Michel LÉVY-PROVENÇAL | Innovation soup
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Innovation soup
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Innovation soup

29 Août L’arrivée de l'iWatch ? L'aube d'une nouvelle ère.

D’après la presse américaine, le 9 septembre prochain, Apple pourrait dévoiler l’iWatch en même temps que les nouveaux modèles d’iPhone. Si cela était confirmé, une nouvelle étape dans le développement du marché de l’Internet des objets serait franchie : celle de la maturité. 

9/9/2014

La date de commercialisation de certains produits correspond parfois au début d’une nouvelle ère. Ma génération a vécu ce phénomène à deux reprises. Cela a été le cas, une première fois en aout 1995 lorsque Microsoft a lancé Windows 95. Je me souviens qu’à cette époque nous avions perçu l’arrivée du nouveau système d’exploitation comme une révolution par la capacité qu’il donnait au grand public de se connecter à Internet. Cette date coïncide avec le début de la révolution Internet. La seconde date correspond à l’arrivée de l’iPhone sur le marché de la téléphonie mobile. Pour la première fois un smartphone, conçu comme un produit grand public destiné au plus grand nombre, allait nous faire basculer de l’ère du web à celui de la mobilité.

Voilà quatre ans que nous attendons fébrilement l’explosion du marché de l’Internet des objets comme le nouveau Graal de l’économie digitale. Mais, au même titre que dans le début des années 90 avec les pionniers du net ou vers 2005 lorsque les premiers smartphones ont commencé à arriver sur le marché, l’Internet des objets a du mal à devenir un phénomène de masse. Evidemment les prévisions des analystes sont plus qu’optimistes : 60 milliards d’objets connectés  sur la planète en 2020, une croissance exponentielle, un marché de plus de 2 trillions de dollars en perspective… Pourtant, aujourd’hui, il se limite à un écosystème d’éditeurs à la marge et à l’opportunisme d’annonceurs jouant sur des coups de communication autour de produits fantômes destinés au buzz.

Mais l’arrivée de l’iWatch devrait changer cela. Pour plusieurs raisons. D’abord parcequ’au delà du produit lui-même, Apple propose un écosystème standardisé ouvert aux accessoires de santé et de domotique : iOS8. Ainsi, en proposant l’iWatch, Apple concrétise des opportunités esquissées il y a quelques mois. Ensuite, Apple par son exigence en matière de design et sa puissance marketing va démocratiser les usages que ces quatre dernières les pure players ont dessinés avec énormément de difficulté. Enfin, l’iWatch, par ces deux effets cumulés, va incarner dans l’inconscient collectif le passage de ce nouveau marché à l’ère de la maturité.

Est-ce une mauvaise nouvelle pour les acteurs de la première heure ? Oui, pour ceux qui s’entêteront à essayer d’imposer leur solution propriétaire ou à tenter de réinventer ce que désormais Apple fait et fera mieux qu’eux, sans commune mesure. Non, c’est une excellente nouvelle pour ceux qui sauront adopter ces nouveaux standards, à l’instar des agences mobiles dans les années 2007 – 2010, et qui continueront à avoir la capacité d’inventer des concepts et de réaliser des produits manufacturés exploitant pleinement ces standards.

C’est surtout une opportunité rare pour la plupart des acteurs économiques de repenser leur stratégie, leur métier, leurs produits, leurs processus de production. Il devront le faire, encore plus qu’à l’époque de la démocratisation d’Internet puis du mobile : le marché et les enjeux étant plus important. Les faussaires de l’innovation auront encore quelques mois de gloire devant eux. En effet, beaucoup d’acteurs du passé, des agences web et mobiles, penseront que ce marché leur est ouvert parcequ’ils présenteront l’iWatch comme un simple nouveau dispositif connecté sur lequel ils proposeront des applications… Mais, la véritable révolution sera ailleurs. Le marché qui s’ouvre nécessitera des compétences nouvelles. Elles consisteront à concevoir, prototyper et industrialiser des dispositifs connectés intégrés à l’écosystème standard qui se dessine : pour l’instant iOS8, l’iWatch et l’iPhone.

Le 9 septembre 2014 pourrait être une des ces dates à noter : celle du début d’une nouvelle ère, le moment où Apple a pris une avance non négligeable sur ses concurrents dans le marché de l’internet des objets, au même titre que Windows en 1995 et l’iPhone en 2007.

