

Michel Lévy-Provençal: Je suis convaincu par ton argument consistant à opposer puissance et pouvoir. En nous promettant pouvoir, les technologies aujourd’hui réduisent notre puissance. Cet argument me parle comme une grande partie de ma génération et celles qui ont suivi (les Y et Z). Je t’invite à ce sujet à lire le dernier livre de Guy Birenbaum, « vous m’avez manqué » que je referme et qui raconte sa descente dans les enfers de la dépression accélérée par le Web et les réseaux sociaux. Mais malheureusement ton argument ne passe pas le crash test de la réalité banale et quotidienne. Je ne connais personne capable de cette distance face à la peur de la mort. Qui, face à sa maladie ou celle de ses proches, acceptera une vie « finie » mais « intense et riche ». Je ne suis pas sûr que Rimbaud ou Van Gogh aurait accepté de mourir s’ils avaient eu le choix ? Le but de toute vie n’est-il pas de croitre et de se perpétuer ? Nous acceptons, comme le dit de façon provocatrice Laurent Alexandre, de devenir des Cyborgs, quand nous sommes prêts à implanter des cœurs artificiels Carmat, pour éviter de mourir.

Alain Damasio: Précisément: la vie veut croître et se perpétuer, c’est-à-dire créer, elle ne veut pas forcément durer. Nietzsche voyait même dans cette pulsion de conservation un symptôme de décadence. Tu postules, comme L. Alexandre, un automatisme culturel visant l’allongement à tout prix de l’existence, que je veux justement questionner. Qui veut durer? Ce sont essentiellement les hommes de pouvoir. Veut-on d’un monde où l’on supportera la névrose Sarkozy 300 ans? Veut-on voir Poutine envahir la Pologne en 2092 parce que les médecins transhumanistes l’auront maintenu 140 ans? Qui bénéficiera de la biogénétique? Les dictateurs, les fous de pouvoir, les milliardaires tordus, les maniaques de l’ego: les Kim Jong Il, les Zuckerberg, les Netanyahu, etc!

Michel Lévy-Provençal: Une nouvelle révolution copernicienne est en cours. Avant de devenir les Homo Sapiens que nous sommes, nous avons évolué en près de 25 espèces différentes et il n’y a aucune raison que cela ne s’arrête aujourd’hui. Quelle arrogance que de croire notre espèce si parfaite, qu’elle s’est arrêtée d’évoluer aujourd’hui? Nous sommes entrés depuis des millénaires, dans une nouvelle ère géologique: l’Anthropocène. Comme tu le dis très bien, je m’interroge sur le fait que l’Homme est aussi en train de changer d’espèce et que le XXIe siècle soit le moment précis de la bascule.

Progressivement les biotechnologies, les nanotechnologies, les technologies basées sur les sciences de l’information et les sciences cognitives vont « réparer » puis « augmenter » les défaillances du vivant. La pression sociale sera trop forte pour résister à l’avènement de ces pratiques, parce que la peur de la mort est indépassable, en vrai et au quotidien, pour la plupart d’entre nous. Il est donc probable que dans le siècle, nous aboutissions, de proche en proche, de cycles courts en cycles courts, à la création d’êtres hybrides qui pourront héberger notre mémoire, notre psyché et prolongeront nos « vies » si précieuses à nos yeux.

Cette perspective est fascinante et effrayante à la fois: la possibilité d’une vie éternelle. Dans cette hypothèse, la seule façon qui nous sera donnée de mourir sera le suicide. La grande révolution du siècle pourrait être celle du choix face à notre propre mort. Le suicide serait alors l’aboutissement d’une maladie que l’on connait déjà et qui, on le voit dans nos sociétés les plus riches et les plus avancées technologiquement, se développe massivement: la dépression. Ainsi l’épidémie de la fin du XXIe ne sera plus le Cancer, mais la dépression. Une maladie de l’âme, une absence de goût pour la vie, une perte de désir, car le désir est au coeur de notre affaire… Sans mort, difficile d’imaginer le désir. Puissance, désir, voilà ce que les Transhumains attaquent, probablement sans le savoir. Ils oublient que le désir porte la mort en son sein. L’humanité avance tranquillement vers un Transhumanisme de confort par peur de la mort.

Mais le couple Eros et Thanatos est un modèle de Psyché conçu à l’heure où la mort n’était pas dépassable. Peut-être que sur ce point, une nouvelle révolution copernicienne sera aussi nécessaire? Je parle de la réinvention même de notre propre Psyché, par les artistes, les philosophes, les scientifiques,… les Freud et Lacan du prochain siècle. Ne serait-elle pas la seule issue possible à cette épidémie de dépression que le XXIème siècle nous prépare?

