Connecteriez-vous votre cerveau ?

En 1995, Jeunet, dans sa Cité des enfants perdus, imaginait une horde de cyclopes s’emparant des rêves des enfants à l'aide d'une machine extraordinaire. Matrix, Total Recall, Inception ont fait fantasmer notre génération sur la faculté un jour de lire et manipuler les pensées. A tel point que des chercheurs japonais y sont partiellement parvenu en 2013. Leur solution utilise une intelligence artificielle interprétant l’activité cérébrale humaine et parvient à la traduire en contenus graphiques correspondant aux images rêvées par les patients.

Depuis 10 ans, les dispositifs permettant de lire l’activité du cerveau ont été miniaturisés et leur cout a drastiquement baissé. Cela explique l’apparition d’une multitude de casques neuro-technologiques dédiés au bien-être comme Halo pour les sportifs, Muse, Thync, Relax ou Melomind pour la méditation et Dreem pour le sommeil. D’autres dispositifs proposent de nouvelles interfaces d’interaction entre le cerveau et la machine comme Emotiv ou Neurable. Cette accélération amène même Facebook à s’intéresser à l’intégration de ces technologies dans Oculus, son système de réalité virtuelle.

Mais depuis peu, le fantasme prend une ampleur sans précédent dans la Silicon Valley. En 2014, Nicholas Negroponte le fondateur du MIT Medialab, prédisait sur la scène de la conférence TED, qu’à l’horizon de 2045, nous serions en mesure d’avaler une pilule contenant des nano-robots dont le rôle serait de se fixer sur nos neurones afin de les « augmenter » et nous permettre de connaître tout Shakespeare ou de comprendre une nouvelle langue étrangère en un clin d’oeil ! Cette idée folle est prise très au sérieux au point que des centaines de millions de dollars y soient investis. Le projet Kernel par exemple ambitionne de proposer des interfaces de lecture et écriture cerveau-machine et un des plus grands chercheurs en neuroscience du MIT, Ed Boyden, y travaille. Neuralink une des startups financées par Elon Musk poursuit l’objectif de connecter les neurones à des bases de données et au cloud et viserait les premiers résultats vers 2022 (sic) !

Les conséquences de ces travaux seront immenses dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’organisation du travail, des libertés individuelles et plus largement de la société de demain. A qui appartiendront les données issues de nos cerveaux, nos rêves nos pensées ? Quelles garanties auront nous quant aux algorithmes utilisés pour interférer avec nos processus cérébraux ? A quelles fins seront utilisées ces technologies ? Quelles nouvelles inégalités créeront-elles ? Les enjeux induits sont évidemment avant tout d’ordre éthiques et philosophiques.

 

Publié dans les Echos le 25/09/2017