Michel LÉVY-PROVENÇAL | Innovation soup
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Innovation soup
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Innovation soup

22 Mar Vie éternelle, colonies martiennes et nouvel ordre mondial, de retour de la conférence TED 2015

Le 31eme opus de la conférence TED vient de s’achever sous une pluie généreuse dans la froide et belle cité portuaire de Vancouver. La brume baigne le palais des festivals abandonné par les deux mille âmes venues sentir battre, pendant une semaine, le pouls du monde qui vient. Et voilà l’heure du bilan après une semaine d’intenses réflexions. 

TED 2015 a démarré cette année en évoquant le nouvel ordre mondial. Kevin Rudd, ancien premier ministre australien, a prononcé un discours captivant sur le risque de confrontation à brève échéance entre les USA… et la Chine ! David Rothkopf spécialiste des affaires internationales l’a suivi en soulignant l’échec de la politique internationale des Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Il a notamment insisté sur la nécessité absolue de repenser les fondations de cette politique. La Chine devrait vivre, dans un futur proche, des bouleversements économiques et sociaux sans précédents. Elle reste l’usine du monde mais pour un temps qui est désormais compté. Rick Smith a rappelé à quel point les technologies d’impression 3D auront un impact sur les processus de fabrication industriel. L’impression 3D est d’ores et déjà utilisée à 30% pour la fabrication d’objets manufacturés. Mais cette révolution ne fait que commencer et cela va tout changer : l’accessibilité des produits, leur coût, la question de la propriété intellectuelle, l’équilibre économique mondial, l’impact environnemental… À ce sujet, Joseph Desimone, CEO de Carbon3D, a montré une démonstration frappante illustrant la croissance exponentielle des technologies dans le domaine. On imprime aujourd’hui cent fois plus rapidement, cent fois plus précisément qu’il y a un an seulement grâce à la « photo-polymérisation ». L’intervention de Joseph Desimone est la première de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

En matière de conquête spatiale, la perspective d’une expédition humaine sur Mars à moyen terme n’est plus discutable. En revanche, une colonisation par des dizaines de milliers d’humains l’est déjà plus. Et pourtant, c’est la conviction de Stephen Petranek, journaliste et éditeur en chef du Breaktrough Technology Report, qui a prédit non seulement la vie sur Mars à horizon dix ans mais,  plus encore, l’établissement d’une base humaine de 80 000 individus sur la planète rouge dans le courant du siècle !

Joseph Petranek

Stephen Petranek : “Five hundred years ago, Christopher Columbus sailed across a vast ocean and opened a new chapter in human history, for better or worse… I believe we are on the verge of a much greater age of discovery. We’re going to become a two-planet species.”

Vivre sur Mars ne sera ni un luxe ni une lubie de technoscientiste en mal de sensation. Ce sera une nécessité démographique. Nous devrions vivre de plus en plus longtemps et cela ne sera pas sans impact évidemment sur la démographie mondiale. La question de l’allongement radical de l’espérance de vie et la disparition de la mort à longue échéance sont des sujets fascinants que TED a désormais pris l’habitude de traiter sur sa scène. Cette année encore, la question a été abordée en filigrane lors d’une interview remarquable de la transhumaniste Martine Rothblatt. Transexuelle, pionnière de la « digitalisation de l’esprit humain », elle est mariée depuis plus de trente ans à une femme dont elle a créé un double robotisé. Le désir porte la mort en son sein. Comment aimerons-nous, désirerons-nous quand la perspective de notre mort aura disparue ? Martine nous a interrogé sur des questions fondamentales à venir comme nos droits à l’ère de la vie artificielle…

Bina Aspen & Martine Rothblatt

Bina Aspen & Martine Rothblatt : “We want to be cryogenically frozen and we want to wake up together”
Vie artificielle, transhumanisme, robotique, ces sujets nous rappellent que ce qui fait notre profonde humanité sera largement mis à mal par les avancées technologiques qui arrivent. Aujourd’hui déjà le numérique bouscule nos identités. Le respect de notre intimité par exemple disparaît pas à pas. À ce sujet, l’une des interventions la plus surprenante et émouvante fut celle de Monica Lewinsky qui est venu raconter, pour la première fois, à la première personne, l’histoire qui a changé sa vie et qui a annoncé le début d’une nouvelle ère. Monica Lewinsky est devenue, à 24 ans seulement, la première cible d’une « culture de l’humiliation », culture désormais familière dont les médias en ligne tirent aujourd’hui un profit scandaleux. Partisane d’un usage plus sûr et respectueux des médias sociaux elle nous a incité à repenser notre rapport à l’autre à l’époque de la transparence totale. L’intervention de Monica Lewinsky est la seconde de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

Si je ne devais retenir qu’une seule prise de parole cette semaine, je choisirais probablement celle de Gary Haugen, fondateur de l’International Justice Mission. A l’heure où les inégalités croissent à mesure que la technologie avance et qu’une poignée de plus en plus restreinte de privilégiés possède les clés de notre futur, l’avertissement de Gary Haugen est crucial. Il nous a rappelé que la mère de toutes les injustices est notre négligence naïve à l’égard de l’épidémie mondiale de violence envers les plus pauvres. Très logiquement (la pyramide de Maslow le démontre parfaitement) le besoin le plus fondamental de tout humain est la sécurité et la nécessité de rester à l’abri de tout danger mettant en péril notre intégrité physique. En partant de ce constat et après des années de travail sur le terrain notamment au Rwanda, il a signalé l’effet catastrophique de la violence quotidienne sur la vie des plus pauvres et montre comment cette violence rampante mine les politiques mondiales de lutte contre la pauvreté.

