Michel LÉVY-PROVENÇAL | Singularity
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Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Singularity

17 Nov Le transhumanisme doit être un humanisme !

Par CAROLINE DE MALET

 

LE FIGARO. – Le transhumanisme est-il né dans la Silicon Valley ?

Michel LÉVY-PROVENÇAL. – En fait, c’est une idéologie antérieure à l’émergence des start-up de la Silicon Valley. L’un des premiers penseurs transhumanistes est Max More, qui a écrit un manifeste définissant l’idée de l’augmentation progressive des capacités du corps humain en 1990. Le transhumanisme est perçu au départ comme une philosophie de l’émancipation : il part du principe que grâce aux technologies, on va pouvoir étendre le champ d’émancipation biologique, pour doter l’homme d’artefacts (prothèses, nanocapteurs dans le cerveau pour nous connecter au cloud…) ou modifier notre biologie (en choisissant nos propriétés génétiques pour les faire hériter à nos descendants). On appelle transhumanisme ce mouvement qui vise à se réapproprier ce choix de l’évolution car il est à l’intersection de deux mondes, entre une humanité 1.0, actuelle, qui s’est construite par le hasard, et une humanité 2.0, choisie, posthumaine.

Les Gafa s’inscrivent-ils tous dans cette mouvance ?

La Silicon Valley est une concentration de puissance comme jamais dans l’histoire de l’humanité. Par sa maîtrise des technologies et sa puissance financière, elle nous pousse à nous émanciper. Alors oui, des acteurs comme Larry Page, Elon Musk ou Peter Thiel utilisent leurs moyens au profit de cette vision posthumaine du monde qui va nous permettre de vivre plus longtemps, de combattre tous les fléaux. Le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, tente de prolonger son espérance de vie en se faisant transfuser du sang de jeunes hommes et jeunes femmes, une pratique très à la mode dans la Silicon Valley. Le fondateur de Google investit dans 23andMe (séquençage ADN partiel pour le grand public) et dans Calico, qui a pour vocation d’éliminer la mort. Tous ces acteurs-là investissent pour faire basculer le monde dans un monde d’humanité 2.0. Et si Google finance, aux côtés de la Nasa, la Singularity University, symbole du transhumanisme, ce n’est pas le seul.

Quelles sont les motivations de tous ces entrepreneurs ?

L’hybris peut-être, la toute-puissance. Ils sont aussi d’une certaine façon animés par une volonté de faire du bien à l’humanité. Regardez Bill Gates, qui n’est pas transhumaniste, s’attacher à éliminer le paludisme ou le sida de la planète et s’investir contre les maladies neurodégénératives. Mark Zuckerberg et sa femme investissent quant à eux 3 milliards de dollars pour éradiquer toutes les maladies.

Quel rôle la Singularity University joue-t-elle dans ce processus ?

Elle a réussi à capter l’attention des médias, qui en ont fait le porte-étendard du transhumanisme. Or les membres de cette institution ne se considèrent pas tous comme tels. Certes, son président, Ray Kurzweill, avale 150 pilules par jour et rassemble tous les souvenirs de son père pour tenter de le faire revivre. Mais aujourd’hui, la Singularity University est aussi un lieu où on découvre et expérimente les grandes technologies émergentes, où on rencontre les acteurs de la transformation du monde, qui s’engage pour apporter des réponses aux grands enjeux de la planète. Diaboliser le transhumanisme comme une idéologie qui va nous mener en enfer ne nous mènera à rien. Il faut s’interroger avant tout sur cette philosophie qui devrait nous mener progressivement vers un être humain hyperconnecté, probablement modifié et qui vivra dans un monde plus sûr. Ces technologies sont là et se développent, c’est un fait. C’est pour cette raison que le transhumanisme doit devenir un humanisme.

Ce n’est pas un hasard si ce mouvement a émergé au pays des pionniers, de l’individualisme libertarien et des hippies…

Il y a une intersection entre une idéologie libérale, voire libertarienne, qui pousse à l’émancipation radicale des individus – y compris biologique -, et une tradition de la singularité, messianique. Selon cette tradition, il n’y a pas de raison pour que les révolutions technologiques et cognitives ne continuent pas à évoluer jusqu’à un point dit de singularité, que les singularistes situent en 2035. Au-delà, on ne sait pas ce qui va se passer, c’est le trou noir. On n’est plus là dans un discours scientifique. C’est pourquoi il faut garder un peu de distance avec ceux qui promettent la mort de la mort ou une vie éternelle téléchargée dans un ordinateur ou résumée dans un algorithme.

Les réticences de l’Europe, à la traîne, ne sont-elles pas liées à la tentation eugéniste qui réveille des souvenirs douloureux ?

Non, car le transhumanisme n’a pas de vision mortifère. Il ne cherche pas à éliminer mais à étendre l’espérance de vie et résoudre les problèmes démographiques. On est passé d’un monde à l’autre à l’époque des grands explorateurs. On vit une période comparable. Mais il nous manque aujourd’hui des grands mécènes tels que les Médicis ou Isabelle la Catholique. Les États-Unis les ont avec Bill Gates ou Warren Buffett, mais pas l’Europe. C’est un gros problème. Car dans cette course vers ce nouveau monde, soit nous devenons les populations indigènes, colonisées par les puissants, soit nous sommes en pointe. Mais pour cela, il nous faut non seulement les décisions politiques mais également les capacités financières. En attendant, la Chine travaille d’arrache-pied sur la modification du génome humain à l’aide des technologies de Cripr-Cas9, qui permettent de modifier l’ADN pour un prix modique. Et on comprend bien son objectif : augmenter le QI de sa population.

N’y a-t-il pas un danger à engendrer de faux espoirs pour les malades ? 

