Michel LÉVY-PROVENÇAL | Singularity
Michel LÉVY-PROVENÇAL | Singularity
Bienvenu sur le site de Michel LEVY-PROVENCAL. Entrepreneur, fondateur de TEDxParis, l'agence éditoriale BRIGHTNESS, le do-tank L'ECHAPPEE VOLEE, l'agence objets connectés Joshfire, le site d'info Rue89, dénicheur de talents et provocateur de changements.
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Singularity

15 Mar Ne sous-estimons pas le facteur humain

Serions-nous prêts à confier nos vies à des véhicules autonomes si un doute subsistait quant à leur infaillibilité ? Probablement pas… Pourtant, l’erreur est bien souvent humaine… Une tribune de Michel Lévy-Provençal.
Que faisiez-vous le 25 juillet 2000 vers 17h00 ? Pour ma part, je me rappelle parfaitement de cet instant. J’étais au sous-sol du centre d’affaire Regus de l’avenue Kleber à Paris. A l’époque j’étais dans les bureaux de la startup que j’avais rejoint : la première place de marché française de cotation alternative à Euronext. Je me remémore parfaitement de cette date, et de cet instant, car les télévisions qui entouraient nos bureaux ont brusquement interrompu leur programme pour annoncer le crash du Concorde sur un hôtel de Gonesse. La catastrophe avait fait 113 morts…

Cet accident tragique a été un coup fatal pour le Concorde. Lancé en 1976, le premier avion commercial supersonique aura volé 27 ans, pour ensuite être retiré du marché en 2003. Certes, son exploitation était déficitaire car trop coûteuse en maintenance et en énergie, mais il est clair que l’impact psychologique de l’accident sur le marché a été catastrophique puisqu’entre 2000 et 2003 le carnet de commande s’est brusquement tari !

Depuis quelques années, plusieurs projets privés issus de la Silicon Valley semblent vivre l’aventure qu’a connu le Concorde à la fin des années 70. Regardez SpaceX qui avance une révolution dans le domaine spatial et promet un vol habité sur Mars au cours de la prochaine décennie et un tour de Lune dans une capsule autonome pour deux touristes l’an prochain ! Regardez encore les annonces stupéfiantes de TESLA qui chaque semestre confirme la démocratisation imminente des véhicules autonomes partout, sur nos autoroutes, routes, avenues, boulevards et rues de nos cités !

Ce tsunami d’annonces n’est pas sans danger pour ces projets. En effet, que se passerait-il si par malheur, le vol autonome habité vers la Lune subissait un accident et se soldait par la mort des touristes spatiaux ? Que se passerait-il si demain, plusieurs familles trouvaient la mort dans des voitures autonomes ? Evidemment, toutes les études prouvent que des vols ou des trajets effectués par des intelligences artificielles sont, ou seront, bien plus sûrs que ceux effectués par un humain. Evidemment, on sait depuis des décennies que la grande majorité des crashs d’avions ont pour cause des erreurs humaines. Pourtant l’idée que notre vie soit entre les mains d’une machine ou d’un algorithme nous effraie bien plus que si elle était entre celles d’un humain. En effet, rouleriez-vous dans une voiture autonome ou voleriez-vous dans un avion dont vous n’avez pas l’assurance à 100% de ne pas subir de défaillance ? Probablement pas. Pourtant il vous arrive très souvent de prendre un risque bien plus important quand un humain est aux commandes…
Ce phénomène, à savoir « le facteur humain », est le frein le plus important à la démocratisation de l’usage de l’intelligence artificielle dans la prochaine décennie.

Les ardeurs démiurgiques d’Elon Musk et de ses pairs ne feront qu’aggraver la situation. Ces Christophe Colomb des temps modernes font abstraction de cette donnée sous prétexte qu’elle n’est pas rationnelle ! Ils l’ignorent en espérant qu’elle se résume à un problème technologique alors qu’elle est avant tout un défi psychologique. Comment expliquer cette tache aveugle ? La plupart de ces révolutionnaires, que l’on soupçonne de plus en plus atteints du syndrome d’Asperger, sont dotés de capacités intellectuelles supérieures mais ont de réelles difficultés à appréhender les processus spécifiquement humains : relations interpersonnelles, émotions et comportement non rationnels.