Gary

Gary Haugen : “Poor women and girls between 15 and 44 are victims of everyday domestic abuse and sexual violence that account for more death and disability than malaria, car accidents and war combined.”

En conclusion, après 6 ans de participation assidue à toutes les conférences TED, je pense sincèrement que j’ai assisté cette année à l’une des meilleures éditions. Pourtant, l’absence remarquée d’un sujet m’a un peu déçu. En effet, pas de place à la question de la liberté d’expression cette année. Et les réactions aux événements majeurs de ce début d’année à Paris et à Copenhague étaient absents de la scène. Pourtant, cette semaine encore, la Tunisie et le Yemen ont été frappés par le même obscurantisme et la même haine. La croissance inquiétante de l’islamisme radical, le développement massif et diffus du terrorisme islamiste et à la croissance fulgurante de Daech sont, me semble-t-il, un des sujets majeurs du moment. D’autant que cette idéologie et ses adeptes attaquent les fondements même de la société promise par les avancées sociétales et technologiques louées par TED chaque année.

Mais rien.

Rien sur Charlie Hebdo par exemple. Un rescapé, Luz ou Pelloux aurait peut-être eu sa place sur la scène cette année ? Peut-être pour rappeler l’importance du droit au blasphème ? Nous connaissons la frilosité des médias américains à l’égard de cette question comme l’ont prouvées de nombreuses télés américaines qui ont censuré les caricatures sur leurs antennes en janvier dernier.

Je pensais que TED résisterait à cette « neutralité bien-pensante ». Me serais-je trompé ?

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18 Mar Objectif 2030

Entre aujourd’hui et 2030, nous allons vivre une révolution technologique, économique, sociale et politique exceptionnelle. Cette transformation sera bien plus radicale que celle des trente dernières années. La croissance exponentielle des avancées dans le domaine des nanotechnologies, biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (ce que l’on nomme les NBIC) offre des opportunités inédites dans l’histoire de l’humanité.

Tous les domaines d’activités qui utilisent l’information et le numérique seront profondément transformés. Nous allons inventer de nouveaux modes de consommation d’énergie, de nouvelles méthodes de production de ressources (eau et nourriture), de nouveaux protocoles de soins et d’allongement de l’espérance de vie. La configuration de nos villes va changer. Les modèles d’éducation, le rapport au travail, aux loisirs, à la vie en communauté vont être bouleversés. Bref, notre époque bruit de la même inventivité, des mêmes aspirations d’émancipation et de progrès qu’à l’époque de la Renaissance. Dans le même temps, d’après une étude de l’université d’Oxford, 47 % des emplois en col blanc pourraient être remplacés par de l’intelligence artificielle d’ici à dix ans. Quelque 2 milliards d’emplois seraient menacés par la croissance des technologies de l’information ! Simultanément, la numérisation de nos sociétés engendre une cybercriminalité de masse, évaluée à 400 milliards de dollars par an.

Face à ces phénomènes, positifs ou négatifs, quels choix ferons-nous ? Seuls les acteurs au coeur de l’économie de l’information sont aujourd’hui partie prenante de ces mouvements. Aussi, il est urgent de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux qui nous font face. Car ignorer encore longtemps cette transformation unique dans l’histoire de l’humanité mènera à l’affrontement entre le conservatisme de ceux qui joueront sur les peurs et le scientisme effréné des acteurs économiques sans scrupules qui ont compris l’ampleur de la situation.

Chronique mensuelle publiée dans les Echos le 17 mars 2015.

 

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17 Mar TED 2015 : il est temps de se poser les bonnes questions !

Nous vivons une époque formidable. Pour la première fois de notre histoire nous nous préparons à conquérir de nouvelles planètes au moment même où nous perdons probablement la nôtre.

TED 2015 a démarré aujourd’hui à Vancouver. Et la programmation cette année fait la part belle à l’innovation technologique, aux NBIC et à la nouvelle Renaissance qui se dessine. Dans le sillage de la Singularity University, TED aborde cette année les sujets controversés de l’intelligence artificielle de la nouvelle conquête spatiale, des avancées en matière d’impression 3D, de biotechnologie et de nanotechnologie.

A la différence de beaucoup d’acteurs de la Silicon Valley, TED a eu l’intelligence particulière d’aborder ces sujets au travers du prisme de la philosophie, de l’éthique et du sens que l’humanité va tirer de ces avancées scientifiques remarquables.

La force de TED, impulsée par la volonté de son directeur, Chris Anderson, a toujours été de créer le lien entre rationnel et émotionnel, entre la technologie et la philosophie entre le cœur et l’esprit. Encore une fois, il nous donne un peu d’avance sur ces sujets par rapport aux medias et aux conférences concurrentes. Evidemment nous n’aurons pas toutes les réponses, mais au moins nous nous poserons les bonnes questions. A suivre…

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08 Mar Deux jours pour se préparer aux quinze prochaines années

D’après une étude récente de l’université d’Oxford, 47% des emplois en col blanc pourraient être remplacés par de l’intelligence artificielle à horizon 10 ans. Ainsi, deux milliards d’emplois seraient menacés par la croissance exponentielle des technologies de l’information ! Simultanément, la digitalisation de nos sociétés engendre une cybercriminalité de masse. Son coût est évalué aujourd’hui à 400 milliards de dollars pour l’économie mondiale chaque année. Ce phénomène est croissant car corrélé à l’adoption des nouveaux usages.