Selon moi, le principal danger réside plutôt dans les inégalités à venir. Seule une petite frange de la population ayant accès à ces avancées sera ultrapuissante et les autres seront relégués au rang de sous-catégories. Pour certains, la baisse des coûts de ces technologies finira par les rendre accessibles au plus grand nombre à moyen terme, mais je n’en suis pas convaincu. Par ailleurs, on ne peut exclure qu’un fou furieux sorte de son laboratoire un virus létal. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas laisser libre cours à cette course-là, sinon on risque de perdre des décennies d’avancées technologiques et de rater du même coup l’invention de l’antidote.

Comment fixer des barrières éthiques ?

Je crois qu’on n’arrivera pas à édicter des règles. Les États-Unis avaient interdit les manipulations sur les cellules souches et, en quatre ans, ils sont passés de la première à la huitième place mondiale dans ce domaine. L’auto­régulation est probablement le meilleur système, car un système ouvert est capable de gérer les antidotes de ses dérives. En revanche, il va falloir être très vigilants sur la marchandisation du vivant, qui doit rester un bien public. On a fait un péché originel, en listant parmi les grands défis du millénaire principalement des enjeux environnementaux. On n’a pas vu venir l’enjeu des NBIC (1). Quand on va être capable de modifier l’ADN, dans vingt-cinq ans, ce sera vertigineux. Que fera-t-on face à la tentation de ne pas exposer quelqu’un à une maladie ? On ne peut pas laisser ces questions sans réponses. Un consortium a été créé par les Gafa pour édicter des règles éthiques sur l’intelligence artificielle. Mais c’est catastrophique de confier cette responsabilité à des entreprises privées ! Une des actions fortes du futur président de la République, à mon avis, serait de lancer une instance internationale de coopération sur les technologies de demain. L’objectif n’est pas d’interdire ni de lancer un moratoire, mais de fixer un cadre à ces travaux.

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25 Oct Nos politiques oublient le futur

Sur le front des avancées technologiques, chaque jour apporte son lot de preuves que nous vivons une révolution équivalente à plusieurs Gutenberg simultanés. L’intelligence artificielle se développe à une vitesse exponentielle. Couplée aux biotechnologies, elle promet d’éloigner le spectre de notre propre mort, voire de faire émerger une nouvelle humanité. Des initiatives privées américaines, comme Calico et 23andMe, les filiales biotech de Google, ou celle du couple Zuckerberg, dont le but est d’éliminer toutes les maladies d’ici à la fin du siècle, sont des symptômes de cette fièvre transhumaniste qui embrase la Silicon Valley. La Chine n’est pas en reste : la start-up iCarbonX vise le séquençage ADN de 100 millions de personnes pour révolutionner la médecine préventive…

 

Cette révolution n’en est qu’à ses prémices. Etats-Unis et Chine ont pris une avance considérable dans les technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information, sciences cognitives). L’Europe est à la traîne et, au regard des débats politiques en vue de l’élection présidentielle française, rien n’indique que cela changera. Avez-vous remarqué combien les enjeux relatifs à ces technologies sont absents des discours de nos candidats déclarés ? Le fossé qui sépare, d’un côté, ce silence, et de l’autre, les prises de positions de Barack Obama dans une récente interview à « Wired » est abyssal. Il est urgent que nous, citoyens, alertions nos dirigeants sur ce sujet, qui sera central dans les prochaines années.

Si nous voulons éviter que la France et l’Europe ne deviennent des colonies sous le joug des puissances technologiques américaines et chinoises, il nous faut encourager les politiques qui permettront de faire émerger les Léonard de Vinci ou les François Ier du XXIe siècle ! Enfin, au même titre que ce qu’ont permis de réaliser les COP sur la question du climat, le prochain président français serait bien inspiré d’initier la première série de grandes conférences sur les NBIC rassemblant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, philosophes et citoyens. Objectif : accompagner le plus important défi que l’humanité ait connu depuis son apparition.
Chronique initialement publiée dans les Echos

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13 Sep Quand le réel deviendra un luxe.

 

Depuis la nuit des temps, nous produisons des histoires qui créent notre réalité. Avec la révolution numérique, l’humanité n’a jamais eu autant de puissance de création et de manipulation du réel. Nous fabriquons des machines et des algoritmes capables de simuler notre monde si finement que nous parvenons, aujourd’hui, déjà, à tromper nos cerveaux. C’est le cas, par exemple, d’AppliedVR, cette startup qui propose une thérapie où la réalité virtuelle est une alternative aux calmants et aux anxiolitiques ; ou encore, des travaux du Dr Nicolelis, en Caroline du Nord, qui redonne des sensations et un contrôle partiel de leurs membres à des malades paraplégiques en les plongeant dans des mondes virtuels.

Nous ne sommes qu’au tout début d’une révolution majeure que nous sous-estimons, comme nous avons sous-estimé en 1990 la puissance d’Internet ou celle du smartphone dans les années 2000. Cette année le coût d’accés aux systèmes de réalité virtuelle avancée ont été divisés par deux. Cette diminution devrait nous mener à un prix accessible pour le très large public avant 2020. A court terme, notre réalité va fusioner avec le numérique via la vision et l’audition immersive, puis la kinesthésie grâce à des marqueurs physiques dotés d’une forme et d’un comportement programmables dans des mondes virtuels. Déja, des combinaisons immersives, comme la Teslasuit, permettent de ressentir sur tout le corps les variations de pression et de température.