En sous-estimant le facteur humain et en donnant trop d’importance au QI, la Silicon Valley préparerait-elle sans le savoir une révolte qui pourrait annihiler des années d’évolution scientifiques et d’avancées technologiques ?

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06 Mar Présidentielles : le temps de la disruption

A quoi reconnaît-on les « disrupteurs » ?

Les disrupteurs restent longtemps sous le radar. Dans une période de forte volatilité ils grandissent subitement de manière exponentielle pour apparaître soudainement, comme venus de nulle part, en raflant la mise et en mettant en péril les acteurs les plus puissants et installés du secteur.

Ils remettent en question les méthodes traditionnelles. Ils désintermédient et contournent les structures et intermédiaires traditionnels. En créant des plateformes, ils mettent en relations directement entre elles les parties prenantes (clients et fournisseurs, fournisseurs et fournisseurs, clients et clients).

Ils construisent des écosystèmes ouverts de partenaires, où même des concurrents se croisent parfois pour coopérer… Ils s’incarnent dans une marque portant une mission claire auxquelles les parties prenantes adhérent et trouvent leur intérêt.

Ils tentent de limiter les effets du système immunitaire de l’ancienne organisation. C’est pour cela qu’ils restent le plus longtemps possible indépendants, autonomes, loin des circuits traditionnels et grandissent de manière frugale, par leurs propres moyens. Jusqu’au moment où ils deviennent assez puissants pour renverser les règles du jeu.

Ils sont centrés sur “leurs utilisateurs”, pas sur eux-mêmes. Ils évoluent de manière agile en étudiant finement les attentes de leurs cibles afin de s’adapter au mieux.

Ils n’ont pas peur de l’échec, et n’ont pas grand-chose à perdre. Ils prennent des risques qu’une structure traditionnelle ne peut pas prendre.

Enfin, ils n’hésitent pas à tuer les vaches sacrées, les piliers sur lesquels reposent l’ancien système.

Jacques Juliard évoque dans le Figaro “l’heure du centre” et s’interroge sur l’arrivée probable des centristes au pouvoir. Il explique ce phénomène par l’apparition soudaine d’une configuration résultante des primaires, qui a pour effet de radicaliser droites et gauches et de laisser un boulevard au centre à Emmanuel Macron dont la victoire est désormais possible.

Certes.

Mais cette analyse masque un phénomène plus profond : les grands partis politiques, tels les grands groupes, sont mis à mal par des acteurs qui essaient de les disrupter de l’intérieur comme de l’extérieur. Dans un environnement à volatilité extrême comme celui dans lequel nous sommes entrés, les acteurs traditionnels ont peu de choix devant eux : tenter de résister et mourir, s’adapter en rejoignant le mouvement pour survivre, tenter de faire semblant en adopter les postures du changement ou basculer et jouer à fond le jeu de la transformation.

Si vous passez en revue les différentes stratégies des candidats en course depuis six mois, au regard de ce qu’est une organisation qui disrupte, vous vous rendrez compte que certains se griment en startups de la politique en adoptant les postures sans changer leur logiciel, d’autres voient en leur sein émerger des “intrapreneurs” osant remettre en question les féodalités et l’ordre établis sans véritablement y parvenir car ils sont neutralisés par le système immunitaire qui les entoure, d’autres enfin adoptent la posture des “pure-players” venus de nulle part, prennent tous les risques, pour tenter d’imposer un nouveau modèle.

Je ne vous ferais pas l’affront de remplir les cases en revanche je vous laisse aisément imaginer ceux qui incarneront les Yahoo, Kodak et Uber de cette élection avec les bénéfices et les méfaits qui en découlent…

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27 Fév L’Homme au 21e siècle, en 2 prophéties, 4 étapes et une évidence

Aucun, des transhumanistes et des bio-conservateurs, n’accepte l’Homme tel qu’il est : les premiers parce qu’il est limité et les seconds parce qu’il succombe à l’extension de sa puissance…

À l’aube du nouveau millénaire, comme aux premières années de l’an mil, les Hommes s’enivrent de prophéties. Or depuis une dizaine d’années, nous en voyons émerger pléthores. Parmi les plus répandues, il y en a deux sur lesquelles je vous propose de nous attarder.