Un scénario plus optimiste

Mais s’arrêter à ce constat éluderait un scénario plus optimiste. Car d’ici 2030 tous les domaines d’activités qui utilisent l’information et le numérique seront transformés. Dans le domaine de la santé par exemple, le coût d’un séquençage complet de l’ADN humain a été divisé par un million en 15 ans pour atteindre 1 000 euros en 2015. Nous sommes déjà en mesure de modifier des gênes à l’intérieur d’une cellule vivante. Que se passera-t-il quand, dans les prochaines années, cette opération coutera quelques centaines voire quelques dizaines d’euros ? Dans le secteur de l’énergie, le coût des infrastructures solaires baisse exponentiellement. La Terre est continuellement baignée par un rayonnement qui en 90 minutes seulement permettrait de combler les besoins de la population mondiale en énergie pendant une année ! Par conséquent, les enjeux énergétiques sont liés tant à l’accessibilité de la ressource qu’à sa rareté. Enfin, sur le terrain de l’éducation, les cinq prochaines années seront cruciales. Deux milliards d’humains supplémentaires vont se connecter à Internet, principalement au Sud. Deux milliards de cerveaux pourront bénéficier des outils et plateformes d’apprentissage en ligne mises à disposition par les plus prestigieuses universités de la planète. Il est évident que les prochains Steve Jobs, Bill Gates et Mark Zuckerberg sont déjà nés et qu’ils figurent parmi ces deux milliards.

La transformation qui vient

En résumé, entre 2015 et 2030, nous allons vivre une révolution technologique, économique, sociale et politique exceptionnelle. Cette transformation sera bien plus radicale que celle des trente dernières années. Nous aurons à repenser nos villes, nos modes de production énergétiques, la relation au travail, les systèmes éducatifs, la politique de santé, l’équilibre géopolitique mondial… Face à ce constat, quels choix ferons-nous ? Continuerons-nous à jouer la rengaine masochiste et décliniste que les Cassandre nous servent quotidiennement ? Céderons-nous aux pessimistes permanents qui croient notre pays suicidé ? Braquerons-nous les regards sur les échéances à court terme, les élections sans enjeux, les résultats économiques déprimants et les tentatives de réformes avortées ? Ou au contraire, nous résoudrons-nous à accepter que le temps de l’action est arrivé ? L’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante, réplicable, contagieuse et virale. Car les défis à relever sont nombreux mais les solutions existent. Partout, des projets innovent, inventent, avancent. N’en déplaise aux sceptiques, le désir d’engagement et la quête de sens n’ont pas disparu de la société !

Une nouvelle Renaissance

Notre époque bruisse de la même inventivité, des mêmes aspirations d’émancipation et de progrès qu’à l’époque de la Renaissance. La convergence des nouvelles technologies introduit dans notre vie les mêmes bouleversements engendrés par l’imprimerie de Gutenberg et les découvertes de Copernic. Les avancées récentes en matière de connectivité, dans les biotechnologies, la robotique, les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, la mégadonnée et l’avènement de l’économie du partage, offrent des outils inédits aux utopistes en action, aux inventeurs de solutions sociales et humaines. Résolument au service des grands enjeux de notre temps, ces acteurs du changement s’engagent pour la culture, l’éducation, la santé, la solidarité, l’aide au développement, le développement durable, la gestion de la ressource et de l’énergie, les territoires, les transports, la connectivité, les villes de demain, les communautés, les droits des femmes et l’égalité des chances.

En route vers L’ÉCHAPPÉE VOLÉE 2015

C’est pour toutes ces raisons que L’ÉCHAPPÉE VOLÉE, le do-tank initié par l’équipe de TEDxParis, propose aux bonnes volontés de se réunir le samedi 6 et le dimanche 7 juin prochain, au coeur d’un des joyaux architectural de la Renaissance française, le Château de Chambord, autour de penseurs, innovateurs et défricheurs afin d’inventer les nouveaux jalons de notre modernité. Tout au long du week-end, des moments d’évasion, de découvertes et d’expériences seront aménagés autour de personnalités d’exception, d’aventuriers et d’innovateurs. Des porteurs de projets innovants et positifs animeront des ateliers de travail afin de les aider à avancer et à accélérer leur développement. L’expertise, l’enthousiasme et le réseau de chacun pourront leur être décisifs ! Aussi, vous êtes les bienvenus dans l’aventure !

Pour en savoir plus sur L’ÉCHAPPÉE VOLÉE : http://lechappeevolee.com

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18 Fév Et si Bolloré et Renault disruptaient Autolib ?

La BlueCar possède un parc de plus de 3 000 voitures sur Paris. Ce parc contribue à diminuer la pollution, à faciliter la tâche des franciliens et à fluidifier le trafic. Mais si Bolloré allait plus loin ? Si la BlueCar changeait de paradigme pour éviter l’effet Minitel ?

Si à horizon 5 ans, les Autolibs devenaient autonomes (cinq ans ce n’est pas tôt, des expérimentations ont déjà lieu en France) ? En France on passe chaque année 10 milliards d’heures derrière un volant à stresser, polluer, et prendre des risques inutiles. Le marché deviendrait plus important et la rentabilité probablement meilleure.