Demain, ces dispositifs transformeront notre organisation du travail : pourquoi se déplacer pour rejoindre un lieu partagé, quand il peut venir à vous en quelques millisecondes ? Les voyages d’affaires seront remis en question. Les expériences d’achats dans les magasins seront radicalement réinventées. Nous re-dessinerons le marché des transports et même, nous imaginerons de nouvelles formes de relations intimes, comme ce site, AliceX, qui propose des expériences de “petite amie” artificielles et immersives.

Imaginez à quoi ressembleront notre décoration d’intérieur, nos vêtements, ou même nos vacances à l’heure d’une démocratisation massive de la réalité virtuelle : plus nombreux, plus variés, plus personnalisés, et surtout bien moins coûteux. Bien sûr, l’expérience réelle perdurera, mais elle restera une marchandise rare et prisée. Parceque le numérique crée une économie d’apparente gratuité, le réel va devenir un produit de luxe. Et si vous n’y croyez pas, observez la capacité d’addiction qu’ont ces technologies. Regardez errer dans les rues les hordes de chasseurs de Pokemons ! Elon Musk, lors d’une conférence en juin dernier affirmait qu’il était convaincu que nous avions une chance sur un milliard de ne pas vivre dans une simulation. Peut-être voulait-il seulement parler nos vies dans une quinzaine d’années ?

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05 Mai Les défis exponentiels de la présidentielle

Automatisation des transports et modification des infrastructures urbaines, accélération de la marchandisation du partage et dérégulations sociales, robotisation et perturbations du marché de l’emploi, essor des techniques de modification du génome humain à fins réparatrices, voire augmentatives… Entre 2017 et 2022, les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences cognitives) vont poursuivre leur croissance exponentielle et transformer notre société plus radicalement encore qu’au cours des dix dernières années.

Face à ce phénomène, la grande majorité de nos élites, en particulier politiques, affichent trois attitudes : soit le mépris par ignorance, considérant ces sujets anodins face aux urgences de l’emploi et de la sécurité ; soit le fantasme d’une puissance publique capable de résister à cette révolution ; soit enfin la solution ultra-libérale consistant à tout autoriser par principe. Or résister n’a pas de sens face au tsunami qui nous attend, et ne pas choisir, ni agir, c’est accepter de laisser faire n’importe quoi. Alors quelles solutions s’offrent à nous ?

Comment préparer nos villes à la voiture autonome ? Quel programme pour assurer une connectivité sur 100 % du territoire ? Quel contrat social à l’heure de la robotisation de masse ? Quelle politique de recherche et quel cadre légal pour développer une filière génomique de pointe ? Quels projets pour la reconquête spatiale ? Le prochain président aura la responsabilité d’accompagner cette transformation, et d’assurer à la France, ainsi qu’à l’Europe, une place dans le peloton de tête face aux Etats-Unis et à la Chine.

A ce jour, aucun candidat déclaré ou en passe de l’être ne semble avoir pris conscience de ces défis. Par conséquent, nous devrons faire naître dans les prochains mois un indice permettant d’évaluer le programme de chaque présidentiable face à l’enjeu de cette transformation, afin de voter en conscience pour un candidat prêt à agir afin de préparer le pays à ce choc : il ou elle sera le candidat ou la candidate de l’exponentielle !

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16 Fév L’économie du « vrai » partage.

En mai 2011, Ariana Huffington annonçait la vente au groupe AOL de son site d’information participatif, le Huffington Post, pour un montant de plus de 300 millions de dollars. Quelques semaines plus tard, une fronde s’élevait parmi les blogueurs contributeurs du site. Ils revendiquaient un tiers de ces fonds, au titre de la valeur générée par leur travail non rémunéré. Un procès, qui durera quatre ans, les déboutera finalement, sans apporter de réponse à une pratique croissante à l’ère de l’économie participative.

Aujourd’hui, la question reste entière. Lorsque la valorisation d’entreprises comme Google, Facebook, Uber ou Airbnb atteint des milliards de dollars grâce à la capitalisation des données et de l’activité de leurs utilisateurs, il est légitime de s’interroger sur la façon dont ces derniers pourraient être rémunérés au titre de la valeur qu’ils ont permis de créer. Cette idée fait son chemin à mesure que des solutions techniques apparaissent. Parmi celles-ci, les « blockchains », ces bases de données décentralisées d’historiques de transactions, permettent d’assurer de façon exhaustive, transparente, ouverte et sans intermédiaire unique la traçabilité de transactions.

Imaginez, par exemple, que chaque donnée, contenu, recommandation ou avis laissé sur le réseau puisse être conservé et attribué à son auteur. Imaginez que cette « transaction », et la valeur à laquelle elle est attachée, soit comptabilisée et rémunérée. C’est en quelque sorte ce que proposent et mettent en oeuvre les « organisations autonomes décentralisées ». Elles vont même au-delà de la seule rémunération, puisqu’elles attribuent une part de capital et un droit de vote à chaque contributeur. Des organisations se sont bâties sur cette philosophie, à l’instar de La’Zooz, plate-forme de transport partagé.

Le jour où chauffeurs de voiture, propriétaires d’appartement (ou tout un chacun) rejoindront une plate-forme indépendante, décentralisée, ouverte et transparente pour proposer leurs services en utilisant cette logique pour se rémunérer, alors la répartition de la valeur créée sera bien plus équitable et juste. Uber, Airbnb, Facebook, Google et les autres auront du souci à se faire. A bon entendeur…

Cet article est publié dans lesEchos du 16/02/16
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18 Nov Le tourisme en 2030

La France, première destination touristique du monde, doit adapter son offre et ses infrastructures pour bénéficier pleinement de la révolution numérique pour le secteur. D’autant que ce marché est en croissance ininterrompue : il y avait 25 millions de touristes internationaux dans le monde en 1950, environ 1 milliard en 2015, mais 2 milliards sont attendus en 2030 et plus de 4 milliards en 2050. Le coeur de la croissance viendra des pays émergents, Inde, Asie et Afrique en premier lieu.