La première, bio-conservatrice, décliniste, dystopique, est construite sur le constat de trois crises simultanées : le dérèglement climatique, l’emballement régulier des mécanismes de régulation économique et financiers et plus généralement l’incapacité pour l’Homme de maîtriser la complexité croissante des systèmes qu’il a créés. Ce tsunami, superposition de trois vagues sous-jacentes, nous mènerait d’ici quelques années, comme le dit Paul Jorion dans ses écrits, à une chute mortelle comparable à celle des troupeaux de lemmings qui se jettent du haut de leur falaise !

La seconde prophétie, transhumaniste, à l’inverse, promet vie éternelle et abondance aux Hommes du 21e siècle ! Elle invite à embrasser les avancées exponentielles de la technologie et à accepter avec sérénité l’évolution choisie d’une humanité 1.0 terrestre faite de chair et de sang vers une humanité 2.0 universelle faite de silicium et de photons…

Cette deuxième prophétie prend racine dans les fantasmes de la Silicon Valley. Parmi ses prophètes on retrouve le sémillant Peter Diamandis, auteur des best sellers Bold et Abundance. Dans une tribune, il décrivait comment l’Homme pourrait, en quatre étapes et trente ans seulement, connaitre une évolution comparable à celle des… 3,5 milliards dernières années !

En effet, comme le rappelle Diamandis, il y a 3,5 milliards d’années nous n’étions que des organismes monocellulaires, des sacs de cytoplasmes dans lesquels flottaient de l’ADN. 2 milliards d’années plus tard ces organismes monocellulaires se dotaient d’une technologie capable de manipuler énergie (mitochondries) et information (chromosomes). Il y a 1,5 milliard d’années nous commencions à devenir des organismes multicellulaires capables de coopérer et de constituer des êtres vivants complexes. Il y a 400 millions d’années, des animaux amphibies quittaient leur habitat (les océans) pour peupler les terres et démarrer un nouveau cycle d’évolution.

Peter Diamandis voit dans cette évolution en quatre étapes, une similitude avec ce que nous vivrons dans les trente prochaines années, 100 million de fois plus rapidement ! Première étape, les humains actuels seraient comparables aux premières formes de vies monocellulaires. Seconde étape, en intégrant de nouvelles technologies, nous deviendrions largement plus efficaces pour traiter information et énergie. Troisième étape, nous devrions commencer à nous interconnecter massivement grâce aux biotechnologies et à l’intelligence artificielle comme ont pu le faire les premières formes de vie multicellulaires il y a 1,5 milliards d’années. Quatrième étape, nous pourrions sortir de notre environnement naturel et devenir une espèce colonisant d’autres planètes comme l’ont fait à leur échelle les premiers amphibiens qui ont peuplés les rivages il y a 400 millions d’années.

Transhumanistes et bio-conservateurs sont opposés dans leur façon d’appréhender le futur de l’humanité. Les premiers osent réaliser le rêve démiurgique de l’Homme. Les seconds ne supportent pas que l’Homme puisse céder à ses fantasmes les plus secrets, dépasser ses limites, celles de son environnement et de ses propriétés organiques… de peur qu’il ne périsse. Finalement ces deux prophéties ne disent qu’une chose, évidente : le 21e siècle devrait voir disparaître l’Homme tel que nous le connaissons…
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21 Fév De l’I.A. et de la bêtise humaine

Chaque jour, nous découvrons les avancées stupéfiantes des équipes de Google ou d’IBM en matière d’intelligence artificielle. La dernière en date concerne “l’apprentissage par transfert“, autrement dit la capacité pour une intelligence artificielle d’acquérir un savoir-faire sur un tâche donnée grâce aux connaissances d’une autre intelligence acquise dans un contexte différent…