 

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08 Mai L’émergence de la « société du sens »

Ce billet est la version longue de ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos

Une révolution est en marche. Le XIXeme siècle a vu l’industrie supplanter le modèle agricole. Depuis les années 70, la société de l’information a radicalement transformé notre civilisation. Internet et sa puissance de mise en réseau et de désintermediation ont révolutionné des pans entiers de nos économies et de nos sociétés. La dernière étape de cette révolution est celle qui va transformer notre rapport à la vie de la cité et à notre responsabilité individuelle vis à vis du collectif.

Les crises économiques, écologiques et sociales qui se succèdent depuis des décennies aboutissent à une crise politique qui nous oblige à repenser notre rôle dans une société qui a de plus en plus soif de solidarité et de partage. La répartition des richesses n’a jamais été aussi inégale sur la planète. Simultanément jamais les modèles économiques basés sur la contribution et le partage n’ont connu une telle croissance. A tel point que les experts, économistes, prospectivistes les plus reconnus s’accordent à dire que nous sommes condamnés à construire une nouvelle « société du sens ». Une société faite des énergies individuelles, décuplées par la puissance du réseau planétaire. Les premiers signes de l’émergence de cette société apparaissent sous les traits de ce que l’on nomme communément « l’économie du partage ».

Cette nouvelle société se réinvente au-delà des clivages politiques du passé. Les anciens modèles, qui subordonnaient l’action au niveau central et aux dogmes, ont peu à peu fait perdre au citoyen le contact avec la collectivité, le sens de son action et, du même coup, le sentiment d’influence sur le destin de la communauté. Jeremy Rifkin décrit le phénomène dans son dernier ouvrage « The Zero Marginal Cost Society » . Il y voit le déclin progressif du capitalisme ainsi que l’émergence de mouvements collaboratifs et de la production à petite échelle. Aaron Hurst, auteur de « The Purpose Economy », décrit aussi cette émergence comme la voie idéale pour une sortie de crise.

Au delà des clivages politiques archaïques, de la droite, de la gauche, des anciens, des modernes, des libéraux et des collectivistes, la société du sens est une société condamnée à se réinventer en marchant. Agile, pragmatique, résolument inscrite dans l’action, en permanence dans l’expérimentation, elle intègre le risque d’échec dans son processus de réinvention. Elle pense que la somme des responsabilités individuelles est plus efficace que le poids de l’obligation collective.  Elle pense de nouveaux produits et services sans voir de contradiction entre entrepreneuriat et intérêt général. Elle réinvente un modèle où le service public, l’entreprise et le citoyen combinent leurs forces. Elle redonne un sens à l’action individuelle, locale, simple, efficace, responsable, impactante, réplicable, contagieuse et virale. A chacun d’y prendre part…

 

 

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31 Mar Google, en route vers le cerveau augmenté.

Ce billet est la version illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos.

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La semaine passée avait lieu à Vancouver la conférence TED. Les plus influents innovateurs de la planète se sont retrouvés pour fêter pendant cinq jours les trente ans de l’événement. Parmi eux, les deux fondateurs de Google, Serguei Brin et Larry Page. On pouvait aussi y croiser le fugitif le plus recherché de la planète : Edward Snowden . Incarné par un robot sur roulettes, doté d’une caméra, d’un écran, d’un micro et de haut-parleurs, Snowden pilotait le dispositif à distance et a pu ainsi assister à quelques interventions et interagir avec certains participants.

Pourtant, l’intervention la plus remarquable resta celle de Larry Page . Interrogé sur l’avenir de Google, il a rappelé que des avancées majeures dans le domaine de la recherche de contenu, coeur de métier de Google, sont réalisées chaque jour au sein de son groupe. Page a insisté sur le fait que ces quinze dernières années n’ont été que les prémices d’une révolution majeure dans le domaine de la cognition. Aujourd’hui, Google élabore des algorithmes donnant à la machine des capacités d’apprentissage similaires à celles du cerveau humain.

D’après Page, malgré une diversification massive, le métier de Google restera de mettre à disposition de l’homme des solutions pour aider à trouver des informations pertinentes quel que soit le contexte. C’est pour cette raison que la firme multiplie les investissements dans l’intelligence artificielle, comme tout récemment avec le rachat de Deepmind, une start-up britannique pionnière dans le « machine learning ».