Plongeons-nous dans ce futur en imaginant le séjour d’une famille indienne en France au début des années 2030, à l’aune des promesses des futurologues. Les vols supersoniques mettront Delhi à quatre heures de Paris. Les robots bagagistes et les voitures autonomes seront devenus la règle. Pour les touristes étrangers, la baie de Somme sera bien préférable à la Côte d’Azur, caniculaire en période estivale. Les vacances seront organisées par un assistant artificiel, sur la base des préférences et aversions de chaque membre du foyer. Le logement sera loué directement auprès d’une famille française – une pratique devenue la norme dans un monde ou Airbnb sera le numéro un mondial de l’hébergement. Pas même besoin de rencontrer les hôtes : un robot-majordome accueillera les visiteurs et planifiera leurs excursions, qui pourront être partagées en direct, via un casque immersif, avec leurs amis restés en Inde.
Evidemment, le futur ne ressemble jamais totalement à ce que l’on a imaginé. Ce début de scénario, s’il reste relativement conservateur au regard des transformations d’usages qui se profilent, pointe aussi un danger réel : dans un monde trop robotisé et automatisé, le tourisme du futur pourrait bien se passer des contacts humains… qui sont pourtant indispensables aux émotions que nous procurent nos voyages. Dans ce domaine comme dans tous, il faudra que la technologie, de plus en plus omniprésente, s’efface sans chercher à remplacer les hommes. C’est encore plus vrai en matière de tourisme : le monde ne sera acceptable et accepté que si nous remettons l’humain au coeur.

Initialement publié dans les Echos.

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08 Sep Deux visions du futur

Prédire l’avenir et décrire le monde dans lequel nous vivrons d’ici vingt à trente ans est un exercice périlleux. Parmi les oracles qui se livrent à cet exercice, figurent de grands optimistes comme Peter Diamandis ou Ray Kurzweil, tous deux fondateurs de la Singularity University. Ils sont convaincus de notre capacité à bâtir une société de l’abondance au cœur de laquelle une humanité de plus en plus gourmande en énergie, eau, nourriture, territoire, viendrait combler ses besoins grâce à la révolution technologique en cours. Pour ces radicaux optimistes, la conquête spatiale, l’intelligence artificielle, la robotique, les nanotechnologies, les biotechnologies, la convergence entre sciences de l’information et sciences cognitives seraient autant de moyens qui permettraient d’éradiquer pauvreté, pollution, maladie, etc.

A l’opposé, certains pessimistes voient notre futur sous un jour beaucoup plus sombre. C’est le cas de Michel Houellebecq dans son dernier ouvrage, « Soumission », ou de Boualem Sansal dans le très brûlant « 2084, la fin du monde ». Dans leurs anticipations romancées, notre société disloquée réagirait à la modernité en donnant naissance à de nouveaux systèmes totalitaires instaurés par le fanatisme religieux.

Ces deux approches – optimisme technologique ou pessimisme politique -, compatibles entre elles, sont deux visions du monde à la racine du probable clivage politique majeur du siècle.
Face aux révolutions techniques, sociales et politiques latentes, il est urgent de créer des temps et des espaces de formation, de débat et d’expérimentation consacrés au sens que l’on veut donner à notre nouveau monde. Intellectuels, hommes de foi, scientifiques, artistes, politiques, citoyens, entreprises, en somme toutes les composantes de nos sociétés devraient y être invités pour remettre l’Homme au cœur de la discussion. Car si la machine s’emballe et si la transition brutale que nous allons vivre accentue davantage les inégalités, l’affrontement entre le positivisme scientiste des uns et le fanatisme destructeur des autres sera inévitable et dévastateur.

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06 Avr Transhumanisme : conversation avec Alain Damasio

Alain Damasio est un auteur de Science Fiction, l’un des plus doué de sa génération, que j’ai rencontré dans le cadre de la préparation de TEDxParis 2014. Il a donné sur la scène du Châtelet un talk mémorable disponible en vidéoÀ l’occasion de l’ouverture de la nouvelle rubrique Futur, baptisée « C’est Demain », du HuffingtonPost, le site nous a proposé, Alain et moi-même, de publier une conversation sur le sujet du transhumanisme. En voici le contenu.

L’évolution des nouvelles technologies, poussant l’homme à intégrer l’existence et l’assistance des robots, des machines à son quotidien, pour améliorer sa qualité de vie pose non seulement une question éthique, mais encore met en opposition l’humanisme et le transhumanisme. Cette coexistence a-t-elle ou doit-elle avoir ses limites? Notre avenir doit-il faut de nous des « très humains » ou des transhumains? 

Michel Lévy-Provençal: Grâce au développement massif des sciences et des technologies, le XXe siècle a été le témoin d’une amélioration conséquente de notre qualité de vie dans la plupart des zones du globe. La mortalité infantile a, par exemple, été divisée par 100 en un siècle et par 30 en un demi siècle. Notre espérance de vie moyenne a été multipliée par 2. La démographie mondiale a doublé pendant ce même temps. Aujourd’hui j’ai 41 ans, au siècle dernier j’aurais probablement déjà succombé à une maladie virale, infectieuse ou lors d’un conflit armé. Le coût de production de nourriture par habitant, a diminué par 10.