De plus en plus de voix s’élèvent pour nous avertir des dangers majeurs de l’émergence d’une super intelligence artificielle qui serait amenée à nous asservir. Il demeure que d’ici là, le risque le plus probable est de voir notre société totalement révolutionnée par la mise en concurrence avec des robots moins évolués qu’on ne le pense. Nos classes moyennes devraient s’adapter ou en sortiraient ruinées. Pour accompagner le phénomène, même Bill Gates et Elon Musk militent pour l’instauration d’un revenu universel.
Bill Gates va même plus loin en prônant une taxation des robots ! Benoit Hamon serait-il le plus éclairé des candidats à l’Elysée ?! Sans aucun doute, l’Homme poursuit son fantasme démiurgique de recréer l’esprit et le corps qui le composent et fait preuve ces temps-ci d’une efficacité encore jamais égalée.
Désormais, les biotechnologies et les outils de manipulation du génome ouvrent des perspectives encore inimaginables il y a quelques années. Une nouvelle ère s’ouvre et nous permet d’envisager la création de nouvelles formes de vies. Elle promet la capacité de reproduire tout ou partie des êtres vivants en en modifiant parfois certaines propriétés pour les doter de nouvelles capacités.
Plus proche de nous, saviez-vous que depuis 2013, le coût de synthèse de protéines animales (viande rouge ou blanche) a été divisé par 30 000 ! Aujourd’hui un steak de bœuf artificiel coûte encore 3 à 4 fois le prix d’un steak naturel, mais cette anomalie ne devrait plus durer bien longtemps. D’ici 2020, il nous coûtera probablement moins cher de nous nourrir de viande artificielle que d’abattre des animaux.
Paradoxalement, ceux qui en tireront le plus grand bénéfice seront d’abord les bêtes. Elles n’auront plus besoin de souffrir et mourir afin de nous nourrir. Et évidemment, c’est tant mieux pour elles. Mais vous rendez-vous compte tout de même, boutade mise à part, que nous nous préparons à vivre ruinés et asservis en nous nourrissant de bêtes que nous respecterons plus que nos semblables ?
Le grand Einstein, a qui nous devons le 21eme siècle, nous prévenait déjà : “Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue.”

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17 Nov Le transhumanisme doit être un humanisme !

Par CAROLINE DE MALET

 

LE FIGARO. – Le transhumanisme est-il né dans la Silicon Valley ?

Michel LÉVY-PROVENÇAL. – En fait, c’est une idéologie antérieure à l’émergence des start-up de la Silicon Valley. L’un des premiers penseurs transhumanistes est Max More, qui a écrit un manifeste définissant l’idée de l’augmentation progressive des capacités du corps humain en 1990. Le transhumanisme est perçu au départ comme une philosophie de l’émancipation : il part du principe que grâce aux technologies, on va pouvoir étendre le champ d’émancipation biologique, pour doter l’homme d’artefacts (prothèses, nanocapteurs dans le cerveau pour nous connecter au cloud…) ou modifier notre biologie (en choisissant nos propriétés génétiques pour les faire hériter à nos descendants). On appelle transhumanisme ce mouvement qui vise à se réapproprier ce choix de l’évolution car il est à l’intersection de deux mondes, entre une humanité 1.0, actuelle, qui s’est construite par le hasard, et une humanité 2.0, choisie, posthumaine.

Les Gafa s’inscrivent-ils tous dans cette mouvance ?

La Silicon Valley est une concentration de puissance comme jamais dans l’histoire de l’humanité. Par sa maîtrise des technologies et sa puissance financière, elle nous pousse à nous émanciper. Alors oui, des acteurs comme Larry Page, Elon Musk ou Peter Thiel utilisent leurs moyens au profit de cette vision posthumaine du monde qui va nous permettre de vivre plus longtemps, de combattre tous les fléaux. Le cofondateur de PayPal, Peter Thiel, tente de prolonger son espérance de vie en se faisant transfuser du sang de jeunes hommes et jeunes femmes, une pratique très à la mode dans la Silicon Valley. Le fondateur de Google investit dans 23andMe (séquençage ADN partiel pour le grand public) et dans Calico, qui a pour vocation d’éliminer la mort. Tous ces acteurs-là investissent pour faire basculer le monde dans un monde d’humanité 2.0. Et si Google finance, aux côtés de la Nasa, la Singularity University, symbole du transhumanisme, ce n’est pas le seul.