Où va Google ? Sur un territoire encore en friche : celui du cerveau augmenté. C’est ce que répond Ray Kurzweil, un des grands théoriciens du transhumanisme, aujourd’hui directeur de recherche chez Google, lorsqu’il est interrogé sur une des applications majeures qui marqueront les vingt prochaines années. Il prédit que Google proposera une interface directement accessible par le cerveau et capable d’interroger instantanément des machines et de bénéficier d’intelligence déportée, de ressources de calcul et de stockage de données. Terrifiant et passionnant à la fois !

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14 Jan Le travail de 2030 se prépare aujourd'hui.

Ce billet est la version illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos

En 1997, Jeremy Rifkin écrivait « la fin du travail », best-seller visionnaire qui décrivait l’inexorable augmentation planétaire du chômage et dessinait les prémisses de la nouvelle économie positive et solidaire.

En 2014, la question est toujours d’actualité. Le chômage a effectivement globalement augmenté entre 1990 et 2012 dans le monde développé (aux USA de 5% à 8%, en Europe de 7% à 10%, au Japon de 2% à 4%) et le phénomène est loin d’être terminé. Une étude publiée par deux chercheurs de l’Université d’Oxford en septembre dernier décrit au contraire une accélération. D’après le document de 72 pages disponibles sur Internet, jusqu’à 47% des emplois aux Etats Unis pourraient, à horizon 20 ans, être confiés à des machines intelligentes.

Le développement exponentielle de la puissance informatique, la démocratisation des machines apprenantes et l’avènement de la robotique mobile devraient d’après les deux chercheurs faire disparaître dans les 20 prochaines années la plupart des emplois manutentionnaires, les métiers de maintenance et de la construction et entamer très largement la masse de professions administratives, de fonctions de bureaux, de chauffeurs, de télé-marqueteurs… et même de mannequins ! Seraient épargnés les acteurs de l’économie solidaire, de la santé, du secteur social, de l’éducation, des arts et de la culture, de l’ingénierie, de l’informatique et des sciences.

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Alors, face à cette transition économique et sociale majeure, entamée depuis les années 80 et que nous appelons communément « crise », mais qui n’est en réalité que la fin d’une époque comme le fut les dernières années du XIXeme siècle, que faire ?

Clive Thompson explique dans son dernier ouvrage « Smarter than you think », que la course contre la machine est une lutte vaine. Qu’au contraire, les technologies de l’information permettent de développer de nouvelles capacités cognitives, en déléguant certaines tâches cérébrales aux intelligences artificielles. Autrement dit en « sous-traitant » à la machine ce qu’elle fait le mieux et en développant le plus possible la spécificité du cerveau humain : ses capacités uniques d’intuition, de créativité, mais aussi de perception et de production. Il va de soi, que cette transition se fera plus naturellement si nous préparons la génération avenir.

Celle-ci devra imaginer, concevoir, hacker, inventer nôtre nouveau monde. L’école ne peut donc se contenter d’être le sanctuaire qu’elle a été au XXeme siècle, lieu de seule transmission du savoir. Elle doit aussi intégrer les modifications massives que la technologie a apporté à nos processus de travail, de socialisation et de cognition en devenant un lieu de création du nouveau savoir par l’expérimentation et la découverte.

La bonne nouvelle est que corps enseignant commence à prendre conscience de cela. Il s’y met, à l’instar de cette initiative du CRI portée par Ange Ansour, enseignante en CM1 et CM2 qui transforme la salle de classe en laboratoire et ses élèves en chercheurs. La mauvaise est que nous n’avons pas le temps de tergiverser. Vingt ans c’est court !


L’intervention d’Ange Ansour à TEDxParis 2013

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10 Déc TEDxParis 2013, le 10/12/2013 à 22h50 sur Canal+

La saison 2013 de TEDxParis s’achève et toute l’équipe TEDxParis vous propose un dernier rendez-vous avant une longue période de calme et nos retrouvailles le 5 octobre 2014 pour les 5 ans de TEDxParis, dans le prestigieux théâtre du Châtelet !