Le taux d’alphabétisation est passé de 25% à 80%! Les bonnes nouvelles sont là. Amenées par la science et les technologies. Les trente dernières années ont montré qu’en particulier les sciences de l’information ont accéléré la cadence. Au point qu’aujourd’hui des pionniers, dotés de larges moyens, comme Elon Musk, Bill Gates, Richard Branson, Larry Page, Sergei Brin ou Mark Zukerberg investissent dans des projets technologiques dont l’objectif est de permettre à l’humanité des avancées radicales dans les 10 à 15 prochaines années. Ils travaillent à connecter deux milliards de nouveaux internautes et leur permettre d’accéder à l’éducation, en l’occurrence aux meilleures universités en ligne et à une nouvelle économie.

Parce que notre planète est baignée d’un rayonnement solaire capable, en seulement 90 mn, de générer l’énergie nécessaire à toute l’humanité pendant un an, ils élaborent de nouveaux procédés d’extraction et de stockage d’énergie propre, solution qui permettrait à moyen terme de transformer nos économies de la ressource rare en une économie de l’abondance. Dans le domaine de la santé, ils développent des outils d’autodiagnostics à base de biotechnologies et d’intelligence artificielle permettant d’analyser et bientôt soigner plus facilement et à moindre coût. Dans les quinze prochaines années, la vie des plus pauvres devrait être améliorée plus vite qu’à n’importe quel moment dans l’Histoire de l’humanité.

Alain, je sais tes réticences à l’égard du tout technologique, en particulier à l’époque où, comme le dit Marc Adreesen, « The software is eating the world ». Je connais tes mise-en-garde à propos de l’évolution radicale des technologies de l’information, notamment quand celles-ci touchent au vivant. Mais, ne penses-tu pas que l’Homme embrassera cette nouvelle révolution avec enthousiasme car elle promet ce qu’aucun ne pourra refuser pour soi ou pour ses enfants: repousser les limites de notre propre mort?

Alain Damasio: Ton optimiste technologique fait du bien, en ces temps un peu crépusculaires où l’on a du mal à se projeter positivement vers l’avenir. C’est même à mon sens l’un des combats majeurs à mener, pour des écrivains de science-fiction comme moi, et pour les citoyens actifs et militants que ces enjeux touchent, que de proposer un futur qui renoue avec l’horizon du désirable, un futur qui fasse envie. Merci pour ça et pour rappeler quelques avancées culturelles magnifiques.

Simplement, j’ai le sentiment que ce futur technophile qu’on nous fait fantasmer, que GAFA (moi j’écris ça « Gaffe à! ») et les transhumanistes nous vendent -et avec lequel on formate doucement nos imaginaires, il est trop intimement noyauté par des logiques capitalistes pour être crédible.

Les Transhumanistes sont d’assez bons rhéteurs, qui tentent de masquer les sauts anthropotechniques qu’ils préparent dans un discours de la simple continuité. Vous portez des lunettes? Vous êtes déjà un transhumain! Rien de neuf! Nous ne faisons que porter l’évolution naturelle de l’homme vers une hybridation techno de plus en plus fine!

La vérité est qu’il y a des ruptures qualitatives très nettes. Elles touchent à l’eugénisme, au choix si toxique du sexe de son enfant (pensons aux impacts en Chine et en Inde où vivent 40% des terriens), au corps-à-corps avec le monde, au refus rationaliste du hasard précieux, à la liberté du vivant, à ce qui fait de nous des hommes : la fragilité, clé de la sensibilité et de l’empathie à autrui, la vulnérabilité, le vieillissement vécu qui nous change, qui nous mûrit, qui nous grandit. Le fait de ne pas tout contrôler, qui nous rend vif et nous met en mouvement, en authentique et intime mouvement.

La question que je me pose est: la technologie actuelle continue à nous hominiser, certes, elle l’a toujours fait, c’est notre grandeur même -mais contribue t-elle à nous humaniser? Les surpouvoirs qu’on recherche, et que le transhumanisme veut pousser à l’extrême, ne se paient-ils pas d’une dégradation de notre puissance de vivre et d’agir directement, sans délégation aucune, par nous-mêmes? Est-ce que ce qui est en jeu dans cette lutte qui s’annonce entre le très-humain et le transhumain, ce ne serait pas notre capacité d’autonomie et d’émancipation? L’augmentation de pouvoir (le « faire faire ») n’est qu’un gimmick (« mon frigo me signale que le lait est périmé »: WTF?), si notre puissance intérieure (le « faire ») décline en proportion inverse.

Il n’y a qu’une société sécuritaire et computative comme la nôtre qui peut considérer comme un absolu que la durée de vie vaut davantage que sa qualité!

Le transhumanisme est une solution hâtive et inégalitaire pour des problèmes que notre émancipation propre doit affronter. C’est vouloir le pouvoir, trivialement, quand il faut rechercher la puissance. Cette puissance que des technologies douces comme l’éducation, la formation, la culture peuvent nous faire atteindre beaucoup plus profondément -et avec un bonheur infiniment plus ample.

Michel Lévy-Provençal: Je suis convaincu par ton argument consistant à opposer puissance et pouvoir. En nous promettant pouvoir, les technologies aujourd’hui réduisent notre puissance. Cet argument me parle comme une grande partie de ma génération et celles qui ont suivi (les Y et Z). Je t’invite à ce sujet à lire le dernier livre de Guy Birenbaum, « vous m’avez manqué » que je referme et qui raconte sa descente dans les enfers de la dépression accélérée par le Web et les réseaux sociaux. Mais malheureusement ton argument ne passe pas le crash test de la réalité banale et quotidienne. Je ne connais personne capable de cette distance face à la peur de la mort. Qui, face à sa maladie ou celle de ses proches, acceptera une vie « finie » mais « intense et riche ». Je ne suis pas sûr que Rimbaud ou Van Gogh aurait accepté de mourir s’ils avaient eu le choix ? Le but de toute vie n’est-il pas de croitre et de se perpétuer ? Nous acceptons, comme le dit de façon provocatrice Laurent Alexandre, de devenir des Cyborgs, quand nous sommes prêts à implanter des cœurs artificiels Carmat, pour éviter de mourir.