Quelles sont les motivations de tous ces entrepreneurs ?

L’hybris peut-être, la toute-puissance. Ils sont aussi d’une certaine façon animés par une volonté de faire du bien à l’humanité. Regardez Bill Gates, qui n’est pas transhumaniste, s’attacher à éliminer le paludisme ou le sida de la planète et s’investir contre les maladies neurodégénératives. Mark Zuckerberg et sa femme investissent quant à eux 3 milliards de dollars pour éradiquer toutes les maladies.

Quel rôle la Singularity University joue-t-elle dans ce processus ?

Elle a réussi à capter l’attention des médias, qui en ont fait le porte-étendard du transhumanisme. Or les membres de cette institution ne se considèrent pas tous comme tels. Certes, son président, Ray Kurzweill, avale 150 pilules par jour et rassemble tous les souvenirs de son père pour tenter de le faire revivre. Mais aujourd’hui, la Singularity University est aussi un lieu où on découvre et expérimente les grandes technologies émergentes, où on rencontre les acteurs de la transformation du monde, qui s’engage pour apporter des réponses aux grands enjeux de la planète. Diaboliser le transhumanisme comme une idéologie qui va nous mener en enfer ne nous mènera à rien. Il faut s’interroger avant tout sur cette philosophie qui devrait nous mener progressivement vers un être humain hyperconnecté, probablement modifié et qui vivra dans un monde plus sûr. Ces technologies sont là et se développent, c’est un fait. C’est pour cette raison que le transhumanisme doit devenir un humanisme.

Ce n’est pas un hasard si ce mouvement a émergé au pays des pionniers, de l’individualisme libertarien et des hippies…

Il y a une intersection entre une idéologie libérale, voire libertarienne, qui pousse à l’émancipation radicale des individus – y compris biologique -, et une tradition de la singularité, messianique. Selon cette tradition, il n’y a pas de raison pour que les révolutions technologiques et cognitives ne continuent pas à évoluer jusqu’à un point dit de singularité, que les singularistes situent en 2035. Au-delà, on ne sait pas ce qui va se passer, c’est le trou noir. On n’est plus là dans un discours scientifique. C’est pourquoi il faut garder un peu de distance avec ceux qui promettent la mort de la mort ou une vie éternelle téléchargée dans un ordinateur ou résumée dans un algorithme.

Les réticences de l’Europe, à la traîne, ne sont-elles pas liées à la tentation eugéniste qui réveille des souvenirs douloureux ?

Non, car le transhumanisme n’a pas de vision mortifère. Il ne cherche pas à éliminer mais à étendre l’espérance de vie et résoudre les problèmes démographiques. On est passé d’un monde à l’autre à l’époque des grands explorateurs. On vit une période comparable. Mais il nous manque aujourd’hui des grands mécènes tels que les Médicis ou Isabelle la Catholique. Les États-Unis les ont avec Bill Gates ou Warren Buffett, mais pas l’Europe. C’est un gros problème. Car dans cette course vers ce nouveau monde, soit nous devenons les populations indigènes, colonisées par les puissants, soit nous sommes en pointe. Mais pour cela, il nous faut non seulement les décisions politiques mais également les capacités financières. En attendant, la Chine travaille d’arrache-pied sur la modification du génome humain à l’aide des technologies de Cripr-Cas9, qui permettent de modifier l’ADN pour un prix modique. Et on comprend bien son objectif : augmenter le QI de sa population.

N’y a-t-il pas un danger à engendrer de faux espoirs pour les malades ? 

Selon moi, le principal danger réside plutôt dans les inégalités à venir. Seule une petite frange de la population ayant accès à ces avancées sera ultrapuissante et les autres seront relégués au rang de sous-catégories. Pour certains, la baisse des coûts de ces technologies finira par les rendre accessibles au plus grand nombre à moyen terme, mais je n’en suis pas convaincu. Par ailleurs, on ne peut exclure qu’un fou furieux sorte de son laboratoire un virus létal. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas laisser libre cours à cette course-là, sinon on risque de perdre des décennies d’avancées technologiques et de rater du même coup l’invention de l’antidote.

Comment fixer des barrières éthiques ?