Et si chaque voiture devenait disponible 24/7 sans avoir à être rechargées ? Il faudrait pour cela, transformer l’approche et utiliser des batteries interchangeables qui restent à la charge en station (comme le prévoyait Better Place la startup israélienne qui a fait faillite trop tôt en 2013).

Enfin, l’algorithme optimiserait radicalement les usages, le trafic et les stratégies de charge. La masse de données générée et exploitée par Bolloré transformerait complètement le modèle en monétisant les temps de parcours désormais libérés, et l’attention du conducteur et des passagers pourraient être consacrée à autre chose…

Renault développe depuis environ 2 ans et sur une base Zoe, un prototype baptisé Next Two, actuellement capable de pilotage automatique pour des trajets à moins de 30 km/h.

Dans les mois qui viennent, l’usine Renault de Dieppe fournirait à Bolloré les futures autolibs… Pendant ce temps, Carlos Ghosn confirme l’anticipation d’une commercialisation de masse à horizon 5 ans.

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10 Fév La vie privée, un doux souvenir

Ce billet est la version illustrée de la chronique publiée dans les Echos le 10 février 2015

La philosophie et les moyens de surveillance des états à l’égard des citoyens ont radicalement changé depuis une dizaine d’année. L’affaire Snowden nous a fait découvrir le projet PRISM qui permet à la NSA d’infiltrer la plupart des services en ligne et des réseaux sociaux. Conjointement, le programme coTraveler, développé par l’agence de renseignement américaine, récupère chaque jour plus de 5 milliards d’enregistrements de localisations de téléphones mobiles à travers le monde. D’une surveillance basée sur les écoutes et le suivi de cibles potentielles, les services de renseignement procèdent désormais en adoptant une approche massive et en analysant automatiquement les données afin d’y déceler des signaux suspects. A titre d’exemple, Snowden a prouvé que 89% des fichiers récupérés par la NSA émanaient de sources totalement innocentes.

Cette approche n’aurait jamais été possible sans l’avènement d’internet, du mobile et la présence en abondance de capteurs et de dispositifs d’enregistrement déployés par les citoyens eux-mêmes sur le terrain. Or ces dispositifs se simplifient et se diffusent de façon exponentielle. Près de 80 milliards d’entre eux peupleront notre planète en 2020 et dix fois plus une décennie plus tard. Simultanément des solutions de cartographies du globe en temps-réel se démocratisent. Le récent projet SATELLOGIC par exemple prévoit de déployer des micro-satellites en orbite autour de la Terre pour la filmer en permanence et à très haute définition. Cette solution permettrait d’obtenir un système similaire à Google Maps mais en proposant des vidéos en direct et à haute définition de chaque point de notre planète !

Si vous ajoutez à cela les applications de la société israélienne BEYONDVERBAL qui développe des détecteurs d’émotions par l’analyse de la voix et de l’intonation de locuteurs via un simple smartphone, l’intrusion dans la vie privée se déplace alors subitement dans le champ de la psyché.

Il devient évident que nous sommes entré sans le savoir dans une ère de surveillance massive, passive, accessible à tous et à bas coût. Ce phénomène va s’accélérer au point que nous vivrons très vite comme dans un aéroport international, sous surveillance globale et permanente. Aussi, la notion de vie privée deviendra un doux souvenir pour notre génération. Nos enfants auront intégré cette donnée comme inhérente à leur monde. Il leur restera alors à réinventer, ou non, les espaces de liberté que nous aurons abandonné en une décennie à peine.

 

Brad Templeton à propos de la NSA et de la vie privée.

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05 Fév J’ai vu le futur à la Singularity University

Tribune publiée sur l’OBS-LePlus le 5 février 2015. 

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Le premier programme de formation de la Singularity University de l’année avait lieu la semaine passée au centre de recherche de la NASA en Californie. J’ai eu la chance rare d’y participer avec quatre compatriotes. Nous étions 80 issus de près de 30 pays et de tous les continents.

La Singularity University est un mouvement rassemblant une communauté mondiale, couplé à un accélérateur de projets fondé par Peter Diamandis, le créateur de la fondation XPrize et Ray Kurzweil, un des prospectivistes les plus reconnus de sa génération qui depuis 2012 est directeur de recherche chez Google et reconnu comme l’icône du mouvement transhumaniste dans le monde.

Toute la semaine, une dizaine d’intervenants se sont succédés pour nous apprendre à quel point la convergence des technologies était en train de changer radicalement le monde. Au sortir de ce voyage entre les années 2020 et 2030, j’ai pris conscience à quel point les cinq à quinze prochaines années seront incommensurablement plus révolutionnaires que les trente dernières (marquant le début de l’ère Internet).

Les technologies bousculent toutes nos institutions

Le monde dans lequel nous vivons évolue si rapidement que les connaissances d’un jeune diplômé sont obsolètes le jour de son entrée dans la vie active. En tant que dirigeant d’entreprise, en tant que responsable politique, médecin, chercheur, professeur ou simple citoyen, cette accélération exponentielle de la transformation du monde est une donnée absolument clé qu’il est interdit d’ignorer. Quoi que l’on puisse penser des thèses transhumanistes portées par l’un des fondateurs,  les technologies auxquelles s’intéresse la Singularity University bousculent, disruptent, révolutionnent tous les secteurs. L’intelligence artificielle, la robotique, les nanotechnologies, les biotechnologies, la réalité virtuelle et l’impression 3D sont en train de créer un véritable tsunami.