Alain Damasio: Précisément: la vie veut croître et se perpétuer, c’est-à-dire créer, elle ne veut pas forcément durer. Nietzsche voyait même dans cette pulsion de conservation un symptôme de décadence. Tu postules, comme L. Alexandre, un automatisme culturel visant l’allongement à tout prix de l’existence, que je veux justement questionner. Qui veut durer? Ce sont essentiellement les hommes de pouvoir. Veut-on d’un monde où l’on supportera la névrose Sarkozy 300 ans? Veut-on voir Poutine envahir la Pologne en 2092 parce que les médecins transhumanistes l’auront maintenu 140 ans? Qui bénéficiera de la biogénétique? Les dictateurs, les fous de pouvoir, les milliardaires tordus, les maniaques de l’ego: les Kim Jong Il, les Zuckerberg, les Netanyahu, etc!

Michel Lévy-Provençal: Une nouvelle révolution copernicienne est en cours. Avant de devenir les Homo Sapiens que nous sommes, nous avons évolué en près de 25 espèces différentes et il n’y a aucune raison que cela ne s’arrête aujourd’hui. Quelle arrogance que de croire notre espèce si parfaite, qu’elle s’est arrêtée d’évoluer aujourd’hui? Nous sommes entrés depuis des millénaires, dans une nouvelle ère géologique: l’Anthropocène. Comme tu le dis très bien, je m’interroge sur le fait que l’Homme est aussi en train de changer d’espèce et que le XXIe siècle soit le moment précis de la bascule.

Progressivement les biotechnologies, les nanotechnologies, les technologies basées sur les sciences de l’information et les sciences cognitives vont « réparer » puis « augmenter » les défaillances du vivant. La pression sociale sera trop forte pour résister à l’avènement de ces pratiques, parce que la peur de la mort est indépassable, en vrai et au quotidien, pour la plupart d’entre nous. Il est donc probable que dans le siècle, nous aboutissions, de proche en proche, de cycles courts en cycles courts, à la création d’êtres hybrides qui pourront héberger notre mémoire, notre psyché et prolongeront nos « vies » si précieuses à nos yeux.

Cette perspective est fascinante et effrayante à la fois: la possibilité d’une vie éternelle. Dans cette hypothèse, la seule façon qui nous sera donnée de mourir sera le suicide. La grande révolution du siècle pourrait être celle du choix face à notre propre mort. Le suicide serait alors l’aboutissement d’une maladie que l’on connait déjà et qui, on le voit dans nos sociétés les plus riches et les plus avancées technologiquement, se développe massivement: la dépression. Ainsi l’épidémie de la fin du XXIe ne sera plus le Cancer, mais la dépression. Une maladie de l’âme, une absence de goût pour la vie, une perte de désir, car le désir est au coeur de notre affaire… Sans mort, difficile d’imaginer le désir. Puissance, désir, voilà ce que les Transhumains attaquent, probablement sans le savoir. Ils oublient que le désir porte la mort en son sein. L’humanité avance tranquillement vers un Transhumanisme de confort par peur de la mort.

Mais le couple Eros et Thanatos est un modèle de Psyché conçu à l’heure où la mort n’était pas dépassable. Peut-être que sur ce point, une nouvelle révolution copernicienne sera aussi nécessaire? Je parle de la réinvention même de notre propre Psyché, par les artistes, les philosophes, les scientifiques,… les Freud et Lacan du prochain siècle. Ne serait-elle pas la seule issue possible à cette épidémie de dépression que le XXIème siècle nous prépare?

Alain Damasio: Ta question est très belle et touche au lien entre le désir, la mort et les conforteresses qu’on s’aménage. La Dépression pousse bien sûr l’épaisseur des moquettes. Je vais te donner ma vision: il me semble que pendant des millénaires, l’être humain s’est construit par son affrontement à ce qui n’était pas lui, et le menaçait -l’altérité: les animaux sauvages, les maladies, le froid, les éléments, la famine, l’absence de ressources… Et la technique a été cette réponse prodigieuse pour hominiser le monde, le rendre habitable pour nous, quitte à détruire l’écosystème à notre profit.

La technologie nous a permis d’inventer ce que survivre pouvait être. Aujourd’hui, depuis disons 50 ans, nous avons à inventer, en pays développé, ce que vivre peut être.

Vivre sans le risque quotidien de mourir. Vivre sans cet aiguillon irremplaçable de la survie. Habiter un monde trop-humain, abrité dans nos technococons, saturé de protections, obnubilé par la sécurité, emmailloté dans des couches toujours plus denses et rassurantes d’écrans, de réseaux et de fusion communicante.

Tu as raison de souligner que la grande affaire humaine reste le désir. Une société de traces et de datas qui consacre la majorité de ses forces à se protéger, à chercher tous les moyens de ne pas vieillir, qui utilise la technologie essentiellement pour contrôler son environnement personnel (son rapport au monde, aux autres, ses amitiés, ses amours, sa sphère professionnelle, ses déplacements), que dit-elle d’elle?

La techno est notre miroir. Dedans, je ne vois pas l’homme ou la femme de la Renaissance Digitale que tu annonces, dont tu rêves, comme j’en rêve aussi. Je vois d’abord des corps dévitalisés qui tentent de s’orienter dans un monde de plus en plus liquide, insaisissble, molécularisé, compétitif, où ils ne sont que des particules, où la réactivité est reine, où le collectif qui nous aménageait un rôle est devenu le connectif du chacun-pour-tous et du quant-à-soi.