Je crois qu’on n’arrivera pas à édicter des règles. Les États-Unis avaient interdit les manipulations sur les cellules souches et, en quatre ans, ils sont passés de la première à la huitième place mondiale dans ce domaine. L’auto­régulation est probablement le meilleur système, car un système ouvert est capable de gérer les antidotes de ses dérives. En revanche, il va falloir être très vigilants sur la marchandisation du vivant, qui doit rester un bien public. On a fait un péché originel, en listant parmi les grands défis du millénaire principalement des enjeux environnementaux. On n’a pas vu venir l’enjeu des NBIC (1). Quand on va être capable de modifier l’ADN, dans vingt-cinq ans, ce sera vertigineux. Que fera-t-on face à la tentation de ne pas exposer quelqu’un à une maladie ? On ne peut pas laisser ces questions sans réponses. Un consortium a été créé par les Gafa pour édicter des règles éthiques sur l’intelligence artificielle. Mais c’est catastrophique de confier cette responsabilité à des entreprises privées ! Une des actions fortes du futur président de la République, à mon avis, serait de lancer une instance internationale de coopération sur les technologies de demain. L’objectif n’est pas d’interdire ni de lancer un moratoire, mais de fixer un cadre à ces travaux.

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25 Oct Nos politiques oublient le futur

Sur le front des avancées technologiques, chaque jour apporte son lot de preuves que nous vivons une révolution équivalente à plusieurs Gutenberg simultanés. L’intelligence artificielle se développe à une vitesse exponentielle. Couplée aux biotechnologies, elle promet d’éloigner le spectre de notre propre mort, voire de faire émerger une nouvelle humanité. Des initiatives privées américaines, comme Calico et 23andMe, les filiales biotech de Google, ou celle du couple Zuckerberg, dont le but est d’éliminer toutes les maladies d’ici à la fin du siècle, sont des symptômes de cette fièvre transhumaniste qui embrase la Silicon Valley. La Chine n’est pas en reste : la start-up iCarbonX vise le séquençage ADN de 100 millions de personnes pour révolutionner la médecine préventive…

 

Cette révolution n’en est qu’à ses prémices. Etats-Unis et Chine ont pris une avance considérable dans les technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information, sciences cognitives). L’Europe est à la traîne et, au regard des débats politiques en vue de l’élection présidentielle française, rien n’indique que cela changera. Avez-vous remarqué combien les enjeux relatifs à ces technologies sont absents des discours de nos candidats déclarés ? Le fossé qui sépare, d’un côté, ce silence, et de l’autre, les prises de positions de Barack Obama dans une récente interview à « Wired » est abyssal. Il est urgent que nous, citoyens, alertions nos dirigeants sur ce sujet, qui sera central dans les prochaines années.

Si nous voulons éviter que la France et l’Europe ne deviennent des colonies sous le joug des puissances technologiques américaines et chinoises, il nous faut encourager les politiques qui permettront de faire émerger les Léonard de Vinci ou les François Ier du XXIe siècle ! Enfin, au même titre que ce qu’ont permis de réaliser les COP sur la question du climat, le prochain président français serait bien inspiré d’initier la première série de grandes conférences sur les NBIC rassemblant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, philosophes et citoyens. Objectif : accompagner le plus important défi que l’humanité ait connu depuis son apparition.
Chronique initialement publiée dans les Echos

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13 Sep Quand le réel deviendra un luxe.

 

Depuis la nuit des temps, nous produisons des histoires qui créent notre réalité. Avec la révolution numérique, l’humanité n’a jamais eu autant de puissance de création et de manipulation du réel. Nous fabriquons des machines et des algoritmes capables de simuler notre monde si finement que nous parvenons, aujourd’hui, déjà, à tromper nos cerveaux. C’est le cas, par exemple, d’AppliedVR, cette startup qui propose une thérapie où la réalité virtuelle est une alternative aux calmants et aux anxiolitiques ; ou encore, des travaux du Dr Nicolelis, en Caroline du Nord, qui redonne des sensations et un contrôle partiel de leurs membres à des malades paraplégiques en les plongeant dans des mondes virtuels.