Des étudiants travaillant sur l’utilisation de drones dans l’agriculture, à la Singularity University, le 6 août 2013 (T. AVELAR/SIPA). 

Transformation globale, massive…

Aussi, les organisations ont aujourd’hui l’absolu devoir de se réinventer. Sans quoi elles sont à la merci d’une disruption rapide et profonde. Pour survivre et prospérer ces mêmes organisations doivent apprendre à surfer au dessus de ce tsunami et éviter d’être écrasé par celui-ci. A l’instar d’Uber qui brise en quelques années seulement le modèle installé des taxis, et qui, se voit disrupter à son tour il y’a quelques jours par un Google préparant le lancement d’un système concurrent à base de voitures sans chauffeur et animées par l’intelligence artificielle et la puissance de la mégadonnée.

Les entreprises qui ont compris l’enjeu sont qualifiées par les fondateurs de la Singularity University d’organisations exponentielles, du fait de leur croissance fulgurante leur permettant d’atteindre des valorisations de plusieurs milliards de dollars en quelques années voire quelques mois seulement. C’est le cas d’Uber, d’Airbnb ou de Whatsapp. Ces entreprises ont un point commun majeur. Elles sont animées par une mission de transformation globale et massive qui les poussent à croitre au delà de leur espérance de départ.

modal_SU_PeterDiamandisLa Singularity University nous invite à voir le monde avec une décennie d’avance et à embrasser la croissance exponentielle et les technologies qui la porte. Enfin elle nous bouscule et nous presse à repenser nos modèles de rareté pour les transformer en modèle d’abondance, avant qu’un tiers ne le fasse à notre place, en dé-matérialisant, démonétisant et démocratisant nos produits et services. La mégadonnée est toujours en ligne de mire des discours de Peter Diamandis. Il nous invite en tirer le maximum de valeur via l’analyse et l’interprétation que l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique permettent. La donnée est définitivement ce pétrole que ces nouveaux entrepreneurs utilisent pour transformer la rareté en abondance.

Dans ce mouvement de numérisation globale, la démocratisation des systèmes de réalité virtuelle est le phénomène le plus prometteur dans un futur très proche (deux à trois ans). En effet, l’accélération des capacités de simulation de la réalité, la miniaturisation des dispositifs et la baisse des coûts permettront à horizon 2017 ou 2018 de proposer des dispositifs de simulation atteignant la résolution de l’oeil et de l’audition humaine. Autrement dit, nous ne percevrons plus de différence entre l’environnent réel et l’environnement virtuel. Cette révolution ouvre des possibilités de disruption radicale dans de nombreux secteurs. A quoi ressembleront par exemple une session de shopping dans les points de vente du futur, l’expérience d’un concert ou d’une finale de coupe du monde de football, la participation à des réunions de travail dans une salle de conférence reconstituée ou même une simple salle de classe à l’heure d’une réalité virtuelle démocratisée et indiscernable de la réalité tout court ?

Santé, eau, nutrition : faire face aux grands défis de l’humanité

Aussi, la possibilité dans un temps très court, de connexion, de rassemblement et de construction de communautés globales accélère radicalement les capacités de création, de financement et de distribution de produits et services portés par la foule et valorisés en quelques mois plusieurs milliards de dollars. Ce fut le cas par exemple des lunettes de réalité virtuelle Oculus Rift développées grâce à un financement ouvert sur la plateforme KickStarter et rachetées quelques mois plus tard par Facebook pour la valeur de deux milliards de dollars !

L’accélération du développement des biotechnologies révolutionne la médecine, à l’instar de l’outil de génie génétique CRISPR/Cas9 qui permet d’éditer des brins d’ADN et d’introduire in vivo de nouveaux gènes. Ces avancées promettent à moyen terme des traitements curatifs et préventifs qui permettront notamment de soigner la grande majorité des cancers et d’assurer un allongement de l’espérance de vie sans précédent.

Enfin, l’ambition de la Singularity University est globale et radicale. Et c’est probablement sur ce point qu’elle donne le plus à réfléchir. Pour le fondateur du mouvement, Peter Diamandis, nous entrons dans une ère d’abondance où les technologies et la croissance exponentielle vont permettre de résoudre les grands défis de l’humanité : santé, eau, énergie, environnement, nutrition, éducation, sécurité et pauvreté.

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Tout un programme qui nécessite plus qu’une tribune. Autant d‘occasions de se documenter, de débattre et d’agir. À suivre….

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06 Jan Une décennie pour transformer le monde

Ce billet est ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos le 6 janvier 2015.

La révolution que le mobile a provoquée dans nos vies quotidiennes n’est qu’un aperçu des innovations radicales qui transformeront le monde dans les dix à quinze prochaines années. Robotique, intelligence artificielle, impression 3D, nanotechnologies et biotechnologies vont sortir d’une longue période d’évolution silencieuse pour atteindre un point de bascule. Et la décennie qui vient sera une période de très grands déséquilibres, avec la force transformatrice de plusieurs Gutenberg simultanés.