Alain Damasio: Ta question est très belle et touche au lien entre le désir, la mort et les conforteresses qu’on s’aménage. La Dépression pousse bien sûr l’épaisseur des moquettes. Je vais te donner ma vision: il me semble que pendant des millénaires, l’être humain s’est construit par son affrontement à ce qui n’était pas lui, et le menaçait -l’altérité: les animaux sauvages, les maladies, le froid, les éléments, la famine, l’absence de ressources… Et la technique a été cette réponse prodigieuse pour hominiser le monde, le rendre habitable pour nous, quitte à détruire l’écosystème à notre profit.

La technologie nous a permis d’inventer ce que survivre pouvait être. Aujourd’hui, depuis disons 50 ans, nous avons à inventer, en pays développé, ce que vivre peut être.

Vivre sans le risque quotidien de mourir. Vivre sans cet aiguillon irremplaçable de la survie. Habiter un monde trop-humain, abrité dans nos technococons, saturé de protections, obnubilé par la sécurité, emmailloté dans des couches toujours plus denses et rassurantes d’écrans, de réseaux et de fusion communicante.

Tu as raison de souligner que la grande affaire humaine reste le désir. Une société de traces et de datas qui consacre la majorité de ses forces à se protéger, à chercher tous les moyens de ne pas vieillir, qui utilise la technologie essentiellement pour contrôler son environnement personnel (son rapport au monde, aux autres, ses amitiés, ses amours, sa sphère professionnelle, ses déplacements), que dit-elle d’elle?

La techno est notre miroir. Dedans, je ne vois pas l’homme ou la femme de la Renaissance Digitale que tu annonces, dont tu rêves, comme j’en rêve aussi. Je vois d’abord des corps dévitalisés qui tentent de s’orienter dans un monde de plus en plus liquide, insaisissble, molécularisé, compétitif, où ils ne sont que des particules, où la réactivité est reine, où le collectif qui nous aménageait un rôle est devenu le connectif du chacun-pour-tous et du quant-à-soi.

Ma technovigilance vient de là : de cette intuition que l’euphorie technophile, un peu forcée, qui nous accompagne et cherche parfois à nous faire rêver, masque mal une dévitalisation dangereuse. Un autre futur est possible. Qui passera par la techno certes, mais tout autant par une réinvention du vivre-ensemble, des liens directs, d’un écosystème humain et naturel bienveillant. Très-humain plutôt que transhumain, encore une fois.

La société de l’information est un miracle fabuleux. Internet nous a offert le monde, nous a ouvert aux savoirs immenses, à des cultures longtemps inabordables. La médecine nous sauve de plus en plus souvent de l’absurdité des morts subites. Oui!

Mais notre rapport aux technologies invasives est à travailler, à épurer, à déconstruire et à reconstruire -pour soi, avec les autres, en communauté, à l’échelle de la nation comme du monde. Tout s’articule.

Personnellement, je crois à un nouvel épicurisme technologique. À une façon de s’approprier comme de congédier les outils technologiques qu’on nous produit -à les utiliser avec la plus belle des sobriétés. Redonner place à l’humain, chaque fois que possible. Ne pas avoir peur d’être vulnérable et fragile. C’est ainsi qu’on se découvre vivant. N’utiliser que les technos indispensables, fertiles, qui nous ouvrent le monde, nous exposent, plutôt que de nous refermer dans la sécurité paresseuse des outils. Qui accroissent notre puissance de vivre, de créer, d’écouter et de transmettre plutôt que d’augmenter notre pouvoir, trivialement, en diminuant nos facultés sensibles et cognitives.

Tout un art de vivre est en train d’émerger, qui fera des réseaux un vrai support de liberté plutôt qu’une toile de plus en plus gluante où chacun de nous devient un puceron producteur de données pour des araignées de plus en plus avide de nos sangs numériques. Google n’est pas l’avenir de l’homme. Ni Amazon celui de la culture. Ni Facebook celui de nos socialités.

À nous de reprendre la main sur notre anthropoïèse. Les initiatives, locales, dispersées, résistantes, existent -on les médiatise mal, on les totalise difficilement comme tout ce qui est profondément en vie.

C’est l’Open source, généreux, partageur, joyeux. Ce sont les Creative Commons, qui offrent les textes sans les privatiser. C’est l’économie collaborative, le retour du gratuit, que les réseaux peuvent bien mieux qu’avant faire fleurir, essaimer, sporuler. C’est le financement contributif, qui fait naître des projets autrefois barrés. C’est la renaissance du Commun, du do-it-yourself, de la fabrication réppropriée de nos objets quotidiens. C’est la presse libre, autofinancée, frondeuse. Ce sont les webradios qui percent nos oreilles de façon inouïe. C’est tout ce qui viendra et auquel il faudra prêter une attention prodigue, sous les tirs nourris et fumeux d’une Gouvernance Algorithmique qui voudra se présenter comme seul avenir enviable! Debout les geeks!

Read More
wordpress visitor counter