A l’occasion de la diffusion du documentaire consacré à TEDxParis, mardi soir à 22H50 sur Canal +, nous vous avons concocté un programme spécial.

Rendez-vous mardi 10 décembre dès 22h30 sur Twitter pour un live tweet avec toute l’équipe TEDxParis qui sera mobilisée pour répondre en direct à toutes vos questions. Puis, pendant l’émission, tentez à nouveau de remporter votre place pour TEDxParis 2014 en proposant le titre qui selon vous, serait le plus juste pour chaque intervention inédite !

L’équipe retiendra alors un titre par talk qui deviendra le titre officiel de la vidéo lors de sa mise en ligne sur notre chaine Youtube TEDxParis et les auteurs des titres choisis se verront offrir chacun leur précieux sésame pour TEDxParis 2014, le 5 octobre 2014 au Théâtre du Châtelet !

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26 Nov Le fantasme du cerveau artificiel

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Ce billet est la version illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos.

L’humanité n’a eu de dépasser les limites de la nature. Au siècle dernier, la révolution industrielle a été un formidable accélérateur pour l’espérance de vie et la démographie mondiale. Les avancées scientifiques et technologiques, notamment grâce aux NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) mettent un nouveau défi à notre portée : le rallongement radical de l’espérance de vie.

D’autres abordent la question sous l’angle de la cybernétique. C’est le cas de Dmitry Itskov, entrepreneur russe, qui a lancé l’initiative 2045 (http://2045.com). Son projet vise plusieurs objectifs, dont le plus extravagant consiste à copier le contenu d’un cerveau et l’implanter dans un corps artificiel !

Pour ce faire, Itskov a planifié quatre étapes. Au cours de la première, entre 2015 et 2020, seront développés des robots contrôlés à l’aide d’interfaces cerveau-machine dont nous voyons déjà apparaître les premières versions. La deuxième étape, entre 2020 et 2025, consisterait à construire une enveloppe artificielle permettant d’héberger un cerveau vivant. La troisième étape, entre 2030 et 2035, permettrait la conception d’un modèle informatique de l’intelligence et de la conscience humaine, donnant naissance au premier cerveau artificiel, capable de recevoir le contenu d’un esprit vivant et de le faire évoluer de façon autonome. Cette hypothèse, folle, permettrait d’envisager rien moins que l’immortalité cybernétique de l’humanité. Enfin la dernière étape, en 2045, annoncerait l’avènement de l’esprit indépendant de toute matière, et ainsi transférable à souhait dans des enveloppes holographiques capables de se déplacer instantanément partout et tout le temps !

Evidemment, ces anticipations peuvent faire glousser par leurs accents prophétiques. Pourtant, la course à la modélisation du cerveau humain est déjà largement entamée et alimente les scénarios prospectifs les plus passionnants de notre époque.

Michel Lévy-Provençal est le PDG de Joshfire et le président de TEDx Paris.

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17 Sep Si les maires dirigeaient le monde

Ce billet est la version illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans Les Echos.

Au cours des deux dernières décennies, notre système économique a connu une révolution majeure. L’avènement d’Internet a entraîné une désintermédiation des échanges. Il semble inévitable que l’élimination des intermédiaires au profit de relations directes entre pairs touche aussi, tôt ou tard, les structures de notre système politique, et donc de notre démocratie. A l’heure de la mondialisation, il faut admettre que notre modèle d’institutions, conçu il y a quatre cents ans, n’est peut-être plus à la hauteur des défis de notre temps. Benjamin Barber, professeur de sciences politiques à l’université du Maryland, va publier le 4 octobre un livre qui esquisse un nouveau modèle démocratique, « If mayors ruled the world » (Yale University). Il en a présenté les grandes lignes lors de la dernière édition de TED Global, au mois de juin.

Barber pense que la solution à notre crise politique occidentale passe par la construction d’un système à l’échelle à la fois locale et globale. Il propose de changer de paradigme et de commencer à raisonner à l’échelle des villes et non plus des nations. Les zones urbaines sont le lieu où la culture et la civilisation sont nées. De plus, la majorité de la population mondiale vit désormais dans des villes. Benjamin Barber pense qu’il pourrait être temps que les gens qui les gouvernent se chargent de diriger le monde.