Dans une quinzaine d’années, on estime que 40 % des entreprises du Fortune 500 auront disparu et que 2 milliards d’emplois seront à réinventer. Cette perspective est certes angoissante. Elle est aussi exaltante, car elle promet de contribuer à résoudre de nombreux défis auxquels l’humanité fait face. Une poignée de fortunés ont déjà commencé à mettre la croissance exponentielle de la technologie au bénéfice de l’environnement, de l’éducation, de la santé, de la sécurité, de la solidarité et de la conquête de nouveaux territoires.

C’est le cas de Bill Gates qui oeuvre contre le paludisme via sa fondation ou de Larry Page et Sergei Brin qui multiplient, via GoogleX, les initiatives liées aux transports, à l’accès à Internet pour le plus grand nombre et à la prolongation de l’espérance de vie. C’est aussi l’ambition d’Elon Musk, qui, avec Tesla, SolarCity et SpaceX, révolutionne notre relation aux énergies fossiles et prépare les prochaines expéditions spatiales.

Mais la plus exaltante des promesses est encore plus ambitieuse. Elle se nourrit de la démocratisation massive des technologies, du développement croissant de l’économie du partage et de la société du sens, de la diffusion instantanée et planétaire des savoirs et de la capacité croissante de connexion qui donnera la possibilité à la grande majorité des Terriens de prendre part à cette mutation, en se regroupant en communautés puissantes et actives sur le réseau. Il y a mille ans, seul le roi avait la capacité de changer le cours des choses, depuis un siècle, ce pouvoir revient au patron d’industrie, dans la décennie qui vient, c’est l’individu qui héritera de cette opportunité et de cette responsabilité.

 

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24 Déc Changeons l’écosystème médiatique avant qu’il ne nous change définitivement.

Comme toute révolution, celle qui a touché les médias ces dix dernières années fut trahie. Trahie par les antiennes enivrantes d’internet et par le manque patent d’exigence. Trahie par une profession écartelée entre conservatisme suicidaire et progressisme de salon au vernis technophile. Internet a promis des lendemains qui chantent à ceux qui y ont vu un territoire vierge : une nouvelle audience, un nouveau marché, un espace aux règles simplifiées, une terre sans drapeau, où le premier arrivé serait le premier servi.

Pourtant, dix années de batailles féroces derrière nous, les groupes de presse n’ont fait que souffrir et les pure-players, à la fougue éphémère, ont été avalés par les premiers. Le « Journalisme » s’est noyé sous la pression du chiffre et l’obligation des clics, des vues, des likes et des tweets. Les sujets les plus creux, spectaculaires et scandaleux sont malheureusement les plus traités.

L’analyse, l’enquête, le débat de fond sont délaissés : trop chers et trop peu lus. Le manque d’exigence et la recherche de la facilité ont eu un rôle dans cette gabegie. L’audience a été à la fois bourreau et victime : gavée d’info crasse et grisante, elle s’est habituée à recevoir chaque jour sa dose d’angoisse, de cynisme et de folie. Aujourd’hui elle en redemande. Quotidiennement. Comme accoutumée par un flot de fiel permanent, elle la veut plus forte, plus vive, plus trash. Elle en demande toujours plus au détriment du mieux : plus de pics émotionnels, plus de spectacle pour plus d’addiction. Nous oublions que notre réalité est façonnée par l’image que nous nous en faisons. Elle se conforme à la façon dont nous la racontons.

De fait, la presse, la radio, la télé et les sources d’informations sur les réseaux ont une responsabilité majeure dans la marche du monde. En privilégiant les amalgames, les discours radicaux, l’interprétation des actes isolés en vérité systémique, elles dépeignent une société barbare, au bord du suicide. Elles finissent par transformer notre rapport au monde et à l’autre.

Dans les sociétés libres et démocratiques, l’audience est maitre du jeu. Elle définit les attentes et les limites. Elle n’en demeure pas moins influencée par le contenu qu’elle consomme. Par conséquent, une prise de conscience individuelle est clé pour modifier l’équation audience-media. Cette prise de conscience ne peut se faire sans remettre en question la vision que nous avons du monde contemporain.

Contre tous les signaux déclinistes, malheureux voire suicidaires, il faut rappeler que nous vivons les temps les plus apaisés que l’Histoire ait connue. Quelques données factuelles nous le prouvent : en un siècle notre espérance de vie a doublé et la mortalité infantile a diminué d’un facteur cent. En cinquante ans, la production alimentaire par habitant a augmenté d’un tiers et la population mondiale a doublé. Le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême a diminué de moitié ces vingts dernières années ! Toujours, depuis vingt ans, on enregistre une baisse d’un tiers environ du nombre de guerres civiles. Faut-il rappeler l’horreur des champs de bataille et les millions de morts du début du XXeme siècle ?

Le monde n’est pas plus barbare que par le passé. Il vit en permanence devant un miroir déformant. Dans les années 70, la fin du monde était annoncée pour les prochaines décennies. On prédisait une famine inévitable du fait de l’explosion démographique, le raccourcissement de l’espérance de vie à cause de la multiplication des produits chimiques dans notre environnement, les pluies acides sur les forêts, la fin du pétrole, l’hiver nucléaire…

Rien de tout ça n’est arrivé. Alors, oui, nous pouvons continuer à nous faire peur. Nous pouvons aussi changer d’habitude, nous concentrer sur les données et consacrer notre énergie à mieux filtrer l’information qui nous parvient.