Ma technovigilance vient de là : de cette intuition que l’euphorie technophile, un peu forcée, qui nous accompagne et cherche parfois à nous faire rêver, masque mal une dévitalisation dangereuse. Un autre futur est possible. Qui passera par la techno certes, mais tout autant par une réinvention du vivre-ensemble, des liens directs, d’un écosystème humain et naturel bienveillant. Très-humain plutôt que transhumain, encore une fois.

La société de l’information est un miracle fabuleux. Internet nous a offert le monde, nous a ouvert aux savoirs immenses, à des cultures longtemps inabordables. La médecine nous sauve de plus en plus souvent de l’absurdité des morts subites. Oui!

Mais notre rapport aux technologies invasives est à travailler, à épurer, à déconstruire et à reconstruire -pour soi, avec les autres, en communauté, à l’échelle de la nation comme du monde. Tout s’articule.

Personnellement, je crois à un nouvel épicurisme technologique. À une façon de s’approprier comme de congédier les outils technologiques qu’on nous produit -à les utiliser avec la plus belle des sobriétés. Redonner place à l’humain, chaque fois que possible. Ne pas avoir peur d’être vulnérable et fragile. C’est ainsi qu’on se découvre vivant. N’utiliser que les technos indispensables, fertiles, qui nous ouvrent le monde, nous exposent, plutôt que de nous refermer dans la sécurité paresseuse des outils. Qui accroissent notre puissance de vivre, de créer, d’écouter et de transmettre plutôt que d’augmenter notre pouvoir, trivialement, en diminuant nos facultés sensibles et cognitives.

Tout un art de vivre est en train d’émerger, qui fera des réseaux un vrai support de liberté plutôt qu’une toile de plus en plus gluante où chacun de nous devient un puceron producteur de données pour des araignées de plus en plus avide de nos sangs numériques. Google n’est pas l’avenir de l’homme. Ni Amazon celui de la culture. Ni Facebook celui de nos socialités.

À nous de reprendre la main sur notre anthropoïèse. Les initiatives, locales, dispersées, résistantes, existent -on les médiatise mal, on les totalise difficilement comme tout ce qui est profondément en vie.

C’est l’Open source, généreux, partageur, joyeux. Ce sont les Creative Commons, qui offrent les textes sans les privatiser. C’est l’économie collaborative, le retour du gratuit, que les réseaux peuvent bien mieux qu’avant faire fleurir, essaimer, sporuler. C’est le financement contributif, qui fait naître des projets autrefois barrés. C’est la renaissance du Commun, du do-it-yourself, de la fabrication réppropriée de nos objets quotidiens. C’est la presse libre, autofinancée, frondeuse. Ce sont les webradios qui percent nos oreilles de façon inouïe. C’est tout ce qui viendra et auquel il faudra prêter une attention prodigue, sous les tirs nourris et fumeux d’une Gouvernance Algorithmique qui voudra se présenter comme seul avenir enviable! Debout les geeks!

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22 Mar Vie éternelle, colonies martiennes et nouvel ordre mondial, de retour de la conférence TED 2015

Le 31eme opus de la conférence TED vient de s’achever sous une pluie généreuse dans la froide et belle cité portuaire de Vancouver. La brume baigne le palais des festivals abandonné par les deux mille âmes venues sentir battre, pendant une semaine, le pouls du monde qui vient. Et voilà l’heure du bilan après une semaine d’intenses réflexions. 

TED 2015 a démarré cette année en évoquant le nouvel ordre mondial. Kevin Rudd, ancien premier ministre australien, a prononcé un discours captivant sur le risque de confrontation à brève échéance entre les USA… et la Chine ! David Rothkopf spécialiste des affaires internationales l’a suivi en soulignant l’échec de la politique internationale des Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Il a notamment insisté sur la nécessité absolue de repenser les fondations de cette politique. La Chine devrait vivre, dans un futur proche, des bouleversements économiques et sociaux sans précédents. Elle reste l’usine du monde mais pour un temps qui est désormais compté. Rick Smith a rappelé à quel point les technologies d’impression 3D auront un impact sur les processus de fabrication industriel. L’impression 3D est d’ores et déjà utilisée à 30% pour la fabrication d’objets manufacturés. Mais cette révolution ne fait que commencer et cela va tout changer : l’accessibilité des produits, leur coût, la question de la propriété intellectuelle, l’équilibre économique mondial, l’impact environnemental… À ce sujet, Joseph Desimone, CEO de Carbon3D, a montré une démonstration frappante illustrant la croissance exponentielle des technologies dans le domaine. On imprime aujourd’hui cent fois plus rapidement, cent fois plus précisément qu’il y a un an seulement grâce à la « photo-polymérisation ». L’intervention de Joseph Desimone est la première de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

En matière de conquête spatiale, la perspective d’une expédition humaine sur Mars à moyen terme n’est plus discutable. En revanche, une colonisation par des dizaines de milliers d’humains l’est déjà plus. Et pourtant, c’est la conviction de Stephen Petranek, journaliste et éditeur en chef du Breaktrough Technology Report, qui a prédit non seulement la vie sur Mars à horizon dix ans mais,  plus encore, l’établissement d’une base humaine de 80 000 individus sur la planète rouge dans le courant du siècle !

Joseph Petranek

Stephen Petranek : “Five hundred years ago, Christopher Columbus sailed across a vast ocean and opened a new chapter in human history, for better or worse… I believe we are on the verge of a much greater age of discovery. We’re going to become a two-planet species.”