Les maires sont pragmatiques. Leur tâche est de faire avancer les choses au-delà des idéologies. Leur taux de popularité est souvent supérieur à toutes les autres catégories d’hommes politiques. Les villes sont profondément multiculturelles, ouvertes, participatives et démocratiques alors que nous vivons encore dans un système politique basé sur des frontières et des Etats – des Etats qui, souvent, refusent d’agir ensemble. La démocratie est née dans la cité antique. Elle peut renaître dans la cité contemporaine, globalisée, cosmopolite. Pour y parvenir, Benjamin Barber appelle à la création d’un parlement mondial des maires qui permettrait une participation globale plus directe. A l’approche des élections municipales en France, voici un thème propice à un débat de fond.

Conférence enregistrée à l’EFNI sur le sujet (durée 1:10). La version courte enregistrée à TED Global devrait être publiée dans quelques semaines.

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18 Juin Matternet : un internet fait de drones pour le transport de la matière !

Voici la version longue et illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans les Echos aujourd’hui.

Longtemps réservés aux passionnés de modélisme, les multicoptères – de petits drones dotés de plusieurs rotors – ont commencé à être vendus au grand public il y a quelques années. Une entreprise française, Parrot, a été la première à proposer un tel produit dès 2010. Trois ans après, la technologie s’est largement améliorée, notamment en matière d’autonomie. A tel point qu’aujourd’hui ce type de dispositif pénètre le marché professionnel, par exemple pour la surveillance de zones protégées (pipelines, parcs naturels…)

Un jeune entrepreneur grec, Andreas Raptopoulos, a inventé une solution qui permettrait au milliard de personnes isolées des routes d’avoir accès en cas d’urgence aux fournitures, marchandises et médicaments essentiels. Il a développé Matternet, le premier réseau de transport basé sur des drones autoguidés. Matternet fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Il est composé de drones, de stations d’atterrissage (permettant aussi le ravitaillement électrique) et d’un logiciel de routage, qui pilote l’ensemble du maillage. Matternet est en somme à la matière ce qu’Internet est à l’information.

Chaque drone est capable de transporter des charges de 2 kilos environ, peut couvrir une distance de 10 kilomètres en quinze minutes et vole à une altitude de 400 pieds, hors des voies empruntées par les autres aéronefs. Matternet a déjà été déployé à Port-au-Prince, après le séisme de 2010. L’intérêt est son très faible coût : un parcours de 10 kilomètres coûte 24 cents, avec une dépense d’énergie de 2 cents seulement. A titre d’exemple, au Lesotho, la création d’un réseau de drones pour connecter 47 cliniques et 6 laboratoires sur une superficie de 138 km 2 coûterait moins de 1 million de dollars.

En France, le 1 er avril dernier, le groupe La Poste annonçait un service de livraison à domicile par les airs – un poisson d’avril qui en a fait ricaner plus d’un ! Et pourtant, Andreas Raptopoulos, qui intervenait la semaine dernière sur la scène de TED Global 2013 à Edimbourg, est convaincu que Matternet pourrait aussi permettre de décongestionner nos villes, notamment pour le courrier et les petits colis… Le futur est souvent encore plus étonnant qu’on ne l’imagine.

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16 Juin TED Global 2013 : le temps de repenser la démocratie.

La conférence TED Global a lieu chaque année en Europe depuis 2006. Entre le 11 et le 14 juin, ce sont près d’une centaine d’intervenants au total et huit cent participants qui ont eu l’occasion de « réfléchir à nouveau » à notre monde en crise. Les organisateurs ont choisi leur moto cette année : « Think Again ». TED met en scène chaque année les idées les plus originales, parfois les plus radicales et l’audience vient y chercher cette singularité. Durant ces cinq jours le questionnement du modèle démocratique était en filigrane de nombreuses interventions, sur scène et dans les couloirs. Une fois n’est pas coutume, je retiens de cette semaine trois talks politiques qui invitent à repenser notre modèle démocratique.