Loin de moi l’intention de minimiser les enjeux de notre temps. Les défis qui nous attendent sont nombreux et importants : l’environnement, la santé, la sécurité alimentaire, l’éducation, la pauvreté, la préservation et la découverte de nouveaux espaces, la paix entre les peuples… Mais, pour avancer nous devons privilégier l’analyse, les débats et la recherche de solutions plutôt que de nous contenter de cynisme et d’indignation.

Pas si facile me direz-vous ? Certes. L’homme est fasciné par le scandale et l’effroi. Et il y a une raison physiologique à cela. En effet, nous possédons au coeur de notre cerveau, une zone que l’on appelle communément l’amygdale, ou plus précisément le complexe amygdalien. Ce dernier nous était particulièrement utile à l’époque préhistorique quand nous vivions dans la jungle parmi les prédateurs. Cette zone est un détecteur de danger. Elle nous permet, pour assurer notre survie, de nous focaliser sur la peur. Elle explique pourquoi une mauvaise nouvelle a dix fois plus d’impact qu’une bonne nouvelle. L’amygdale fonctionne encore de la même façon qu’il y a des centaines de milliers d’années. C’est elle qui encourage les médias, dont le seul critère de performance est l’attention, à se concentrer sur les mauvaises nouvelles. Mais nous sommes en mesure de contenir l’effet de la peur en la cernant.

Depuis quelques mois, je mène une expérience personnelle sur le sujet. Je n’ai pas cessé d’être ciblé par le flot d’informations crasses qui forge nos angoisses quotidiennes, j’ai en revanche choisi d’y prêter moins d’attention, et surtout de ne plus participer à sa diffusion. La prise de conscience des effets de l’amygdale a changé mon rapport à l’information.

Le début d’année est l’occasion de prendre de bonnes résolutions. Laissez-moi proposer, naïvement, mais fermement une résolution qui peut, je l’espère, changer votre rapport au monde : prenez le temps de vous intéresser aux données, de vous documenter, de chercher les solutions, faites-en une discipline, chaque semaine, chaque jour, lisez, écoutez ou regardez un reportage, une enquête, un documentaire, une conférence ou un article qui présente les découvertes et les réponses aux défis de notre temps.

Troquez le flux habituel d’infos nocives contre la lecture de quelques récits de découvertes, d’enquêtes et d’analyses. Evitez les magazines d’information, les journaux télévisés et le flux de nouvelles quotidiennes. Une information importante vous atteindra sans effort de toute manière.

Scrutez de nouvelles sources d’enseignements et de débats. Dénichez et partagez des pépites. Jouez votre rôle de caisse de résonance positivement : amplifiez les signaux faibles qui le méritent. Cet acte individuel, simple, efficace et constant peut avoir un impact sur votre cercle, votre communauté et de proche en proche, pas à pas, transformer le rapport que nous entretenons collectivement avec l’information.

L’audience est la clé et vous êtes un élément de la solution. Pour ma part, j’utilise et j’enrichis régulièrement une liste de sources d’informations positives parmi lesquelles figurent TED, Les podcasts de France Culture, Les cours du Collège de France, EDx, Sparknews, Sciences & Vie, Sciences et Avenir, La Recherche, iflscience.com, Usbek & Rica, Clés, XXI, HBR.org

Je me suis abonné à leurs flux sur les réseaux sociaux, et c’est la façon la plus simple que j’ai trouvé d’être ciblé au quotidien. Je m’investis professionnellement à mettre sous les projecteurs, les acteurs et les initiatives qui font progresser le monde. Nous n’avons pas tous cette chance et cette responsabilité, en revanche nous sommes tous une partie de la solution.

Les révolutions ne s’arrêtent jamais et les trahisons ne sont que des occasions d’aller plus loin.

Sur ce je vous souhaite une belle année, positive et riche de sens.

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13 Déc Apprivoiser l’exponentielle, 10 ans pour changer de monde.

Je suis passionné de photographie depuis l’âge de 15 ans. J’ai commencé à prendre des photos quand j’ai reçu en héritage un vieil appareil photo Canon qui avait fait le tour du monde et avait appartenu à une des figures importantes de ma famille. Le mythe, l’aura, la magie de l’histoire portée par l’objet auront probablement joué un rôle. J’ai commencé à développer mes pellicules et photos dans un petit laboratoire que j’avais installé dans la salle de bain de la maison. Je n’ai cessé de prendre des photos depuis. Et en vingt cinq ans de pratique, j’ai vécu toutes les étapes de la transformation de l’objet photographique. Aujourd’hui mon laboratoire et mes pellicules ont été troqués contre un ordinateur, devenu studio personnel couleur, noir et blanc, 3D et video. Je me souviens que le point de bascule date des années 2000.

Pourtant le premier appareil photo numérique, lui, date d’une autre époque. En effet, il a en réalité été inventé en 1975 par Steve Sasson, ingénieur chez Kodak.