Vivre sur Mars ne sera ni un luxe ni une lubie de technoscientiste en mal de sensation. Ce sera une nécessité démographique. Nous devrions vivre de plus en plus longtemps et cela ne sera pas sans impact évidemment sur la démographie mondiale. La question de l’allongement radical de l’espérance de vie et la disparition de la mort à longue échéance sont des sujets fascinants que TED a désormais pris l’habitude de traiter sur sa scène. Cette année encore, la question a été abordée en filigrane lors d’une interview remarquable de la transhumaniste Martine Rothblatt. Transexuelle, pionnière de la « digitalisation de l’esprit humain », elle est mariée depuis plus de trente ans à une femme dont elle a créé un double robotisé. Le désir porte la mort en son sein. Comment aimerons-nous, désirerons-nous quand la perspective de notre mort aura disparue ? Martine nous a interrogé sur des questions fondamentales à venir comme nos droits à l’ère de la vie artificielle…

Bina Aspen & Martine Rothblatt

Bina Aspen & Martine Rothblatt : “We want to be cryogenically frozen and we want to wake up together”
Vie artificielle, transhumanisme, robotique, ces sujets nous rappellent que ce qui fait notre profonde humanité sera largement mis à mal par les avancées technologiques qui arrivent. Aujourd’hui déjà le numérique bouscule nos identités. Le respect de notre intimité par exemple disparaît pas à pas. À ce sujet, l’une des interventions la plus surprenante et émouvante fut celle de Monica Lewinsky qui est venu raconter, pour la première fois, à la première personne, l’histoire qui a changé sa vie et qui a annoncé le début d’une nouvelle ère. Monica Lewinsky est devenue, à 24 ans seulement, la première cible d’une « culture de l’humiliation », culture désormais familière dont les médias en ligne tirent aujourd’hui un profit scandaleux. Partisane d’un usage plus sûr et respectueux des médias sociaux elle nous a incité à repenser notre rapport à l’autre à l’époque de la transparence totale. L’intervention de Monica Lewinsky est la seconde de la semaine à avoir été publiée par TED. Je vous invite à la découvrir.

Si je ne devais retenir qu’une seule prise de parole cette semaine, je choisirais probablement celle de Gary Haugen, fondateur de l’International Justice Mission. A l’heure où les inégalités croissent à mesure que la technologie avance et qu’une poignée de plus en plus restreinte de privilégiés possède les clés de notre futur, l’avertissement de Gary Haugen est crucial. Il nous a rappelé que la mère de toutes les injustices est notre négligence naïve à l’égard de l’épidémie mondiale de violence envers les plus pauvres. Très logiquement (la pyramide de Maslow le démontre parfaitement) le besoin le plus fondamental de tout humain est la sécurité et la nécessité de rester à l’abri de tout danger mettant en péril notre intégrité physique. En partant de ce constat et après des années de travail sur le terrain notamment au Rwanda, il a signalé l’effet catastrophique de la violence quotidienne sur la vie des plus pauvres et montre comment cette violence rampante mine les politiques mondiales de lutte contre la pauvreté.

Gary

Gary Haugen : “Poor women and girls between 15 and 44 are victims of everyday domestic abuse and sexual violence that account for more death and disability than malaria, car accidents and war combined.”

En conclusion, après 6 ans de participation assidue à toutes les conférences TED, je pense sincèrement que j’ai assisté cette année à l’une des meilleures éditions. Pourtant, l’absence remarquée d’un sujet m’a un peu déçu. En effet, pas de place à la question de la liberté d’expression cette année. Et les réactions aux événements majeurs de ce début d’année à Paris et à Copenhague étaient absents de la scène. Pourtant, cette semaine encore, la Tunisie et le Yemen ont été frappés par le même obscurantisme et la même haine. La croissance inquiétante de l’islamisme radical, le développement massif et diffus du terrorisme islamiste et à la croissance fulgurante de Daech sont, me semble-t-il, un des sujets majeurs du moment. D’autant que cette idéologie et ses adeptes attaquent les fondements même de la société promise par les avancées sociétales et technologiques louées par TED chaque année.

Mais rien.

Rien sur Charlie Hebdo par exemple. Un rescapé, Luz ou Pelloux aurait peut-être eu sa place sur la scène cette année ? Peut-être pour rappeler l’importance du droit au blasphème ? Nous connaissons la frilosité des médias américains à l’égard de cette question comme l’ont prouvées de nombreuses télés américaines qui ont censuré les caricatures sur leurs antennes en janvier dernier.

Je pensais que TED résisterait à cette « neutralité bien-pensante ». Me serais-je trompé ?

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17 Mar TED 2015 : il est temps de se poser les bonnes questions !

Nous vivons une époque formidable. Pour la première fois de notre histoire nous nous préparons à conquérir de nouvelles planètes au moment même où nous perdons probablement la nôtre.

TED 2015 a démarré aujourd’hui à Vancouver. Et la programmation cette année fait la part belle à l’innovation technologique, aux NBIC et à la nouvelle Renaissance qui se dessine. Dans le sillage de la Singularity University, TED aborde cette année les sujets controversés de l’intelligence artificielle de la nouvelle conquête spatiale, des avancées en matière d’impression 3D, de biotechnologie et de nanotechnologie.

A la différence de beaucoup d’acteurs de la Silicon Valley, TED a eu l’intelligence particulière d’aborder ces sujets au travers du prisme de la philosophie, de l’éthique et du sens que l’humanité va tirer de ces avancées scientifiques remarquables.

La force de TED, impulsée par la volonté de son directeur, Chris Anderson, a toujours été de créer le lien entre rationnel et émotionnel, entre la technologie et la philosophie entre le cœur et l’esprit. Encore une fois, il nous donne un peu d’avance sur ces sujets par rapport aux medias et aux conférences concurrentes. Evidemment nous n’aurons pas toutes les réponses, mais au moins nous nous poserons les bonnes questions. A suivre…

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