Le coup d’envoi est donné avec une introduction plutôt étonnante. Bruno Giussani directeur de TED Europe et le responsable de la programmation, a décidé de donner la parole à Georges Papandreou, l’ancien premier ministre grec. Le choix est cohérent compte tenu de la thématique de la conférence : repenser notre monde. En effet, quoi de plus logique que de commencer par un constat d’échec ! Si on laisse de coté la forme de l’intervention de Georges Papandreou, qui ressemblait plus à une excellente opération de communication qu’à une authentique prise de parole, le coeur de son discours est d’une actualité criante : la sortie de crise en Europe passera par plus de démocratie directe et une citoyenneté européenne. Certes, le « comment » reste encore une grande inconnue et une véritable lacune.

Les jours qui ont suivi ont donné ont apporté un peu plus de matière au débat. Parmi les interventions les plus remarquées celle d’Eric X. Li a suscité de très nombreuses réactions contradictoires.

Né à Shanghai en 1968, au plus fort de la Révolution culturelle, ce journaliste a raconté comment il a grandi avec la doctrine communiste : « toutes les sociétés humaines se développent en progression linéaire, commençant avec la société primitive, se déplaçant à travers le capitalisme, le socialisme et enfin, le communisme. Tôt ou tard, l’humanité tout entière, sans distinction de religion ou de culture, atteind ce stade final de développement politique et social. » Après la chute du mur de Berlin, le monde a changé du jour au lendemain et déçu par la religion manquée de sa jeunesse, Eric X Li s’est installé en Amérique. Dès lors il a commencé à percevoir un parallèle troublant entre le modèle démocratique de l’Ouest et la doctrine de sa jeunesse. Pour lui la narration est la même : « toutes les sociétés humaines, sans distinction de religion ou de langue, se développent dans la progression linéaire, progressant de sociétés traditionnelles où les groupes forment les unités de base des sociétés modernes dans lesquelles des individus atomisés sont des entités souveraines. Et ils veulent tous une chose : le vote. Avec le vote, ils produisent un gouvernement et vivent heureux pour toujours ». 

Partant de ce constat il conclut sans une certaine dose de provocation que finalement le système chinois à parti unique actuel est une alternative intéressante au système démocratique ! Il concède que le pays est confronté à d’énormes défis (la pollution, la population, la sécurité alimentaire, la corruption…) et précise que son objectif n’est pas de condamner la démocratie mais de nous faire comprendre que le système chinois, bien que non exportable, reste un système alternatif qui fonctionne compte tenu du developpement accélèré de la Chine cette dernière décennie. En somme Éric X Li prouve qu’il existe bien des alternatives au modèle démocratique qui fonctionnent puisque le modèle chinois est en train de transformer le pays en première puissance mondiale.

Le propos est évidemment provocateur. Le mot « alternative » est certes une formidable invitation à repenser nos systèmes politiques. Pour autant le modèle chinois ne peut raisonnablement pas être pris pour exemple compte tenu des inégalités, des injustices et des atteintes aux libertés qu’il génère. C’est en tout cas, ce qui se disait dans les couloirs après cette intervention. À décharge, il faut souligner que l’Ouest connait très mal la Chine et certains dispositifs participatifs locaux qui, parait-il, serait un modèle de consultation populaire très répandu.

Benjamin Barber, politologue américain, professeur à l’université du Maryland a suivi Eric X. Li pour rééquilibrer le débat. Il a commencé son intervention en évoquant la mémoire des manifestants de la place Tian’anmen… et rappelé tout de même le triste constat qu’il partage avec son prédécesseur sur scène : « la démocratie est un modèle en danger ». Nous cherchons des solutions à cette crise politique dans le système démocratique alors que nous sommes confrontés à des institutions conçues il y a 400 ans.

Benjamin Barber, comme plusieurs de ses pairs sur la scène de TED cette semaine, pense que la solution pourrait être dans un système à l’échelle locale qui investirait politiquement les citoyens de façon plus active. Ainsi il propose de changer de paradigme et de commencer à raisonner à l’échelle des villes et non plus des nations. Les zones urbaines sont le lieu où la civilisation et la culture sont nés, de plus la grande majorité de la population mondiale vit désormais dans les villes. Etant donné que les villes sont dirigées par des maires, Barber propose qu’il pourrait être temps pour les maires de gouverner le monde. Les maires sont pragmatiques. Leur métier est de faire avancer les choses au delà des idéologies. Les maires ont des niveaux de popularité que tout autre categorie d’homme politique. Aux États-Unis, seulement 18% des Américains approuvent le Congrès quand ce taux avoisinne 70% pour les maires. Les villes sont profondément multiculturelles, ouvertes, participatives et démocratiques alors que dans le fond nous vivons encore dans un système politique basé sur des frontières, des états, et des états qui refusent d’agir ensemble. Le monde réel est sans frontière : un monde de maladies sans frontières, de Médecins Sans Frontières, où l’économie et la technologie sont sans frontières, où l’éducation est sans frontières, où le terrorisme et la guerre sont sans frontières. C’est désormais notre monde réel. Barber conclue en appelant à la création d’un parlement mondial des maires et des citoyens.