Nous ne sommes qu’au tout début d’une révolution majeure que nous sous-estimons, comme nous avons sous-estimé en 1990 la puissance d’Internet ou celle du smartphone dans les années 2000. Cette année le coût d’accés aux systèmes de réalité virtuelle avancée ont été divisés par deux. Cette diminution devrait nous mener à un prix accessible pour le très large public avant 2020. A court terme, notre réalité va fusioner avec le numérique via la vision et l’audition immersive, puis la kinesthésie grâce à des marqueurs physiques dotés d’une forme et d’un comportement programmables dans des mondes virtuels. Déja, des combinaisons immersives, comme la Teslasuit, permettent de ressentir sur tout le corps les variations de pression et de température.

Demain, ces dispositifs transformeront notre organisation du travail : pourquoi se déplacer pour rejoindre un lieu partagé, quand il peut venir à vous en quelques millisecondes ? Les voyages d’affaires seront remis en question. Les expériences d’achats dans les magasins seront radicalement réinventées. Nous re-dessinerons le marché des transports et même, nous imaginerons de nouvelles formes de relations intimes, comme ce site, AliceX, qui propose des expériences de “petite amie” artificielles et immersives.

Imaginez à quoi ressembleront notre décoration d’intérieur, nos vêtements, ou même nos vacances à l’heure d’une démocratisation massive de la réalité virtuelle : plus nombreux, plus variés, plus personnalisés, et surtout bien moins coûteux. Bien sûr, l’expérience réelle perdurera, mais elle restera une marchandise rare et prisée. Parceque le numérique crée une économie d’apparente gratuité, le réel va devenir un produit de luxe. Et si vous n’y croyez pas, observez la capacité d’addiction qu’ont ces technologies. Regardez errer dans les rues les hordes de chasseurs de Pokemons ! Elon Musk, lors d’une conférence en juin dernier affirmait qu’il était convaincu que nous avions une chance sur un milliard de ne pas vivre dans une simulation. Peut-être voulait-il seulement parler nos vies dans une quinzaine d’années ?

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05 Mai Les défis exponentiels de la présidentielle

Automatisation des transports et modification des infrastructures urbaines, accélération de la marchandisation du partage et dérégulations sociales, robotisation et perturbations du marché de l’emploi, essor des techniques de modification du génome humain à fins réparatrices, voire augmentatives… Entre 2017 et 2022, les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences cognitives) vont poursuivre leur croissance exponentielle et transformer notre société plus radicalement encore qu’au cours des dix dernières années.

Face à ce phénomène, la grande majorité de nos élites, en particulier politiques, affichent trois attitudes : soit le mépris par ignorance, considérant ces sujets anodins face aux urgences de l’emploi et de la sécurité ; soit le fantasme d’une puissance publique capable de résister à cette révolution ; soit enfin la solution ultra-libérale consistant à tout autoriser par principe. Or résister n’a pas de sens face au tsunami qui nous attend, et ne pas choisir, ni agir, c’est accepter de laisser faire n’importe quoi. Alors quelles solutions s’offrent à nous ?

Comment préparer nos villes à la voiture autonome ? Quel programme pour assurer une connectivité sur 100 % du territoire ? Quel contrat social à l’heure de la robotisation de masse ? Quelle politique de recherche et quel cadre légal pour développer une filière génomique de pointe ? Quels projets pour la reconquête spatiale ? Le prochain président aura la responsabilité d’accompagner cette transformation, et d’assurer à la France, ainsi qu’à l’Europe, une place dans le peloton de tête face aux Etats-Unis et à la Chine.

A ce jour, aucun candidat déclaré ou en passe de l’être ne semble avoir pris conscience de ces défis. Par conséquent, nous devrons faire naître dans les prochains mois un indice permettant d’évaluer le programme de chaque présidentiable face à l’enjeu de cette transformation, afin de voter en conscience pour un candidat prêt à agir afin de préparer le pays à ce choc : il ou elle sera le candidat ou la candidate de l’exponentielle !

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16 Fév L’économie du « vrai » partage.