Kodak - 1er appareil photo numérique

Kodak – 1er appareil photo numérique

Son invention n’a pas donné lieu à un développement commercial pour différentes raisons, dont la plus importante fut que Kodak voyait d’un très mauvais œil la concurrence du numérique face à la florissante industrie du film. Si bien que l’invention est restée dans un placard pendant 20 ans, jusqu’en 1995, où le premier appareil photo numérique Kodak grand public est sorti sur le marché… poussé par la concurrence. En effet, Fujifilm, Nikon, Sony avaient investi entre temps le sujet et pris une avance substantielle. Nous connaissons la suite de cette histoire. En deux décennies, le marché de la photo grand public a connu deux transformations majeures. Le film a été remplacé par l’appareil numérique, puis une simple application sur un smartphone. La transition a été si brutale et majeure que la production de photos est passée d’un milliard de clichés par an dans les années 80 – 90 à un milliard par jour aujourd’hui ! Le coût de production ET de diffusion sont devenus marginaux et l’usage de la photo s’est massivement démocratisé entrainant à la casse des entreprises parmi les plus florissantes dont… Kodak, qui en 2012 a été mise sous la protection de la loi américaine contre les faillites.

L’exemple de Kodak et de l’avènement de la photographie digitale illustre parfaitement le processus d’évolution des pratiques, des produits et services touchés par l’accélération de l’innovation technologique ces 20 dernières années. Cette histoire est celle de la transition d’un modèle économique basé sur la rareté à un modèle basé sur l’abondance.

 

NOKIA vs WAZE

NOKIA vs WAZE

Autre exemple frappant de transformation, plus récente et plus radicale car quatre fois plus rapide : NOKIA ! En 2006 NOKIA est le numéro 1 mondial du marché mobile. En janvier 2006 NOKIA est valorisé 140Mds de $. Un an plus tard Apple met sur le marché l’iPhone 1 et crée du même coup un ecosystème. Apple instaure une plateforme par l’intermédiaire de ce couteau suisse qu’est désormais le smartphone qui contient différentes briques technologiques clés comme le GPS. En 2007, NOKIA souhaitant diversifier son activité acquiert la société NAVTEQ produisant des GPS. Mais en décembre 2007, la startup WAZE propose une application gratuite de GPS sur iPhone. WAZE utilise pour la première fois les données générées par les utilisateurs sur leurs smartphones pour enrichir des cartes en temps réel, afficher et prédire le trafic sur les routes. En 6 ans seulement, WAZE s’est doté d’une mécanique cent fois supérieure à celle de NAVTEQ pour générer des données de trafic en s’appuyant sur la foule. En Janvier 2012, cinq ans après l’introduction de l’iPhone sur le marché, la valorisation de NOKIA est passée de 140Mds à 8,2 Mds ! La chute s’accélère alors et un an plus tard, Google achète WAZE pour 1,1 Mds puis en Avril 2014 NOKIA est vendu à Microsoft pour 7,2Mds, une valorisation inférieure à la filiale NAVTEQ, 7 ans auparavant. En 8 ans, la chute de NOKIA a été vertigineuse.

Ce phénomène d’accélération de la transformation digitale s’explique par une loi qui a été introduite à plusieurs reprises et de différentes manières par Gordon Moore, cofondateur d’Intel : la loi de Moore qui, si on tente de la résumer et de la simplifier, dit que la puissance de calcul, la capacité de stockage de l’information et la vitesse de transmission des données doublent environ tous les 18 mois pour un coût constant. Cette loi n’a jamais été démentie depuis. Et cette croissance exponentielle des capacités technologiques impacte au fur et à mesure tous les métiers.

Notre cerveau appréhende mieux les échelles linéaires que les échelles exponentielles. Pour prendre une analogie très simple, et se rendre compte de l’impact de cette loi, imaginons que je me déplace de façon linéaire. Si je fais un pas, je me retrouve 1 mètre plus loin. A 30 pas je suis à 30 mètres, etc… A l’échelle exponentielle quand j’effectue 30 pas, j’ai en réalité réalisé plusieurs fois le tour de la terre et au 50eme pas je suis à l’extérieur du système solaire.

Evidemment, la transformation de la carte routière ou de la photographie a un intérêt. Mais il n’est que relatif comparé aux révolutions à venir et qui concernent les grands enjeux de l’humanité des dix prochaines années. Nous vivons une époque de crises depuis 30 voir 40 ans. Ces crises successives coïncident avec une série d’opportunités extraordinaires car cette époque est toute particulière dans l’histoire de l’humanité. Jamais nous n’avons eu la possibilité de transformer aussi radicalement notre monde grâce aux outils que nous possédons aujourd’hui et qui évoluent à une vitesse exponentielle. Cette transformation va toucher tous les domaines dans les dix prochaines années : l’environnement, l’énergie, l’éducation, la santé, la sécurité, la nutrition, la pauvreté, les transports…

Singularity University

Singularity University

J’ai eu récemment la chance de participer à la première rencontre européenne de la Singularity University, cette université américaine fondée par des entrepreneurs de la Silicon Valley qui mettent à profit leur savoir-faire, leur réseau, leur expérience pour aider des entrepreneurs à résoudre les grands défis de l’humanité à horizon 2025. J’y ai rencontré des inventeurs, des révolutionnaires, des acteurs du changement à l’opposé de l’image que l’on a en France de cette organisation souvent dépeinte comme l’antre de l’idéologie transhumaniste et l’extension des laboratoires de recherche de Google seulement. J’y ai rencontré des startups, des initiatives sociales et solidaires, des entreprises comme Autodesk, Cisco et même NOKIA. En janvier 2015, j’intégrerai le programme « executive » de l’Université à Palo Alto et deviendrai du même coup ambassadeur du programme pour la France. 2015 sera l’occasion pour moi de m’investir activement pour transmettre et partager ces bonnes pratiques, ce réseau et l’énergie que génèrent cette initiative. A suivre…

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