TED est un excellent indicateur du monde qui vient et ce cru confirme bien que les crises économiques, écologiques et sociales sont en train de se transformer en une crise politique majeure. Face à cette situation les modèles participatifs, décentralisés et à l’échelle locale ont été plébiscités. Parallèlement la tentation du rejet démocratique au profit de systèmes autocratiques reste vive. À suivre…

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21 Mai Thorium, le rêve d'un nucléaire « vert »

Voici la version longue et illustrée de ma chronique prospective mensuelle publiée dans les Echos aujourd’hui

Aujourd’hui l’humanité utilise trois types d’énergies : les énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole), les énergies dites renouvelables (éolien, solaire, géothermique et hydraulique) et le nucléaire. En moyenne le coût nécessaire pour élever un million de livre d’eau d’un degré Farenheit (l’unité BTU) est de 44$ via l’énergie solaire, 18$ avec du pétrole, 2$ avec du charbon et 0,92$ avec de l’uranium ! Les énergies fossiles sont en effet peu chères et sécurisées mais très polluantes et leur pérennité remise en question compte tenu de l’érosion croissante des stocks. Les énergies renouvelables sont propres et générées à partir de ressources abondantes mais leur coût est conséquent. Enfin le nucléaire propose le meilleur retour sur investissement financier mais induit le plus fort risque environnemental.
Aucune de ces sources ne répond simultanément aux critères de propreté, d’abondance, d’économie et de sécurité. La solution qui cumulerait toutes ces qualités serait considérée comme la pierre philosophale pour nos sociétés modernes !


How Thorium can save the world: Salim Zwein at TEDxBeirut 2012

Pourtant, dans les années 60 le physicien américain Alvin Martin Weinberg a mis au point dans son laboratoire du Tennessee un réacteur nucléaire à sels fondus qui a la capacité d’atteindre des températures de plusieurs centaines de degrés à pression ambiante éliminant ainsi les risques d’accident par explosion. Ces réacteurs de quatrième génération utilisent le thorium comme combustible. Abondant sur la planète, ce composant est aussi commun que le plomb. Comme le rappelle Jean-Christophe de Mestral dans son récent livre « L’Atome vert », l’utilisation de thorium au coeur de réacteurs à sels fondus génère des déchets au cycle de vie 1.000 fois plus court que ceux de l’uranium. Et le temps nécessaire à la dégradation de ses déchets est équivalent à celui qu’une canette de soda jetée dans la nature (quelques centaines d’années). Son efficacité est redoutable car 1kg de thorium est équivalent à 200kg d’uranium et une bille de thorium capable de tenir dans la paume de la main permet de produire de l’énergie pour un individu pendant une vie entière.

Si cette technologie est à portée de main depuis les années 1960, pourquoi ne l’avons nous pas exploitée ? A cette époque le nucléaire à base d’uranium a été privilégié car il répondait aussi à une exigence d’efficacité militaire ! Les recherches sur les réacteurs à sels fondus à base de thorium, n’étant d’aucun intérêt pour les armées de la guerre froide, elles n’ont reçu aucun financement de recherche. Aujourd’hui cette technologie retrouve un intérêt certain au regard des problématiques de développement durable auxquelles les sociétés modernes sont confrontées. La Chine et l’Inde investissent massivement sur ces solutions pour développer le nucléaire de nouvelle génération. La NASA s’y intéresse sérieusement pour permettre demain à des colonies humaines de produire de l’énergie à faible coût sur la Lune ou sur Mars. Si les recherches aboutissent, elles pourraient bouleverser l’industrie du nucléaire en apportant simultanément propreté, abondance, économie et sécurité. 

TEDxYYC – Kirk Sorensen from Nasa – Thorium Energy for space colonies

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