En mai 2011, Ariana Huffington annonçait la vente au groupe AOL de son site d’information participatif, le Huffington Post, pour un montant de plus de 300 millions de dollars. Quelques semaines plus tard, une fronde s’élevait parmi les blogueurs contributeurs du site. Ils revendiquaient un tiers de ces fonds, au titre de la valeur générée par leur travail non rémunéré. Un procès, qui durera quatre ans, les déboutera finalement, sans apporter de réponse à une pratique croissante à l’ère de l’économie participative.

Aujourd’hui, la question reste entière. Lorsque la valorisation d’entreprises comme Google, Facebook, Uber ou Airbnb atteint des milliards de dollars grâce à la capitalisation des données et de l’activité de leurs utilisateurs, il est légitime de s’interroger sur la façon dont ces derniers pourraient être rémunérés au titre de la valeur qu’ils ont permis de créer. Cette idée fait son chemin à mesure que des solutions techniques apparaissent. Parmi celles-ci, les « blockchains », ces bases de données décentralisées d’historiques de transactions, permettent d’assurer de façon exhaustive, transparente, ouverte et sans intermédiaire unique la traçabilité de transactions.

Imaginez, par exemple, que chaque donnée, contenu, recommandation ou avis laissé sur le réseau puisse être conservé et attribué à son auteur. Imaginez que cette « transaction », et la valeur à laquelle elle est attachée, soit comptabilisée et rémunérée. C’est en quelque sorte ce que proposent et mettent en oeuvre les « organisations autonomes décentralisées ». Elles vont même au-delà de la seule rémunération, puisqu’elles attribuent une part de capital et un droit de vote à chaque contributeur. Des organisations se sont bâties sur cette philosophie, à l’instar de La’Zooz, plate-forme de transport partagé.

Le jour où chauffeurs de voiture, propriétaires d’appartement (ou tout un chacun) rejoindront une plate-forme indépendante, décentralisée, ouverte et transparente pour proposer leurs services en utilisant cette logique pour se rémunérer, alors la répartition de la valeur créée sera bien plus équitable et juste. Uber, Airbnb, Facebook, Google et les autres auront du souci à se faire. A bon entendeur…

Cet article est publié dans lesEchos du 16/02/16
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18 Nov Le tourisme en 2030

La France, première destination touristique du monde, doit adapter son offre et ses infrastructures pour bénéficier pleinement de la révolution numérique pour le secteur. D’autant que ce marché est en croissance ininterrompue : il y avait 25 millions de touristes internationaux dans le monde en 1950, environ 1 milliard en 2015, mais 2 milliards sont attendus en 2030 et plus de 4 milliards en 2050. Le coeur de la croissance viendra des pays émergents, Inde, Asie et Afrique en premier lieu.

Plongeons-nous dans ce futur en imaginant le séjour d’une famille indienne en France au début des années 2030, à l’aune des promesses des futurologues. Les vols supersoniques mettront Delhi à quatre heures de Paris. Les robots bagagistes et les voitures autonomes seront devenus la règle. Pour les touristes étrangers, la baie de Somme sera bien préférable à la Côte d’Azur, caniculaire en période estivale. Les vacances seront organisées par un assistant artificiel, sur la base des préférences et aversions de chaque membre du foyer. Le logement sera loué directement auprès d’une famille française – une pratique devenue la norme dans un monde ou Airbnb sera le numéro un mondial de l’hébergement. Pas même besoin de rencontrer les hôtes : un robot-majordome accueillera les visiteurs et planifiera leurs excursions, qui pourront être partagées en direct, via un casque immersif, avec leurs amis restés en Inde.
Evidemment, le futur ne ressemble jamais totalement à ce que l’on a imaginé. Ce début de scénario, s’il reste relativement conservateur au regard des transformations d’usages qui se profilent, pointe aussi un danger réel : dans un monde trop robotisé et automatisé, le tourisme du futur pourrait bien se passer des contacts humains… qui sont pourtant indispensables aux émotions que nous procurent nos voyages. Dans ce domaine comme dans tous, il faudra que la technologie, de plus en plus omniprésente, s’efface sans chercher à remplacer les hommes. C’est encore plus vrai en matière de tourisme : le monde ne sera acceptable et accepté que si nous remettons l’humain au coeur.

Initialement publié dans les Echos.

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